ΝΞ ΞΞΞ ΞΞΞ due ann on Hresented to The Library of the Universitu οἱ Toronto by m ΤΑ ΘΝ L AU 14,2 UN »"} - D ἢ δ » 3 ÿ> 2 2 Ὶ > > LR D τα es + 5 πὸ ἷ Ξ ; PS τ D 2 SW) DD D? SD) DD >>. > >> ; Ἶ >: DR 2 »} ΜΡ)» ΡΣ »Έο ) » 2 Dr? ὍΣ, » : 5 RSS Se ἜΡΩΣ ἋΣ SES LE > D 22: Ds) >») 7 S >. > 2 Ὁ» »>»222 D ED D >>> ΒΡ». SE D 32292 -.2DD) pb») ») ΡΞ < Gi )'ID222e DD. >) » ἊΣ "» ” »»ἭῸΦΡ D>? 2 » »»>)} -»"Ὁ ΠΡ»: ΝΣ 22 D Di} , ? FO ὍΣ) » »» D) y D ν᾽) εὐ τος DD 2 >» ΡΝ ) » SP D 22. d 52» >. DA": >) 53 STD >» A2 D 2228 > > SD > 3222 DD 4 D >» mo De y "3 DE, ΣΦ 222) 22 | >| >) DD ἌΥ» 5.) ᾿ς » > RS I 1 »»υ" 99 y DS + )» SSD P» 2) D» ὦ >)D»22») 5 \ s - “ De φησ TS D ») BD D > ἜΝ» D» 22222 Ù DD) >» D 2 ns.) DD 5» > >) >> D Pa >>>» 0 SP > D 2P vs S Co 10) D» » D» >» » do .h L ᾿ ᾿ ᾿ Darty 1 δὴ ἝΩΣ Ψ'Ἑ ΝΕ J'NI γιὰ ν EAU De PNA Digitized by the Internet Archive In 2010 with funding from University of Ottawa http://www.archive.org/details/lenouveautestame00stap LE NOUVEAU TESTAMENT OUVRAGES DU MÊME AUTEUR Jésus de Nazareth et le développement de sa pensée sur lui-même. 4 vol. in-80 (épuisé). Les idées religieuses en Palestine à l’époque de Jésus-Christ. 2° - édition, 1878. Paris, librairie Fischhacher. 1 vol. in-12 . . 3 fr. 50 Le plus ancien manuserit du Nouveau Testament. Brochure in-80, Paris, Ilibrairie Fischbacher, 1880 +. «4 . . . CNRS CR La Palestine au temps de Jésus-Christ, d’après le Nouveau Testament, l'historien Flavius Josèphe et les Talmuds. 4° édition, 1886. Paris, librairie Fischbacher.{i; vol. in:80. πο 4%, à 2°. 2? COCOON (Cet ouvrage « été traduit en anglais). Le Château de Taley (Loir et Cher) 1888. Paris, librairie Fischbacher, LENOIR ES nn 0 5e 0e none 0 OS OS Tirage sur papier à la cuve . . . 50 Kilomètres CÉSARÉER ____ Voyages de Jésus-Christ Nouveau Testament, trad, par Edm. Stapfer. Paris, Librairie Fischbacher, LA PALESTINE AU TEMPS DE JÉSUS-CHRIST NOUVEAU TESTAMENT TRADUIT SUR LE TEXTE COMPARÉ MEILLEURES ÉDITIONS CRITIQUES PAR EDMOND STAPFER Docteur en Théologie, Pasteur de l'Église réformée de France, Maître de Conférences à la Faculté de Théologie protestante de Paris. 10127 ee se PARTS LIBRAIRIE FISCHBACHER (SOCIÉTÉ ANONYME) 33, RUE DE SEINE, 93 1389 Droits réservés A MES ANCIENS ÉLÈVES DE LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE PROTESTANTE DE PARIS Mes chers amis, Cette traduction vous appartient comme à moi; nous l'avons faite ensemble. Je vous la dédie. Tag ἢ De TD tan of PE ANNEES te Di de La OI RE NAT NT "A. ᾿ Ju EPL ἢ ἘΣ ΓῪ - 1 ‘dt © 1 re ray a τς LE NOUVEAU TESTAMENT INTRODUCTION SOMMAIRE : L'origine du Nouveau Testament. — Les plus anciens manuscrits. — Les variantes du texte. — Les dernières éditions critiques. — Quel texte nous avons traduit. — De la division en chapitres et en versets. — De l’ordre dans lequel sont rangés les livres du Nouveau Testament. — Des citations de l'Ancien Testament dans le Nouveau. — Comment nous avons essayé de traduire. — Les livres faciles et les livres difficiles. — Deux manières de traduire, — Les notes et les préfaces. — Les variantes de tra- duction et de ponctuation. — Les éclaircissements et les remarques géogra- phiques et historiques. APPENDICE : Liste des manuscrits grecs du Nouveau Testament en lettres onciales et des manuscrits des anciennes versions. On appelle le Nouveau Testament un recueil d’écrits composés par les premiers chrétiens, et datant presque tous de la seconde moitié du premier siècle. Ils sont au nombre de vingt-sept. On pourrait définir ce recueil: la collection des plus anciens documents du christianisme. Il faut remarquer cependant que certains d’entre eux, comme le quatrième évangile ou la seconde Épître de Pierre, ont été écrits après des livres chrétiens qui ne sont pas dans le Nouveau Testament, par exemple après l'Épître de Clément Romain aux Corinthiens. Le recueil, tel que nous le possédons, s’est formé peu à peu et le plus naturellement du monde. On sait que le culte de l'Église 2 LE NOUVEAU TESTAMENT primitive était calqué sur celui de la synagogue. Donc, à chaque assemblée de ce culte les chrétiens avaient, dès l’origine, l'habitude de lire des fragments de: la Loi et les Prophètes. Les livres de l’ancienne alliance étaient, pour eux comme pour les Juifs, la Parole de Dieu. Or, lorsque, dans une Église, à Corinthe, par exemple, on avait reçu une ou plusieurs lettres de Paul, l’usage s'établit immédiatement de lire des fragments de ces épîtres au culte public aussitôt après l’ Ancien Testament. Bientôt, aux lettres recues directement et adressées à l'Église même, vinrent s’ajouter les copies des lettres reçues par les communautés voisines. Plus tard des Évangiles ou des fragments d'Évangiles vinrent à leur tour accroître la collection. Ce fut surtout après la mort des apôtres, et lorsque la tradition orale courut le risque de s’altérer et de se perdre, qu’on éprouva le besoin de fixer par l'écriture les récits de la Passion, les discours de Jésus-Christ, les paraboles, qui jusque-là - avaient passé de bouche en bouche, conservés par la seule mémoire. C’est ainsi que chaque Église forma, indépendamment des autres, un recueil de livres de la nouvelle alliance. Chacune avait le sien et, naturellement, il y avait entre les diverses collections des diffé- rences. Aucune entente préalable n'avait présidé au choix des ouvrages. Ce ne fut qu'au bout de quatre cents ans environ que le recueil sous sa forme actuelle fut définitivement arrêté. Avant cette époque les communautés chrétiennes ajoutaient des livres ou en retranchaient à leur convenance. 1] nous reste de ces temps primitifs un certain nombre de listes de livres du Nouveau Testament. Il en est qui en renferment plus de vingt-sept. Le Pasteur d'Hermas, les Épîtres de Clément Romain, l'Épître de Barnabas ont long- temps joui d’une grande faveur. Plusieurs Pères de l'Église les considéraient comme Écriture sainte. Nous n'avons pas à faire ici l'histoire de la formation du recueil des livres du Nouveau Testament, ce qu’on appelle l’histoire du Canon. Notons seulement un fait: les livres qui étaient générale- ment admis s’appelaient incontestés. Les livres qui restaient en discussion s’appelaient contestés. Ce sont ces derniers qui ont été, au quatrième et au cinquième siècle, l’objet d'un triage; les uns pour être définitivement exclus; les autres pour être élevés au rang d'incontestés, et, à partir de ce moment, le Nouveau Testa- ment ne subit plus aucun changement. Il fut tel que nous le possé- INTRODUCTION ΠῚ dons. Nous aurons l’occasion, dans les courtes préfaces que nous placerons en tête de chaque livre, d'indiquer au lecteur si ce livre était contesté ou incontesté. Deux des plus anciens manuscrits qui nous soient parvenus portent les traces des longues hésitations des Églises. Ils ne se terminent pas avec l’Apocalypse de Jean; l’un, qui est du qua- trième siècle, continue par le Pasteur d'Hermas et l'Épître de Barnabas et l’autre, qui est du cinquième siècle, renferme les Épîtres de Clément Romain aux Corinthiens. L'autorité des livres du Nouveau Testament fut de bonne heure très grande. Elle naquit spontanément de l'habitude de les lire au culte public aussitôt après les Écritures de l'Ancien Testament ét ce mot, les Écritures, appliqué aux livres du Nouveau fut proba- blement employé dès le commencement du second siècle. D'ail- leurs parmi ces ouvrages les uns rapportaient les seuls faits de la vie de Jésus qui fussent connus et rappelaient les seules paroles de lui qui eussent été conservées, d’autres émanaient d’apôtres vénérés, et on s'explique fort aisément la faveur et le respect dont ces documents primitifs furent immédiatement entourés. La collection complète, après avoir reçu différents noms, fut défini- tivement appelée : La Nouvelle Alliance. Jointe à l’Ancien Testament elle forme ce que nous nommons la Bible (en grec: Ta Biblia, c’est-à-dire : les livres). Quant au terme : le Nouveau Testament, 1] n’est que la traduction fautive du latin Novum Testamentum qui signifie proprement : Nouvelle Alliance. Nous ne possédons pas de manuscrits du Nouveau Testament antérieurs au quatrième siècle. Les écrits originaux des divers auteurs ne nous ont pas été conservés. Il ne reste aucune trace de leur existence et même toutes les copies faites pendant trois cents ans ont été perdues. Du quatrième siècle il en reste deux, aussi anciennes l’une que l’autre et dont l’origine est la même. Quelques- unes de leurs parties ont même été écrites par le même scribe. L'un de ces manuscrits a été découvert le 4 février 1859 par Tischendorf au couvent de Sainte-Catherine au pied du mont Sinaï en Arabie. Il se trouve maintenant à la Bibliothèque de Saint- Pétersbourg et renferme le Nouveau Testament tout entier. C’est lui qui, après l’Apocalypse, contient l'Épître de Barnabas et une partie du Pasteur d'Hermas. On l’appelle le manuscrit du Sinaï ou 4 LE NOUVEAU TESTAMENT Codex Sinaiticus. L'autre est à la Bibliothèque du Vatican à Rome. Il s’y trouve depuis fort longtemps sans qu'on puisse préciser à quelle époque exacte il y ἃ été placé. Il devait être primitivement complet, mais la fin du Nouveau Testament, à partir du milieu de l'Épiître aux Hébreux, a été déchirée à une date inconnue. On l'appelle le Codex Vaticanus où manuscrit du Vatican. Du cinquième siècle il nous reste aussi deux manuscrits, l’un est à Londres, il y a été apporté d'Alexandrie au milieu du dix-septième siècle et porte le nom de Codex Alexandrinus. Mutilé dans ses premières pages, il ne commence qu’au chapitre vingt-cinquième de Mat- thieu, mais il est complet à la fin et, nous le disions plus haut, 1] renferme les Épîtres de Clément de Rome après l’Apocalypse. De la seconde, qui est apocryphe, il ne reste que des fragments. Enfin, nous avons à Paris un manuscrit également du cinquième siècle; un Palimpseste. On appelle ainsi un codex dont l'écriture pri- mitive a été effacée au moyen âge. Le parchemin, ainsi remis à neuf, servait à transcrire un autre ouvrage. Ce procédé était en usage à une époque où le parchemin était rare et cher. Notre Yodex de Paris a servi à transcrire les œuvres d’un Père de l'Église, Éphrem le Syrien. A l’aide de puissants réâctifs chi- miques on parvient à faire reparaître les caractères effacés et à lire, au moins en partie, le texte primitif; mais cette lecture est très difficile et reste douteuse pour plusieurs passages. La consul- tation de ce Codex appelé Codex d'Éphrem est donc extrêmement délicate. Ces quatre manuscrits sont les seuls connus qui renferment le Nouveau Testament tout entier (sauf les parties mutilées). D’autres copies très importantes, datant des sixième, septième, huitième et neuvième siècles, nous offrent le Nouveau Testament par fragments soit qu'ils aient été, eux aussi, mutilés, soit qu'on n'ait voulu pri- mitivement copier qu'une partie du Saint Livre. Les uns n’ont que les Évangiles; les autres n’ont que les Épîtres de saint Paul ; d’autres les Actes des apôtres et les Épiîtres ‘atholiques. Ils sont tous en lettres onciales, sorte d'écriture droite, carrée, majuscule, la seule en usage alors. Nous renonçons à décrire ici toutes ces copies; mais les personnes que cette question intéresse trouveront à la fin de cette introduction et sous forme d’appendice la liste de tous les anciens codices en lettres onciales, avec la date de leur αν he son INTRODUCTION ©? découverte, la nature de leur texte, l’époque de leur publication, l'indication de leur contenu. Nous avons joint à cette liste celle des plus anciennes traductions du Nouveau Testament, ouvrages fort utiles à consulter lorsqu'on s'occupe de reconstruire le texte grec primitif. Au dixième siècle fut inventée l'écriture cursive, plus simple et plus commode que l’écriture onciale. Cette invention facilita beau- coup la confection des copies du Nouveau Testament et celles-ci devinrent extrêmement nombreuses. Il n’est guère de bibliothèque publique en Europe qui ne renferme une ou plusieurs de ces copies en lettres cursives postérieures au dixième siècle. Lorsqu'on compare les divers manuscrits, même les deux pre- miers le Vaticanus et le Sinaïticus, écrits par les mêmes copistes et qui sont comme deux frères jumeaux, on remarque dans les textes qu'ils nous offrent d’assez sensibles différences; et ce n’est que par une étude patiente, attentive, très minutieuse de tous les anciens documents qu’on arrive à reconstruire approximativement, toujours avec des doutes et de nombreuses chances d’erreur, le texte pri- mitif. Ce travail de reconstruction n’a été sérieusement entrepris que de nos jours. La traduction du Nouveau Testament qu’on lit dans les Églises protestantes de langue française et qui est une révision d’une version écrite au seizième siècle, a été faite sur un texte défectueux, sur celui d’un des premiers Nouveaux Testaments grecs imprimés et pour la publication duquel l'éditeur avait pris sans discernement les manuscrits grecs qu'il avait trouvés dans la Bibliothèque de Bâle; la plupart étaient de la fin du moyen âge. ΤΙ fallait les revoir, les corriger; on ne le fit pas. On les imprima tels quels. Puis on les réimprima et il en fut ainsi jusqu’à nos jours. Quelques traducteurs modernes ont essayé çà et Ἰὰ de retoucher légèrement ce texte sans autorité. Ils commettaient une erreur. Il ne faut pas le corriger, mais le remplacert. Sans doute ce Nouveau Testament grec traditionnel n'offre pas desdifférences essentielles pour la foi avec les textes critiques modernes. Le nombre des variantes importantes est très restreint et, à tout 1 C’est ce texte qui s’appelle texte recu. Expression fâcheuse que nous évitons à dessein. 6 LE NOUVEAU TESTAMENT prendre, le texte sacré nous est parvenu dans un merveilleux état de conservation. Cependant lorsqu'il s’agit des livres saints rien n’est sans importance, et puisque Dieu n’a pas permis que nous eussions les écrits originaux, tout traducteur doit se faire un devoir de conscience de prendre pour base de son travail un texte se rappro- chant le plus possible de celui que les écrivains sacrés ont primi- tivement composé. Les savants qui s'occupent de cette importante question doivent d'abord comparer les manuscrits et les classer en familles. Certaïns d’entre eux offrent les mêmes différences, et ce premier classe- ment est facile. On distingue deux grandes familles, celle des copies qui ont pour origine l'Égypte et en particulier Alexandrie, on l’appelle famille alexandrine, et celle des copies faites en Asie Mineure et à Constantinople qu’on appelle byzantine. La pre- mière est considérée comme la meilleure, la plus autorisée. Ce premier classement terminé, les critiques relèvent toutes les variantes et cherchent par la comparaison, et aussi par l’examen du texte lui-même, à s’en expliquer la provenance. Les unes viennent de l’inexpérience des copistes; telle erreur est involon- taire; telle autre a été, au contraire, commise intentionnellement. Après les manuscrits et à côté d’eux, il faut interroger les anciennes traductions. Deux d’entre elles sont du second siècle et ont des leçons importantes. Enfin les citations des Pères de l'Église sont l’occasion de plus d’un rapprochement curieux. Ceux-ci, dont les écrits sont antérieurs à nos plus anciens manus- crits, avaient sous les yeux des copies aujourd’hui perdues et les passages de ces copies, cités par eux dans leurs écrits, offrent parfois de remarquables différences avec ceux de nos manuscrits ou, au contraire, viennent confirmer leurs leçons douteuses. On comprend combien ce travail est délicat et minutieux. Trois éditions critiques ont été faites de nos jours d’après les principes les plus rigoureux de la science moderne. La première en date est celle du savant anglais Tregelles. La deuxième, parue en Allemagne, est due à Tischendorf et enfin la troisième, imprimée il y a quelques années en Angleterre, a été préparée par deux savants professeurs de l’Université de Cambridge MM. Westcott et Hort. Un théologien allemand M. Gebhardt a eu l’heureuse idée de réunir sous un même coup d'œil dans une chti nié INTRODUCTION 7 récente édition du Nouveau Testament grec les trois textes de ces trois publications critiques. Partout où Tregelles, Tischendorf, Westcott et Hort sont d'accord, nous sommes certains d’avoir le meilleur texte possible dans l’état actuel de la science. Partout où ils diffèrent — (et Gebhardt relève toutes ces différences) — nous sommes en présence de variantes très autorisées et dont le tra- ducteur doit tenir compte chaque fois qu’elles sont assez impor- tantes pour ne pas disparaître d’elles-mêmes dans la traduction. Le travail de Gebhardt a servi de base à notre version. Elle est faite sur le texte commun des trois meilleures éditions critiques actuelles du Nouveau Testament. Quant aux variantes nous avons choisi entre elles, après en avoir recherché la cause dans les plus anciens manuscrits. Celle que nous n’avons pas adoptée est tou- jours notée au bas de la page et précédée d’une des formules suivantes : Quelques anciens manuscrits, plusieurs anciens manuscrits, un des plus anciens manuscrits (c’est-à-dire soit le Sinaïticus, soit Le Vaticanus) ou encore: quelques anciennes autorités, plusieurs anciennes autorités (cette dernière expression indique que nous avons recouru, outre les manuscrits, au témoignage des anciennes versions, dont nous donnons plus loin la liste, et à celui des Pères de l'Église). La formule : quelques anciens manuscrits indique que la leçon du texte a en sa faveur un plus grand nombre de copies que celle de la variante, mais moins anciennes, et la formule : plusieurs anciens manuscrits indique que la lecon du texte a pour elle des copies moins nombreuses, mais plus anciennes. Grâce à ces indications très simples nous offrons au public français une traduction dont le texte est entièrement conforme aux légitimes exigences de la eri- tique moderne. Nous avons introduit dans notre version la division tradition- nelle en chapitres et en versets. Elle n’est pas ancienne cependant; elle date, pour les chapitres, du moyen âge seulement, et pour les versets, du seizième siècle. Les manuscrits n’en portent acune trace et il va sans dire que les auteurs sacrés n’ont jamais songé à pra- tiquer sur leurs écrits d'aussi bizarres coupures. Nous ne contestons assurément pas l'utilité et même la nécessité d’une division du texte. Les recherches, sans elle, seraient impossibles. Oui, il en faut une; mais celle en chapitres et en versets est très mal faite. ὃ LE NOUVEAU: TESTAMENT Et d'abord, pourquoi deux sortes de coupures? Une seule suffirait ; un simple partage en paragraphes, un peu plus longs que nos versets actuels, serait tout ce qu'il faut pour rendre les recherches très faciles. Le manuscrit du Vatican nous offre précisément un essai de ce genre; et il est bien certain qu'un système de paragraphes renfermant chacun cinq ou six lignes serait mieux entendu que notre division en chapitres et en versets. Ceux-ci sont trop courts; ceux-là sont trop longs. Aussi qu’arrive-t-il? Le lecteur est souvent empêché de comprendre le texte par les coupures mêmes qui y ont été intro- duites, et il se trouve que ces chapitres et ces versets sont une des mesures les plus funestes qui aient jamais été prises à l'égard des livres saints. Le temps n’est pas bien éloigné où l’imprimeur allait conseiencieusement à la ligne après chaque verset et faisait ainsi de chacun d’eux un développement distinct. Il semblait que les lettres des apôtres fussent des collections de sentences détachées. Il devenait très difficile, pour le lecteur ordinaire, de saisir le lien logique qui relie entre elles les différentes parties des épîtres; d'autant plus qu'après avoir lu une série de ces phrases détachées, dont chacune formait une sentence distincte, il s’arrêtait, parce qu'il avait fini «son chapitre». Le lendemain il en lisait un autre et la pensée d'ensemble de la lettre de l’apôtre lui échappait com- plètement. Il faut ajouter que l’habitude des prédicateurs de choisir pour textes de leurs sermons des versets détachés de ce qui les précède et de ce qui les suit a aussi fortement contribué à dénaturer dans l'esprit des fidèles la vraie physionomie des écrits du Nouveau Testament et à leur persuader que ces livres étaient des listes de préceptes et se composaient d'articles de Code. L'inconvénient de ce morcellement est moindre, sans doute, pour les discours de Jésus dans les Évangiles, parce que le Christ, comme tous les Rabbis de son temps, a souvent parlé en sentences, mais pour les Épiîtres de saint Paul on ne saurait exagérer ce qu'il a de fâcheux. Changer des lettres comme l'Épîtr > aux Galates où les Épîtres aux Corinthiens, ces pages d'une inspiration si profonde, où l’apôtre entraîne son lecteur d’un mouvement si rapide et si sûr, les changer en une collection de proverbes, est une véritable profanation! Le lecteur qui voudra se convaincre que ce mot de profanation n'est pas trop fort n’a qu’à essayer de mettre en versets une page quelconque des Adieux d’'Adolphe Monod; il verra ce INTRODUCTION 9 qu'aura de déplorable le résultat ainsi obtenu. Qu'il divise aussi en chapitres une méditation de Vinet; puis qu’il lise chaque jour un de ces chapitres, ni plus, ni moins; et qu'il se demande, au bout de quelques jours et lorsqu'il aura fini, s’il a une idée quel- conque de l’ensemble de ce qu’il a lu. Quant aux livres historiques, les Évangiles et les Actes des Apôtres, découpés en versets, le lecteur, qui voudra se rendre compte de la transformation que ces livres ont subie, n’a qu'à pratiquer cette opération sur une page de Tacite ou de Thucydide. Il comprendra immédiatement ce que sont devenus les récits des Évangélistes entre les mains de ceux qui les ont mutilés en les partageant. Et cependant nous avons conservé ces divisions. La puissance des usages reçus nous à paru sur ce point invincible. Une tradition plus de trois fois séculaire s’est imposée à nous. Mais nous avons rejeté les chiffres dans la marge, comme on le fait toujours main- tenant, et nous prions le fidèle de nos Églises, auquel nous avons fait cette concession, de ne tenir aucun compte dans sa lecture pas plus des chiffres des versets que de ceux des chapitres. Cette double annotation ne doit lui servir que pour retrouver un passage. L'ordre dans lequel sont rangés les livres du Nouveau Testa- ment fut de bonne heure très arbitraire. Jamais les Églises ne les placèrent dans l’ordre chronologique et d’ailleurs elles l’igno- raient certainement. Les Évangiles composés après les Épîtres furent cependant toujours placés avant elles. Cela se comprend puisque la vie de Jésus-Christ a précédé la rédaction des lettres de ses apôtres; mais l’ordre actuel: Matthieu, Marc, Luc, Jean, ne repose sur rien de réel. S'il fallait le refaire nous placerions certainement l'Évangile de Marc le premier; celui de Matthieu n'aurait que la deuxième place. Quant aux Épîtres de Paul elles ne sont pas rangées par ordre de date, mais par ordre de longueur. L’'Épître aux Romains étant la plus longue ouvre la sérié; le billet à Philémon la ferme. Cet arrangement est fort ancien; il est celui des premières listes qui nous soient connues et qui datent du milieu du second siècle. Disons-le franchement, il est singulière- ment puéril; mais consacré par l'habitude, ici dix-huit fois sécu- laire des fidèles, il ne peut pas, à notre avis, être modifié. Nous 40 LE NOUVEAU TESTAMENT avouons cependant avoir longtemps hésité à le suivre et nous ne nous y sommes décidé, comme pour les chapitres et les versets, que pour faciliter les recherches. Nous essaierons de parer à son inconvénient en indiquant toujours dans la préface de chaque lettre la date probable de sa composition. Si la tradition reçue n’était pas ici un véritable esclavage, Le classement par la date serait à adopter, car, lorsqu'on publie la correspondance d’un écrivain quel- conque, on la publie toujours dans l’ordre chronologique. Nous avons aussi laissé les épîtres dites catholiques après l’Épître aux Hébreux suivant l’usage de nos Nouveaux Testaments modernes, mais, dans les anciens manuscrits, ces épîtres sont toujours réunies aux Actes des Apôtres. D'ailleurs une des raisons qui nous ont fait renoncer à rien changer à l’ordre ordinaire est l’extrême difficulté de ces recon- structions chronologiques. Pour quelques livres nous pouvons sans doute affirmer péremptoirement qu'ils ont été écrits avant tels autres; mais le nombre en est restreint, et la conjecture garde tou- jours ici une trop large place. Si nous savions avec certitude la date exacte de toutes les lettres de Paul peut-être n’hésiterions-nous pas à nous insurger contre la tradition; le classement actuel déroute le lecteur et le classement véritable lui permettrait de suivre de lettre en lettre le développement de la pensée de l’apôtre. Ne plus séparer l'Épître aux Éphésiens de l’Épître aux Colossiens, joindre à celle-ci la lettre à Philémon, placer l’Épître aux Romains après les Épîtres aux Corinthiens, et celle aux Galates avant, mettre les deux épîtres aux Thessaloniciens en tête de toute la liste, et celle aux Philippiens à la fin, tout cela était bien tentant et aurait été bien facile; mais ensuite, où placer les Épiîtres à Timothée et à Tite qui sortent du cadre connu de la vie de saint Paul, et auxquelles il est impossible d’assigner une date précise? où mettre l'Épître aux Hébreux ? les épîtres catholiques? Devant ces questions insolubles, le plus sage était de s'abstenir, de laisser le Nouveau Testament tel quel et de ne pas remplacer l'arbitraire par l'arbitraire. Avant de terminer ce que nous avons à dire du texte, nous devons faire remarquer au lecteur que les citations des livres de l'Ancien Testament faites par les écrivains du Nouveau ne s'ac- cordent pas toujours avec le texte des traductions en langue fran- çaise qu'il a entre les mains. Ces différences tiennent à diverses INTRODUCTION 11 causes. 1] arrive fréquemment, par exemple, que les auteurs du Nouveau Testament ne citent pas d’après l'original hébreu sur lequel ont été faites nos versions, mais d’après la traduction grecque commencée à Alexandrie vers le troisième siècle avant l’ère chrétienne, achevée cent ans plus tard et connue sous le nom de traduction des Septante. Or le texte de cette version diffère souvent d'une manière très sensible de l'original hébreu. Ces divergences peuvent venir, pour un certain nombre de passages, de ce que les auteurs de cette version avaient sous les yeux un autre texte hébreu que celui qui nous a été conservé, mais dans la plupart des cas elles viennent tout simplement de ce que les Septante ont mal traduit. Or les écrivains du Nouveau Testament ne se sont pas toujours rendu compte de ces fautes, et ils ont repro- duit de confiance plusieurs contre-sens de la traduction grecque. Il leur arrive aussi de citer inexactement, parce qu'ils citent de mémoire. Nous ne pouvions indiquer toutes ces erreurs dans nos notes {; elles auraient été trop chargées. Le lecteur, en cherchant dans l’Ancien Testament les passages que nous indiquons au bas des pages, fera de lui-même le travail de comparaison qui lui révélera les divergences qui existent entre la citation et le véri- table texte. Il est aussi quelques passages, cités comme Écriture sainte dans le Nouveau Testament et qui ne se retrouvent pas dans l’Ancien. (Par exemple : ἔν. de Matth. 2, 38: ἔν. de Jean 7, 38; [τὸ Ép. aux Corinth. 2, 9, etc., etc.) Il ne faut pas en être surpris. Nous savons positivement que la notion actuelle d’un canon fermé n’existait pas au premier siècle, et que 165 chrétiens d’alors considéraient comme Écriture sainte et inspirée des livres qui ne sont pas aujourd’hui dans nos Bibles. C’est ainsi que l’auteur de l'Épître de Jude emprunte une citation au livre d'Énoch (Jude, verset 14 et suiv.) et une autre ἃ l’Assomption de Moïse (v. 9). Ces livres nous les con- naissons; ce sont des écrits pseudépigraphes qui ont été composés peu de temps avant Jésus-Christ. Le principe qui nous a guidé dans notre traduction est celui-ci : 1 On les trouve d’ailleurs très soigneusement indiquées dans la version du Nouveau Testament d’Albert Rilliet. 12 LE NOUVEAU TESTAMENT faire sur le lecteur français d’aujourd’hui l'impression que l’ori- ginal a faite sur le lecteur grec d’autrefois. Assurément ce n'est qu'un idéal, mais le devoir du traducteur est de chercher à s’en approcher le plus possible. D'ailleurs, tout en restant fidèle à ce principe, nous avons interprété différemment les différents livres. Ceux-ci se partagent au point de vue philologique en deux classes : les livres faciles à traduire: les livres difficiles à traduire. Les livres faciles sont : les quatre Évangiles, une partie des Actes, les Épiîtres de Jean et lApocalypse. Les livres difficiles sont : une partie des Actes, les Épiîtres de Paul, l'Épître aux Hébreux, et les Épiîtres de Jacques, de Pierre et de Jude. Pour les livres faciles la version littérale est souvent la plus fidèle. Leur langage est si simple, si clair, que le traducteur n’a qu’à suivre le texte de très près pour en donner une bonne interprétation; ces livres d’ailleurs sont bien traduits dans presque toutes nos versions françaises. Pour les mal traduire, il faudrait, en vérité, le faire exprès. Nous avons con- servé, chaque fois que la fidélité nous l’a permis, les expressions consacrées par l’usage. Certaines formes archaïques du style évan- gélique très belles et très simples ont été modifiées dans quelques versions contemporaines sans aucun autre motif plausible de la part du traducteur que le plaisir de changer et de faire nouveau. Nous avons done conservé, partout où nous l’avons pu, la forme reçue des paroles du Christ et des apôtres. Dans les Évangiles, en parti- culier, il est un nombre considérable de versets, souvent cités, que chacun sait par cœur, et dont la forme connue est scrupuleusement exacte. Nous nous sommes gardé d’y toucher. Mais il va sans dire que nous avons modifié sans hésitation tout passage mal traduit et que nous avons été obligé de lui donner une forme nouvelle, plus conforme à l'original. Nous croyons donc offrir au publie une tra- duction très exacte et qui cependant ne se sépare des versions reçues que là où cela est absolument nécessaire. Les uns trouve- ront que nous ne nous sommes pas assez écarté de ces versions reçues; les autres que nous nous en éloignons trop. Les lignes qui précèdent répondent aux uns et aux autres. Nous ne nous sommes nullement astreint à rendre toujours et partout un même mot grec par un même mot français. Notre langue nous offre parfois des synonymes qui n'existent pas en grec: mais nous avons toujours traduit de la même manière les passages sem- INTRODUCTION τῷ C2 blables des trois premiers Évangiles. Il y a là des identités de texte qu'il faut respecter et nous devons dire que bien peu l’ont fait parmi nos devanciers. La version traditionnelle, dite d'Ostervald, se permet ici d’étranges libertés. On reprochera, nous le savons, un certain manque d’unité à cette version. On nous dira : vous n’avez pas partout suivi le même système de traduction; tantôt vous usez à l’égard du texte d’une assez grande indépendance; tantôt, au contraire, vous le serrez de si près que votre travail sené la traduction. Nous répondons d’avance que ces divergences sont voulues. Il est très vrai que notre système de traduction varie suivant les écrivains et parfois chez le même écrivain, suivant que nous interprétons telle ou telle partie de son œuvre. Ce procédé est, en particulier, très sensible dans les épîtres. Il est des passages très difficiles où nous avons cru devoir serrer le texte de très près. Notre préoccupation pre- mière a été de rendre fidèlement la pensée de l’auteur et de répondre à cette question: que dit-il? Quant à cette autre ques- tion : que veut-il dire? nous avons parfois essayé d’y répondre dans des notes et quand la traduction restait obscure, mais nous ne l’avons fait que lorsqu'il n’y a aucun doute sur la véritable pensée qui se cache derrière ces obscurités de forme. Lorsque, au con- traire, les exégètes se divisent sur ce que veut dire l’auteur, nous n’avons point mis de note, ne voulant insérer dans notre œuvre aucune opinion discutable. Donc, pour tout passage dont l’exé- gèse est controversée, nous avons purement et simplement traduit le texte en le suivant de très près. De là, des parties de notre traduction qui sont presque littérales. Nous n'avons pas hésité devant un devoir de fidélité et de sincérité. Pour tout autre passage, par exemple pour les récits dans les livres historiques ou pour les exhortations morales dans les épîtres, là où la pensée de l’auteur n’éveille aucun deute, nous avons usé d’une certaine liberté d’in- terprétation. Nous nous sommes souvenu que pour ces passages, sur le sens desquels tout le monde est d'accord, littéralisme est souvent synonyme d’infidélité, et c’est par respect pour le texte que nous l’avons ainsi rendu. Nous nous sommes surtout efforcé, pour les Épîtres, de faire com- prendre le but que poursuit l’auteur dans l’ensemble de sa lettre, et de faire ressortir l’idée dominante de son écrit. Beaucoup de 14 LE NOUVEAU TESTAMENT personnes ne connaissent les épîtres que par fragments, par phrases détachées — nous avons dit tout à l’heure pourquoi — elles appren- dront, nous l’espérons, en étudiant notre traduction, que pour bien connaître une épître il faut la lire d’un bout à l’autre tout entière. Nous ajoutons enfin pour ceux qui nous diraient: vous avez emprunté telle expression à la traduction de celui-ci ou de celui-là, que nous ne sommes pas de ceux qui croient que pour faire une version originale et vraiment nouvelle des livres saints il est nécessaire de ne tenir aucun compte des versions des autres. Nous avons étudié avec soin toutes les bonnes traductions françaises que nous avons pu nous procurer. Nous avons considéré cette étude non seulement comme un droit, mais aussi comme un devoir. Parmi les versions modernes quelques-unes ont des parties excel- lentes et nous nous serions cru coupable de ne pas profiter des remarquables travaux de nos devanciers. Nos notes sont de six sortes: 1° Nous renvoyons le lecteur aux passages cités de l’Ancien Testament. Nous nous sommes expliqué plus haut sur ces citations. 2° Nous notons les variantes des manuscrits. Nous en avons également parlé en traitant, dans les premières pages de cette introduction, du texte que nous avons traduit. 3° Nous signalons les variantes de traduction; il est, en effet, un certain nombre de passages susceptibles de deux interprétations. Nous avons inséré dans le texte celle qui nous a paru la meilleure, et en note la moins probable. 4° Nous relevons aussi les variantes de ponctuation. Le texte des anciens manuscrits n'offre aucun signe de ponctuation. Chaque éditeur est donc appelé à en placer lui-même les signes. Parfois une phrase comporte deux et même trois sens complète- ment différents, suivant qu’on la ponctue de telle ou telle manière; et les trois éditions critiques, qui ont servi de base à notre travail, offrent à cet égard de notables divergences. Nous avons indiqué celles qui valaient la peine de l’être et nous y avons ajouté les variantes que nous avons découvertes nous-même et celles qui nous ont été indiquées par d’autres travaux critiques. D° Nous insérons des notes explicatives et des éclaircissements. Nous nous sommes expliqué plus haut sur leur nature. 6° Enfin nous donnons 4 çà et là quelques détails géographiques et historiques, mais le | É INTRODUCTION 45 moins possible. Nous n’avons inséré que les remarques absolument indispensables à l’intelligence du texte; et nous les avons rédigées très brièvement. Nous avons même renoncé à toute explication exigeant des développements étendus, par exemple des détails sur la synagogue, sur le Temple, sur les Pharisiens et les Saddu- céens. Il est impossible de décrire soit ces monuments avec les cultes qui y étaient célébrés, soit ces partis avec leur histoire, sans écrire de véritables livres. Nos notes auraient été plus longues que notre traduction; et quant à les définir en trois ou quatre lignes, comme on le fait dans certaines versions contemporaines, nous n'avons pu nous y résigner. Ces quelques lignes sont néces- sairement incomplètes et par suite erronées, et nous ne pouvons que renvoyer les personnes qui désireraient des détails sur ces sujets importants à notre ouvrage : La. Palestine au temps de Jésus-Christ. Ce livre forme une introduction complète à la lecture du Nouveau Testament et s’est trouvé être d’avance les véritables notes de la présente version. Cependant nous avons dû çà et là insérer une explication histo- rique et géographique. Nous l’avons fait chaque fois que, sans elle, le texte resterait une véritable énigme. ἃ cette occasion, nous ne saurions trop nous élever contre la clause de certaines sociétés bibliques ainsi conçue: Nous publions les saintes Écritures sans notes ni commentaires. Sans commentaires, d'accord, mais sans notes! quel avantage peut-il y avoir à priver le lecteur de tout secours et à l’empêcher de comprendre certains passages inintelli- gibles s'ils ne lui sont expliqués? Qu'on supprime tout commen- taire donnant l'opinion personnelle de l’éditeur, rien de plus raison- nable ; mais des explications géographiques et historiques ne sont pas des commentaires. D'ailleurs les sociétés bibliques qui ont inséré dans leurs statuts cette clause : sans notes ni commentaires, ne publient pas de notes, en effet, et cela est très fâcheux, mais elles ne se privent nullement de publier des commentaires, et, ce qui est plus grave que de les insérer au bas des pages, elles les impriment dans le texte même. Car enfin qu'est-ce que les en-tête des chapitres sinon de véritables commentaires imposant au lecteur certaines interprétations, l’informant que tel Psaume est messia- nique, que tel passage des Prophètes se rapporte à Jésus-Christ, que le Cantique des Cantiques est un cantique d'amour de l'Église 16 LE NOUVEAU TESTAMENT pour Christ, que le printemps et l’amour y sont le symbole de l’espé- rance chrétienne, que Christ y décrit les beautés de l'Église, ete., etc. Ainsi les sociétés bibliques observent l’article de leur règlement là où il serait bon de ne pas l’observer, et elles le violent là où 1] est déplorable de le violer! Nous nous sommes généralement abstenu de tout commentaire subjectif. Nos notes et préfaces n’exposent point les diverses opi- nions de la science contemporaine sur les différents livres du Nou- veau Testament. Nous avons écarté autant que possible toute question critique non encore résolue et dont la solution provoque des débats contradictoires, et nous nous sommes borné le plus souvent à recueillir et à exposer ce qui est incontestable et incon- testé dans les travaux des théologiens de nos jours. On ne trouvera donc pas dans ce livre de discussions sur l’authenticité de tel évangile ou de telle épître; mais il est certains résultats de la cri- tique qui sont absolument avérés; ceux-là nous les signalons à nos lecteurs. Il n’est plus permis aux laïques éclairés de nos Églises de croire que l'Évangile selon saint Matthieu a été écrit tel quel par l’apôtre de ce nom, que l'Épître aux Hébreux est de saint Paul, que l’Apocalypse est nécessairement du même auteur que le quatrième Évangile et que la deuxième Épître de Pierre est au- thentique. Ce sont là des questions de fait sur lesquelles il serait contraire à la vérité de garder plus longtemps le silence. Nous avons supprimé toute division du texte, tous sommaires de chapitres et autres coupures pratiquées d'ordinaire dans les Nou- veaux Testaments modernes. Nous avons toujours trouvé ces divi- sions inutiles et même fâcheuses. Peu de personnes les lisent, et nous n'avons jamais remarqué qu’elles contribuassent à l’intelli- gence des livres saints. Nous nous sommes seulement permis de nombreux alinéas, et il n’y en a pas trace dans les manuscrits. Nous avons beaucoup multiplié ces alinéas surtout dans les Évan- giles, Le texte en est rendu plus clair et plus facile à lire. Mais si nous n'avons pas introduit de sommaires dans le texte, nous les avons remplacés par les préfaces et les notes. Les unes et les autres sont très brèves et réduites à l'indispensable. Il est évident d’ail- leurs que si notre traduction était adoptée pour l'usage ecclésias- tique, nous ferions, pour cette édition populaire, le sacrifice des préfaces et de toutes les notes qui ne sont pas rigoureusement INTRODUCTION 17 nécessaires. Nous supprimerions les remarques purement philolo- giques et les variantes de texte ou d’interprétation quand elles sont insignifiantes, et nous ne les avons relevées dans ce premier travail que dans le désir d’être complet. Nous demandons à Dieu, en terminant, de bénir cette publica- tion. Qu'elle serve à faire mieux connaître le Saint Livre et à le faire mieux aimer. Si cette version y contribuait en quelque me- sure, nous ne regretterions certes pas les longues années de travail qu’elle nous ἃ coûté. Le but que nous nous sommes proposé en l’entreprenant serait pleinement atteint. τῷ NA re no Fab i νὴ Ὁ 4 ὑοῦ À Se Haies an, RER R Me: Ne à ψιλῇ ANT AO ἐν ε NEA # D ἊΝ | Le νῷ ἵν ; ΠΝ RÉ CUS COUR" δ ῃ ΚΝ ἊΝ ITR CEST wa a Ὁ εὐ ET e pire πῶς δά ον Ἣν RAC où WARS Ro all mire LATE PTT L 5 γ ΣᾺ he ὦ ‘ L VE) Ro a ONE PRE) Ce) PRET TETE δὰ à ἊΝ | À sf Ν᾽ ΧΩ CORTE UE ὶ δ Met ete, ten DRAM με τ y ἃ \ 54 : τ 4 ΩΝ "ἰ RUE DOS ON NULS, Ἐς HF LEE * : - ᾿ i PAT, Ξ ᾷ | ἡ \ Ἂ Φ ΡΥ τ Ε cs LL D, \# δ "ἄς Ψ À r ᾿ “ΞΖ x ὶ ᾿ - ὙΠ ἱ -- ! -" Î τ . | ᾿ . i ͵ ‘ À à 4 4, ἂν “ 4 we” SE APPENDICE ἃ L'INTRODUCTION LISTE DES MANUSCRITS GRECS DU NOUVEAU TESTAMENT EN LETTRES ONCIALES ET DES MANUSCRITS DES ANCIENNES VERSIONS Nous publions, pour les personnes qui voudraient étudier de plus près la question si intéressante de la reconstruction approxi- mative du texte du Nouveau Testament, la liste des manuscrits en lettres onciales, dont aucun n’est postérieur au dixième siècle. Nous rangeons ces manuscrits en quatre catégories: ceux des Évangiles, ceux des Actes et des Épîtres catholiques, ceux des Épîtres de Paul et de l’Épître aux Hébreux et enfin ceux de l’Apocalypse. | La première colonne intitulée : Désignation, porte des lettres de l'alphabet (françaises ou grecques et l’une hébraïque). Ces lettres servent dans les éditions critiques à nommer les manuscrits. Ce sont des signes convenus entre savants; ils remplacent le nom du Codex, parce qu’il serait trop long de toujours le transcrire. La seconde colonne porte le nom véritable du manuscrit avec la date approximative de sa rédaction. La troisième intitulée: Texte, indique si le manuscrit est de la famille alexandrine ou de la famille byzantine ou si, au contraire, il a une origine occidentale et est gréco-latin. La quatrième colonne est celle du, Contenu, la cinquième celle du Dépôt et la sixième indique si le Codex a été publié, par qui et en quelle année. Manuscrits des Évangiles en lettres onciales. DÉSIGNATION Voir Actes, Ep. cath., Ep. de Paul et Apoc. “ἃς Voir Actes, Ep. cath., Ep. de Paul et Apoc. B | Voir Actes, Ep. cath., et Ep. de Paul, | C | Voir Actes, Ep. cath., | Ep. de Paul et Apoc. D | Voir Actes. NOMS ET DATES Codex Sinaïticus IVe siècle. Codex Alexandrinus Ve siècle. Codex Vaticanus IVe siècle. Codex d'Epbhrem Ve siècle. Codex Bezæ ou Cantabrigiensis VIe siècle. Codex Basiliensis Alexandrin. Alexandrin. Alexandrin. Alexandrin, Græco-latin (origine occid.) E Ville siècle. Byzantin. _ Codex Boreeli AUTRE FE ΓΑ an Te CE0TE Byzantin. Ἐ | Voir Actes, Codex Coislin Ve ou VIP siècle, Alexandrin. —————————————— À —…—— ———— À —————…—…”…”…— | ————————"—”"— ——————— | ——————————— CONTENU DÉPOT : Saint- Tout. Pétersbourg. Les trois-quarts. Manquent : ἔν. de Matth. I ES à XXV et ἕν. del Londres. Jean VI: 50 à VIT : 52. Tout. Rome. Fragments. (37 chapitres Re manquent) ir (Palimpseste). Tout. Cambridge. Tout sauf Év. de Luc. II, 4-15 Bâle. et XXIV, 47-53. Fragments. Utrecht, 9 versets. Paris. et Ep. de Paul. (τ Codex Harleien ou Wolflii A. Xe siècle, Codex Wolflii B. IXe siècle, Byzantin, Fragments, Londres. Byzantin. Fragments, Hambourg. PUBLIÉ PAR Tischendorf (1862). Woide (1786). Cowper (1861). Maï et Vercel- lone (1857). 2e édit. (1868). Tischendorf (1843). Kipling (1793). Scrivener (1864). Tischendorf. | (1846). Fragments. Wolff (1723). | Fragments. Wolf (1793). | APPENDICE A L'INTRODUCTION DÉSIGNATION | NOMS ET DATES Tischendorfian. I] 1 Débris de Voir Actes. 7 manuscrits du Veau VIIe siècle. IP Codex Cyprius IXe siècle. Codex Regius VIII siècle. Campianus Fin dulXe siècle. Purpureus Fin du VIe siècle, 16e vol. Musei Ib dans Britannici. la 8e édit. de | IVe ou Ve siècle. Tischendorf. Quelques feuilles du IX: siècle. VIITe ou IXe siècle. IXe siècle. VIe siècle. VIe siècle. IXe siècle. TEXTE CONTENU Fragments de 190 versets (Palimpseste). Alexandrin. Le même que Nb (Voir plus bas). Byzantin. Tout. Tout sauf 65 versets. (Fin spéciale pour l'Évangile de Marc). Alexandrin. Alexandrin. 97 versets. 16 versets de l'Evangile de saint Jean, (Palimpseste). 16 versets de l'Evangile Byzantin. de saint Jean. Le Magnificat et le Benedictus. Le Nunc dimittis. Le Magnificat. DÉPOT Saint- Pétersbourg. Paris. Londres : 91 v. Vienne : 18v. Rome : ἀϑν. Total 97v. Londres. Moscou. Wolfenbüttel. Oxford, Vérone. Le Magnificat, le Benedictus et le Nune dimittis. Le Magnificat, le Benedictus et le Nunc dimittis. Saint-Gall. PUBLIÉ PAR Tischendorf (1855). Tischendorf | (1846). Tischendorf. | Matthæi (1785). Paul | de Lagarde à Berlin (1861). Tischendorf |! (1855). | Bianchini (1740). Ὁ LE NOUVEAU TESTAMENT DÉSIGNATION | NOMS ET DATES TEXTE CONTENU DÉPOT PUBLIÉ PAR --------------- ----- ὦ - 5“. — —_______——————…—…"…"— - ———————— - ὁ Le Magnilicat, : re es le Benedictus aint- Of IX siècle. et Pétershourg. le Nune dimittis. 91 fragments Codex net Knittel (1762). 1 GER Alexandrin. | 486 versets des | Wolfenbüttel. | rischendorf Vie quatre Évangiles. (1860). Se © (Palimpseste). 12 fragments Ἐ ue renfermant Kittel (1762). uelpherby- : 235 verset - A ; Q nee Β. Alexandrin. d vannes Wolfenbüttel. Tischendorf Ve siècle. de Luc etde Jean. (1860). (Palimpseste). EF Fragments ou VIII siècle. dette Nantes τῷ vangiles. W (Palimpseste). PRES 916 versets odex Nitriensis Sn de l'Evangile ; R Fin du VIe siècle. Alexandrin. de Luc. Londres. (Palimpseste). Codex S GONE 304. Byzantin. Tout. Rome. année 949. | Georgi (1789) le fragment de Jean. Does 177 versets Æ Borgianus 1 Alexandrin, | % SRE © | - Rome. Ve siècle. I Alford (1859) le fragment et de Jean. de Luc. Tischendorf (1870) le tout. "LS À 85 versets Autre partie du PARC TE ee ᾿ ou Codex Borgianus| Alexandrin, des ἜΝ ἴα L L Pt LS re Ve siècle de Luc (1870). Tvwoi EU et de Jean. ἊΝ Fragments Saint Tischendorf Er VIe siècle, de l'Évangile ,, Saint- ist rendot TRE RE Pétersbourg. (1870). Fragments r SAN. de l'Evangile Saint- Tischendorf (s e gibcle “Ὁ , Ξὴλ 1} VIe siècle. de Matthieu. | Pétershourg, (1870). 21 versets. Fragments des Evangiles Tischendorf TA VIIe siècle, de Matthieu, 810). Mare et Jean. (ITU), 21 versets, APPENDICE A L'INTROLDUCTION 23 DÉSIGNATION | NOMS ET DATES TEXTE CONTENU DÉPOT PUBLIÉ PAR ————————_——— | —————————————————— | ——— | | ———————…— | — ἘΠ Nanianus 1 Byzantin. Tout. Venise. Xe siècle. à 4 Mosquensis Byzantin. | Presque tout. Moscou. IXe siècle. 23 versets ΞΕ » Wa Codex Reg. | Ajexandrin. | de l'Évangile Paris. | Tischendorf | VIII siècle. ue (1846). Ἔ 90 versets Ἢ + | We VIIIe siècle. ane πμῦ Tischendorf. νὰ [Χ5 siècle. ἐπ re Cambridge. | Scrivener. Évangile de à Jean IN: 944. | (ON Monacensis Ξ fin du IX ou Nombreux : Ξ yzanti Pres τας inich. X commencement | Byzantin. fragments. QUE du Xe siècle. | ἜΠΟΣ Évangile Tischendorf | 3 arberini , de Jean XVI, 3 ISCHENGOTT | Y vers le Alexandrin. à XIX, A. Qt (1846). γΠΠ5 siècle. 137 versets. -- --τττὸ.τὸὃ»᾽ τ---Ἐ-Ἐ-Ἐ-Ἑ-““Ἐ | ———— | ————————————— -.--... ττ-ς-ς-ς- --Ά.ςὸ.- - ------᾽---- 290 versets Codex de l'Evangile | ΤΆ Dublinensis Alexandrin. de Matthieu Dublin. [Barrett (1801). Vie siècle. en 22 fragments (Palimpseste). Oxford. | Codex Évangile ΕΣ RE Ν x Γ Tischen- de Luc entier Saint- Tischendorf | dorfianus IV Byzantin. | οἱ 531 versets | Pétersbourg. (1855). 81 des autres |Elles y ont été > vangiles. portées par AE Tischendorf en 1859. Δ ὕες Tout sauf | même. que ee Évangile de | Saint-Gal. |Rettig (1836). Se mit RAGE) (88e de PAL > IXe siècle. à 35. | ——_—_—_—_——————— |“ ——— | — | ——— Codex 40 versets Tischendorf | Tischen- : Σ ἘΠ ΠΕ ΕΞ (1846) et avec dorfanus 1 | Alexandrin. τῇ Re ἀν Πρ. suppléments | VIIe siècle. (1851). 24 LE NOUVEAU TESTAMENT DÉSIGNATION | NOMS ET DATES TEXTE CONTENU | DÉPOT PUBLIÉ PAR b VIe ou VIIe Fragments de | (©) siècle. Matth. et Marc. ER Fragments de 9° VIS siècle. Matth. et Jean. VIIe ou Fragments d ἧς 5 Θ VII siècle. de Luc, O° VE siècle. Fragments Saint- Tischendorf f te Sèc Fragments de © VI siècle. Matth. et Marc. PEUR Fragments .» e à Os VIe siècle. de Jean, b Ne οῃ Χο seche Fragments Θ ou SIÈGE de Matthieu. de Matthieu, = (1870), | 14 versets (1) Le ci des Evangiles Tischendorf ne AE de Matthieu (1846). et de Luc. Codex Évangiles A © Tischen= Byzantin, [de Lucetde Jean| Oxford. dorfianus TT, en entier. Codex +5 Zacvnthius 342 versets Londres. Paul _ VIII siècle. de l'Evangile | (Bibliothèque | ὁ Lagarde - (peut-être de Luc. | | de la Société | (Berlin, 4861) VIe siècle) (Palimpseste). biblique). Codex ἘΞ ἔν ὙΥῖ | TI Petropolitanus _Tout sau χὰ Saint- | IXe siècle, 11 versets. Pétersbourg. | Découvert par Gebhardt | Codex Græcus Evangiles EL RARE x | purpureus de Matthieu (Rae | 2 Rossanensis ee de Marc. (Calabre) ressemble à N) {Le reste est édité de perdu), ARCS Gieseke et Devrient Leipzig (1880). APPENDICE A L'INTRODUCTION Manuscrits des Actes des Apôtres et des Épitres catholiques en lettres onciales. DÉSIGNATION | NOMS ET DATES Voir Évang., Ep. de Paul et Apoc. Sinaïticus IVe siècle. A Voir Évang., Ep. de Paui et Apoc. Codex Alexandrinus Ve siècle. B Voir Évang. et Ep. de Paul. Codex Vaticanus IVe siècle. C Voir Évang., Ep. de Paul et Apoc. Codex d'Ephrem Ve siècle. D Codex Bezæ ou Cantabrigiensis Voir Évang. VIe siècle Codex E Laudianus Fin du VIe siècle. Codex Coislin VIe ou VIIe Fa Voir Évang. et Ep. de Paul. VIle siècle. TEXTE Alexandrin, Alexandrin. Alexandrin. Alexandrin. Græco-latin (origme occidentale). (Origine occidentale). Alexandrin. CONTENU Tout. Tout. Tout. Tout sauf la deuxième épitre de Jean et dix chapitres des Actes. (Palimpseste). Les Actes en entier. Les Epitres cath. manquent. La traduction latine de 3e Ep. de Jean 11-15 a seule été conservée, Les Actes sauf XX VI: 29 à XXVII, 26. Les Epitres cath. manquent. 5 versets des Une feuille in-0ctavo renfermant Actes IL, 45 à IL, 8. Pétershourg. Londres. Rome. Paris. Cambridge. Oxford. Pétershourg. PUBLIÉ PAR Tischendorf (1862). Woïde (1186). Cowper (1861). Maï et Vercellone | (1857). | 2e édit. (1868). Tischendorf | 843). Kipling (1793). Scrivener (1864). Hearne (1715). Tischendorf | LE NOUVEAU TESTAMENT DÉSIGNATION I Voir Évang. K Voir Épitres de Paul. (autrefois G) Voir Epitres de Paul. PF | Voir Épitres de Paul. ἐς Voir Evang., Actes, Ep. cath. et Apocal. Voir Évang., Actes, Ep. cath. et Apocal. | Voir Évang., Actes Οἱ Ep, cath. Voir Evang., Actes, Ep. cath. et Apoc. | NOMS ET DATES Ι ΤΕΧΤΕ Mutinensis Actes du IX° siècle. (Epîtres du XIIe siècle, en lettres cursives.) Byzantin. Codex Tischen- dorfianus II Débris de 7 manuscrits du Ve au VII siècle. Alexandrin, Codex Mosquensis Byzantin. IXe siècle. Codex Angelicus (Biblioth. Angelicæ) Fin du IX: siècle, Byzantin. Codex. Porphyrianus IXe siècle. CONTENU Presque tout. Fragments : Actes XX VIII : 8-17 Actes IL: 6-17 Act. XXVI: 7-18 Act. XI : 39-46 (Palimpseste). Les Epitres cath. en entier. Les Actes manquent. Les Actes depuis VII, 10 jusqu’à la fin. Epitres cath. en entier. Tout (Palimpseste). en lettres onciales. Codex Sinaïticus IVe siècle. Alexandrin. Codex Alexandrinus Ve siècle, Alexandrin. Codex Vaticanus 1Ve siècle. Alexandrin. Codex d'Ephrem, άλρλτν Alexandrin, Ve siècle, : Tout. Tout sauf de Ile Corinth. IV, 13 ἃ XI, 6. Tout sauf la fin de l'Epitre aux Hébreux à partir de IX, 14 et les Pastorales. Manquent la 2e Epitre aux Thessaloniciens et 42 chap. des autres En. ‘Palimpseste). DÉPOT Modène. Saint- Pétersbourg. Moscou. Pome. Saint- Pétershourg. Saint- Pétersbourg. Londres. Rome, Paris. PUBLIÉ PAR Tischendorf (1855). Tischendorf, RE TRE PERTE TE EL EE EEE TEE EE RE ET ER TEE EE TPE LME PISE PEN Manuscrits des Épîtres de saint Paul et de l’Épître aux Hébreux Tischendorf (1862). Woide (1786). Cowper (1861). | | | Ι | Maï et Vercellone (1857). 2e édit, (1868). Tischendorf (1843). tel ED, 7 7. APPENDICE A L’INTRODUCTION Def DÉSIGNATION | NOMS ET DATES TEXTE CONTENU DÉPOT PUBLIÉ PAR | Ἶ . Tout sauf Græco-latin. |Ep. aux Romains Claromontanus | (Alexandrie [1:1 à Tet 27-30. VIe siècle. 1 pourorigine). [et I Corinth. XIV, 13 à 22. Tischendorf Codex ἥν 2. Sangermanensis | Byzantin. PRE D 6 à e D). Xe siècle. Pétersbourg. ὧδ Ἐπ Codex Coislin Tischendorf Voir Evang., | Vie ou VIIe Alexandrin. 10 versets. (1846). Actes siècle. 5 et Ep. cath. Scrivener LRESIRE Alexandrin. | Presque tout. | Cambridge. (1859) IX siècle. Boernerianus | Græco-latin. liege TN Fin du IX siècle. (1791). 9 feuilles 5 ' 12 ue Montfaucon | 14 feuilles Rd dans la | Alexandrin. (en tout. 2 feuilles 1. pipliotheca 56 versets). à Saint- Coisliniana. | Pétershourg. Ὦ “| Codex Coislin VIe siècle. Codex Tischen- dorfian. 1] VIe siècle. Ξ ἧς AIR mais manuscrit ᾿ Mosquensis Byzantin. Dre Moscou. Voir Actes es Χο siècle. en trois endroits. οἱ Ep. cath. 2 LE Codex Angelicus Bat Tout jusqu'à : Voir Actes |FindulXesiècle.| PYÆNUR. Hébreux ΧΠῚ,10. ‘0m: et Ep. cath. Hébreux E, 1 | Codex Ruber à IV, 3 Tischendorf | Xe siècle. et XI!, 20 (1855). à XII, 25. Douze versets Fragmenta des Hébreux X : Mosquensia aa Moscou. VIe siècle, 99 ἃ 91 et 35 à 38. P S Codex + Voir Actes, 1 Porphyrianus Τοῦῖ Sant Ep. cath. IXe siècle. (Palimpseste). | Pétersbourg. et Apocal. Tischendorf. | LE NOUVEAU TESTAMENT Manuscrits de l’Apocalypse en lettres onciales. || DÉSIGNATION | NOMS ET DATES TEXTE CONTENU DÉPOT PUBLIÉ PAR | | N | Voir Évang., Codex Sinaïticus à Saint- Tischendorf | Τὰ ἢ IVe siècle. Alexandrin. Tout. Pétersbourg. (186). | et Ép. de Paul. A | || Voir Évang., Codex Woiïde (1786). Ϊ Actes, Alexandrinus | Alexandrin. Tout. Londres. Cowper | Ep. cath. Ve siècle. (1861). et Ep. de Paul. Tischendorf Codex Vaticanus (1846). 12; Fin. Byzantin. Tout. Rome. Mai (1858). | du VIILe siècle. Tischendorf | (1869). C Tout sauf Voir Evang., [Codex d'Ephrem z 8 chapitres Ξ Tischendorf, _ Actes, Ve siècle Alexandrin. entièrement Paris. (1843) Ep. cath. ὶ ἢ perdus ς : let Ep. de Paul. (Palinpseste). | ἊΣ P Codex Tout Saint- τὰ πον Voir Actes, | Porphyrianus το τ έαν | Pétersboure. | TSCIEROONE) Ep. cath. IXe Siècle (Palimpseste). | :6rS20S: let Ép. de Paul. 1 Telle est la liste des manuscrits en lettres onciales qui sont connus. Nous disons connus, car les bibliothèques des nombreux couvents de l'Orient renferment certainement bien des trésors encore inexplorés. Le lecteur aura remarqué que le dernier ma- nuscrit des Evangiles n’a été découvert qu’en 1880. Ce n’est d’ailleurs qu'en 1859 que Tischendorf a trouvé son précieux Sinaï- ticus. Qui sait si un jour, bientôt peut-être, la Bibliothèque du Phanar à Constantinople ou celle de quelque monastère grec ne nous donnera pas un manuscrit plus ancien encore que tous ceux que nous connaissons ? APPENDICE A L'INTRODUCTION 29 LES MANUSCRITS DES ANCIENNES VERSIONS Voici, après les manuscrits grecs, la liste des manuscrits des plus anciennes traductions en langue latine et syriaque dont nous avons dit plus haut l’importance en parlant de la reconstruction du texte : Anciennes versions latines. Quelques-uns des livres du Nouveau Testament furent traduits de très-bonne heure en latin. On donne le nom d’Zfala ou de Vetus Itala à celle de ces versions qui l’emporta sur les autres et qui était généralement en usage au quatrième siècle avant l’appa- rition de la révision de saint Jérôme. Le sens du mot Jfala, qui est employé par saint Augustin, est d’ailleurs inconnu. NOMS ET DATES L’Itala, version latine, d'origine afri- caine, faite au plus tard au milieu du second siècle. Manuscrits des Évangiles : a. Vercellensis (IVe siècle) se trouve à Vercelli. b. Veronensis (IVe ou Ve), à Vérone. e. Manuscrit de Colbert, à Paris. d. Manuscrit de Th. de Bèze (VI-), à Cambridge. e. Palatinus (IVe et Ve), à Vienne. f. Brixianus (VIe), à Brescia. ff: et ff? codd. Corbeienses (autrefois à Corbeil en Picardie, très anciens). g1 et g? Sangermanensis (comme E des Ep. de Paul, très ancien). h. Claromontanus (IVe ou Ve), à Rome. i. Vindobonensis (Ve ou VI-), à Vienne. 7. Sarzamensis (Ve) (découv. en 1872). k. Bobbiensis (IVe ou Ve). L. Rhedigerianus (VII*), à Breslau. m. Extraits de Maï (1843) (VI+ ou VIe). 1. Sangallensis (IVe ou Ve), à St-Gall. . p. Autres fragments à St-Gall (115) Monacensis, à Munich (VI:). . Mediolanus, à Milan (Ve ou VI:). . Le latin de A (v. manuscrits grecs) = O2 RQ © CONTENU Tous les manuscrits renferment les Evangiles. Les Actes des Apôtres sont dans d, m, e (ce dernier est la version latine des Actes de E). Les Epîtres catholiques sont dans ff et m des Evangiles. Les Epiîtres de Paul sont dans m» des Evangiles, dans d. e, 7, g de D,E, F, G, décrits dans notre liste des manuscrits grecs et dans gue. Cod. Guelpherbytanus (VIe) trouvé à Wolfenbüttel, et r. Frisingensis (Ve ou 15), à Munich. | L’Apocalyvpse se trouve dans un seul manuscrit : m des Evangiles. La seconde EÉpitre de Pierre et l’Epitre de Jude ne se trouvent dans aucun des manuscrits de l’Ztala. 30 LE NOUVEAU TESTAMENT En tout 32 manuscrits (40 en comptant la même copie plus d’une fois). Avec les extraits des Pères, ces manuscrits sont tout ce qui nous a été conservé des versions latines antérieures à saint Jérôme. a, b, c et à sont les plus anciens et sont écrits dans le vieux latin africain primitif. Leur accord avec D et avec la Syriaque de Cureton est remarquable. On suppose que f et les autres manus- crits sont écrits dans le vieil africain, corrigé dans le nord de l'Italie, et que ce sont eux qui constituent l’Itala de saint Augustin. Tischendorf estimait beaucoup 1; et g. D'ailleurs les questions rela- tives à l’autorité des divers manuscrits de l’Itala ont été jusqu'ici imparfaitement étudiées. Anciennes versions syriaques. NOMS ET DATES ÉDITIONS CONTENU La Peschito. Trèssouvent publiée: Le Nouveau Testament pour la première fois | en entier sauf la 2e Epitre Traduction en syriaque RS ν en 1555; pour la der- | de Pierre, la 2e et la 3e de de la fin du second siècle. nière en 1829. Jean, l’Épitre de Jude et Très grand nombre de l’Apocalvpse. : manuscrits. Manquent également : ἕν. de Jean VII, 53 à VIN, 11. — Évang. de Matthieu XXVII, 35. — Actes VIII, 37 ; XV, 34; XXNIIT, 29, Are Épître de Jean V, 7. La Syriaque de Gureton. Imprimée en 1848. Fragments : Évang. de : Me Rééditée en 1858 avec | Matth. 1, 4 à VIII, 22: Un seul manuscrit du | : ÿ RTL PEU SE k ICS ᾿ | . | traduction anglaise lit- | X, 32 à XXIII, 95. Ev. de Ve siècle découvert pau ral M ΧΥΙ 17 #: ἌΜΕ “ει. 3 κ᾿ 2e o ὌὋ . = . L . τὶ Cureton est au British | érale rc Mon ox dise Jean 1, 1 à 42; 111, 6 à VII, 37; XIV, 108192: 46 à 18: 19 à 23 et 26 à 29. Év. de Luc II, 48 à III, 16; VII, 33 à XV, 21; XVII, à XXIV, 44. | En tout 1786 versets. Museum à Londres. Date inconnue; semble sensiblement postérieure à la Peschito. APPENDICE A L'INTRODUCTION PS | NOMS ET DATES La Philoxénienne. Traduction syriaque ab- solument servile et dont la Peschito est la base, faite en 508 aprés J.-C., dit-elle elle-même, pour Philoxénos évêque de Hié- rapolis (488 à 518). Plusieurs manuscrits. La Syriaque de Jérusalem. (Ve ou VIe siècle). Un seul manuscrit connu (Va- tican). 11] est daté de 1030 après J.-C. Le nom de cette version vient de ce que sa langue rappelle celle du Talmud de Jérusalem. La Syriaque Karkaphen- sienne. Version en usage chez. les syriaques de Karkuf, ville de la Mésopotamie ; étroit rapport avec la Peschito. Un manuscrit au Vatican daté de 980 après J.-C. ÉDITIONS Publiée: les Évan- siles en 1788; les Actes et les Épîtres catholi- ques en 1799; les Épi- tres de Paul en 1808. Publiée en 1861-1864, à Vérone. CONTENU Tout le Nouveau Testa- ment sauf l'Apocalypse. Lectionnaire c'est-à-dire Évangiles du dimanche et de la semaine pour les huit semaines après Pâques et ceux du samedi et du di- manche pour le reste de année. Les lectures de la semaine sainte etles Évan- giles de la résurrection. Le Nouveau Testament dans l’ordre suivant : Actes des Apôtres, Épi- tre de Jacques, 116 Ép. de Pierre, re de Jean, 14 Épîtres de Paul. Les Évan- giles. Le reste manque. Les critiques consultent aussi les plus anciens manuscrits de la Vulgate latine, traduction ou révision faite par saint Jérôme sur la demande du pape Damase à la fin du quatrième siècle. Les plus importants parmi ces manuscrits sont : am. Codex amiatinus (à Florence) (541). fuld. Codex fuldensis (abbaye de Fulda dans la Hesse-Cassel) (546). tol. Codex toletanus (à Tolède) (vm° siècle). for. Codex forojuliensis (à Friuli) (στὸ siècle). +2 LE NOUVEAU TESTAMENT per. Fragments de l’Evangile de Luc (à Pérouse). harl. Codex harlejen (vu° siècle). Il faut noter encore les versions en langue copte. On appelle de ce nom, dont l’origine est incertaine, la langue parlée par les chrétiens égyptiens des premiers siècles. Il y avait trois dialectes coptes : 1° le Sahidique ou Thébaïque ; 20 le Bahirique ou Memphitique ; 3° le Bashmurique. Des traductions de livres du Nouveau Testament en Thébaïque et en Memphitique furent faites de bonne heure, peut-être avant la fin du second siècle. ᾿ Voici la liste des manuscrits de la version memphitique : Manuscrits des Évangiles. 5 à la Bibliothèque Bodléienne à Oxford. D au British Museum à Londres et des fragments. ni à la Bibliothèque de la Société biblique à Londres. 1 à la Bibliothèque du comte de Crawford. 2 à celle de Lord Zouche à Parham en Écosse. 8 à la Bibliothèque nationale à Paris. 2 à la Bibliothèque publique de Berlin. « 4 à celle du Vatican. Manuscrits des Actes, des Épitres catholiques et des Epiîtres de Paul. à la Bibliothèque Bodléienne ἃ Oxford. .,» »- 1 au British Museum à Londres, 9 à la Bibliothèque de Lord Zouche à Parham en Écosse. > à la Bibliothèque nationale à Paris. 3 à la Bibliothèque publique de Berlin. 3 à celle du Vatican. APPENDICE A L'INTRODUCTION 33 Manuscrits de l’Apocalypse. 1 à la Bibliothèque Bodléienne à Oxford. 1 à la Bibliothèque du comte de Crawford. 2 à celle de Lord Zouche à Parham en Écosse. 2 à la Bibliothèque nationale à Paris. 4 à Rome (dans diverses bibliothèques). Le texte de cette version memphitique a une très grande impor- tance critique. La version thébaïque et surtout la version bashmurhique ont moins d'importance ; celle-ci fut faite à la fin du troisième ou au commencement du quatrième siècle et n’est qu'une adaptation de la thébaïque. Il nous reste à signaler : I. La version gothique faite par Ulphilas (318-388) dont nous avons trois manuscrits : 1° le Codex Argenteus (à Upsal) contenant des fragments des Évangiles dans l’ordre suivant : Matthieu, Jean, Luc, Marc (188 feuilles). I1 date du cinquième ou sixième siècle et à été publié en 13854. 2° Le Codex Carolinus (le même que P et Q, le Guelpherbytanus). Il renferme 40 versets de l'Épître aux Romains (publié en 1762). 9° des fragments (palimpseste) de 5 manuscrits qui sont à la Bibliothèque ambroisienne à Milan, publiés en 1819. Ce sont des passages des Évangiles et des Épîtres de Paul. En 1843, nouvelle édition complète (Leipzig). II. La version arménienne (V° siècle). Elle n’a point de valeur critique, parce que ses manuscrits sont modernes et ont été révisés en 1224-1270 (date de la soumission de l’Église arménienne à Rome) sur la Vulgate latine. Elle ἃ été publiée en 1666. Le Nouveau Testament a été réédité en 1789. La Bible entière en 1805. On en ἃ publié aussi une belle édition à Venise en 1816. 34 LE NOUVEAU TESTAMENT III. La version éthiopienne (qui date au plus tôt du quatrième siècle, au plus tard du sixième ou septième siècle). Nous n’en possédons pas de manuscrits antérieurs au quinzième siècle. L’Ancien Testament en ἃ été traduit sur les Septante; le Nou- veau sur le grec, mais par un homme qui n’en avait qu’une con- naissance imparfaite. Les Psaumes ont été imprimés à Rome en 1513; le Nouveau Testament également à Rome en 1549. II se trouve aussi dans la Polyglotte de Walton (mais le texte qu’elle en donne est fautif) et dans la Polyglotte de Brunswick (1753). Enfin la Société biblique de Londres a publié le Nouveau Testa- ment éthiopien (1826-1850). IV. La version géorgienne ou ibérienne qui est du sixième siècle. Elle a été publiée à Moscou en 1743. Des fragments en ont été publiés à Berlin en 1844 et à Saint-Pétersbourg 1816-1818. V. La version slave qui est de la fin du neuvième siècle. Elle a été faite par Cyrille et Méthodius et apportée en Russie en 980. Le plus ancien manuscrit complet, renfermant toute la Bible, est de 1499. On l’a imprimée pour la première fois en 1581. VI. Les versions anglo-saxonnes du Nouveau Testament et d’une partie de l’Ancien, faites du huitième au onzième siècle. Nous disons les versions, car plusieurs traducteurs y ont travaillé. Elles ont été publiées par Mill et Marshall en 1665 (en parallèle avec la gothique). Une autre édition moins bonne a paru à Londres en 1842. VII. Une version franque de saint Matthieu : Un manuscrit du neuvième siècle est à la Bibliothèque de Saint- Gall. Elle a été publiée en 1827 par Schmeller. Elle ἃ été probablement faite sur le latin. VIII. Deux versions perses des Evangiles. Elles n'existent qu'imprimées. La première est dans la Poly- glotte de Walton avec une traduction latine de Samuel Clarke. APPENDICE A L'INTRODUCTION 3) Faite probablement sur la Peschito, elle peut servir à en cor- riger le texte. La deuxième a été faite sur le grec vers le quatorzième siècle. Sa publication commencée en 1652 à Cambridge a été achevée en 1657 à Londres. IX. De nombreuses versions arabes. 1° En 719, Jean, évêque de Séville, traduisit la Bible en arabe. Tischendorf a rapporté d'Orient plusieurs manuscrits de versions arabes. 2° Le Nouveau Testament ἃ été traduit en entier en 1272 (988 de l'ère des martyrs) et imprimé à Leyde en 1616. Cette version est excellente, mais a été révisée sur l'Égyptienne. Le Nouveau Testament se trouve dans la Polyglotte de Paris (1657) et a paru à Rome avec la Peschito en 1703. La dernière édition en ἃ paru à Londres en 1727 par les soins de la Société pour la propa- gation du christianisme. Ecrivains ecclésiastiques des premiers siècles qui citent les livres du Nouveau Testament dans leurs écrits ow qui font allusion à leurs auteurs et que nous nommons dans nos préfaces. Témoignages de la première moitié du second siècle : Papias. Du milieu du second siècle : Polycarpe, Justin martyr, Hege- sippe, Hermas. . De la fin du second siècle : Irénée, Clément d'Alexandrie, Ter- tullien. De la première moitié du troisième siècle: Hippolyte, Origène. Du milieu du troisième siècle : Cyprien. De la fin du troisième siècle: Méthodius. Du commencement du quatrième siècle: Eusèbe de Césarée, Athanase. Du milieu du quatrième siècle : Basile le grand, Cyrille, Hilaire de Poitiers. De la fin du quatrième siècle : Jérôme, Épiphane, Ambroise de Milan, Chrysostome, Augustin. PÉVANCGILE SELON SAINT MATTHIEU PRÉFACE Les quatre Évangiles portent dans tous les anciens manuscrits ces titres : selon Matthieu, selon Marc, selon Luc, selon Jean. Aujour- d’hui cette manière de parler, signifierait : Évangile écrit d’après l’enseignement de Matthieu, de Marc, de Luc ou de Jean, et n'impliquerait pas nécessairement que les Évangiles ont été com- posés par ces écrivains; mais, dans le cas particulier qui nous occupe, ce serait une erreur que de donner un tel sens au mot : selon. L'Église primitive en le choisissant, entendait dire que l'Évangile, quel que soit l’homme qui le raconte; est toujours l'Évangile de Jésus-Christ. C’est Jésus-Christ qui nous ἃ donné l'Évangile : c’est Jésus-Christ seul qui en est l’auteur. Mais il ne l’a pas écrit lui-même ; ses disciples ont rédigé son Évangile et l'expression selôn Matthieu, Marc, Luc ou Jean signifie bien que ce sont Matthieu, Marc, Luc et Jean qui ont mis par écrit l'Évangile de Jésus-Christ. Ces quatre Évangiles n’ont jamais été contestés dans l'Église pri- mitive. Les trois premiers racontant souvent les mêmes faits, sont appelés Évangiles synoptiques, et il ne nous reste en réalité sur la vie de Jésus-Christ que deux sortes de documents ; le premier 38 LE NOUVEAU TESTAMENT formé par les trois premiers Évangiles, le second par le quatrième. Ce sont deux types d'informations fort différents et qu'il faut soi- gneusement distinguer. Nous n’en avons pas d’autres; nous ne pouvons ajouter aucune foi aux Évangiles dits apocryphes. Ils sont tous de composition tardive et n’ont jamais mérité aucun crédit. Quant aux autres Évangiles authentiques auxquels Luc fait allu- sion aux premières lignes de son récit (ἔν. de Luc 1, 1) et qui ont été nombreux, ils ont été perdus. Le premier des quatre que nous possédons porte le nom de Matthieu, un des douze apôtres de Jésus-Christ. Et, en effet, l’antiquité chrétienne tout entière a considéré cet apôtre comme l’auteur du premier Évangile. Une telle opinion, exprimée sous cette forme, est une erreur. Ce n’est pas l’apôtre Matthieu qui a écrit notre premier Évangile. L’apôtre Matthieu avait écrit en hébreu un recueil des discours de Jésus-Christ. Ce fait nous est formelle- ment attesté par Papias, un des plus anciens écrivains chrétiens, qui vivait dans la première moitié du second siècle. Ce Papias, dans un ouvrage malheureusement perdu, mais dont Eusèbe, dans son Histoire ecclésiastique, cite quelques fragments, s’exprimait ainsi: Matthieu avait réuni et ordonné les discours du Seigneur en langue hébraïque et chacun les traduisait comme il pouvait. On ἃ prétendu quelquefois que notre Évangile ne serait autre qu’une traduction en grec de l’œuvre de Matthieu. Mais 1] est de toute évidence que le premier livre du Nouveau Testament est un écrit original. Il a des particularités de style qui excluent formellement toute idée de traduction et la manière dont l’Ancien Testament y est cité le démontre aussi sans réplique. De plus, notre premier Évangile est, comme ceux de Marc et de Luc, un écrit ne portant aucune trace de la rédaction d’un apôtre témoin oculaire des faits qu’il raconte. Enfin ce livre est anonyme et son auteur ne se donne nulle part pour l’apôtre Matthieu. Aujourd’hui les critiques sont unanimes à considérer notre premier Évangile comme un ouvrage pour la rédaction duquel son auteur a eu diverses sources à sa disposition et avant tout le recueil des discours de Jésus-Christ rédigé en hébreu par l’apôtre Matthieu. Ce recueil, reproduit par notre auteur dans son Évangile, est donc parvenu jusqu’à nous et c’est à bon droit que nous continuons d'écrire le nom de Matthieu en tête du premier des livres du Nouveau Testament. ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU — PRÉFACE 39 Le but du rédacteur est de démontrer aux Juifs que Jésus est le Christ. De là ses allusions fréquentes aux antiques prophéties. Il écrivit son livre peu de temps avant la catastrophe de l’an 70, et en Palestine. Il n’y a aucune témérité à préciser davantage et à dire que l’ouvrage fut composé à Pella, sur la rive gauche du Jourdain, là où les chrétiens s'étaient réfugiés pendant la guerre juive qui éclata en 66. L'auteur de l'Évangile selon Saint Matthieu ne raconte pas les faits dans un ordre rigoureusement chronologique. Nous divisons son écrit en quatre grandes parties. La première raconte les faits qui ont précédé le ministère de Jésus-Christ (1 : 1 à 4: 12). Après avoir donné la généalogie des ancêtres du Christ à partir d’Abra- ham (1 : 1 à 18), il raconte sa naissance et son enfance, (1 : 18 à ch. 3); puis le ministère de Jean-Baptiste (3 : 1 à 13); le baptême et la tentation (3 : 13 à 4 : 12). Dans la seconde et dans la troisième partie, l’auteur expose le ministère de Jésus-Christ, d’abord en Galilée et hors de Palestine, ensuite en Judée et à Jérusalem. Cette division se retrouve iden- tique, dans les deux autres synoptiques. La seconde partie (ministère de Jésus-Christ en Galilée et hors de Palestine), s’étend de 4 : 12 au ch. 19. Elle s’ouvre par le récit de l’établissement de Jésus à Capharnaüm, la vocation des premiers disciples et le sermon sur la montagne (4 : 12 à ch. 8). Viennent ensuite, sans aucun ordre chronologique, des récits de miracles et des entretiens avec les Pharisiens (ch. 8 à ch. 9 : 35), l’envoi des douze en mission (9 : 35 à 11 : 2), l'opposition des incrédules et des adversaires (11 : 2 à ch. 13) une série de paraboles sur le Royaume de Dieu (ch. 13 : 1 à 53), de nouvelles manifestations hostiles et quelques récits de miracles (18 : 53 à 16 : 13); l’afür- mation solennelle de la messianité de Jésus et des devoirs de ses disciples (16 : 13 à ch. 19). La troisième partie (ministère de Jésus-Christ en Judée et à Jérusalem) commence au chapitre 19 et se termine au chapitre 26. Elle s'ouvre par des entretiens de Jésus sur divers sujets (ch. 19 et 20). L'auteur nous rapporte ensuite l'arrivée à Jérusalem 40 LE NOUVEAU TESTAMENT (ch. 21 : 1 à 23), les discussions dans le Temple (ch. 21 : 23 à ch. 24) ; le discours sur la ruine de Jérusalem et sur la fin du monde et les paraboles sur le jugement dernier (ch. 24 et 25). La quatrième partie raconte la Passion et la Résurrection. Elle commence avec le chapitre 26 et s'achève avec l'Évangile. Le repas de la Pâque nous est rapporté tout d’abord (ch. 26 : 1 à 30) ; puis l’arrestation, le jugement et la crucifixion (26 : 50 à ch. 28), et enfin le chapitre 28 renferme le récit de la résurrection. L'ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU TABL 1 Littéralemen 2 Ou : Hesrôm 3 Ou : Boos. E GÉNÉALOGIQUE DE JÉSUS-CHRIST 1, FILS DE DAVID, FILS D’'ABRAHAM Abraham engendra Isaac; Isaac engendra Jacob; Jacob engendra Juda et ses frères ; Juda engendra Pharès et Zara qu'il eut de Thamar ; Pharès engendra Esrôm ? ; Esrôm ? engendra Aram ; Aram engendra Aminadab ; Aminadab engendra Naasson ; Naasson engendra Salmon ; Salmon engendra Boës, qu'il eut de Rachab; Βοὸ ὁ engendra Jobed, qu'il eut de Ruth; Jobed engendra Jessaï ; Jessaï engendra David, le roi; t: Livre de génération de Jésus-Christ. 4, 1 19 σι 10 11 13 14 16 DS 19 1 Ou : Achas. 2 Ou : Hézéchias. LE NOUVEAU TESTAMENT David engendra Salomon, qu’il eut de la femme d'Urie; Salomon engendra Roboam ; Roboam engendra Abia; Abia engendra Asaph; Asaph engendra Josaphat ; Josaphat engendra Joram ; Joram engendra Ozeia ; Ozeia engendra Joatham ; Joatham engendra Achazt; Achaz 1 engendra Ezéchias ? ; Ezéchias ? engendra Manassé; Manassé engendra Amon; Amon engendra Josias; Josias engendra Jéchonias et ses frères (c'était au temps de la déportation à Babylone). Après la déportation à Babylone : Jéchonias engendra Salathiel ; Salathiel engendra Zorobabel ; Zorobabel engendra Abioud ; Abioud engendra Eliakeïm ; Eliakeïim engendra Azôr ; Azôr engendra Sadok ; Sadok engendra Acheïm ; Acheïm engendra Elioud ; Elioud engendra Eléazar ; Eléazar engendra Matthan ; Matthan engendra Jacob; Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, dit le Christ. PT OO TS 0 OUT ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 43 En tout donc, d'Abraham jusqu’à David : quatorze générations. — De David jusqu’à la déportation à Babylone : quatorze généra- tions. — De la déportation à Babylone jusqu'au Christ: quatorze générations. Voici comment Jésus-Christi vint au monde? : Marie”, sa mère, après avoir été fiancée à Joseph et avant qu'ils eussent vécu ensemble, se trouva enceinte par l'Esprit saint. Or Joseph, son mari, était un juste“. Ne voulant pas lui faire affront, il résolut de rompre avec elle sans bruitÿ. Comme il était en cette pensée, un ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit: « Joseph, fils de David, n'hésite pas à rece- voir chez toi, ta femme, Marie, car ce qu'elle ἃ conçu est de l'Esprit saint. Elle mettra un fils au monde et tu lui donneras le nom de Jésus; c’est lui, en effet, qui sauvera 5 son peuple de ses péchés. » (Or tout cela arriva afin que fût accompli ce que le Sei- gneur avait dit par le prophète en ces mots : « Voici la vierge sera enceinte; elle mettra un fils au monde; Et on lui donnera le nom d'Emmanuel?7» ce qui signifie : Dieu avec nous.) Joseph, à son réveil, agit d’après les ordres de l'ange du 1 Quelques anciennes autorités omettent le mot Jésus. Sur le sens du mot Christ, voir note sur Jean 1, 41. 2 On peut, d’après une autre ponctuation, faire de cette phrase la conclusion de ce qui précède et traduire alors après le mot générations : Telle fut donc la généalogie (ou : la génération) de Jésus-Ghrist, puis commencer ainsi le para- graphe suivant: Marie, sa mère, etc. 3 Ce nom devrait s’orthographier Maria, Mariam ou Marian. Nous avons adopté l’orthographe usuelle. 4 Un juste. Ce mot signifie en français moderne: Un honnête homme. 5 Chez les Juifs de ce temps-là, la rupture des fiançailles était considérée comme un véritable divorce. On vient de voir que le fiancé s'appelait déjà le mari. 6 Jésus est un mot hébreu (Jeshoua) qui signifie sauveur. De là cette remarque: C’est lui, en effet, qui. etc. 7 Ésaïe 7, 14. 47, 1 18 19 19 ε9 ἘΘ 10 11 Lily LE NOUVEAU TESTAMENT Seigneur : 1l reçut sa femme chez lui; et il ne la connut point avant qu'elle eût mis au monde un fils auquel il donna le nom de Jésus. Jésus étant né à Bethléem, dans la Judée, aux jours du roi Hérode!, des mages arrivèrent d'Orient à Jérusalem. «Où est, demandèrent-ils, le nouveau-né, roi des Juifs? Nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus pour l’adorer. » En entendant de telles paroles, le roi Hérode fut troublé et, avec lui, toute la ville de Jérusalem; il convoqua tous les chefs des prêtres et scribes du peuple et s’informa d’eux où devait naïtre le Christ. Ils lui répondirent : «A Bethléem dans la Judée. » (Voici, en effet, ce qui a été écrit par le prophète : «Et toi, Bethléem, terre de Juda, [de Juda, Tu n'es certainement pas le plus petit des chefs-lieux Car de toi sortira un conducteur Qui paîtra mon peuple, Israël?. ») Là dessus, Hérode fit appeler les mages en secret et s’informa auprès d'eux de l’époque où l'étoile avait paru. Puis il les envoya à Bethléem. «Allez, leur dit-il, prenez des informations exactes sur cet enfant et, quand vous l’aurez trouvé, faites-le moi savoir, pour que, moi aussi, j'aille l’adorer. » Sur ces paroles du roi, ils partirent; et l'étoile qu’ils avaient vue en Orient les précédait jusqu’à ce que, parvenue au-dessus du lieu où était l’enfant, elle s'arrêta. A la vue de l'étoile, ils se réjouirent d'une grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère; et, se prosternant, 15 l’adorèrent. Ensuite, ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l'or, de l’encens et de la myrrhe. 1 Hérode le Grand, qui mourut la même année. Ses fils se partagèrent ses Etats; lun d'eux fut Hérode Antipas, appelé dans les Evangiles Hérode tout court. C'est Hérode Antipas qui fit mettre à mort Jean-Baptiste et c’est devant lui que comparut Jésus le jour même de sa condamnation. 3 Michée, 5, 1. 3 Cette tournure : Se réjoutrent d’une joie, est un hébraïsme. ES Qt ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU Ayant été miraculeusement avertis en songe de ne pas revenir vers Hérode, 115 regagnèrent leur pays par un autre chemin. Après leur départ, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et lui dit: «ELève-toi! prends l'enfant et sa mère, et fuis en Égypte où tu resteras Jusqu'à ce que je te reparle; car Hérode va rechercher l'enfant afin de le faire périr.» Cette nuit même, Joseph se leva, prit l'enfant et sa mère et partit pour l'Égypte. Il y resta jusqu’à la mort d'Hérode. (C'était afin que fût accompli ce que le Seigneur avait dit par le prophète en ces mots : «J'ai rappelé mon fils d'Égypte! ».) Quant à Hérode, se voyant joué par les mages, il se mit fort en colère, et envoya tuer tous les enfants de Bethléem et de ses envi- rons âgés de deux ans et au-dessous suivant l’époque dont il s'était informé auprès des mages. (C’est alors que fut accompli ce qui avait été dit par le prophète Jérémie en ces mots : «Une voix α été entendue dans Rama, Des pleurs et de longs sanglots ; C’est Rachel pleurant ses enfants, Et elle ne veut pas étre consolée parce qu'ils ne sont plus ?.») Quand Hérode fut mort, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph en Égypte et lui dit: «Lève-toi, prends l’en- fant et sa mère et retourne dans le pays d'Israël; car ceux qui en. voulaient à la vie de l’enfant sont morts. » Joseph se levant donc prit l’enfant et sa mère et rentra dans le pays d'Israël. Mais ayant appris qu'Archélaüs régnait en Judée à Ja place d'Hérode son père, il appréhenda d’y aller. Miraculeuse- ment averti en songe, il partit pour la province de Galilée et, y étant arrivé, il habita une ville appelée Nazareth. (C'était fin que fut accompli ce qui ἃ été dit par les prophètes : Π| sera appelé Nazaréen 5). z'Osée 11, 1. 2 Jérémie 31, 15. 5. Ce passage ne se trouve pas dans l'Ancien Testament. 15: 2 10 18 19 10 11 A6 LE NOUVEAU TESTAMENT En ces jours-là, parut Jean-Baptiste, prêchant dans le désert de la Judée. I] disait : « Repentez-vous !, car le Royaume des cieux est proche. » (C’est Jean que le prophète Ésaïe a annoncé quand il a dit: « Une voix crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur ; Aplanissez ses sentiers ?. ») Il avait un vêtement de poil de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Sa nourriture était des sauterelles et du miel sauvage. Alors accouraient à lui et la ville de Jérusalem et toute la Judée et toute la région du Jourdain. Tous étaient baptisés par lui dans le fleuve, en confessant leurs péchés. Mais, voyant beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens venir à son baptème, il leur dit : « Engeance de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir? Produisez donc un fruit digne de la repentance *; et ne prétendez pas dire en vous-mêmes : nous avons pour père Abraham; car, je vous le dis, Dieu peut faire surgir des pierres que voici des enfants à Abraham. Déjà la cognée touche la racine des arbres. Tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. Moi je vous baptise avec l’eau 1 pour la repentance ὅ, mais celui qui doit venir après moi est plus puissant que moi et je ne suis pas même digne d’être le porteur de ses sandales; lui vous baptisera avec l'Esprit samtS et le feu. Il ἃ le van dans la main, et il nettoiera son aire, et rassemblera son froment dans le grenier 7, mais la paille, il la brülera au feu inextinguible. » 1 On peut traduire aussi : Convertissez-vous. 2 Ésaie 40, 3. 3 On peut traduire aussi : de la conversion. 4 On peut traduire aussi : avec de l’eau où dans de l’eau. Le grec n’a pas d’ar- 1016 devant le mot eau. δ On peut traduire aussi: pour la conversion. 6 Ou: dans l'Esprit saint, Il est à remarquer que le grec n’a pas non plus d'article devant le mot Esprit, 7 Quelques anciens manuscrits lisent : dans son grenier. ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 47 LE Ce fut alors que Jésus vint de la Galilée au Jourdain, vers Jean pour être baptisé par lui. Mais Jean s’en défendait vivement : «C'est moi, disait-il, qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi! » Jésus lui répondit par ces paroles : « Laisse- moi faire pour l'heure présente, car c’est ainsi qu'il nous convient d'accomplir toute justice. » Alors il le laissa faire. Jésus, ayant été baptisé, sortit aussitôt de l’eau, et voilà que les cieux furent ouverts !, et il vit l’Esprit de Dieu descendre sous la figure d'une colombe et venir sur lui. En même temps une voix vint des cieux disant: «Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé en qui je me complais?. » Jésus ensuite fut conduit par l’Esprit dans le désert pour y être tenté du diable. Lorsqu'il eut jeûné pendant quarante jours et quarante nuits, 1] finit par avoir faim. «Si tu es Fils de Dieu, lui dit le tentateur en s’approchant, dis que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus lui fit cette réponse : «Il est écrit: «Ce n'est pas de pain seulement que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ?.» Alors le diable le mena avec lui dans la ville sainte et le plaça sur le faîte du Temple. «Si tu es Fils de Dieu, lui dit-il, jette- toi en bas! car il est écrit : «A ses anges il donnera des ordres à ton égard ; Ils te soutiendront de leurs mains De peur que ton pied ne se heurte contre une pierre #. » Jésus lui répondit : «Il est également écrit : « Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu.» Le diable le mena encore avec lui sur une montagne d’une 1 Plusieurs manuscrits ajoutent : pour lui. ? Je me complais. Le verbe grec est au passé, mais il exprime un état per- manent, il faut donc le rendre par le présent. 5 Deut. 8, 3. £ Psaume 91, 11 et suiv, 5 Deut. 6, 16. 16 11 δ᾽ ὧι — 4, 9 10 16 > =] 48 LE NOUVEAU TESTAMENT immense hauteur et lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire et lui dit: «Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu m'adores.» Jésus lui répondit : «Arrière, Satan ! 1 car il est écrit: «Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et c'est à lui seul que tu rendras un culte?.» Alors le diable 16 laissa; et voilà que des anges s’approchèrent et ils le servaient. Ayant appris que Jean avait été livré, Jésus se retira en Galilée ; et, ayant quitté Nazareth à, il vint s'établir à Capharnaüm, ville du rivage “ sur les confins de Zabulon et de Nephthali5. (C'était afin que füt accompli ce qui avait été dit par le prophète Ésaïe : « Terre de Zabulon et terre de Nephthak 4 Sur le chemin de la mer, au dela du Jourdain, Galilée des païens ! Le peuple assis dans les ténèbres A vu une grande lumuière 1 [mort EE sur ceux qui étaient assis dans la région et dans l'ombre de la Une lumière s’est levée ! 6») Dès lors, Jésus commença à parler en publie et à dire : «Repen- tez-vous?; car le Royaume des cieux est proche. » Marchant le long de la mer de Galilée, 1] vit deux frères, Simon (celui qu’on appelle Pierre) et André son frère, jetant leur filet dans la mer; car ils étaient pêcheurs; et il leur dit: « Venez à ma suite, et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes.» Eux aussitôt, laissant les filets, le suivirent. Continuant son chemin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, dans leur barque avec Zébédée leur père, raccommodant leurs 1 Grec : Satanas, forme syriaque du mot hébreu Satan. 2 Deut. 6, 13, 3 Plus exactement : Nazar«a. 4 Le rivage du lac de Tibériade, appelé aussi la mer de Tibériade, Ὁ Plus exactement : Zaboulôn et Nephthalim. 6 Ésaie 9, 1 et suiv, 7 On peut traduire aussi: Gonvertissez-vous, 2 À. el ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 49 filets!; il les appela. Eux aussitôt, laissant la barque et leur père, le suivirent. Jésus parcourait toute la Galilée; enseignant dans leurs syna- gogues, prêchant l'Évangile? du Royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité parmi le peuple, et sa renommée se répandit dans la Syrie entière. On lui apporta tous les malades, tous ceux qui étaient atteints de souffrances et de douleurs quel- conques, des démoniaques, des lunatiques ὁ, des paralytiques et 1] les guérit. Et de grandes multitudes le suivirent venant de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée et de l’autre rive du Jourdain. Voyant ces multitudes, 1] gravit la montagne, 1] y fit sa demeure #; ses disciples s’approchèrent de lui; et, ouvrant la bouche, il les enseignait, disant : « Heureux les pauvres en esprit5, parce que le Royaume des cieux est à eux !» «Heureux ceux qui sont dans l'affliction, parce qu'ils seront consolés! » « Heureux ceux qui sont doux, parce qu'ils auront la terre en héritage 6! » « Heureux ceux qui Ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés ! » « Heureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront miséri- corde ! » | 1 On peut traduire aussi : arrangeant leurs filets, c’est-à-dire les mettant en ordre. 2? Ou : La Bonne Nouvelle. 3 Voir note sur Matth. 17, 15. 4 On traduit d'ordinaire : il s’y assit; mais le verbe grec employé ne signifie pas seulement s'asseoir, il a souvent le sens de s'établir, faire sa demeure (voir Actes 18, 11); ce sens nous paraît ici préférable ; il est confirmé par l’imparfait : il enseignait. Nous retrouverons la même signification de ce verbe grec, Evang. de Jean 6, 3. et Luc 24, 49. 5 Cette expression peut signifier : Heureux ceux qui ont conscience de leur pauvreté, de leur indigence spirituelle; ou encore (d’après le parallèle Luc 6, 20) : Heureux ceux qui ont l'esprit de pauvreté. Les deux interprétations nous paraissent également plausibles. 6 Plusieurs anciens manuscrits insèrent la phrase : Heureux ceux qui sont doux, etc., avant: Heureux ceux qui sont dans l’affliction, etc, ».Ἱ Co 9 10 11 13 17 50 LE NOUVEAU TESTAMENT « Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu ! » «Heureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés fils de Dieu! » « Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, parce que le Royaume des cieux est à eux!» « Heureux serez-vous quand on vous outragera et vous persé- cutera et qu’on dira faussement toute sorte de mal de vous à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez transportés de joie, parce que votre récompense sera grande dans les cieux !; c’est ainsi, en effet, qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. » « Vous êtes le sel de la terre; si le sel s’affadit, avec quoi lui rendra-t-on sa saveur? Il n’est plus bon à rien, sinon à être jeté dehors et foulé aux pieds par les passants. » « Vous êtes la lumière du monde; une ville ne peut être cachée quand elle est située sur une montagne. On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le pied- de-lampe et elle luit à tous ceux qui sont dans la maison, Qu'’ainsi votre lumière luise devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. » «Ne pensez pas que je sois venu détruire la Loi ou les Pro- phètes; je ne suis pas venu pour détruire, mais pour accomplir ? ; car 16 vous le dis en vérité: jusqu'à ce que le ciel et la terre aient passé, il ne disparaîtra de la Loi, ni la plus petite lettre *, ni un seul petit trait“ qui n'ait reçu sa pleine réalisation. Et celui qui annuleraÿ un de ces commandements, même le moindre et enseignera les hommes à le faire, sera réputé le moindre 1 On peut lire aussi d'après une autre ponctuation: Vous êtes heureux ! Quand on vous oulragera el vous persécutera et qu'on dira faussement toute sorte de mal de vous ἃ cause de moi, réjouissez-vous, soyez transportés de joie... ete. ? Accomplir. Le verbe grec signifie littéralement remplir et a, à Ja fois, le sens d'accomplir et le sens de compléter. 3 Littéralement: pas un iola, la plus petite lettre de l’alphabet grec. 4 Trait. Voir note sur Luc 16, 17. 5 Ou : violera. Le ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU δ᾽ dans le Royaume des cieux; mais celui qui les pratiquera et les enseignera, celui-là sera réputé grand dans le Royaume des cieux. » «Aussi je vous le dis: Si votre justice n’est pas supérieure à celle des Scribes et des Pharisiens vous n'entrerez point dans le Royaume des cieux. » «Vous avez entendu qu'il a été dit aux hommes d'autrefois : «Tu ne tueras point !;» celui qui aura tué? sera passible du jugement ὃ. Eh bien, je vous dis, moi: Quiconque se met en colère contre son frère sera passible du jugement. Celui qui dira à son frère : Raca #, sera passible de la justice du Sanhédrin®. Celui qui lui dira : fou, sera passible de la Géhenne ὁ du feu. » « Lors donc que tu présentes ton offrande à l’autel et que là tu te souviens que ton frère ἃ quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; et puis, viens présenter ton offrande. » «Mets-toi d'accord avec ton adversaire, promptement, pendant que tu es encore en chemin avec lui, de peur que cet adversaire ne te livre au juge, et le juge à celui qui exécute ses sentences7, et que tu ne sois jeté en prison. Tu n’en sortiras pas, je te le dis en vérité, que tu n'aies payé jusqu'au dernier quadrant$.» « Vous avez entendu qu'il ἃ été dit: « Tu ne commettras point 1 Exode 20, 13. 2 Cest-à-dire : aura commis un meurtre. 5 ]1 s’agit sans doute ici du jugement du tribunal ordinaire, celui de la syna- gogue. £ Raca, mot qu’il faut prendre dans le sens de l’hébreu Rék (Juges 9, 4); c’est une insulte dont la signification exacte est inconnue. 5 Le Sanhédrin, conseil composé de 70 membres, était la plus haute juri- diction chez les Juifs, pour les choses politiques, civiles et religieuses. 6 Géhenne, mot dérivé de Gé-Hinnôm, vallée située au sud de Jérusalem, où avait été célébré le culte de Moloch. Elle était réputée infâme et son nom ser- vait à désigner symboliquement le lieu de punition après la mort. 7 Littéralement : à l’agent, à celui qui exécute les sentences. Cet Homme était appelé en hébreu le Hazzan ; il était chargé de la garde de la synagogue et c'était lui qui appliquait aux condamnés les sentences prononcées par les Juges, qui étaient eux-mêmes chefs de la synagogue (voir.le passage parallèle Luc 12, 58, où cet homme est appelé Réclamateur, et aussi Luc 4, 20). 8 Le quadrant valait un peu moins d'un centime, exactement 0c,915. Cette phrase signifie : Tu resteras en prison jusqu'à ce que tu aies payé le dernier centime de l’amende à laquelle laura condamné le Juge. 20, 5 12 LD 12 Co 5, 98 30 31 σι 19 LE NOUVEAU TESTAMENT d’adultère!.» Eh bien, je vous dis, moi: quiconque regarde une femme avec convoitise 2 a déjà, dans son cœur, commis l’adultère avec elle. » «Si ton œil droit est pour toi une cause de chute, arrache-le et jette-le loin de toi. Il vaut mieux pour toi qu’un de tes membres périsse et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la Géhenne*. Et si ta main droite est pour toi une cause de chute, coupe-la et jette-la loin de toi; il vaut mieux pour toi qu'un de tes membres périsse et que ton corps tout entier n’aille pas dans la Géhenne #.» «Il ἃ été dit: «Celui qui répudie sa femme doit lui remettre un acte de divorce.» Eh bien, je vous dis, moi : quiconque répudie sa femme — excepté pour cause d’infidélité — l’expose à commettre un adultère et celui qui épouse une femme divorcée, commet un adultère. » « Vous avez encore entendu qu'il ἃ été dit aux hommes d’autre- fois : « Tu ne te parjureras pas, mais tu t'acquitteras envers le Ser- gneur de tes serments$.» Eh bien, je vous dis, moi, de ne prêter aucune sorte de serment; ne jurez point «par le ciel»7, car il est le trône de Dieu; «par la terre», car elle est l’escabeau de ses pieds ; « par Jérusalem», car elle est une ville du Grand Roi. Ne jure pas non plus «sur ta tête», car tu ne peux faire blanc ou noir un seul de tes cheveux. Que votre langage soit: oui, oui; ou : non, non. Ce qu’on ajoute vient du Malin. » « Vous avez entendu qu'il a été dit: « Οὐ} pour œil, dent pour dent.» Eh bien, je vous dis, moi: ne résistez point au méchant; au contraire, si quelqu'un te frappe à la joue droite, présente-lui aussi l’autre. Si quelqu'un veut t’appeler en justice et t’enlever ta: 1 Exode 20, 14. ? Grec: pour convoiter. Plusieurs anciens manuscrits lisent pour la convoiter, 3 Une cause de chute. Voir note sur Matth. 18, G. 4 Géhenne, voir la note du verset 22. 5 Deut. 24, 1. 6 Lévit. 19, 12; Deut. 23, 21. 7 Nous plaçons ces mots et les suivants entre guillemets, parce que Jésus cite ici quelques-unes des formules de serment en usage de son temps. 8 Du malin Esprit, du Diable, 9 Exode 21, 24. ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 53 tunique, abandonne-lui aussi le manteau; et si quelqu'un veut te faire faire une corvée d’un mille, fais-en deux pour lui. » «A qui te demande, donne; de qui veut t’emprunter, ne te détourne pas. » « Vous avez entendu qu'il ἃ été dit : « Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi?.» Eh bien, je vous dis, moi: aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin que vous deveniez fils de votre Père qui est dans les cieux, car il fait lever son soleil sur les mauvais et sur les bons, et descendre la pluie sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment quelle récompense avez-vous? Les publicainsÿ ne le font-ils pas aussi? Et si pour vos frères seuls, vous avez un bon accueil #, en quoi dépassez-vous l'ordinaire? Les païens ne le font-ils pas aussi?» « Soyez donc, vous, parfaits comme votre Père céleste est par- fait. » « Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes pour en être regardés; autrement il n°y ἃ pas pour vous de récompense de votre Père qui est dans les cieux. » « Quand donc tu feras l’aumône, ne fais pas sonner de la trom- pette devant toi, comme font les hypocrites$ dans les synagogues et dans les rues pour être glorifiés des hommes. En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. Pour toi, quand tu fais l’au- mône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, en sorte que ton aumône se fasse dans le secret, et ton Père, qui voit dans le secret, te donnera ce qui t'est dù. » «Lorsque vous prierez, ne soyez pas comme ces hypocrites $ qui 1 Le mille, mesure itinéraire (1500 mètres environ). Il s’agit ici des services publics pour lesquels on met un homme en réquisition. ? Lévitique 19, 18. 3. Les publicains, voir note sur Matthieu 9, 10. 4 Littéralement : Si vous ne suluez que vos frères. 5 La justice comprenait les principales bonnes œuvres des Juifs : l’aumône, la prière et le jeûne. 5 On peut traduire aussi : les comédiens. Le mot hypocrite, qui n’est autre que le terme grec transporté en français, signifie avant tout : comédien, acteur, histrion. ἤν CN | Qt =] © 54 LE NOUVEAU TESTAMENT aiment, faisant leur prière, à stationner debout dans les synagogues et dans les angles des places publiques pour être bien en évidence. En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense, Toi quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, prie ton Père qui est là, dans le secret, et ton Père, qui voit dans le secret, te don- nera ce qui t'est αὖ.» «Qui vous reçoit me reçoit, qui me reçoit, reçoit Celui qui m'a envoyé. Qui reçoit un prophète à titre de prophète recevra la récompense d'un prophète”. Qui reçoit un juste à titre de juste 1 Géhenne. Voir note sur Matth. 5, 22. ? L’as, monnaie du temps qui valait un peu plus de trois centimes et demi; exactement 3c, 66. 5 C'est-à-dire se déclarera pour moi. 1 Michée 7, 6. Ὁ C'est-à-dire recevra la récompense qu'on mérite en accueillant un pro- phèle. 34 90 90 97 38 C9 o 40 4 10, 42 11... 10 68 LE NOUVEAU TESTAMENT recevra la récompense d’un justel. Qui aura donné à boire, ne fut-ce qu'un verre d’eau froide à l’un de ces petits qui sont là, à titre de disciple, je vous le dis en vérité, ne perdra point sa récom- pense. » Après avoir achevé de donner ces instructions aux douze disci- ples, Jésus partit de là pour aller enseigner et prêcher dans leurs villes ?. Jean, ayant appris dans sa prison les œuvres du Christ, lui envoya dire par ses disciples: «Es-tu celui qui doit venir? ou devons-nous en attendre un autre?» Pour leur répondre, Jésus leur dit: «Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : des aveugles voient, des estropiés marchent, des lépreux sont guéris“, des sourds entendent, des morts ressuscitent, des pauvres entendent l'Évangile 5. Heureux est celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute 6.» Comme ils s’en allaient, Jésus se mit à parler de Jean aux mul- titudes : «Au désert, qu'êtes-vous allés voir? Esi-ce un roseau agité par le vent? Qu’êtes-vous allés voir? Est-ce un homme aux vêtements efféminés?7? Mais ceux qui portent des vêtements effé- minés sont dans les demeures des rois. Qu'êtes-vous allés voir ὃ Est-ce un prophète? Oui, vous dis-je, et plus qu'un prophète. C'est celui dont il est écrit : 1 C'est-à-dire recevra la récompense qu'on mérite en accueillant un juste. 2 Leurs villes, c’est-à-dire Les villes du pays. 3 Celui qui doit venir, un seul mot dans l'original; c'était un des noms du Messie. 4 Grec : purifiés. Voir note sur Matth. 8, 2. 5 Ou: la Bonne Nouvelle est annoncée à des pauvres. 6 Littéralement : qui ne sera pas scandalisé en moi, c’est-à-dire que la vue de mes œuvres ne délournera pas de moi, Voir note sur Matthieu 13, 57, 18, 6 et suivants. 7 Un des plus anciens manuscrits lit: Pourquoi êles-vous allés? voir un homune aux vêlements efféminés ? | ) 8 Les deux plus anciens manuscrits lisent : Pourquoi êles-vous allés? voir un prophèle? ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 69 « Voici que j'envoie mon messager pour te précéder Et préparer ton chemin devant toit». « En vérité, je vous le dis, parmi ceux que les femmes ont en- fantés, nul ne s’est levé plus grand que Jean-Baptiste; mais le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui. » « Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu'à maintenant le Royaume des cieux est pris par violence et les violents s’en emparent. » «Tous les prophètes et la Loi ont exercé, jusqu’à Jean, leur ministère prophétique, et si vous voulez admettre cette parole, lui-même est Élie qui doit venir. Que celui qui a des oreilles entende ?, » «A qui assimilerai-je cette génération-ci : Elle est semblable à des enfants assis sur la place publique, qui crient à leurs cama- rades : «Nous vous avons joué de la flûte Et vous n'avez pas dansé ; Nous avons entonné des chants lugubres Et vous ne vous êtes pas frappé la poitrine. » «Jean est venu en effet, pratiquant l’abstinence du manger et du boire, et on dit : «Il est possédé d’un démon. » Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant comme tout le monde, et on dit: « Voilà un amateur de bonne chère, un buveur de vin, un ami des publicains et des pécheurs *. » «A la sagesse, les œuvres qu’elle accomplit rendent justice 5.» Il commença alors à faire des reproches aux villes dans lesquelles il avait fait le plus grand nombre de ses miracles, pour ne pas s'être repenties ὃ : « Malheur à toi, Chorazein ! Malheur à toi, Beth- 1 Malachie 8, 1. 2 Ou : écoute. 3 Ces mots : comme tout le monde, sont sous-entendus dans le texte. 4 Des publicains et des pécheurs. Voir note sur Matth. 9, 11. 5 Littéralement : La sagesse a été justifiée par ses œuvres, c’est-à-dire la sagesse divine qui appelle les hommes au salut accomplit des œuvres excellentes qui la justifient, qui lui rendent justice, qui la font reconnaître pour la vérité. La même pensée est exprimée Jean 7, 17, 5 Ou : converties, 44, 16 11. 18 19 20 24 26 27 28 29 30 12: ἢ 70 LE NOUVEAU TESTAMENT saïda 1: car si les miracles faits au milieu de vous l'avaient été dans Tyr et dans Sidon?, elles se seraient depuis longtemps re- penties, en se revêtant d’un sac et dans la cendre. Aussi, je vous le dis, il y aura moins de rigueur pour Tyr et pour Sidon, au jour du jugement, que pour vous. Et toi, Capharnaüm, crois-tu que tu seras élevée jusqu'au ciel? Tu seras abaissée # jusqu’à la Demeure-des-morts®, parce que si dans Sodome avaient été faits les miracles faits au milieu de toi, elle serait encore debout aujour- d'hui. Aussi, je vous le dis, il y aura moins de rigueur pour la terre de Sodome, au jour du jugement, que pour toi.» En ce temps-là, Jésus prononça ces paroles : «Je te bénis, à Père, ὁ Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses à des sages 6 et à des savants et de ce que tu les ἃ révélées à de petits enfants. Oui, Père, je te bénis de ce que tel a été ton bon plaisir 7. » «Tout m'a été confié par mon Père, et personne ne connaît le Fils, excepté le Père, et personne ne connaît le Père, excepté le Fils et celui à qui il plait au Fils de le révéler. » «Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et c'est moi qui vous soulagerai. Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi, parce que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du soulagement pour vos âmes; car mon joug est doux ὃ et mon fardeau est léger. » | En ce temps-là, — un jour de sabbat, — Jésus passa par les blés. Ses disciples avaient faim ; ils se mirent à cueillir des épis et, 1 Villages voisins de Capharnaüm et dont l'emplacement est inconnu. ? Villes païennes de la Phénicie. 3 C'est-à-dire assises dans la cendre, Voir Luc 10, 13. 4 Quelques anciens manuscrits lisent : {uw descendras. 5 Grec : jusqu'au Hadès ; en hébreu : le Scheol, mot qui signifie simplement demeure souterraine des morts. 6 Sage est pris ici, comme chez les Grecs, dans le sens de philosophe, Voir les deux premiers chapitres de la première Épiître aux Corinthiens. 7 On peut traduire aussi : 1] en est ainsi, parce que tel a été ton bon plaisir. 8 On peut traduire aussi: Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. 9 Littéralement : bon, propre à l'usage. Mirti Li. ΨΥ - ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 11 à manger. » Les Pharisiens les virent. « Voilà tes disciples, dirent- ils à Jésus, qui font ce qu'il n’est pas permis de faire un jour de sabbat. » Il leur répondit : « N’avez-vous pas lu ce que fit David lorsqu'il eut faim, et ce que firent ses compagnons? — comment il entra dans la maison de Dieu et mangea les pains de proposi- tion 1, qu'il n’était permis de manger ni à lui, ni à ses compa- gnons, mais aux prêtres seuls? N’avez-vous pas aussi lu dans la Loi que, le jour du sabbat, les prêtres violent dans le Temple le repos sabbatique et cependant sont innocents?? Or, je vous le dis, il y ἃ ici quelque chose de plus grand que le Temple, Si vous saviez ce que signifie : «Je veux miséricorde el non sacrifice, 5» vous n'auriez pas condamné des innocents : le Fils de l’homme est maître du sabbat. » ΠῚ partit de là et se rendit dans leur synagogue. Il s’y trouvait 9 10 un homme qui avait une main paralysée“; pour avoir un prétexte à accusation, ils lui posèrent une question : «Est-il permis, dirent- ils, de guérir les jours de sabbat? » Il leur répondit: «Si l’un de vous n’a qu'une brebis et que, le jour du sabbat, cette brebis tombe dans une fosse, est-ce qu'il ne la prendra pas, est-ce qu'il ne la retirera pas? De quel prix cependant n'est pas un être humain en comparaison d’une brebis ? Donc, il est permis les jours de sabbat d'être bienfaisant. » Là-dessus, il dit à l'homme: « Étends ta main. » Il l’étendit et elle redevint aussi saine que l’autre. Quant aux Pharisiens, ils sortirent et allèrent se concerter entre eux sur les moyens de le perdre. Jésus l’apprit et partit de là. Beaucoup le suivirent ; il les guérit tous et, par des menaces, il leur interdit de le faire connaître. 1 Les pains consacrés dont il est parlé Exode 29, 33; 1 Chron. 9, 32 et 23, 29, Voir sur le fait même auquel Jésus fait allusion : I Sam, 21, 1 à 0. ? Voir Nombres 28, 9 et suiv. 3 Osée, 6, 6. Voy. Matth. 9, 13. 4 Littéralement : wne main sèche. 1 14 15 16 12 12, 17 18 19 72 LE NOUVEAU TESTAMENT (C'était pour que fût accompli ce qu'avait dit le prophète Ésaïe : « Voici mon serviteur, celui que j'ai élu, Mon bien-aimé, celui en qui mon âme s’est complu; Je mettrai mon Esprit sur lui Et il annoncera le jugement aux nalions ; Il ne disputera pas: il ne criera pas; On n'entendra pas sa voix dans les places publiques : Il ne brisera pas le roseau froussé Et il n'éteindra pas la mèche encore fumante. Jusqu'à ce qu'il ait fait triompher sa cause 1 Et les nations espéreront en son nom°?.») On lui présenta alors un démoniaque aveugle et muet; 1] le euérit de sorte que le muet parlait et voyait. Et la multitude était toute transportée et disait: «Celui-à n'est-il point le Fils de David 53» Les Pharisiens, l’entendant, dirent : «Celui-là ne chasse les démons que par le prince des démons, Beelzéboul‘, » Mais Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : « Tout Royaume divisé contre lui-même tombe en ruines; nulle ville, nulle maison divisée contre elle-même ne subsistera. Or, si Satan chasse Satan, il est divisé contre lui-même, comment alors son Royaume subsis- tera-{-il? Et si, moi, je chasse les démons par Beelzéboul, par qui vos fils® les chassent-ils? C’est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges ! Mais si c’est par l'Esprit de Dieu que je chasse les démons, le Royaume de Dieu est donc venu jusqu'à vous.» «Comment quelqu'un peut-il entrer dans la maison du guerrier et lui ravir ce qu’il possède s’il n’a tout d’abord chargé de liens le guerrier, Ce n'est qu'alors qu'il pourra piller sa maison. » 1 Littéralement : jusqu’à ce qu'il ait mené le jugement au triomphe. 2 Ésaie 42, 1 à 4. 3 Le Fils de David, un des noms donnés au Messie, qui devait descendre du roi David, 4 Beelzéboul. Voir note sur Marc 8, 22, 5 Vos fils, c’est-à-dire ceux de votre parti, 6 Littéralement : ses objets; peut-être ses armes, puisqu'il s'agit d’un cuerrier, ᾿ . ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 73 «Qui n’est point avec moi est contre moi, et qui n’amasse point avec moi, disperse. C’est pourquoi je vous dis ceci : tout péché, tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera point pardonné. Si quelqu'un prononce un mot contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné ; mais si quel- qu'un parle contre l'Esprit saint, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle, ni dans l’autre 1.» « Dites l’arbre bon et son fruit bon, ou dites l’arbre mauvais et son fruit mauvais, car au fruit on connaît l’arbre. » « Engeance de vipères! Comment, étant méchants, pourriez- vous dire de bonnes choses; c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle?. De son bon trésor l’homme bon tire de bonnes choses; de son mauvais trésor l’homme mauvais tire de mau- vaises choses. » « Je vous le déclare, au jour du Jugement les hommes rendront compte de toute parole oiseuse 4 qu’ils auront dite. Par tes paroles, en effet, tu seras justifié et par tes paroles condamné. » «Alors quelques-uns des Scribes et des Pharisiens vinrent lui dire: «Maître, nous voulons voir un signe ὅ de toi.» Il répondit par ces paroles : « Mauvaise et adultère génération ! elle demande un signe ! et nul signe ne lui sera donné, sinon celui du prophète Jonas. De même, en effet, que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleinef, de même le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre.» 1 Cest-à-dire ni dans ce monde, ni dans le monde à venir. Le présent siècle chez les Juifs désignait l’économie présente, le monde actuel, par opposition au monde à venir, qui s'appelait le siècle à venir. 2 Ou : La bouche ne dit que ce dont le cœur est plein, On peut aussi inter- préter ce proverbe sous cette forme : La bouche verse le trop-plein du cœur. 5 Plusieurs anciens manuscrits lisent : Les bonnes choses. 4 Le grec dit bien oïseuse, mais le mot analogue en hébreu signifie à la fois inutile et impie, et c’est peut-être dans ce dernier sens qu’il faut prendre ici ce terme, comme dans Épître aux Éphésiens 5, 11, où stérile veut dire pernicieux. Jésus n'aurait pas seulement condamné les paroles légères et inconsidérées, mais aussi les paroles coupables et impies. 5 Un signe, un miracle. 5 La baleine, ou plutôt : monstre marin quelconque. 30, 12 33 34 90 37 38 39 40 13, D Ὡς 74 LE NOUVEAU TESTAMENT Lors du jugement, les hommes de Ninive se lèveront ! avec cette génération et la condamneront, car, eux, ils se repentirent 3 à la prédication de Jonas. Et voici, sous vos yeux, plus que Jonas! Lors du jugement, la reine du Midi se lèvera avec cette géné- ration et la condamnera , car cette reine vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon. Et voici, sous vos yeux, plus que Salomon !» «Lorsque l'Esprit impur est sorti d’un homme, il erre par des lieux arides, cherchant du repos, et il n’en trouve pas. ΠῚ dit alors: «Je retournerai dans ma maison, d’où je suis parti»; 1] y revient et la trouve vide, nettoyée et parée. Là-dessus, il va s'associer sept autres Esprits plus méchants que lui-même; ils y pénètrent et y demeurent; et le dernier état de cet homme de- vient pire que le premier. Ainsi en sera-t-il de cette génération mauvaise ! » Comme il parlait encore à la foule, sa mere et ses frères, qui se tenaient dehors, demandèrent à l’entretenir #. Il répondit à celui qui le lui disait: «Qui est ma mère et qui sont mes frères ? » Puis, étendant la main sur ses disciples, il ajouta : « Voici ma mère et mes frères! Car faire la volonté de mon Père, qui est dans les cieux, c’est être mon frère, c’est être ma sœur, c’est être ma mère ! » Ce même jour, Jésus sortit de la maison et s’assit au bord de la mer et on se rassembla en si grand nombre autour de lui qu'il monta dans une barque et y prit place pour parler de là à toute la multitude restée sur le rivage. ΠῚ leur dit beaucoup de choses en paraboles : 1 Ou : ressuseciteront. 2 Ou : ils se convertirent. 3 Ou : ressuscitera. 4 Quelques anciens manuscrits ajoutent ici cette phrase: Quelqu'un lui dit : voilà ta mère et tes frères qui se tiennent dehors et demandent à l'entretenir. C'est le verset 47, ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 75 « Voilà que le semeur est sorti pour semer. Il jette sa semence et des grains sont tombés le long du chemin et les oiseaux sont venus et les ont mangés.» «D’autres sont tombés sur un sol pierreux, où il n’y avait pas beaucoup de terre, et ils ont immédiatement poussé, parce que la terre était sans profondeur. Mais le soleil s’est levé et ἃ brülé la plante qui, n'ayant point de racine, s’est desséchée, » « D’autres grains sont tombés parmi les épines et les épines ont grandi et les ont étouffés. » «D’autres sont tombés dans la bonne terre et ils ont donné du fruit, tel grain en a produit cent, tel autre soixante, tel autre trente. Que celui qui a des oreilles entendef !» Ses disciples s’approchèrent et lui dirent: «Pourquoi leur par- les-tu en paraboles?» Il leur répondit : «Parce qu’à vous il est donné de pénétrer les mystères du Royaume des cieux, mais à ceux-là, non point. Car à celui qui a, il sera donné, et il sera dans l'abondance; mais à celui qui n'a pas, même ce qu'il ἃ lui sera Ôté. C’est pour cela que je leur parle en paraboles, c’est parce que tout en voyant, ils ne voient point; tout en entendant, ils n’en- tendent ni ne comprennent. En eux s’accomplit la prophétie d’Ésaïe, qui dit : « De vos oreilles vous entendrez et vous ne comprendrez point ; De vos yeux vous regarderez et vous ne verrez point ; Car le cœur de ce peuple s'est épaissi ?, Leurs oreilles sont devenues sourdes Et leurs yeux se sont fermes, De peur que leurs yeux ne voient, De peur que leurs oreilles n’entendent, De peur que leur cœur ne comprenne, De peur qu'ils ne se convertissent, De peur que je ne les quérisse*.» «Heureux vos yeux, à vous, parce qu'ils voient; heureuses vos 1 Ou : écoute. 2 Le cœur de ce peuple s’est épaissi, expression hébraïque qui signifie ici le cœur de ce peuple est devenu insensible. 3 Ésaïe 6, 9 et suiv. 4, 13 ] 8 14 16 13, 17 18 19 t2 CO 26 28 76 LE NOUVEAU TESTAMENT oreilles, parce qu’elles entendent! car !, je vous le dis en vérité, nombre de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu. » «Pour vous donc, écoutez le sens de la parabole du semeur : «Chaque fois qu'un homme entend la parole du Royaume et ne s’en pénètre pas, survient le Malin ? et il enlève ce qui a été semé dans son cœur; voilà celui qui ἃ reçu la semence le long du chemin. » «Celui qui l’a reçue sur un sol pierreux, c’est l’homme qui entend la parole et qui tout d’abord l’accueille avec joie. Mais il n’a pas de racine en lui-mème ; il n’est que pour un temps; une afiliction ou une persécution survenant à cause de la parole, 11 y trouve aussitôt une occasion de chute. » ; «Celui qui ἃ reçu la semence parmi les épines, c’est l’homme qui écoute la parole, mais les sollicitudes de ce monde et la séduction de la richesse étouffent la parole et la rendent stérile. » « Celui qui ἃ reçu la semence dans la bonne terre, c’est l'homme qui écoute la parole et s’en pénètre; celui-là porte des fruits et en donne, tantôt cent, tantôt soixante, tantôt trente. » Il leur proposa une autre parabole, « Voici, dit-il, une similitude du Royaume des cieux : Un homme avait semé du bon grain dans son champ; mais pendant que ses gens dormaient, son ennemi vint semer de l'ivraie * au milieu du froment et s’en alla. » «Lorsque l'herbe poussa et porta du fruit, on vit paraître l’ivraie. » «Les serviteurs 1 s’adressèrent au maître de la maison ; ils lui dirent : « Seigneur, n'est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D'où provient donc l’ivraie? » 11 leur répondit: « C’est 1 Quelques anciens manuscrits omettent car. 2 Le Malin, le Mauvais Esprit, c'est-à-dire le Diable, 3 L'ivraie (zizanie), mauvaise herbe; probablement le Lolium temulentum des botanistes, 4 Grec : Les esclaves. ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU #8 un ennemi qui ἃ fait cela.» Ils lui dirent alors: «Veux-tu que nous allions l’arracher? » — «Non, répondit-il, de peur qu'en arrachant l’ivraie, vous ne déraciniez en même temps le froment. Laissez-les croître l’un et l’autre jusqu'à la moisson ; au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : arrachez d’abord l’ivraie et liez-la en gerbes pour la brüler ; quant au froment, vous le recueil- lerez dans mon grenier. » Il leur proposa une autre parabole : « Le Royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé ? qu’un homme prend et sème dans son champ. C’est bien la plus petite de toutes les semences, et quand il a pris sa croissance, il est plus grand que les plantes pota- gères; il devient un arbre, tellement que les oiseaux du ciel vien- nent faire leurs nids dans ses branches. » Il leur raconta une autre parabole : « Le Royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme prend et qu'elle cache dans trois mesures de farine jusqu'à ce que le levain ait partout pénétré. » Toutes ces choses, Jésus les dit en paraboles aux multitudes; 1] ne leur parlait qu'en paraboles (afin que fût accomplie la parole du prophète à : « J’ouvrirai ma bouche pour parler en paraboles ; Je révélerai des choses restées cachées depuis la création *. ») Lorsqu'il eut congédié la foule et fut rentré dans la maison, ses disciples vinrent le trouver et lui dirent: «Explique-nous la para- bole de l'ivraie dans le champ. » ΠῚ leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme. » Ι « Le champ, c'est le monde. » 1 Plusieurs anciens manuscrits lisent : Les serviteurs (grec : les escluves) lui dirent alors. ? De sénevé ou de moutarde. 3 Plusieurs anciens manuscrits ajoutent: Esaie. 4 Psaume 78, 2. 99, 13 90 33 36 90 13, 39 4% 78 LE NOUVEAU TESTAMENT «Le bon grain, ce sont les enfants du Royaume. L’ivraie, ce sont les enfants du Malin 1. » «L'ennemi qui l’a semée, c’est le diable. » «La moisson, c’est la fin du monde?; les moissonneurs, ce sont les anges. » «De même donc qu’on arrache l'ivraie et qu'on la brüle dans le feu, de même, à la fin du monde, le Fils de l’homme enverra ses anges et ils arracheront de son Royaume tous les scandales ὃ et tous ceux qui opèrent l'iniquité et ils les précipiteront dans l’ardente fournaise. Là seront les pleurs et le grincement des dents. C'est alors que les justes, dans le Royaume de leur Père, resplendiront comme le soleil. — Que celui qui a des oreilles en- tendef !» «Le Royaume des cieux est semblable à un trésor enfoui dans un champ. L'homme qui le trouve le tient caché et puis, débor- dant de joie, il s’en va vendre tout” ce qu'il a et il achète ce champ. » | «Le Royaume des cieux est encore semblable à un marchaad en quête de belles perles et qui, en ayant trouvé une d’un grand prix, est allé vendre tout ce qu'il avait et a acheté cette perle. » «Le Royaume des cieux est encore semblable à un filet que l’on a jeté en mer et qui ἃ ramassé des poissons de toutes sortes. Quand il ἃ été plein, les pêcheurs l’ont tiré à eux; puis, s’asseyant sur le rivage, ils ont mis tous ceux qui étaient bons dans des jarres et ils ont jeté les mauvais. Il en sera de même à la fin du 1 Du Malin Esprit, du diable. ? Littéralement : {x consommation du siècle, c’est-à-dire, dans la langue du temps, la fin de l'économie présente, lu fin du monde. 5 C'est-à-dire {ous ceux qui sont un sujet de scandale, qui tendent des pièges, les séducteurs. 4 Ou : écoute. 5 Quelques anciennes autorités omettent tout et lisent : vendre ce qu'il a. 5 Le sens du mot que nous traduisons par mauvais est ici indéterminé, Jésus-Christ fait peut-être allusion à l’usage des pêcheurs de son temps, de reje- ter les poissons réputés impurs et par suite interdits par la Loi, ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 79 monde ! : les anges viendront séparer les méchants du milieu des justes et ils précipiteront ces méchants dans l’ardente fournaise. Là seront les pleurs et le grincement des dents. » «Avez-vous compris tout cela?» — «Oui, répondirent-ils. » Alors il leur dit : « Ainsi donc tout scribe instruit sur le Royaume des cieux est semblable à un homme, chef de maison, qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes, » Quand Jésus eut achevé de raconter ces paraboles, il partit de là et revint chez ses compatriotes. Il se mit à enseigner dans leur synagogue, ce dont ils furent extrêmement surpris; ils disaient : « D'où lui viennent cette sagesse et ces miracles? N'est-ce pas là le fils du charpentier? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie? Et Jacques, et Joseph, et Simon et Jude ne sont-ils pas ses frères? Ses sœurs ne demeurent-elles pas toutes avec nous? D'où lui vient donc tout cela? » Pour eux il était une occasion de chute?. Alors Jésus leur dit : « Un prophète n’est sans honneur que dans sa patrie® et dans sa maison. » Aussi ne fit-il là que peu de mi- racles, à cause de leur incrédulité. C'est vers ce moment que le tétrarque Hérode # entendit parler de Jésus. « Cet homme, dit-il, à ses courtisans, c’est Jean-Baptiste ! Il est ressuscité d’entre les morts! De là, ces puissances miracu- leuses qui agissent en lui ! » Hérode, en effet, avait arrêté Jean, l’avait garrotté et jeté en prison : et cela à cause d’Hérodiade, la femme de son frère Phi- 1 La fin du monde. Noir note sur le verset 99. ? Littéralement : 118 se scandalisaient en lui. C'est-à-dire sa prédication pro- voquait ces remarques sur sa famille, qui les empêchaient de croire en lui. De la sorte, Jésus lui-même leur était un piège qui les faisait tomber, un scandale. Sa prédication, qui aurait dû les sauver, les faisait, au contraire, le critiquer. Voir note sur Matth. 11, 6 et 18, 0 et suiv. 3 Quelques anciens manuscrits lisent : sa propre patrie. : Hérode Antipas, fils d'Hérode le Grand. Voy. note sur Matth. 2, 1. 50, 13 07 08 14, EE οι 10 1 18 10 80 LE NOUVEAU TESTAMENT lippe!, et parce que Jean lui disait : «Il ne t'est pas permis d’avoir cette femme-là.» Hérode eüt bien voulu le mettre à mort, mais il avait peur du peuple, lequel tenait Jean pour prophète, Or, au jour anniversaire de la naissance d’Hérode, la fille d'Hé- rodiade ayant dansé au milieu de la salle, avait tellement plu au tétrarque qu'il lui avait juré, par serment, de lui accorder tout ce qu'elle lui demanderait. « Donne-moi, lui avait-elle dit alors, poussée par sa mère, ici même, sur un plat, la tête de Jean- Baptiste.» Le roi en avait été attristé; cependant à cause de son serment, à Cause aussi des convives, il avait commandé de la lui donner et d'aller décapiter Jean dans la prison. Sa tête avait été apportée sur un plat et donnée à la jeune fille, qui l'avait remise à sa mère. Les disciples de Jean étaient venus prendre son come et l’ensevelir; puis ils étaient allés en informer Jésus. Ayant appris cet événement, Jésus partit de là en barque pour se retirer à l'écart dans quelque endroit solitaire. Mais les troupes, l'ayant su, sortirent des villes et le suivirent à pied, et en débar- quant il vit une foule immense, il en eut compassion ? et 1] guérit leurs malades. Sur le soir, les disciples s’approchèrent de lui et lui dirent: « L'endroit est désert et l’heure est déjà avancée, renvoie donc les foules, afin que les uns et les autres aillent dans les villages acheter de quoi se nourrir.» Mais Jésus leur dit: «Il n’est pas néces- saire qu'ils s'en aillent; donnez-leur vous-mêmes à manger. » «Mais, répondirent-ils, nous n'avons ici que cinq pains“ et deux poissons.» Il dit: «Apportez-les-moi 1c1», et, après avoir corh- mandé que la multitude s’assit sur l'herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la béné- diction, puis il rompit les pains, les donna aux disciples et les disci- 1 Quelques anciennes autorités omettent Philippe. 2 Voir note sur Matth. 9, 36. 3 Deux anciens manuscrits lisent : mais il leur dit. 4 Les pains, chez les Juifs, étaient ronds et plats; ils servaient d’assiettes ; au commencement du repas, on remettait un pain à chaque convive. Cinq pains représentaient la nourriture de cinq personnes, É VANGILE SELON SAINT MATTHIEU 81 ples aux foules. Tous mangèrent, tous furent rassasiés, et on em- porta les morceaux qui restaient : douze paniers pleins. Quant au nombre de ceux qui avaient mangé, il était de cinq mille hommes environ, sans compter des femmes et des enfants. Aussitôt après!, il pressa les disciples de remonter dans la barque? et de le précéder sur la rive opposée, tandis qu'il ren- verrait les multitudes. Quand 11 les eut renvoyées, il gravit la montagne afin de prier dans la solitude. Le soir vint et il était seul en ce lieu. Pendant ce temps la barque, déja au milieu de la mer”, était battue des flots, ayant le vent contraire. Or, à la quatrième veille de la nuit#, il vint à eux en marchant sur la mer. Quand les disciples le virent, marchant sur la mer, ils furent bouleversés. «C’est un fantôme», dirent-ils, en jetant des cris de terreur. Mais aussitôt 11 leur parla, il leur dit: « Rassurez-vous; c’est moi, soyez sans crainte.» Pierre alors s’adressa à lui: «Si c'est toi, Sei- gneur, commande que je vienne à toi sur les flots. » — « Viens», dit Jésus. Descendant de la barque, Pierre marcha sur les flots et alla vers Jésus; mais quand 11 sentit le vent6 il fut pris de peur et commença à s’enfoncer, alors il s’écria : « Seigneur, sauve-mol. » Jésus étendit immédiatement la main et lui dit en le saisissant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? » Ils entrèrent dans la barque et le vent cessa. Alors ceux qui s'y trouvaient se prosternèrent devant lui, disant : «Tu es vraiment Fils de Dieu. » 1 Quelques anciennes autorités omettent aussitôt après. ? Un des plus anciens manuscrit lit : une barque. 3 Quelques autorités très anciennes ajoutent ici : éloignée de plusieurs stades de la terre. # Cest-à-dire vers trois heures du matin. La nuit se partageait en quatre veilles, chacune de trois heures, à part de six heures du soir. Voir note sur Marc 13, 35. 5 Un des plus anciens manuscrit lit : quand ils le virent. ὃ Plusieurs anciens manuscrits ajoutent après le mot vent le mot violent, 90, 14 21 12 τὸ 90 91 32 33 ὃ. LE NOUVEAU TESTAMENT 14,34 35 Ayant passé l’eau, ils arrivèrent au pays de Gennesaret. Les gens de l'endroit, l'ayant reconnu, firent prévenir tout le voisinage 36 οἱ lui présentèrent tous leurs malades, le priant de les laisser seule- ment toucher la frange de son vêtement. Et tous ceux qui la touchèrent furent guéris. 15, 4 Alors des Pharisiens et des Scribes qui arrivaient de Jérusalem 2 s’approchèrent de Jésus et lui dirent : «Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens? [15 ne pratiquent pas l’ablution des mains lorsqu'ils prennent leur repas. » Il leur répondit ainsi : «Et vous, pourquoi transgressez-vous, au profit de votre tra- 4 dition, le commandement de Dieu? En effet, Dieu a dit ? : « Honore ton père et ta mère» et: «qu’il soit puni de mort, celui qui mau- Qt dira son père! *» Mais vous, voici ce que vous enseignez : celui qui dira à son père ou à sa mère: «Je déclare offrande à Dieu ce dont tu voudrais être assisté par moi,» ne sera pas tenu d’ho- 6 norer son père ou sa mère. Et c'est ainsi, qu’au profit de votre tradition, vous avez réduit à néant la parole de Dieu°. Hypo- crites$! C’est bien à vous que s'applique la prophétie d’Ésaïe : 8 «C’est des lèvres que ce peuple m'honore! Quant à son cœur, il est fort loin de moi ! 9 C’est en vain qu'ils me rendent un culte; _ [nes ?2» Ils enseignent des doctrines qui ne sont que des ordonnances humai- 10 Il appela à lui la multitude. « Écoutez et comprenez» leur dit-il; 1 «Ce qui rend l’homme impur$ ce n’est pas ce qui entre dans la 1 Littéralement: de son manteau. Voir sur le mot frange note sur Luc 8, 44. ? Plusieurs anciens manuscrits lisent : ὦ donné un commandement, disant. 5 Littéralement : qu'il meure de mort, c’est un hébraïsme. Plusieurs anciens manuscrits ajoutent: ou sa mère. (Exode 20, 12 et 21, 17.) Un des plus anciens manuscrits lit : la loi de Dieu; quelques autres lisent : le commandement de Dieu, 6 Ou: Comédiens! Voir note sur Matth. 6, 2. 7 Ésaïe 29, 13-14. 8 Ge qui lui fait contracter une impureté, suivant les idées pharisiennes du temps qui interdisaient tel ou tel aliment, telle ou telle boisson, PR lt re ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 83 bouche ; ce qui rend l’homme impur, c'est ce qui sort de la bouche. » Les disciples s’approchèrent alors et lui dirent : « Sais-tu que les Pharisiens, en entendant ces paroles, ont été a. 1,» Il leur répondit : «Toute plante que n'a point plantée mon Père céleste sera déracinée. Laissez-les; ce sont des conducteurs aveugles !? Quand un aveugle conduit un aveugle, ils tombent tous deux dans une fosse». Pierre, reprenant, lui dit: «Explique-nous la parabole 5. » — « Étes-vous encore, vous aussi, sans intelligence? » leur répondit-l. «Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans la bouche va au ventre et, de là, est rejeté en quelque lieu secret? mais ce qui sort de la bouche vient du cœur, et voilà ce qui rend l’homme impur! Pensées mauvaises, homicides, adul- tères, fornications, vols, faux témoignages, calomnies viennent en effet du cœur; oui, voilà ce qui rend l’homme impur! Quant à manger sans avoir pratiqué l'ablution des mains, ce n'est point contracter une impureté. » Jésus partit de là et se retira du côté de Tyr et de Sidon #. Une Chananéenne de ces contrées vint à lui en s’écriant : «Seigneur, Fils de David, aie pitié de moi, ma fille est cruellement tourmentée par un démon. » Il ne lui répondit pas un mot. Ses disciples intervinrent pour le prier de renvoyer cette femme; — «elle nous poursuit de ses cris», disaient-ils. Alors il prit la pa- role : «C’est seulement aux brebis perdues de la maison d'Israël que j'ai été envoyé. » Mais la femme vint se prosterner devant lui, disant : «Seigneur, viens à mon secours. » Alors il répondit : «II n’est pas bon de prendre le pain des enfants et de le Jeter aux chiens. » Elle répliqua : «Si, Seigneur, car les chiens mangent 1 Voir sur le mot scandalisés note sur Matth. 18, G. ? Plusieurs anciens manuscrits lisent : des aveugles, conducteurs d'aveugles. 3 La comparaison dont les Pharisiens ont été scandalisés, 4 Deux villes païennes en Phénicie, hors de la Palestine. 5 Les apôtres, en disant: Renvote-ia, demandent-ils au Seigneur de les dé- barrasser de cette femme, en lui accordant ce qu’elle demande, ou simplement de la chasser sans lui répondre. Le texte laisse cette question indécise. 5 Quelques anciennes autorités lisent : {1 n’est pas permis. 15, 98 90 91 16, 1 δά LE NOUVEAU TESTAMENT quelques-unes des miettes qui tombent de la table de leurs maitres. » — «Ὁ femme ! ta foi est grande! reprit alors Jésus, qu'il te soit fait comme tu veux.» Et à cette heure même sa fille fut guérie. Parti de là, Jésus longea la mer de Galilée. Puis il gravit la montagne et y demeura 1. Et des troupes nombreuses arrivèrent vers lui, ayant avec elles des paralytiques, des aveugles, des sourds-muets, des estropiés et beaucoup d’autres que l’on déposa à ses pieds. Il les guérit. De sorte que les multitudes étaient dans l'admiration de voir les sourds-muets parler, les estropiés se guérir ?, les paralytiques mar- cher, les aveugles voir. Et elles rendaient gloire au Dieu d'Israël. Jésus, cependant, appela ses disciples et leur dit : «J'ai compas- sion ? de cette multitude; voici déjà trois jours qu’ils ne me quittent pas, et ils n’ont pas de quoi manger. Je ne veux pas les renvoyer à jeun, de peur qu'ils ne défaillent sur la route. Les disciples lui repartirent: « Où donc trouver, en ce lieu solitaire, un assez grand nombre de pains“ pour rassasier une foule pareille? » — « Combien de pains avez-vous?» leur dit Jésus. — «Sept, répondi- rent-ils, et quelques poissons.» Il donna ordre à la foule de s’as- seoir par terre. Puis il prit les sept pains et les paissons, et rendant grâces, les rompit et les donna aux disciples; et les disciples les donnèrent à la foule. Tous mangèrent; tous furent rassasiés οἱ des morceaux qui restèrent on emporta sept corbeilles pleines. Quatre mille hommes furent ainsi nourris, sans compter des femmes et des enfants. Quand il eut congédié les multitudes, il monta dans la barque et se rendit au pays de Magadan 5. Pour le mettre à l'épreuve, les Pharisiens et les Sadducéens 1 Voir note sur Matth, 5, 1, ? Un des plus anciens manuscrits omet les estropiés se guérir. 3 Voir note sur Matth. 9, 80, ! Voir sur le mot pain la note sur Matth. 14, 17. ? L'emplacement de Magadan est inconnu. ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 89 vinrent lui demander de leur faire un signe! qui vint du ciel. Il leur fit cette réponse : «[Le soir, il vous arrive de dire: «Il fera beau, car le ciel est rouge », et le matin : « Aujourd’hui il y aura un orage, car le ciel est d’un rouge sinistre.» Vous savez donc juger l’aspect du ciel, et les signes du temps où vous êtes vous ne le pouvez pas ! ?] Race mauvaise et adultère* qui demande un signe! — Un signe! il ne lui en sera pas donné d’autre que celui de Jonas! » Et les laissant, il s’en alla. Les disciples, en passant l’eau, oublièrent de prendre des pains. Or, Jésus leur dit: «Faites bien attention, prenez bien garde au levain des Pharisiens et des Sadducéens. » — «C’est parce que nous n'avons pas pris de pains!» pensèrent et se dirent entre eux les disciples. Jésus, le sachant, leur dit : «Comment pouvez- vous penser ici aux pains que vous n’avez pas, hommes de peu de foi? Est-ce que vous ne comprenez pas encore? est-ce que vous ne vous souvenez plus des cinq pains pour les cinq mille hommes et du nombre de paniers que vous avez emportés? ni des sept pains pour les quatre mille hommes et du nombre de corbeilles que vous avez emportées? Comment ne comprenez-vous pas quand je dis : Prenez bien garde au levain des Pharisiens et des Saddu- céens, que je ne vous parle pas de pains?» Ils comprirent alors : il ne leur avait pas dit de se garder du levain qu'on met dans le pain ὅ, mais de la doctrine des Pharisiens et des Sadducéens. Étant allé aux environs de Césarée de Philippe ὃ, Jésus inter- rogea ses disciples : « Que dit-on qu’est le Fils de l’homme?» Ils 1 Ou: un miracle. ? Ce passage, que nous plaçons entre crochets, manque dans plusieurs des plus anciens manuscrits. 3 Cest-à-dire ici impie. 1 Plusieurs anciens manuscrits lisent : que vous n'avez pas pris. 5 Au lieu de : se garder du levain qu'on met dans le pain, quelques anciens manuscrits lisent : se garder du levain des Pharisiens et des Sadducéens. 6 Ville située au nord du lac, habitée par le tétrarque Philippe, un des fils d’Hérode le Grand. 9, 16 ςο 4 10 11 13 14 16, 45 18 19 tO CO 86 LE NOUVEAU TESTAMENT répondirent : «Les uns disent : c’est Jean-Baptiste ; les autres : c’est Élie; d’autres : c’est Jérémie, ou : c’est l’un des prophètes. » — «Et vous, continua-t-il, qui dites-vous que je suis?» Simon Pierre répondit par ces mots : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Jésus alors lui adressa ces paroles : « Heureux es-tu, Simon Bar-Jona!, parce que ce n’est ni la chair ni le sang ? qui t’ont révélé cela; mais mon Père qui est dans les cieux. Eh bien, moi, je te dis : Tu es Pierre et sur cette pierre j'édifierai mon Église et les portes de la Demeure-des-morts * ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux “. » En même temps, il recommanda à ses disciples de ne dire à personne qu'il était, lui, le Christ. A partir de ce moment, Jésus-Christ” commença à expliquer à ses disciples qu'il lui fallait: — aller à Jérusalem; — beaucoup souffrir de la part des Anciens, des chefs des prêtres et des Scribes ; — être mis à mort; — ressusciter le troisième jour. Le tirant alors à l'écart, Pierre se mit à le reprendre : «Que Dieu ait pitié de toi, Seigneur! non, il ne larrivera rien de tout cela.» Mais lui, se retournant vers Pierre : « Va-t’en! Arrière de moi! Satan! » lui dit-il; «tu m'es un scandale 6, parce que tes pensées ne sont pas de Dieu, mais des hommes. » Jésus dit alors à ses disciples: «Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il porte? sa croix et qu'il me suive. Celui qui voudra sauver sa vie, la perdra; et il trouvera la 1 C'est-à-dire fils de Jon«. ? C'est-à-dire ce qui est mortel, terrestre. En d’autres termes : personne sur la terre ne Pa révélé cela. Voir Galates 1, 16. 3 En grec: les portes du Hadès; en hébreu : du Schéol ; la Demeure des morts dont les portes sont fermées de manière à résister à tous les efforts. Les portes de la Demeure des morts signifient donc ici la puissance de la mort. L'Église fondée sur un rocher sera inébranlable, éternelle, Voir note sur Matth. 11, 23, 4 Lier et délier ont ici le sens de fermer et d’ouvrir. 5 Plusieurs anciens manuscrits omettent Christ. 5 C'est-à-dire un piège. Tu me tends un piège, 7 Ou: qu'il prenne. ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 87 vie, celui qui l’aura perdue à cause de moi. À quoi servira-t-il à un homme de gagner le monde entier s’il perd sa vie? Qu'est-ce qu'il donnera en échange de sa vie? Le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père et accompagné de ses anges et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. En vérité, je vous le dis, quelques-uns sont ici présents qui ne goüteront point la mort avant d’avoir vu le Fils de l’homme venant en sa Royauté !. » Six jours après, emmenant avec lui Pierre, Jacques et Jean, son frère, Jésus les conduisit sur une haute montagne, à l'écart, Et alors, devant eux, il fut transfiguré : sa face resplendit comme le soleil; ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voilà que leur apparurent Moïse et Élie, s’entretenant avec lui. Pierre alors, s'adressant à Jésus, lui dit: «Seigneur, qu'il nous est bon d’être ici! si tu veux, je dresserai? trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, une pour Élie...» Il parlait encore, lorsqu'une nuée lumineuse les enveloppa, et que de cette nuée sortit une voix disant: «Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé en qui je me com- plais ?. Écoutez-le.» Quand les disciples entendirent cette voix, ils tombèrent sur leur face, frappés de terreur. Mais Jésus s’approcha et, les touchant, leur dit : «Levez-vous et soyez sans crainte. » Levant alors les yeux, ils ne virent plus personne que lui, Jésus“, seul. Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur fit cette recommandation : «Ne parlez à personne de cette vision jusqu’à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité d’entre les morts.» Les disciples lui demandèrent: «Pourquoi les Scribes disent-ls: Il faut, avant tout, qu'Élie vienne?» Il leur répondit: «Oui, Élie doit venir et rétablir toutes choses. Eh bien, je vous le déclare, Élie est déjà venu; et ils ne l’ont pas reconnu; ils ont, au con- traire, fait de lui tout ce qu'ils ont voulu. De même le Fils de l’homme doit souffrir par leurs mains. » 1 Ou: en son Règne, ou: en son Royaume. Il n’y a qu’un seul mot grec pour ces trois mots français : Règne, Royaume et Royauté. Voir note sur Jean 18, 36. 2? Plusieurs anciens manuscrits lisent : nous dresserons. 3 Je me complais, Voir note sur Matth. 3, 17. 4 Plusieurs anciens manuscrits omettent lui et lisent : personne que Jésus seul. 28 [Se ζῶ ΕΣ 7: 88 LE NOUVEAU TESTAMENT Les disciples comprirent alors que c'était de Jean-Baptiste qu'il leur parlait. Lorsqu'ils eurent rejoint la multitude, un homme s’avança vers lui et, se jetant à genoux, lui dit: «Seigneur, aie pitié de mon fils; 11 est lunatique!, et ses souffrances sont grandes, car il lui arrive souvent de tomber dans le feu, souvent aussi dans l’eau. Je l'ai apporté à tes disciples et ils ont été impuissants à le guérir. » Jésus alors prononça ces paroles : « Ὁ génération incrédule et per- verse, jusqu'à quand serai-je avec vous? jusqu'à quand vous supporterai-je ? Apportez-moi l'enfant ici. » ΠῚ lui fit des menaces; et le démon sortit de lui. Cet enfant, dès ce moment, fut guéri. Les disciples, s’approchant alors de Jésus, lui dirent en particu- lier : « Pourquoi, nous, avons-nous été impuissants à chasser ce démon? » Il répondit: «A cause de votre peu de foi, car je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi gros comme un grain de sénevé ?, vous diriez à cette montagne : « Transporte-toi d'ici là» et elle s'y transporterait; rien ne vous serait impossible $. » Pendant qu'ils séjournaient en Galilée, Jésus leur dit: «Le Fils de l’homme va être livré entre les mains des hommes, ils le tue- ront; le troisième jour 1] ressuscitera.» Ces paroles les affligèrent extrèmement. Quand 115 arrivèrent à Capharnaüm, ceux qui recevaient les didrachmes * s’adressèrent à Pierre et lui dirent: «Est-ce que votre maître ne paye pas les didrachmes? » — «Il les paye» ré- pondit-1l. Et quand il entra dans la maison, Jésus le prévint en lui disant: «Quel est (on avis, Simon? de qui les rois de la terre per- 1 Les anciens, dans leur ignorance des sciences médicales, attribuaient un cer- tain nombre de maladies à l’influence néfaste de la lune. 2 De sénevé ou de moutarde. 3 Plusieurs manuscrits ajoutent ici: mais ce genre de démons ne s'expulse que par la prière et le jeûne (c’est le verset 21). 1 On appelait didrachme l'impôt annuel de deux drachmes (1 fr, 80 ce. environ) dû au temple pour les frais du culte par tout Israélite âgé de vingt ans et plus. Te ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 89 çoivent-ils l'impôt ou le cens? de leurs fils ou des étrangers. » Pierre répondit: «des étrangers». «Donc, reprit Jésus, les fils 90,17 sont libres ; cependant pour ne pas les scandaliser!, va à la mer 97 et jette l'hameçon. Le premier poisson qui se prendra, tire-le de l'eau, ouvre-lui la bouche, tu y trouveras un statère?; prends-le et donne-le-leur pour moi et pour toi.» À ce moment, les disciples vinrent à Jésus et lui dirent : «Qui 1,18 est le plus grand dans le Royaume des cieux?» Alors Jésus appela 9 à lui un enfant, le plaça au milieu d'eux et leur dit: «Je vous le 2 dis en vérité, si vous n’avez été changés et n'êtes devenus sem- blables aux enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux, Qui donc se fera humble comme cet enfant sera, lui, le 4 plus grand dans le Royaume des cieux; et qui recevra, en mon ὃ nom *, un enfant comme celui-ci, me reçoit. » «Mais celui qui aura été une occasion de chute # pour l’un de ces ὁ petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui pendit au cou une de ces meules que tournent les ânes ὅ, et qu'on le pré- cipität dans les profondeurs de la mer. Malheur au monde à cause 7 des scandales! Il faut bien qu'il arrive des scandales; mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive!» «Si ta main ou ton pied sont pour toi une occasion de chute7, 8 coupe-les et jette-les loin de toi; il t’est meilleur d'entrer dans la vie mutilé ou estropié, que d’être jeté, avec tes deux mains et tes deux pieds, dans le feu éternel 8, Si ton œil est pour toi une occa- 9 1 Voir sur scandale et sur scandaliser note sur Matth, 18, 6. ? Le statère valait quatre drachmes ou deux didrachmes. 5 En mon nom, c’est-à-dire à cause de moi, par égard pour moi. 4 Grec: qui aura scandalisé; mais ce verbe signifie ici non pas choquer, froisser, blesser; mais : tendre un piège dans lequel on tombe. 5 Littéralement : une meule d'âne, on appelait ainsi la meule trop grosse pour être tournée par un homme, parce qu’on se servait d’un âne pour la mou- voir. 5 Nous faisons sur ce mot scandale la même remarque que sur le verbe scanda- liser. Le scandale est, en grec, le piège qui fait tomber, Voir note sur Matth. 13, 41. 7 Grec : te scandalisent (même remarque). 8 Éternel ou: à venir. Voir note sur Matthieu 25, 46 et sur Jean 3, 15. 18, 10 11 18 19 20 90 LE NOUVEAU TESTAMENT sion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi; il t'est meilleur d'entrer borgne dans la vie, que d’être jeté, avec tes deux yeux, dans la géhenne ! du feu. » «Gardez-vous de mépriser un seul de ceux qui sont les petits! car, je vous le dis, leurs anges, dans les cieux, voient sans cesse la face de mon Père qui est dans les cieux ?. » «Que pensez-vous de ceci : Si un homme ἃ cent brebis et que l’une d'elles vienne à s’égarer, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt- dix-neuf autres dans les montagnes, pour aller chercher celle qui s'est égarée ; et s’il arrive qu'il la retrouve, en vérité je vous le dis, il ἃ plus de joie au sujet de celle-là qu'au sujet des quatre-vingt- dix-neuf autres qui ne se sont point égarées. » « De même ce n'est pas la volonté de votre Père ὁ qui est dans les cieux que périsse un seul de ceux qui sont les petits. » «Si ton frère a péché contre toi*, va le trouver et reprends-le, toi, seul avec lui. S'il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S'il ne t'écoute pas, amène avec toi une ou deux personnes, afin que tout soit décidé d’après l'avis de deux ou trois témoins. Puis, s’il refuse de les écouter, dis-le à l’église. Et, s’il refuse aussi d'écouter l’église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain. » «Je vous le dis en vérité : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel; et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel ÿ, » «Je vous répète, en vérité 6, que si, sur la terre, deux d’entre vous s'accordent pour demander une chose quelconque, ils l’obtien- dront de mon Père qui est dans les cieux. Là, en effet, où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis présent au milieu d'eux. » 1 Géhenne. ΝΟΥ. note sur Matth. 5, 22. - Plusieurs manuscrits (mais ce ne sont ni les plus anciens ni les plus auto- risés) ajoutent ici: Car le Fils de l'homme est venu pour sauver ce qui était perdu (c'est le verset 11). Voir Luc 19, 10. 3 Votre Père. Quelques anciens manuscrits lisent : de mon Père. t Les deux plus anciens manuscrits omettent les mots contre toi. : Ὁ Lier el délier, Voir note sur Matth. 16, 19. 5 Quelques anciens manuscrits omettent : en vérité, LR nef GR “er ,Συ 2 PT ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 91 Alors Pierre, s’approchant, lui dit: «Seigneur, si mon frère pèche contre moi, combien de fois lui pardonnerai-je? sera-ce jusqu’à sept fois? » Jésus lui répondit: «Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu à soixante-dix fois sept fois. À ce sujet, voici à quoi est semblable le Royaume des cieux : Un roi voulut faire rendre compte à ses serviteurs 1, Quand il eut commencé à compter, on lui en présenta un, débiteur de dix mille talents 3. Comme il n'avait pas de quoi les rendre, son maitre ordonna qu'on le vendit, lui, sa femme, ses enfants, tout ce qu'il possédait, pour l’acquittement de sa dette. Ce serviteur, tombant à ses pieds, se prosterna devant lui et lui dit: «Sois patient envers moi, et je te rendrai tout.» Le maître eut alors pitié’ de son serviteur, 11 le laissa aller et lui fit remise de sa dette. En sortant, ce serviteur rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers#, et alors, le tenant à la gorge jusqu'à l’étrangler, 11 lui dit: «Rends ce que tu dois!» Son compagnon, tombant à ses pieds, le supplia en disant : «Sois patient envers moi et je te rendrai»; mais lui ne voulut pas; 11 s’en alla et le jeta en prison jusqu’à ce qu'il eût payé sa dette. Voyant ce qui se passait, les autres serviteurs en furent profondément affligés; et ils vinrent raconter à leur maître tout ce qui était arrivé. Alors le maitre fit appeler celui qui avait ainsi agi et lui dit: «Serviteur méchant! Je t'ai remis ta dette parce que tu m'as supplié. Ne te fallait-il pas avoir pitié toi aussi de ton compagnon, comme moi-même j'avais eu pitié de toi? » Et son maître, irrité, livra cet homme aux bourreaux, jusqu'à ce qu'il eût payé toute sa dette. » «Ainsi vous fera mon Père céleste si chacun de vous ne par- donne pas à son frère de tout son cœur. » 3 Grec: esclaves. 4 Le talent, monnaie fictive, valait 5280 francs, une somme de dix mille talents représentait donc près de 53 millions de notre monnaie. Ὁ Voir note sur Matth. 9, 56. 5 Un denier valait 0f,88, et cent deniers, 88 francs. 19/24 92 LE NOUVEAU TESTAMENT Quand Jésus eut achevé ces discours, il quitta la Galilée et se rendit sur la frontière de la Judée, de l’autre côté du Jourdain. De grandes multitudes le suivirent et, il y fit des guérisons. Les Pharisiens vinrent à lui et, pour le mettre à l’épreuve, ils lui dirent : «Est-il permis de répudier sa femme pour un motif quelconque?» Il répondit par ces paroles : «N'avez-vous pas lu que, à l’origine, le Créateur! «a fait un couple, mâle et femelle ? ? » et il a dit: «A cause de cela l'homme laissera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme et ils seront deux dans une seule chair ?,» Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu ἃ uni, qu'un homme ne le sépare point.» — «Alors pourquoi, dirent-ils, Moïse a-tl prescrit de donner à la femme un acte de divorce et de la répudier ? » Il répondit : «C’est à cause de la dureté de vos cœurs que Moïse vous a permis de répudier vos femmes. Mais, à l’origine, il n'en était pas ainsi. Or, je vous le dis : qui répudie sa femme, si ce n’est pour infidélité, et en épouse une autre, commet un adultère.» Les disciples lui dirent: «Si telle est la condition de l’homme vis-à-vis de la femme, il vaut mieux ne pas se marier.» Il leur dit: «Tout le monde n’est pas capable de cette résolution, mais seulement ceux à qui cela est donné. Il y a des eunuques qui sont tels dès leur naissance, dès les entrailles de leur mère; il en est d’autres que les hommes ont faits eunuques ; et enfin il y en ἃ qui se sont faits eunuques eux- mêmes 1 en vue du Royaume des cieux. Que celui qui ἃ la force d'en arriver là, y arrive!» Alors on lui amena des enfants pour qu'il leur imposât les mains en priant. Comme les disciples blämaient ceux qui les lui 1 Plusieurs anciens manuscrits, au lieu de : le Créateur, lisent: Celui qui les a faits. 2 Genèse 1, 27. 3 Genèse 2, 24, 1 C'est-à-dire qui ont volontairement renoncé au mariage. ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 93 amenaient, Jésus leur ! dit: « Laissez les enfants et ne les empê- chez point de venir à moi, car c'est à ceux qui leur ressemblent qu'appartient le Royaume des cieux.» Puis 11 leur imposa les mains et partit de là. S’approchant de lui, quelqu'un lui dit: «Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle? » Il lui répondit : « Pourquoi m'interroges-tu sur ce qui est bon ? Unseul être est bon. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. » — « Lesquels? » dit-il. Jésus répondit : «Ceux-ci: « Tu ne seras point meurtrier ; tu ne seras point adultère; tu ne seras point voleur ; tu ne rendras point de faux témoignage ; honore ton père et ta mère?» et: «tu aimeras ton prochain comme toi-méme $. » Le jeune homme lui dit: « Tout cela je l'ai observé; que me manque-t-il encore?» Jésus lui ré- pondit: « 81 tu veux être parfait, va vendre ce que tu possèdes, donnes-en le prix à des pauvres : tu auras alors un trésor dans les cieux “; viens ensuite et suis-moi. » Le jeune homme, enten- dant ces paroles ὅ, s’en alla tout triste, car il avait beaucoup de biens. Jésus dit alors à ses disciples : « Je vous le dis en vérité, un riche entrera difficilement dans le Royaume des cieux. Oui, je vous le répète, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille 6 qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu.» Ces paroles consternèrent les disciples : «Qui donc pourra être sauvé? » dirent-ils. Jésus leur répondit en les regardant: « Aux hommes, cela est impossible; mais à Dieu, tout est possible. » Pierre s’adressa alors à lui et lui dit: «Et nous, nous avons tout quitté; nous t’avons suivi; qu'y aura-t-il pour nous?» Jésus leur répondit : «Je vous le dis en vérité, lorsque, dans le Renou- 1 Quelques anciennes autorités omettent : leur. 2 Exode 20, 12-16, 3 Lévit. 19, 18. Ὁ Plusieurs anciens manuscrits lisent : dans le ciel. 5 Quelques anciens manuscrits omettent : ces paroles. 5 Le trou d'une aiguille. Voir note sur Marc 10, 95. 7 Quelques anciennes autorités lisent : Royaume des cieux. 14, 19 94 LE NOUVEAU TESTAMENT vellement de toutes choses! le Fils de l’homme, siégera sur le trône de sa gloire, vous aussi, vous, qui m'avez suivi, vous siégerez sur 19,99 douze trônes, jugeant les douze tribus d'Israël; et quiconque, à cause de mon nom, aura quitté des frères, des sœurs, un père, une mere, des enfants, des terres, des maisons, recevra beaucoup plus et possédera la vie éternelle. » 30 «Plusieurs des premiers seront derniers et des derniers premiers ; 20, 1 voici, en effet, à quoi est semblable le Royaume des cieux : Un maître de maison sortit de très grand matin, afin de louer des 2 ouvriers pour sa vigne. 1] convint avec ces ouvriers d’un denier 2 pour la journée et les envoya à sa vigne. En sortant de nouveau vers la troisième heure”, il en vit d’autres qui restaient sur la place 4 publique sans rien faire. Et il leur dit : «Allez, vous aussi, ἃ ma 5 vigne, et je vous donnerai ce qui est juste.» Ils y allèrent. «Il sortit également vers la sixième heure, puis vers la neuvième, ὁ etfit de même. Étant enfin sorti vers la onzième heure, il en trouva encore d’autres qui restaient là et il leur dit: « Pourquoi 7 restez-vous ici toute la journée à ne rien faire?» Ils répondirent : « Parce que personne ne nous ἃ loués, » et il leur dit: «Allez, vous aussi, à la vigne. » ©2 8 «Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : « Ap- pelle les ouvriers et remets-leur le salaire, en commençant par les 9. derniers et finissant par les premiers.» Ceux de la onzième heure 10 86 présenterent alors et reçurent chacun un denier. Les premiers vinrent à leur tour, et ils pensaient qu'ils recevraient davantage ; ‘ mais ils ne reçurent, eux aussi, qu'un denier chacun. » 11 «En le prenant, ils murmuraient contre le maître de la maison : 12 ils disaient : « Ceux-ci, les derniers, ont fait seulement une heure ? Grec: la Palingénésie, c'est-à-dire le renouvellement de toutes choses qui doit venir. 2 Un denier, 0f,88. 3 La journée chez les Juifs était divisée en douze heures et commencait à six heures du matin, La première heure étant six heures, la troisième correspondait ἃ neuf heures, la sixième à midi, la neuvième à trois heures, la onzième à cinq heures du soir, TT I UT. ΨΥ ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 95 et tu les égales à nous qui avons porté le poids du jour et de la chaleur ? » «Il répondit à l’un d’eux : «Mon ami, je ne te fais aucun tort ; n’es-tu pas convenu avec moi d’un denier ? Prends ce qui est à toi et va. Je veux donner à ce dernier autant qu'a toi. Ne m'est-il pas permis ! de faire de mes biens ce que je veux. Pourquoi vois-tu de mauvais œil que je sois bon?» — «Ainsi les derniers seront premiers et les premiers derniers. » Jésus, montant à Jérusalem ?, prit, en particulier, les douze et, chemin faisant, il leur dit: « Voilà que nous moutons à Jérusa- lem ; le Fils de l’homme y sera livré aux chefs des prêtres et aux Scribes, qui le condamneront à mort; puis ils le livreront aux païens, pour qu'il soit bafoué, flagellé et crucifié ; et le troisième jour il ressuscitera. » Alors s’approcha de lui la mère des fils de Zébédée et ceux-ci avec elle, et elle se prosterna pour lui faire une demande. II lui dit: «Que veux-tu?» Elle lui répondit : «Ordonne que, dans ton Royaume, mes deux fils que voici siègent l’un à ta droite, l’autre à ta gauche. » Jésus repartit : « Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire moi- même?» — «Nous le pouvons» lui dirent-ils. — Et 1 répliqua : «Oui, ma coupe, vous la boirez; mais quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder, ces places sont à ceux pour qui mon Père les a préparées. » Les dix autres qui avaient entendu furent indignés contre les deux frères. Alors Jésus les appela et leur dit: «Vous savez que les princes des nations en sont les dominateurs, que les grands exercent sur elles un pouvoir impérieux. Il n’en sera pas ainsi? parmi vous ; au contraire, qui voudra devenir grand parmi vous sera votre serviteur; qui voudra être le premier parmi vous sera votre esclave, comme le Fils de l’homme, qui n’est pas venu pour 1 Plusieurs anciens manuscrits lisent : ow ne m’est-il pas permis. ? Quelques anciennes autorités lisent : allant monter. 3 Quelques anciens manuscrits lisent : 1! n’en est pus ainsi. 18 19 20, 29 30 LS 96 LE NOUVEAU TESTAMENT être servi, mais pour servir et donner sa vie comme rançon pour plusieurs. » À leur sortie de Jéricho, Jésus fut suivi d’une grande foule. Et voici que deux aveugles, assis le long du chemin, entendant dire que c'était Jésus qui passait, se mirent à crier : « Aie pitié de nous, Seigneur !, Fils de David!» La foule les menaçait pour les faire taire, mais ils crièrent plus fort: «Aïe pitié de nous, Seigneur, Fils de David! h Jésus s'arrêta, les appela et leur dit: «Que voulez-vous que je fasse pour vous?» Ils lui répon- dirent : «Seigneur, que nos yeux soient ouverts! » Ému de com- passion ?, Jésus toucha leurs yeux. Et subitement ils virent, et ils le suivirent. Quand 115 furent près de Jérusalem et furent arrivés à Bethphagé, aux environs du mont des Oliviers, Jésus envoya deux disciples, en leur disant: «Allez à ce village qui est devant vous, et vous trouverez tout de suite une ânesse attachée et son ânon avec elle. Déliez-les et amenez-les-mot. Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez : «Le Seigneur en a besoin »; on les enverra im- médiatement. » (Or, tout cela eut lieu afin que füt accomplie la parole du pro- phète : « Dites à la fille de Sion : Voici que ton Roi vient à toi, Plein de douceur, monté sur une ânesse Et sur un non, le petit d'une béle de somme ὃ. ») Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l’ânesse et l’ânon; ils placèrent sur eux leurs man- teaux et Jésus s’assit dessus. La plus grande partie du peuple étendait ses vêtements sur le chemin ; d’autres coupaient des bran- 1 Quelques anciens manuscrits omettent Seigneur. 2 Voir note sur Matth, 9, 36. 3 Zacharie 9, 9. | my LA d- ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 97 ches aux arbres et en jonchaient la route. Et toute cette multitude, ceux qui le précédaient et ceux qui le suivaient, criait : «Hosanua pour le Fils de David 1! «Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur 3» Hosanna au plus haut des cieux!» A son entrée dans Jérusalem, la ville entière fut en émoi; on disait: «Qui est celui-ci?» et les multitudes répondaient : «C'est le prophète Jésus de Nazareth de Galilée. » Jésus entra dans le Temple ὅ, et il en chassa tous les vendeurs et tous les acheteurs ; il renversa les tables des changeurs, ainsi que les sièges des marchands de colombes, et il leur dit: « Il est écrit : «Ma maison s'appellera maison de prière *. » «Eh bien! vous en faites …......... une caverne de brigandsÿ. » Dans le Temple, aveugles et estropiés s’approchèrent de lui, et il les guérit. Voyant les merveilles qu’il accomplissait et les enfants crier dans le Temple et dire: «Hosanna pour le Fils de David!» les chefs des prêtres et les Scribes furent indignés: «Est-ce que tu entends ce que ceux-là crient?» lui dirent-ils. «Oui, leur répondit Jésus, n’avez-vous donc jamais lu cette parole : « Dans la bouche des petits enfants et des nourrissons qu'on allaite, Tu l'es préparé des louanges 5, » Puis il les quitta et sortit de la ville pour aller à Béthanie, où il passa la nuit. Le matin, en revenant à la ville, il eut faim, et voyant sur le chemin un figuier isolé, il s'en approcha ; mais il n'y trouva rien, 1 Cette exclamation correspond exactement à: Vive le fils de David. Hosanna est un mot dérivé de l’hébreu et signifiant: Sauve, je te prie. 2 Psaume 118, 26. 5 Plusieurs anciens manuscrits ajoutent: de Dieu Voir sur ce mot: Le Temple, note sur Jean 2, 14. 4 Ésaïe 56, 7. Jérémie 7, 11. 5 Psaume 8, 3. «! 9, 21 10 11 19 13 14 16 47 18 19 21, 27 98 LE NOUVEAU TESTAMENT il n’y avait que des feuilles. II lui dit alors: «Que jamais fruit ne paisse de toi désormais!» A l'instant même le figuier sécha. A cette vue, les disciples s’étonnèrent et ils dirent: «Comment ce figuier s'est-il instantanément desséché? » Jésus leur répondit par ces paroles : «En vérité, je vous le dis: si vous aviez de la foi et que vous ne doutiez point, non seulement vous feriez ce que j'ai fait à ce figuier, mais quand même vous diriez à cette montagne : Soulève-toi et jette-toi dans la mer, cela s’accomplirait. Tout ce que, dans la prière, vous demanderez avec foi, vous le recevrez. » Quand 11 fut entré dans le Temple, les chefs des prêtres et les Anciens du peuple vinrent à lui, pendant qu'il enseignait, et lui dirent : «En vertu de quelle autorité fais-tu ces choses? et qui t'a donné cette autorité?» Jésus leur répondit par ces paroles : «Je vous ferai, MOI aussi, une question, une seule, et si vous me ré- pondez, je vous dirai en vertu de quelle autorité je fais cés choses. Le baptême de Jean, d’où venait-il? du ciel ou des hommes? » Or ils faisaient, à part eux, ce raisonnement : «Si nous répondons : du ciel, — il nous dira : Pourquoi donc ne l’avez-vous pas cru? Et si nous répondons : des hommes, — nous avons à craindre la multitude, car tous tiennent Jean pour prophète. » Alors ils ré- pondirent ainsi à Jésus : «Nous ne savons.» Et lui, il leur dit à son tour : «Je ne vous dis pas, moi non plus, en vertu de quelle autorité je fais ces choses. » «Que pensez-vous de ceci : un homme avait deux fils. Il s'adressa au premier et lui dit : « Mon enfant, va travailler aujourd'hui à ma vigne.» Celui-ci répondit: «J'y vais, seigneur» — et n'y alla pas. Venant ensuite à un autre fils, le père lui parla de même. Gelui-là répondit: «Je ne veux pas» — et plus tard, touché de repentir, il y alla. Lequel des deux a fait la volonté de son père ὃ» — «C'est le dernier » répondirent-ils 1, ! Plusieurs anciens manuscrits lisent ainsi ce passage : ΠῚ s'adressa au pre- mier et lui dit: Mon enfant, va travailler aujourd'hui à ma vigne; celui-ci +. ψ ὃν ad PRE ΔΑ, | ΡῈ ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 99 Et Jésus ajouta : «En vérité, je vous le dis, les publicains et les femmes de mauvaise vie vous précèdent dans le Royaume de Dieu. Jean, en effet, est venu à vous dans la voie de la justice et vous ne l'avez pas cru. Les publicains et les femmes de mauvaise vie l'ont cru; et vous, qui avez vu cela, vous ne vous êtes pas repentis, vous n’avez pas fini par le croire. » « Écoutez une autre parabole : Il y avait un homme, un maitre de maison, qui avait planté une vigne; après l'avoir entourée d’une haie, y avoir creusé une cuve et construit une tour, 1] la loua à des vignerons et fit une absence. Lorsque vint la saison de la récolte, il envoya ses serviteurs ! aux vignerons pour recueillir le produit de sa vigne. Or les vignerons s’emparèrent de ces serviteurs 1, ils battirent celui-ci, ils tuèrent celui-là, ils en lapidèrent un troisième. Le maître alors leur en envoya d’autres, plus nombreux que les premiers ; les vignerons les traitèrent de même. Enfin, il leur en- voya son fils, disant : « Ils respecteront mon fils. » Mais quand ils virent le fils, ils se dirent à part eux : «Celui-là, c’est l'héritier ; allons ! tuons-le et nous aurons son héritage ! » S’étant donc empa- rés de lui, 115 le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Eh bien, lorsque le maitre de la vigne arrivera, que fera-t-il à ces vigne- rons?» On lui répondit : «Il fera périr misérablement ces miséra- bles et il louera la vigne à d’autres vignerons qui lui en rendront les fruits à la saison. » Jésus leur dit: «Est-ce que vous n’avez jamais lu dans les Écri- tures : «La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient, Celle-la même est devenue la tête de l'angle; C’est l'ouvrage du Seigneur, Ouvrage admirable à nos yeux ?. » répondit: Je ne veux pas, et plus tard, touché de repentir, il y alla. Venant ensuite à son autre fils, il lui parla de même. Celui-ci répondit : J'y vais, Seigneur, et n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté de son père? — C’est le premier, répondirent-ils. 1 Grec : ses esclaves. ? Psaume 118, 22, 23. 33 22,12 σι J © {1 12 100 LE NOUVEAU TESTAMENT « Voilà pourquoi je vous dis que le Royaume de Dieu vous sera enlevé et qu'il sera donné à un peuple qui en produira les fruits. Celui qui tombera sur cette pierre s’y brisera et celui sur qui elle tombera, elle le mettra en poussière !. » En entendant ces paraboles, les chefs des prêtres et les Pharisiens comprirent que c'était d'eux qu'il parlait. Ils cherchaient bien à l'arrêter, mais ils redoutaient la multitude, parce qu'elle tenait Jésus pour prophète. Il reprit la parole, et continuant de raconter des paraboles, il leur dit : « Voici une similitude du Royaume des cieux : un roi, qui célébrait les noces de son fils, envoya ses serviteurs? prévenir les conviés de s’y rendre; mais ils ne voulurent pas venir. D’au- tres serviteurs ? furent, une seconde fois, envoyés avec cet ordre : dites ceci aux conviés : voici mon festin préparé; mes bœufs et les animaux engraissés sont tués; tout est prêt; venez aux noces. » «Mais les conviés n’en tinrent nul compte et ils s’en allèrent, celui-ci à sa campagne, celui-là à ses affaires. Quant aux autres, ils s'emparèrent des serviteurs 4, les outragèrent et les tuèrent. Se mettant en colère, le roi envoya ses troupes exterminer ces meur- triers et incendier leur ville. II dit ensuite à ses serviteurs “ : «Le festin de noces est prêt, mais ceux qui y avaient été invités n’en ont pas été dignes. Parcourez donc les carrefours; et tous ceux que vous trouverez, appelez-les au festin de noces. » Les serviteurs ἡ s'en allèrent alors par les rues, rassemblèrent tous ceux qu'ils rencontrerent, bons et mauvais, de sorte que la salle fat remplie de convives. » « Étant entré pour voir ceux qui étaient à table, le roi vit là un homme qui n'avait point revêtu la robe nuptialeÿ. Mon ami, lui 1 Quelques anciens manuscrits omettent cette phrase : celui qui tombera sur celte pierre s’y brisera et celui sur qui elle tombera, elle le mettra en poussière. 2 Grec : esclaves. 3 Grec : déjeuner; mais ici ce mot est pris dans le sens général de repas. 4 Grec: esclaves. 5 En Orient, la coutume était de remettre à chaque convié, en l’invitant, la robe de fête qu'il devait revêtir, ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 101 demanda-t-1l, comment es-tu entré ici sans avoir de robe nuptiale? Il eut la bouche fermée. Alors le roi dit aux gens de service: « Liez-le, pieds et mains, et jetez-le dehors, dans les ténèbres; Ià seront les pleurs et le grincement des dents.» — Beaucoup, en effet, sont appelés ; peu sont élus, » Alors les Pharisiens, en s’en allant, se concertèrent pour le prendre au piège par ses propres paroles, et ils lui envoyèrent leurs disciples, accompagnés des Hérodiens?, qui lui dirent : « Maître, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes en toute vérité la voie de Dieu, sans avoir souci de qui que ce soit, sans regarder à la figure des uns ou des autres. Dis-nous donc quel est ton avis: Est-il permis, oui ou non, de payer l'impôt à César? Mais Jésus, connaissant leur malice, répondit: «Pour- quoi me mettez-vous à l'épreuve, hypocrites“! montrez-moi la monnaie de l'impôt.» Ils lui présentèrent un denier. «De qui est celte image? demanda-t-il, de qui cette inscription? » Ils répon- dirent : «de César». Alors il leur dit: «Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Cette réponse les surprit et ils le laissèrent, ils partirent. Ce même jour, des Sadducéens, disant qu'il n'y ἃ point de résurrection, vinrent lui poser une question. «Maître, dirent-ils, Moïse ἃ dit: « Si quelqu'un meurt sans laisser d'enfants, que son frère épouse sa veuve et suscite à celui-ci une postérité5,» Or, parmi nous, il y a eu sept frères. Le premier s’est marié et est mort sans avoir de postérité; 1l ἃ laissé sa femme à son frère. Pareillement le second, puis le troisième, jusqu’au septième. Enfin, après eux tous, la femme est-morte. Duquel des sept, ayant été la femme de tous, sera-t-elle donc l'épouse à la résurrection ? » 1 On peut traduire aussi : pour le prendre au piège dans une discussion. ? Les Hérodiens, partisans de la famille des Hérodes. 3 César, c’est-à-dire l’empereur romain qui prélevait un impôt sur le peuple juif, # Voir note sur Matth. 6, 2. Ὁ Quelques anciens manuscrits lisent : demanda Jésus. 6 Deut. 25, 5. 13, 22 15 10 22, 29 102 LE NOUVEAU TESTAMENT Jésus leur répondit par ces paroles : « Vous êtes dans l’erreur, parce que vous ignorez et les Écritures et la puissance de Dieu. Les ressuscités, en effet, ne se marient pas et ne donnent pas en mariage, mais ils sont dans le ciel comme des anges!. Et quant à la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu cette parole que Dieu vous a dite : «Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob ?.» Or ce n’est point de morts, c'est de vivants qu'il est Dieu. » Les multitudes qui entendaient étaient extrêmement frappées de son enseignement. Apprenant qu'il avait fermé la bouche aux Sadducéens, les Pharisiens se réunirent; et l’un d’eux, un légiste, lui demanda pour le mettre à l'épreuve: «Maïtre, quel est, dans la Loi, le grand commandement?» Jésus lui dit: « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée 5.» C'est le grand et le premier commandement. Il y en a un second qui lui est semblable: «Tu aimeras ton prochain comme toi- méme “.» De ces deux commandements dépendent ® «la Loi» tout entière, ainsi que «les Prophètes » 5. Les Pharisiens se trouvant rassemblés, Jésus leur posa cette question : «Quelle est votre opinion sur le Christ? de qui est-il fils?» Ils lui dirent: «de David.» «Comment donc, reprit-il, David inspiré l’appelle-t-1l «Seigneur » quand il dit : «Le Seigneur a dit à mon Seigneur, Siège à ma droite Jusqu'à ce que j'aie mis tes ennemis sous tes pieds 7? » 1 Plusieurs anciens manuscrits lisent : anges de Dieu, 2 Exode 8, G. 3 Deut. 6, 5. 4 Lévit. 19, 18. Voy. Matth. 19, 19. Ὁ Littéralement : ὦ ces deux commandements sont suspendus... 5 «La Lois, c'est-à-dire les cinq livres dits de Moïse et «les Prophètes », c'est-à-dire la seconde partie de la Bible des Juifs de Palestine au premier sièele, Ge recueil, outre les trois grands prophètes, Ésaie, Jérémie, Ezéchiel, et les douze petits prophètes, comprenait les livres de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois, 7 Psaume 110, 1. Voir Actes 2, 34 et suiv. ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 103 Si David l'appelle «Seigneur » comment donc est-il son fils?» — Nul ne put lui répondre un mot et, depuis ce jour-là, personne n'osa plus le questionner. Jésus alors, parlant à la multitude en même temps qu’à ses disciples, dit: «C’est dans la chaire de Moïse que sont assis les Scribes et les Pharisiens; observez donc tout ce qu'ils vous disent et faites-le. Mais n’imitez pas leurs œuvres!, car ils disent et ne font pas. Ils lient en faisceau de pesants fardeaux et ils en chargent l'épaule des hommes; mais eux ils ne veulent pas les remuer du bout du doigt. Toutes leurs actions 1ls les font pour être vus des autres ; en effet, 1ls portent d'énormes phylactères ? et leurs franges * sont interminables; dans les festins ils aiment la première place #, dans les synagogues les premiers sièges, sur les places publiques les salutations, et que chacun leur donne le nom de Rabbi 5.» «Quant à vous, ne vous faites pas appeler : Rabbi; car un seul est votre maitre, et pour vous, vous êtes tous frères. Et ne donnez à personne sur terre le nom de père : car un seul est votre Père : le Père céleste. Qu'on ne vous appelle pas non plus directeurs, car vous n'avez qu'un seul directeur : le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre. serviteur. Qui s’élèvera lui-même sera abaissé; qui s’abaissera lui-même sera élevé. » « Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites ! parce que vous fermez la porte du Royaume des cieux au visage des hommes. Vous, vous n’entrez pas, et ceux qui viennent pour entrer vous ne les laissez pas entrer 6. » 1 Littéralement : ne faites pas selon leurs œuvres, ? Les Phylactères, bandes de parchemin ou de métal que les Juifs de ce temps portaient sur le front ou au bras gauche et sur lesquelles étaient écrits des pas- sages de la Loi. Voir Deut. 6, 8. 5 Ces franges ou plutôt ces houppes, portées par les Juifs aux quatre coins de leurs manteaux, étaient prescrites par la Loi (Nombres 15, 37 et suiv.) et ser- vaient à les distinguer des païens. Ὁ. Littéralement : Le premier lit. On sait que les anciens prenaient leurs repas à demi-étendus sur des lits. 5 Rabbi, mot araméen qui signifie maitre. 5 Plusieurs manuscrits sans autorité insèrent ici une phrase empruntée à Marc 12, 40 et à Luc 20, 47. Cette phrase forme le verset 14 dans les éditions + 45, 22 46 - 1 11 12 13 23, 15 19 σι 104 LE NOUVEAU TESTAMENT «Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites 1! parce que vous parcourez terres et mers pour faire un seul prosélyte: et, lorsqu'il l'est devenu, vous en faites un fils de la Géhenne ?, deux fois pire que vous.» «Malheur à vous, guides aveugles ! qui dites: «Si quelqu'un jure par le Temple, ce n’est rien du tout; mais si quelqu'un jure par l'or du Temple, il est engagé. » Insensés et aveugles ! lequel est donc le plus grand, ou de l'or ou du Temple qui sanctifie l'or? Et encore : «Si quelqu'un jure par l'autel, ce n'est rien du tout; mais si quelqu'un jure par l'offrande qui est sur l'autel, il est engagé. » Aveugles, lequel est le plus grand ou de l'offrande, ou de l’autel qui sanctifie l’offrande? Qui jure par l'autel, jure et par l'autel et par tout ce qu'il porte. Qui jure par le Temple, jure et par le Temple et par Celui dont il est la demeure. Qui jure par le ciel, jure et par le trône de Dieu et par Celui qui y est assis. » «Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites * ! parce que vous acquitiez la dime, et de la menthe, et de l’aneth, et du cumin et que vous laissez de côté ce qu'il y ἃ de plus grave dans la Loi : la justice, la pitié, la bonne foi! 11 fallait faire ceci et ne pas omettre cela. Guides aveugles ! qui retenez au filtre le moucheron et qui engloutissez le chameau !» «Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous purifiez le dehors de la coupe et du plat quand ils sont remplis au dedans de rapines et d'immondices! Pharisien aveugle, purifie d'abord l'intérieur de la coupe et du plat", afin que le dehors devienne pur aussi.» «Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous êtes pareils à des sépulcres blanchis ! 115 ont, à l'extérieur, une belle apparence; mais au dedans, 115 sont remplis d’ossements ordinaires du Nouveau Testament : Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypo- criles ! parce que vous dévorez les ressources des veuves, en affectant de prier longuement. Voilà pourquoi le jugement aura pour vous plus de rigueur. 1 Voir note sur Matth. 6, 2. 2? Géhenne. Voir note sur Matth. 5, 22. 3 Voir note sur Matth. 6, 2. t Quelques anciennes autorités omettent ef du plat. nc Le ils Ml ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 105 de morts et de toute sorte de pourriture. Vous de même; à lexté- rieur vous paraissez justes aux hommes; mais, au dedans, vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité. » «Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous élevez des tombeaux aux prophètes, que vous ornez les sépulcres des justes et que vous dites : «Si nous eussions été là du temps de nos pères, nous n’aurions pas été leurs complices dans le meurtre des prophètes.» Et par là, vous vous rendez à vous- mêmes le témoignage que vous êtes bien les fils des meurtriers des prophètes. Ainsi, vous, vous comblez la mesure de vos pères ! Serpents! Engeance de vipères! comment éviterez-vous la con- damnation de la Géhenne1? C’est pour cela que moi-même je vous envoie prophètes, sages et docteurs?. Les uns vous les tuerez, vous les crucifierez; les autres vous les flagellerez dans vos syna- gogues; vous les traquerez de ville en ville, afin que retombe sur vous tout sang innocent versé sur la terre depuis le sang d’Abel le juste jusqu'au sang de Zaccharie, fils de Barachie*, que vous avez massacré entre le Temple et l'autel ! Je vous le dis en vérité, c’est sur cette génération-ci que tout cela retombera !» «Jérusalem ! Jérusalem ! qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés #, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme la pouleÿ rassemble ses poussins 5 sous ses ailes, et tu ne l’as pas voulu?! Eh bien, votre demeure vous est laissées, Car je vous le déclare, vous ne me verrez plus, jusqu'à ce que. vous disiez : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur”. » 1 Géhenne. Voir note sur Matth. 5, 22. 2 Littéralement : scribes. 3 Voir II Chron. 24, 20 et suiv. 4 Grec : qui lui sont envoyés. 5 La poule ou l'oiseau. 5 Ses poussins ou ses petits. 7 Grec : vous ne l'avez pas voulu. 8 Quelques anciens manuscrits lisent : votre demeure vous est laissée déserte; voir, sur le sens de la leçon que nous avons adoptée, note sur Luc 13, 35. 9 Psaume 21, 26. Voir Matth. 18, 26. Voir Matth. 28, 9. 98, 23 30 37 38 99 24, 1 ἘΘ CO σι =] 106 LE NOUVEAU TESTAMENT Jésus sortait du Temple et s'éloignait, lorsque ses disciples vinrent lui en faire remarquer les diverses constructions. Alors il leur parla ainsi: «De tout ce que vous voyez là, je vous le dis en vérité, 1l ne restera pas pierre sur pierre. Tout sera renversé. » Puis il alla s'asseoir sur le mont des Oliviers, les disciples s’ap- prochèrent de lui et, le prenant à part, l’interrogèrent : « Dis-nous quand ces choses arriveront et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde. » Jésus leur répondit par ces paroles : «Veillez à ce que personne ne vous séduise; car plusieurs viendront en prenant mon nom, ils diront : «Je suis, moi, le Christ» et ils séduiront bien des hommes. Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres; gardez- vous de vous en troubler; car il faut que cela arrive; mais ce ne sera pas encore la fin.» «Se soulèvera, en effet, nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura, ici et là, des famines et des tremblements de terre. Tout cela ce seront les douleurs de l’enfantement qui com- mencent. » «On vous livrera alors aux tourments; on vous mettra à mort; vous serez, à cause de mon nom, en haine à toutes les nations. Et alors beaucoup seront pris au piège?; ils se trahiront les uns les autres, ils se haïront entre eux. Plusieurs faux prophètes sur- giront et séduiront un grand nombre d'hommes. Et conime l’iniquité augmentera, l'amour du plus grand nombre se refroidira; mais celui-là sera sauvé qui aura persévéré jusqu'à la fin.» «Cet Évangile du Royaume ὃ sera prêché par toute la terre et attesté à toutes les nations. Et c’est alors que viendra la fin, » «Quand vous verrez «l'abomination de la désolation», comme dit le prophète Daniel 4, installée dans le Lieu Saint (comprends 1 Littéralement : de la consommation du siècle (du siècle présent, de léco- nomie actuelle, c’est-à-dire du monde), Voy. Matth. 28, 20. 2 Grec : seront scandalisés. Nous avons expliqué ce mot, Voir note sur Matth, 18, versets ὁ et suiv. | 3 Ou: cette Bonne Nouvelle du Royaume. # Daniel 9, 27. dé vel of ὧδ... τ ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 107 bien, lecteur! ), que ceux qui seront dans la Judée fuient aux mon- tagnes; que celui qui sera sur le toit! n'en descende point pour emporter ce qui est dans sa maison; que celui qui sera dans les champs ne revienne pas sur ses pas pour prendre son manteau. Malheur aux femmes qui seront enceintes et à celles qui allaite- ront en ces jours-là !» «Priez pour que votre fuite n’arrive ni en hiver, ni en un jour de sabbat, car 1] y aura alors une grande tribulation, telle qu'il n'y en ἃ pas eu de semblable depuis le commencement du monde jusqu’à présent, et qu'il n'y en aura plus jamais. Et si ces jours n'avaient pas été abrégés, nulle vie? ne serait sauvée; mais, à cause des élus, ces jours seront abrégés. » «Si l’on vous dit alors: «Voici le Christ est ici!» ou: «Le voilà! » ne le croyez pas. Car 1] surgira de faux Christs, et de faux prophètes, faisant de grands signes et prodiges, afin de séduire, si possible, même les élus. Ainsi, je vous ai prévenus 5.» «Si donc quelqu'un vous dit: « Voilà qu’il est dans le désert!» n'y allez pas. «Le voilà dans l'intérieur de la maison!» ne le croyez pas. Tel, en effet, l'éclair part d'Orient et brille jusqu'à l'Occident, tel sera l'avènement du Fils de l'homme. Partout où sera le cadavre, s’assembleront les vautours #. » «Immédiatement après ces jours de tribulation, le soleil s’obs- curcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, les puissances des cieux seront ébranlées. C’est alors qu'apparaïîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme, et alors se frapperont * la poitrine toutes les tribus de la terre, et elles verront le Fils de l'homme arrivant sur les nuées du ciel, en puissance et grande gloire, et il enverra ses anges, lesquels, au son éclatant de la trompette, rassembleront ses élus des quatre Vents de l'horizon 5, d'une extrémité du ciel à l’autre extrémité. » 1 Sur le toit ou sur La terrasse. Voir note sur Luc 17, 31. 2? Grec: nulle chair. C’est un hébraïsme. 5 Littéralement : je vous ai prédit. # Voir sur le sens de cette phrase note sur Luc 17, 37. Ὁ Un des plus anciens manuscrits omet alors avant se frapperont. ὁ Nous ajoutons au texte ces mots : de l'horizon, parce que les quatre vents signifiaient chez les Juifs les quatre points cardinaux. 10, 24 30 91 24, 32 33 34 90 90 98 99 108 LE NOUVEAU TESTAMENT «Que le figuier vous serve de comparaison : quand ses branches deviennent tendres et que ses feuilles poussent, vous savez que l'été est proche ; de même quand vous verrez toutes ces choses, sachez qu'il! est proche, qu’il est aux portes. En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela n'arrive. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. De ce jour et de l'heure nul ne sait rien, ni les anges des cieux, ni le Fils?; personne, excepté le Père, seul. » «Tels les jours de Noé, tel l'avènement du Fils de l’homme : de même, en effet, que, dans les jours précédant le déluge, les gens mangeaient, buvaient, se mariaient, mariaient les leurs, jusqu’au moment où Noé entra dans l'arche; de même qu'ils ne comprirent rien jusqu'à ce que survint le déluge qui les emporta tous, de même en sera-t-il ὁ de l'avènement du Fils de l’homme. Deux hommes seront alors dans un champ : l’un sera pris; l’autre sera laissé. Deux femmes seront à tourner la meule : l’une sera prise; l’autre sera laissée. Veillez donc, parce que vous ne savez pas quel jour viendra votre Seigneur. Sachez ceci: si le maître de la maison connaissait l'heure de la nuit à laquelle doit venir le voleur, il veillerait, il ne laisserait pas forcer 4 sa maison. Eh bien ! vous, soyez prêts, parce que c'est à une heure où vous n y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. » «Quel est, par conséquent, le serviteur ÿ fidèle et prudent que son maître a mis à la tête de ses gens pour donner à chacun sa nourriture au moment voulu? C’est celui que le maître, à son arrivée, trouvera agissant ainsi. Heureux ce serviteur 5! En vérité, je vous le dis, le maître l’établira sur tous ses biens. Mais si le 5 serviteur, étant mauvais, dit en son cœur : « Mon maître tarde», et qu'il se mette à battre ses compagnons de service, à manger et à boire avec les ivrognes, son maître surviendra au jour où ce 1 Ji, c'est-à-dire Le Fils de l'homme, 2 Plusieurs anciennes autorités omettent ni Le Fils. 3 Plusieurs anciens manuscrits lisent : de même en sera-t-il aussi de, ete. 4 Grec: percer. Voir note sur Luc 12, 39. » Grec : esclave. 6 Un des plus anciens manuscrits lit : ce serviteur. ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 109 serviteur ne sy attend pas et à une heure qu'il ignore, et il le déchirera à coups de verge! et lui donnera le même lot qu'aux hypocrites ?. Là seront les pleurs et le grincement des dents. » «Alors le Royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui allèrent, leurs lampes à la main, à la rencontre de l'époux. Cinq d’entre elles étaient folles, cinq étaient sages. Folles, car, en pre- nant leurs lampes, elles n'avaient pas emporté d’huile avec elles; mais les sages avaient pris, avec leurs lampes, de l'huile dans des vases. » « L'époux tardant à venir, elles s’assoupirent toutes et s’endor- mirent. Au milieu de la nuit un cri retentit : « Voici l'époux ! sor- tez au-devant de lui! » Alors toutes ces vierges se levèrent et apprêtèrent leurs lampes, et les folles dirent aux sages: « Nos lampes s’éteignent ; donnez-nous de votre huile. » Les sages répon- dirent : «Il n’y en aurait peut-être pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt à ceux qui en vendent et vous en achetez. » «Or, pendant qu’elles allaient en acheter, l'époux vint, et celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui au festin de noces ; et la porte fut fermée. » «Enfin arrivent aussi les autres vierges, en disant : « Seigneur ! Seigneur! ouvre-nous! » mais il leur répondit : « En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas.» Donc, veillez, parce que vous ne savez ni le jour ni l'heure.» «Tel encore le Royaume des cieux ὃ, tel un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs “ et leur confia ses biens. A celui-ci, il donna cinq talents5; à celui-là, deux; à ce troisième, un seul ; à chacun suivant sa capacité personnelle. Aussitôt après, il partit. Celui qui avait reçu δ les cinq talents alla les faire valoir 1 Il le déchirera à coups de verge. Voir note sur Luc 12, 46. 2? Voir note sur Matth. 6, 2. 3 Ces mots: Tel encore le Royaume des cieux sont sous-entendus dans le texte, 4 Grec: esclaves. 5 Le talent, monnaie fictive, valait soixante mines ou 5280 francs. 6 Au lieu de : Aussitôt après il partit, Gelui qui avait reçu on peut traduire 51, 24 4.9. ὍΘ RTC 10 14 15 16 24 110 LE NOUVEAU TESTAMENT et en gagna cinq autres. De même celui qui en avait deux en gagna deux autres. Mais celui qui n’en avait reçu qu’uv, alla faire un trou dans la terre et il y enfouit l'argent de son maitre. » «Après un long temps écoulé, le maïtre revint et il fit rendre compte à ses serviteurs. Celui qui avait reçu les cinq talents se présenta, en apportant cinq autres. «Seigneur !, dit-il, tu m'as confié cinq talents; en voici cinq autres que j'ai gagnés. » Le maître lui dit: «Bien, serviteur bon et fidèle; c’est dans peu de chose que tu t'es montré fidèle, c’est sur beaucoup que je t'éta- blirai. Entre dans la joie de ton seigneur. » «S’approchant aussi, celui qui avait reçu les deux talents, dit : «Seigneur , tu m'as confié deux talents ; en voici deux autres que J'ai gagnés.» Son maître lui dit: «Bien, serviteur bon et fidèle; c'est dans peu de chose que tu t’es montré fidèle, c’est sur beau- coup que je t’établirai. Entre dans la joie de ton seigneur. » «Mais celui qui avait reçu un seul talent vint à son tour et dit: Seigneur, je savais que tu es un homme dur, tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses sur l’aire où tu n’as pas étendu de gerbes; et, plein de crainte, je suis allé enfouir en terre ton talent. Le voilà; tu es en possession de ce qui t’appartient. » Mais son maître lui répondit par ces paroles : «Mauvais serviteur ! pares- seux ! tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé et que je ramasse sur l'aire où je n'ai pas étendu de gerbes. Il te fallait en conséquence placer ton argent chez les banquiers, et, à mon retour, j'aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt, Donc, ôtez- lui le talent et donnez-le à celui qui a les dix. Car à tout homme qui ἃ il sera donné, et il sera dans l'abondance; mais à celui qui n'a pas, même ce qu'il ἃ lui sera Ôté. Quant au serviteur inutile, jetez-le dehors, dans les ténèbres, — là seront les pleurs et le srincement des dents. » d'après une autre ponctuation: 71] partit. Immédiatement celui qui avait reçu, etc. 1 Cest un même mot grec que nous traduisons tantôt par maitre, tantôt par seigneur, suivant les exigences de la langue française, ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU il «Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et, avec lui, tous les anges, il s’assiéra sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations ; et il séparera les uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d'avec les boucs; il placera les brebis à sa droite, les boucs à sa gauche, » «Après quoi, le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : « Venez, les bénis de mon Père! entrez en possession du Royaume qui vous a été préparé depuis la création du monde; car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli; nu, et vous m'avez vêtu; malade, et vous m'avez visité; en prison, et vous êtes venus près de moi. » ; « Les justes alors lui répondront par ces paroles: « Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim et que nous t'avons nourri? Avoir soif et que nous t’avons donné à boire? Quand est-ce que, te voyant étranger, nous t’avons recueilli; que, te voyant dans la nudité, nous t’avons vêtu ἢ Quand est-ce que nous t'avons vu malade ou en prison et que nous sommes venus près de toi? » «Et le Roi leur fera cette réponse : «En vérité, je vous le dis, toutes les fois que vous avez fait cela à un seul des plus petits parmi mes frères que voici, c’est à moi que vous l'avez fait.» « Puis il dira à ceux qui seront à sa gauche: «Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel! préparé pour le diable et ses anges. Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire; j'étais étranger et vous ne m'avez pas recueilli; nu et vous ne m'avez pas vêtu; malade et en prison et vous ne m'avez pas visité. » Alors ils répondront, eux aussi, par ces paroles: «Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu avoir faim, avoir 501, être étranger ou nu, ou malade, ou en prison, et que nous ne {’avons pas assisté ? » Mais il leur fera cette réponse : «En vérité, je vous le dis, toutes 1 On peut traduire aussi : feu à venir. Voir note sur Jean 8, 15. 31, 2 36 25, 46 ἣν ὧτ 119 LE NOUVEAU TESTAMENT les fois que vous n'avez pas fait cela à un seul de ces plus petits que voici, c’est à moi que vous ne l'avez pas fait. Et ceux-là s’en iront à un châtiment éternel et les justes à une vie éternelle 1.» Quand Jésus eut achevé tous ces discours, il dit à ses disciples : «Vous savez que dans deux Jours aura lieu la Pâque, et le Fils de l’homme va être livré pour être crucifié. » Alors s’assemblèrent les chefs des prêtres et les Anciens du peuple dans la cour? du Grand-Prêtre appelé Kaïphe ὃ, et ils tinrent conseil sur les moyens de s'emparer de Jésus par ruse et de le tuer. Toute- fois 1ls disaient : «Rien pendant la fête, il pourrait y avoir un soulèvement du peuple. » Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Comme il était à table, une femme portant un vase d’albâtre 4 rem- pli d’un parfum de grand prix, s’approcha de lui et répandit ce parfum sur sa tête. Ge que voyant, les disciples s’indignèrent. «A quoi bon cette perte?» dirent-ils. «On aurait pu vendre cela fort cher et en donner le prix à des pauvres. » Mais Jésus, le sachant, leur dit : «Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme? C’est une bonne œuvre qu'elle ἃ faite pour moi: car les pauvres, vous les avez toujours avec vous, tandis que moi, vous ne m'avez pas pour toujours. Si elle a répandu sur mon corps ce parfum, elle l’a fait pour m'ensevelir. En vérité, Je vous le dis : Partout où sera prêché cet Évangile — dans le monde entier — on racontera aussi, en mémoire d'elle, ce qu'elle ἃ fait. » 1 On peut traduire aussi: ὦ un châtiment à venir et les justes à une vie ἃ venir. Voir note sur Jean 3, 15. ? La cour intérieure de son palais, l’atrium, probablement entouré de porti- ques, suivant la coutume générale en Orient, 3 Ou plus exactement : Kaïaphas, τ Un vase d'albâtre, petite fiole hermétiquement fermée qui servait à conser- ver les parfums et dont on ne pouvait s'approprier le contenu qu'en la brisant. ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 115 C'est alors que l’un des douze, appelé Judas l’Iskariôte !, alla trouver les chefs des prêtres et leur dit: «Que voulez-vous me donner ? je vous le livrerai. » Ils lui payerent trente sicles d'argent ?. À partir de ce moment, 11 chercha une occasion favorable pour le livrer. Le premier jour des Azymes”, les disciples vinrent à Jésus et dirent : «Où veux-tu que nous te préparions le repas pascal? » «Allez à la ville, leur répondit-il, chez un tel et parlez-lui ainsi : le maître te fait dire : mon temps est proche; c'est chez toi que je célèbre la Pâque avec mes disciples. » Les disciples firent comme Jésus leur avait ordonné et ils pré- parèrent la Päque. 14, 26 19 Le soir venu, il se mit à table avec les douze “, et il dit pendant 90 91 qu'ils mangeaient : «En vérité, je vous le dis, un de vous me livrera. » Extrêmement affligés, ils se mirent chacun à lui deman- der : «Est-ce moi, Seigneur ? » Il leur répondit par ces paroles : «Celui qui ἃ mis la main au plat avec moi”, celui-là même me livrera. Le Fils de l'homme cependant s’en va, selon qu'il est écrit de lui; mais malheur à cet homme par qui le Fils de l’homme est livré! Mieux vaudrait pour cet homme-là ne jamais être né!» Judas, celui qui le livra, s’adressa alors à lui: « Est-ce que c’est moi, Rabbi6» — «Tu las dit», répondit Jésus. 1 L'Iskariôte, Voir note sur Matth. 10, 4. ? Le sicle d'argent valait 3 fr. 50 c. Trente sicles valaient donc 105 francs ; mais, d’après le poids du métal, 30 sicles ne devaient pas représenter beaucoup plus de 80 francs au titre actuel. Si, d'autre part, on tient compte de la valeur relativement élevée de l’argent au premier siècle, on trouve que le prix auquel Judas vendit Jésus équivalait à une somme de 5 à 600 francs. 5 Des Azymes, c’est-à-dire des pains sans levain, le premier jour de la fête. Ὁ Plusieurs anciens manuscrits ajoutent disciples, 5 Celui qui a mis la main au plat avec moi, c’est-à-dire celui qui a mangé avec moi. Un seul plat servait pour tous et chacun à son tour y trempait son pain, Cet usage, ancien déjà au premier siècle, était général en Orient, et c’est ainsi qu'aujourd'hui encore les Arabes prennent leurs repas. 5 Rabbi, mot araméen qui signifie maître. ε9 9 26, 26 90 91 114 LE NOUVEAU TESTAMENT Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain! et, ayant pro- noncé la bénédiction, 11 le rompit et le donna aux disciples en disant: «Prenez, mangez, ceci est mon corps.» Prenant ensuite une coupe, il rendit grâces, la leur donna et dit : « Buvez-en tous; car ceci est mon sang, le sang de l'alliance ?, lequel, en faveur de plusieurs, est répandu pour la rémission des péchés. Et désormais, Je vous le dis, je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu'en ce jour où je le boirai avec vous, nouveau, dans le Royaume de mon Père. » Après le chant des Psaumes?, ils partirent pour le mont des Oli- viers. Jésus leur dit alors : «Cette nuit, je vous serai à tous une occasion de tomber “. Il est écrit en effet : «Je frapperai le berger et les brebis du troupeau seront dispersées *, » «Mais, après ma résurrection, je vous précéderai en Galilée. » Pierre lui adressa ces paroles: «Quand tous viendraient à faillir à cause de toi, pour moi je ne succomberai jamais!» Jésus lui répondit: «En vérité, je te dis que, durant cette nuit, avant qu'un coq chante, tu me renieras trois fois ! » Pierre lui ré- pliqua : « Me fallüt-il mourir avec toi, non, je ne te renierai pas ! » Tous les disciples parlèrent de même. Alors Jésus vint avec les disciples en un lieu appelé Gethsé- mané 7 et leur dit: « Asseyez-vous ici pendant que je me retirerai là et que je prierai. » L'Ou: prit un pain. Voir note sur Matth. 14, 17. 2 Plusieurs anciens manuscrits lisent : de la nouvelle alliance. 3 Pendant le repas pascal les Juifs chantaient les Psaumes 113 et 114 et après le repas les Psaumes 115 à 118. 1 Grec : vous serez tous scandalisés en moi, c'est-à-dire mon arrestation fera que vous m'abandonnerez. Voir sur le sens de scandalisés note sur Matth. 18, G. 5 Zaccharie 13, 7. 6 Grec : se scandaliseraient en toi, je ne me scandaliserai jamais, moi, c’est- à-dire je ne l'abandonnerai jamais, ma foi me préservera de toute chute. Voir note sur Matth. 18, G. 7 Gethsémané, en hébreu : Guet-chemanim, signifie pressoir à huile. ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 115 :----.....-.. ---- Puis, prenant avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il com- mença à être dans la tristesse et dans l’angoisse ; il leur dit alors : «Mon âme est accablée de tristesse jusqu’à la mort. Restez ici et veillez avec moi! » Puis, s'étant un peu avancé, il se prosterna la face contre terre, et il pria en disant : «Mon Père!, si cela est possible, que cette coupe passe loin de moi! Toutefois, non pas comme je veux, mais COMME {u veux. » Il retourna près des disciples et il les trouva qui dormaient et il dit à Pierre : « Ainsi vous n'avez pas eu la force de veiller une seule heure avec moi? Veillez et priez, afin de ne pas succomber ? à l’épreuve ὃ; certes, l'esprit est prompt#, mais la chair est faible. » De nouveau, une seconde fois, il s’éloigna et pria, en disant : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » Il revint encore vers eux et les trouva qui dormaient ; leurs yeux, en effet, étaient appesantis. Il les laissa, s’en alla de nouveau et pria pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles. Puis il vint aux disciples et leur dit: « Dormez maintenant; re- posez-vous ; voici que l'heure approche et le Fils de l’homme va être livré entre les mains des pécheurs 5. Levez-vous ! allons ! le voici ! il approche celui qui me livre! » Il parlait encore, lorsqu’arriva Judas, l’un des douze, et avec lui, envoyée par les chefs des prêtres et les Anciens du peuple, une foule nombreuse armée d’épées et de Fâtons. Le traître était con- venu avec eux d’un signal ; il leur avait dit: «Celui auquel je don- nerai un baiser, ce sera lui; vous vous en saisirez. » Il s’approcha aussitôt de Jésus et, en lui disant: «Salut, Rabbi6! », il l’'embrassa 1 Quelques anciens manuscrits omettent mon. 2 Littéralement : entrer dans. 3 Ou : La tentation. £ Prompt; nous avons conservé ce mot consacré par l’usage. Le terme grec signifie ici plein d’ardeur. Ὁ Pécheurs signifie ici paiens. Voir sur le sens fréquent de ce mot, dans le Nouveau Testament, note sur Matth, 9, 10. 5 Rabbi c’est-à-dire Maître. 37, 26 38 39 42 48 49 26, 50 97 116 LE NOUVEAU TESTAMENT avec effusion. « Mon ami, lui dit Jésus, pourquoi es-tu ici?» Ils s’avancèrent alors et, mettant la main sur lui, ils le saisirent. Aussitôt un de ceux qui étaient avec Jésus étendit la main, tira son épée, frappa le serviteur ! du Grand-Prêtre et lui coupa l'oreille. Jésus lui dit alors : «Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée. Crois-tu qu'il me serait impossible d’invoquer mon Père, qui enverrait à mon secours, maintenant même, plus de douze légions d’anges ; mais comment s’accompliraient les Écritures, où il est annoncé qu'il en doit être ainsi ? » Ce fut à ce moment que Jésus dit à cette troupe : « Pour vous emparer de moi, vous êtes venus comme contre ? un brigand, avec des épées et des bâtons. Tous les jours, assis dans le Temple, Jj'enseignais et vous ne m’avez pas arrêté. » (Tout cela arriva pour accomplir ce qu'avaient écrit les pro- phètes). L'abandonnant alors, tous les disciples prirent la fuite. Ceux qui avaient arrêté Jésus le conduisirent chez Kaïphe”, le grand-prêtre, où s'étaient réunis les Scribes et les Anciens. Pierre pourtant le suivait de loin. Il alla jusqu'à la cour “ du Grand-Prêtre, y entra et s’assit parmi les gens de service pour voir comment cela finirait. Les chefs des prêtres et le Sanhédrin ® {out entier cherchaient contre Jésus quelque faux témoignage qui le fit condamner à mort; mais ils n'en trouvaient pas, bien que plusieurs faux témoins se ἡ fussent présentés. Enfin, il en survint deux qui parlèrent ainsi: « Cet homme a dit: «Je peux renverser le Temple de Dieu et en trois Jours le rebâtir. » Le Grand-Prètre se leva et lui dit : « Tu ne 1 Grec: l’esclave. ? On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : Pour vous emparer de mot êles-vous venus comme contre, οἷο, 8 Plus exactement : Kaiaphus. 4 La cour, l’atrium. Voir note sur Matth. 26, 3. » Le Sanhédrin, Voir note sur Matth. 5, 99, ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 117 RS τ ἐ “Ὁ ὃ UP réponds rien à ce que ces gens-ci déposent contre toil?» Mais Jésus gardait le silence. Le Grand-Prêtre lui dit :? « Par le Dieu vivant, je t’adjure de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. » Jésus lui répondit : « Tu l’as dit; et, de plus, je vous le déclare, désor- mais vous verrez le Fils de l’homme siégeant à la droite de la Puissance ὅ et venant sur les nuées du ciel. » Alors le Grand-Prêtre déchira ses vêtements : «Il ἃ blasphémé! dit-il, qu'avons-nous encore besoin de témoins? vous venez vous-même d'entendre le blasphème ! Quel est votre avis?» Ils répondirent : «Il mérite la mort. » Dès ce moment ils lui crachèrent au visage et lui donnèrent des coups de poing; d’autres des coups de bâton ὁ, en disant : « Faisle prophète, Christ, en nous nommant celui qui t'a frappé.» Pierre cependant était dehors, assis dans la cour. Une servante, s'étant approchée, lui dit: « Toi aussi tu étais avec Jésus de Galilée, » Et lui de le nier devant tout le monde. « Je ne sais pas, dit-il, de quoi tu parles. » Comme il repassait la porte, une autre servante l’aperçut et s'adressant à ceux qui étaient présents : «Celui-ci était avec Jésus de Nazareth. » I] le nia de nouveau : « Je jure que je ne connais pas cet homme. » Un moment après, ceux qui étaient là vinrent à Pierre et lui dirent : « Certainement, tu en es, toi aussi; ta prononciation te trahit. » Il se livra alors à des im- précations ; il jura qu'il ne connaissait pas cet homme. Soudain un coq chanta. Et Pierre se souvint de la parole qu'avait dite Jésus : «Avant qu'un coq chante, tu me renieras trois fois. » Il sortit et, dehors, il pleura ὅ amèrement. 1 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation: Ne réponds-tu rien? Qu'est-ce que ces gens-ci déposent contre toi? 2? Quelques anciens manuscrits, au lieu de: lui dit, lisent: prononça alors ces paroles. 3 La Puissance de Dieu. Voir Luc 22, 69. 4 On peut traduire aussi : D’autres des soufflets, des coups donnés la main ouverte, par opposition aux coups de poing donnés la main fermée; mais cette interprétation est moins probable, Voir Jean 18, 22. 5 Plus exactement : 1] sanglota. 63, 26 1 Le 27. 1 “ἃ 10 118 LE NOUVEAU TESTAMENT Le jour s’étant levé, tous les chefs des prêtres et les Anciens du peuple tinrent conseil sur les moyens de mettre Jésus à mort. Et l’ayant chargé de liens, ils l’'emmenèrent et le livrèrent à Pilate 1, le procurateur. En voyant qu'il était condamné, celui qui l'avait livré, Judas, poussé par le remords, rapporta aux chefs des prêtres et aux An- ciens les trente sicles d'argent, disant: «J'ai péché en livrant un sang innocent 2.» [ls répondirent : «Que nous importe? c'est ton affaire.» Jetant alors les pièces d'argent dans le sanctuaire, Judas partit et il alla se pendre. Mais les chefs des prêtres ramassèrent la somme, disant: «Il n’est pas permis de la verser dans le Korban*, puisque c’est le prix du sang. » Et après en avoir conféré ensemble, ils en achetèrent le «Champ-du-Potier » pour la sépulture des étran- gers. De là le nom de « Champ-du-Sang» qu’on lui donne encore aujourd’hui. (C’est ainsi que fut accomplie la parole du prophète Jérémie : «Et àls ont recu les trente pièces d'argent, priæ de celui qui avait été évalué, évalué par les enfants d'Israël, et ils les ont données pour le champ du potier, ainsi que me l'avait ordonné le Seigneur #.») Jésus comparut devant le procurateur, et celui-ci l'interrogea : «C’est toi qui es le Roi des Juifs?» demanda:t-il. Jésus lui répondit : «Tu le dis.» Mais lorsque les chefs des prêtres et les Anciens l’ac- cusèrent, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : «Est-ce que tu n’entends pas tout ce dont ils {accusent ?» Jésus ne lui répondit sur aucun point, ce dont le procurateur fut extrêmement surpris. Or à chaque fête il avait coutume de remettre en liberté un pri- 1 Pontius Pilatus, procurateur de Judée, c’est-à-dire représentant du gouver- nement de l’empereur romain. ? Quelques anciens manuscrits lisent : un sang juste. 3 Le Korban, le trésor du Temple, où l’on mettait les offrandes. Voir note sur Marc, 4 Ces paroles ne se trouvent pas dans le livre de Jérémie, mais dans celui de Zaccharie, chap, 11, vers, 12 et suiv. L'erreur de l'auteur peut s'expliquer par les passages Jérémie 32, 6 et suiv. et 18, 2. ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 119 sonnier, celui que le peuple choisissait. Il y en avait un fameux, détenu à ce moment, du nom de Bar-Abbas!, Alors Pilate, qui savait que c'était par une haine jalouse que les chefs des prêtres et les Anciens lui avaient livré Jésus, leur dit, pendant qu'ils étaient rassemblés : «Lequel voulez-vous que je vous délivre? Bar-Abbas ou Jésus, celui qu'on appelle Christ? » (Tandis qu'il siégeait ainsi à son tribunal, sa femme lui envoya dire ceci : «Qu'il n’y ait rien entre toi et ce juste; car j'ai eu au- jourd'hui, dans mon sommeil, un affreux cauchemar à son sujet. ») Les chefs des prêtres et les Anciens persuadèrent à la foule de demander Bar-Abbas et de perdre Jésus. Le procurateur reprit sa question : «Lequel des deux voulez- vous que je vous délivre? » — « Bar-Abbas ! » répondirent-ils. Pilate leur dit : «Et Jésus, celui qu'on appelle Christ, qu'en ferai-je donc?» Ils répondirent tous: «Qu'il soit crucifié! » — « Mais qu'a-t-il fait de mal? » dit encore Pilate. Et ils n’en criaient que plus fort : «Qu'il soit crucifié! » Voyant qu'il n’obtenait rien et que, au contraire, le tumulte augmentait, Pilate demanda de l'eau, se lava les mains devant la foule et dit: «Je ne suis pas responsable du sang de cet homme?, à vous d’en répondre ! » Et tout le peuple répliqua par ces mots: «Le sang de cet homme! qu'il retombe sur nous et sur nos enfants ! » Pilate leur délivra alors Bar-Abbas. Quant à Jésus, l'ayant fait flageller, il l’abandonna au supplice de la croix. Les soldats du procurateur, emmenant Jésus dans le prétoire, assemblèrent autour de lui toute la cohorte ?. Ils lui ôtèrent ses vêtements, l’affublèrent d’un manteau militaire 4 de couleur rouge. Puis, tressant une couronne avec des épines, ils la lui mirent sur la tête, ainsi qu'un roseau dans la main droite ; après quoi, se 1 Bar-Abbas. Voir note sur Luc 23, 18. 2? On peut traduire aussi: de ce sang-là. 3 La cohorte, qui était la dixième partie d’une légion, se composait tantôt de 425, tantôt de 600 hommes, # Un manteau militaire, grec : une chlamyde. C'était le manteau d’officier ; il était toujours de couleur rouge. 16, 27 17 18 19 20 27, 30 31 40 43 4, 190 LE NOUVEAU TESTAMENT mettant à genoux devant lui, ils le bafouaient en disant: « Salué, le roi des Juifs 1» Ils crachaient sur lui ; 115 lui prenaient le roseau et lui en donnaient des coups sur la tête. Quand ils eurent fini de se moquer de lui, ils lui ôtèrent le manteau, lui remirent ses vète- ments et l’'emmenèrent pour le crucifier. En s’en allant, ils rencontrèrent un homme de Cyrène, nommé Simon; et ils l’obligèrent à porter la croix de Jésus. Ils arrivèrent à un endroit nommé Golgotha, c’est-à-dire place du Crâne!. Ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel, et l'ayant goûté, il refusa de le boire. Après l'avoir mis en croix, les soldats se partagèrent ses vête- ments, en les tirant au sort?. Ils s'étaient assis et le gardaient. Au-dessus de sa tête ils avaient placé une inscription indiquant son crime : CELUI-CI EST JÉSUS, LE ROI DES Juirs. On crucifia avec lui deux brigands, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Les passants l’injuriaient ; 1ls lui disaient, en gesticulant de la tête : «Toi qui détruis le Temple, et en trois jours le rebâtis, sauve-toi donc toi-même si tu es fils de Dieu!» —et : — « Descends de la croix! » Les chefs des prêtres, avec les Scribes et les Anciens, se moquaient aussi de lui et disaient: «Il en ἃ sauvé d’autres et il ne peut pas se sauver lui-même!» — «Ah! il est roi d'Israël! que maintenant il descende de la croix et nous croirons en lui! » — «7 ἃ mis sa confiance en Dieu! que Dieu maintenant le délivre ! ἜΘ ET ον »ΡῦυΈο» τ. OBS — «En effet, il a dit: Je suis fils de Dieu “. » De même, les brigands que l’on avait crucifiés avec lui l'in- sultaient. 1 En latin: locus Calvariæ ; en français : le Calvaire. 2 Cette phrase : Afin que s'accomplit ce qui avait été prédit par le prophète: «Ils se sont partagé mon vêlement et ils ont tiré ma robe au sort,» insérée ici dans les versions ordinaires du Nouveau Testament, ne se trouve pas dans les bons manuscrits. Elle ἃ été empruntée par un copiste à Jean 19, 24. 8 Psaume 22, 9. 4 Nous séparons par des traits ces diverses exclamations de la foule, ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 321 Depuis la sixième jusqu'a la neuvième heure, des ténèbres se firent sur tout le pays. Vers la neuvième heure Jésus jeta un eri et dit d’une voix forte : «Helei! Helei! Lema sabachthaneï??» C'est-à-dire : « Mon Dieu! Mon Dieu! pourquoi m'as-tu abandonné ? ὅν Quelques-uns de ceux qui étaient là l’entendant : « Il appelle Élie, celui-là ï » dirent-ils. L'un d’entre eux courut aussitôt prendre une éponge, la trempa dans du vinaigre, et l’attachant à un roseau, il lui donna à boire. Mais les autres disaient : «Laisse donc! voyons si Élie viendra le délivrer. » Jésus, jetant de nouveau un grand cri, rendit l'esprit. Et voilà que le rideau du Temple * se déchira en deux depuis le haut jusqu’en bas; la terre trembla ; les rochers se fendirent; les tombeaux s’ouvrirent; plusieurs des saints qui étaient morts ressuscitèrent en leurs corps; et scrtant de leurs tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte et appa- rurent à plusieurs. Voyant le tremblement de terre et tout ce qui se passait, le cen- turion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent frappés d’épou- vante et dirent : «Cet homme-là était véritablement fils de Dieu. » Or 1| y avait là plusieurs femmes qui regardaient de loin c'étaient celles qui, depuis la Galilée, avaient suivi Jésus afin de le servir. Parmi elles, Marie-Magdeleine ὅ, Marie, mère de Jacques et de Joseph 6, ainsi que la mère des fils de Zébédée. Sur le soir arriva un homme riche, originaire d’Arimathée, nommé Joseph. Il était, lui aussi, un disciple de Jésus. ΠῚ alla 1 Depuis midi jusqu’à trois heures. ? Nous orthographions ces mots d’après les meilleurs manuscrits, On peut aussi écrire les deux premiers: Heli! Heli! ou Heloi! Heloi! et les deux der- niers : Lama zaphtanei. 3 Psaume 22, 2, 1 Le rideau du Temple, Le rideau qui, dans le sanctuaire, séparait le Lieu Saint du Lieu Très Saint. 5 Ou : de Magdala, 5 Joseph, Quelques anciens manuscrits lisent: José. 45, 27 40 D3 5% 59 56 58 27, 59 60 61 66 28, 1 [Se] ζῶ 4 σι 0 ».] 199 LE NOUVEAU TESTAMENT trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. Pilate ordonna de le lui remettre. Et Joseph, prenant le corps, l’ensevelit dans un linceul blanc et le déposa dans un sépulcre neuf, qu’il avait taillé dans le roc, et qui lui appartenait. Il roula une pierre énorme contre la porte du tombeau et s’en alla. Or Marie-Magdeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre. Le lendemain (qui était le jour après la « Préparation ») ! les chefs des prêtres et les Pharisiens se rendirent ensemble chez Pilate et lui dirent: «Seigneur, nous nous sommes souvenus que, de son vivant, cet imposteur disait : « Après trois jours, je ressusciterai. » Ordonne donc que la tombe soit soigneusement surveillée jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent ensuite au peuple : Il est ressuscité des morts. Im- posture dernière qui serait pire que la première. » Pilate leur ré- pondit : « Vous avez des gardes ; allez, surveillez comme vous l’en- tendez. » Alors ils allèrent s'assurer du sépulcre, en scellant la pierre en présence de la garde. Le sabbat passé, à l’aube du premier jour de la semaine, Marie-Magdeleine et l’autre Marie vinrent pour regarder le sépulcre. Tout à coup il se fit un violent tremblement de terre : c'était un ange du Seigneur qui descendait du ciel; il s’'approcha de la pierre, l’éloigna en la roulant et s’assit dessus. Son aspect était foudroyant ; ses vêtements blancs comme la neige. Tremblants d'épouvante devant lui, les gardes étaient comme morts. Mais l’ange s’adres- sant aux femmes leur dit: «Pour vous, soyez sans crainte; vous cherchez, je le sais, Jésus, le crucifié. Il n'est pas ici, car, ainsi qu'il l'avait dit, il est ressuscité. Venez, regardez la place où il était couché; et allez vite dire à ses disciples qu'il est ressuscité des morts ; il vous précède en Galilée; là vous le verrez; c’est moi qui vous le dis. » 1 C'est-à-dire le Sabbat, La veille, vendredi, était le jour dit « de la Préparation, » ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 193 Elles sortirent immédiatement du tombeau!, tremblantes et remplies de joie, et coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voilà que Jésus s’avança à leur rencontre et leur dit: « Sa- lut! » Elles s’approchèrent, embrassèrent ses pieds, et l’adorèrent. Alors Jésus leur dit: «Soyez sans crainte; allez dire de ma part à mes frères de partir pour la Galilée, là ils me verront. » Quand elles se furent éloignées, quelques-uns des gardes vinrent à la ville et apprirent aux chefs des prêtres tout ce qui était arrivé. Ceux-ci se réunirent avec les Anciens, et après en avoir conféré, ils donnèrent une grosse somme aux soldats avec cet ordre : « Vous direz que ses disciples sont venus pendant la nuit et qu'ils l'ont volé pendant que vous dormiez. Si le procurateur devait entendre parler de cette affaire, nous nous chargeons de le convaincre et nous vous mettrons à couvert.» Les soldats prirent l'argent et agi- rent d’après ces instructions. Et le bruit qu'ils répandirent parmi les Juifs dure encore aujourd’hui. Cependant les onze disciples se rendirent en Galilée, sur la mon- _tagne que Jésus leur avait désignée. Le voyant, ils l’adorèrent. Mais quelques-uns doutèrent. Jésus alors s’approcha d'eux et leur parla ; il leur dit : «A moi a été donnée toute puissance au ciel et sur terre; allez ? faire de toutes les nations mes disciples, les bap- tisant au nom du Père, et du Fils, et du saint Esprit et leur ensei- gnant à garder tout ce que je vous ai commandé. Voici, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde.» 1 Elles sortirent immédiatement du tombeau. Les tombeaux des Juifs étaient ordinairement des grottes ou cavernes taillées dans le rocher, de niveau avec le sol, dans lesquelles on pouvait entrer et dont on pouvait sortir de plain-pied. 2 Quelques anciennes autorités lisent: allez donc. 3 Grec : jusqu’à La consommation du siècle, c’est-à-dire jusqu’à la fin de l’éco- nomie présente. Le siècle désigne ici le monde actuel, le siècle présent, par opposition au siècle à venir. Voir note sur Matth. 13, 99, 8, 28 10 τὰ» 1 12 k av ÿ lg , 1% ΠῚ - "11 » - : ) “4 - t = L'ÉVANGILE SELON SAINT MARC PRÉFACE Les Évangiles de Mare et de Lue sont les seuls livres du Nou- veau Testament qui ne passaient pas dans l'Église primitive pour avoir été écrits par des apôtres. Or la règle qui, au quatrième siècle, a présidé au rejet de certains livres et à l’admission de certains autres, semble avoir été celle-ci: ne conserver que ce qui a été écrit par les apôtres. Tous les livres du Nouveau Testament actuel, sauf les Évangiles de Marc et de Luc, furent considérés comme remplis- sant cette condition. Et quant à ces deux écrits, on ne les garda que parce qu’ils passaient pour avoir été rédigés le premier sous la direction de Pierre, le second sous celle de Paul. L'Église chrétienne a toujours désigné pour l’auteur du deuxième Évangile, Jean, surnommé Marc, fils d’une femme nommée Marie, et cousin de Barnabas (Coloss. 4: 10). Il habitait Jérusalem, et dans la maison de sa mère où se réunissaient les premiers chrétiens, il voyait souvent l’apôtre Pierre (Actes 12:12). Ce fut cet apôtre qui convertit le jeune homme à la foi nouvelle (I Pierre 5:13). Après avoir accompagné Paul et Barnabas dans leur première mission, puis Barnabas seul, et être plus tard revenu auprès de Paul (Coloss. 4:10 ; Philémon 24 ; 2 Tim. 4: 11) il fut, d’après une tradition una- 126 LE NOUVEAU TESTAMENT nime et considérée comme certaine, le compagnon et l’interprète de Pierre. Papias s'exprime ainsi: Marc, disait le presbytre Jean, ayant été l'interprète de Pierre a soigneusement mis par écrit ce qui lui était resté dans la mémoire des actes et des discours du Seigneur, mais sans ordre. Car Marc n'avait lui-même ni vu, ni entendu, ni suivi le Seigneur ; mais il a seulement entendu Pierre, qui, uniquement préoccupé des besoins de son enseignement, ne mettait pas d'ordre dans ses récits. On n’a aucune objection sérieuse à élever contre ces paroles de Papias. S'il reproche à Marc d'écrire sans ordre il veut sans doute dire qu'il ne classe pas, comme Matthieu par exemple, les faits et les discours par ordre de matière, mettant ensemble plusieurs para- boles, ensemble plusieurs miracles. D’après notre manière moderne de parler, Marc écrit, au contraire, avec beaucoup d’ordre, car 1] nous donne les faits dans leur suite chronologique. Son style est vif, rapide, pittoresque. La fin de son Évangile est malheureusement perdue et la con- clusion actuelle qui commence au verset 9 du chapitre 16 a été faite plus tard par un chrétien qui ἃ résumé les récits des autres Évangiles (voir pour plus de détails note sur 16 : 9 et suiv.). La date de la composition de l'Évangile de Marc est incertaine. On peut la placer approximativement vers l’an 65. Il se divise en trois parties. Comme Matthieu et comme Lue, il raconte successivement, le ministère de Jésus-Christ en Galilée et hors de Palestine, le ministère de Jésus-Christ en Judée et à Jéru- salem, et enfin la Passion et la Résurrection. Ces trois parties sont précédées d’une courte introduction qui renferme en quelques lignes le ministère de Jean-Baptiste, avec la mention du baptême de Jésus et de la tentation (1 : 1 à 14). La première partie (ministère de Jésus-Christ en Galilée et hors de Palestine) s’étend de 1 : 14 au chapitre 10. Nous y distinguons quatre phases, les mêmes, à peu de chose près, que nous retrou- verons chez Luc. La première va jusqu’au moment où les Phari- siens se déclarent décidément hostiles (1 : 14 à 3 : 7). La seconde s'achève avec l’envoi des douze en mission (8 : 7 à 6 : 7). La troisième se termine au moment où Pierre va confesser la messia- nité de son maître (6 : 7 à 8 : 27) οὐ la quatrième nous mène jus- qu'au départ pour la Judée (8 : 27 à 10 : 1). ÉVANGILE SELON SAINT MARC 07 Dans la seconde partie (ch. 10 à ch. 14) Marc raconte d’abord le voyage à Jérusalem (ch. 10), puis l’arrivée à Béthanie et l'entrée dans la ville sainte (11 : 1 à 27), les discours et les enseignements dans le Temple (11 : 27 à ch. 13 : 1), le discours sur la fin du monde et la ruine de Jérusalem (ch. 13). La troisième partie (Passion et Résurrection) commence avec le chapitre 14 et comporte les phases suivantes: le repas de la Pâque (14 : 1 à 26): l’arrestation, le jugement et la crucifixion (14 : 26 à ch. 16 : 2). Avec le chapitre 16 verset 2 commence le récit de la résurrection brusquement interrompu. “4 (Julias) δ ' 7 \ Η ρώδολαξιπ ᾿ , 1 Añtiochia b LT > καἶ ΓΤ αὶ γε ᾿- οἷδε. Giléad E - Ÿ o nganna À : Gerasa,Antiocha à ἢ chagaba © ! ͵ Appollonie ! Ἵ NE D ! ñ Amigthonte ! Ἢ ͵ 7, .‘Antipat 2 > IP TIS 1 Aleéandrion Arimathie 9 vds F DPhraïm e 1 + . © Diospoiis ΠΡ ere Σ 6 ethèle P ma & 1, RE ἐν ® FEU D\Michmas Vericho Emmaüs DES Q TGuibk ! (WiFopolis)O ethabara » Mitspa 5 ΜΕΝεόρ." δμ. ΝΣ 80 Kilom- 4 1 Paris, Librairie Fischbacher Nouveau Testament, trad. par Edm. Stapfer. LE PAYS DE L'ÉVANGILE L'ÉVANGILE SELON SAINT MARC COMMENCEMENT DE L'ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST 1 Ainsi qu'il est écrit dans le prophète Ésaïe : « Voici j'envoie mon messager pour te précéder Et te préparer le chemin ? ; Une voix crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur *, Aplanissez ses sentiers 4,» Jean parut dans le désert, donnant et prêchant un baptême de 1 Ou : de la Bonne Nouvelle de Jésus-Ghrist. Plusieurs anciens manuscrits ajoutent fils de Dieu. Ces mots: Commencement de l'Évangile de Jésus-Ghrist, forment le titre du début de l'Évangile de Marc. On peut cependant, en ponctuant autrement le texte, traduire ainsi les premiers versets : Le commencement de l'Évangile de Jésus-Christ se fit selon cette parole écrite dans le prophète Ésaie : « Voici j'envoie mon messager pour te précéder Et le préparer le chemin ; Une voix crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur * Aplanissez ses sentiers.» Jean parut dans le désert, donnant et préchant, etc. 2 Cette première phrase ne se trouve pas dans Ésaïe, mais dans Malachie 83, 1. Voy. Matth. 11, 10. 3 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : Une voix crie: Préparez dans le désert la voie du Seigneur. 4 Ésaïe 40, 8, Voy. Matth. 8. 8. * Ou: Une voix crie: Préparez dans le désert. 1, 1 [oo 10 12 13 16 17 130 LE NOUVEAU TESTAMENT D REP ER nie à ERP ρσστ τς repentance 1 pour la rémission des péchés. Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem accouraient à lui et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en confessant leurs péchés. Jean avait un vêtement de poils de chameau et une ceinture de cuir autour des reins, et il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il disait dans sa prédication : «Il va venir, après moi, celui qui est plus puissant que moi! Je ne suis pas même digne, en me baissant, de délier la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés d’eau ; mais lui vous baptisera avec l'Esprit samt?, » Or, ce fut en ces jours mêmes que Jésus arriva de Nazareth en Galilée et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain. Soudain, comme il sortait de l’eau, il vit les cieux ouverts et l'Esprit en forme de colombe descendre sur lui, et des cieux vint une voix : (Tu es mon Fils bien-aimé, en toi je me complais.» Et l'Esprit aussitôt entraina Jésus au désert; et il fut quarante jours dans le désert, tenté par Satan, et il fut parmi les bêtes, et les anges le servaient. Après que Jean eut été livré, Jésus se rendit en Galilée et y précha l'Évangile“ de Dieu: «Les temps sont accomplis; le Royaume de Dieu est proche ; repentez-vous et croyez à l'Évan- gile 5. Ὁ Comme 1] longeait la mer de Galilée, il vit Simon et son frère André jetant leurs filets dans la mer, car ils étaient pêcheurs. Jésus leur dit: «Venez après moi et je vous ferai devenir des pêcheurs 1 Ou: de conversion. 2 Ou : dans l'Esprit saint. Voir note sur Matth. 8, 11. Quelques anciens ma- nuscrits lisent : vous baptisera d'Espril saint. 3 Je me complais, Voir note sur Matth. 8, 17. # Ou: La Bonne Nouvelle, ὅ Ou: convértissez-vous et ayez foi en la Bonne Nouvelle. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 131 d'hommes.» Sur-le-champ ils abandonnèrent les filets et le sui- virent. S'étant avancé un peu plus loin, il vit, dans leurs barques, Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui raccommodaient 1 leurs filets. Il les appela aussitôt; et ceux-ci, laissant leur père Zébédée dans la barque avec les hommes de service, partirent à sa suite. Ils arrivèrent à Capharnaüm. Il commença immédiatement à entrer les jours de sabbat dans la synagogue et à y enseigner ?; et ils étaient extrêmement frappés de son enseignement; car il le don- nait comme ayant autorité *, et non comme les Scribes. Il y avait à ce moment même dans leur synagogue un homme possédé d’un esprit impur ; 1l s’écria: «Qu’y a-t-il entre nous et toi*, Jésus de Nazareth? Tu es venu pour nous perdre”; je sais 6 qui tu es : le Saint de Dieu!» Jésus alors le menaça : «Tais-toi ! sors de cet homme !» Agitant violemment le possédé, l'Esprit impur sortit de lui en poussant un grand cri. Tous les assistants, terrifiés, s'interrogeaient les uns les autres : « Qu'est-ce que ceci? Voilà un enseignement nouveau! il commande avec autorité? même aux Esprits impurs$, et ils lui obéissent.» Sa renommée se répandit promptement et partout aux environs, dans la Galilée entière, En sortant de la synagogue, ils se rendirent tout d’abord, accompagnés de Jacques et de Jean, dans la maison de Simon et 1 Qui raccommodaient. Voir sur ces mots la note sur Matth. 4, 21. ? Quelques anciens manuscrits lisent : à enseigner les jours de sabbat dans la synägogue. 3 Ou : comme ayant puissance. 1 Οὐ a-t-il entre nous et toi? Cette expression équivaut ici à: que nous veux-tu? Noir Évang. de Jean 2, 4, où la même question signifie laisse-moi faire. 5 On peut, d’après une autre ponctuation, mettre cette phrase sous forme in- terrogative : Es-tu venu pour nous perdre? 5 Quelques anciens manuscrits lisent : nous savons. 7 Ou : avec puissance. $ On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : Voilà un enseignement nouveau en fait d'autorité... il commande même aux Esprits impurs… etc. Quelques anciens manuscrits lisent au singulier : 11 se rendit tout d’abord, accompagné. 18, ἴ 19 20 28 99 1, PS ι 90 91 99 34 90 98 45 452 LE NOUVEAU TESTAMENT d'André. La belle-mère de Srmon était couchée ; elle avait la fièvre. On s’empressa de le dire à Jésus. Alors, s’approchant d’elle, il la prit par la main et la fit lever. La fièvre disparut et elle se mit à les servir. Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui apporta tous les malades et les démoniaques. La ville entière se pressait à la porte. Il guérit plusieurs malades atteints de maux divers ; il chassa aussi beaucoup de démons et il défendait aux démons de parler, parce qu'ils savaient qui il était. S’étant levé de grand matin, avant le jour, il alla dans un lieu solitaire et là 1] priait. Simon et ceux qui étaient avec lui se mirent à sa recherche. Quand ils l’eurent trouvé, ils lui dirent : « Tout le monde te cherche. » Il leur répondit : «Allons dans les villages voi- sins, afin que j'y prèche aussi, car c’est pour cela que je suis sorti.» Il alla donc prècher dans leurs synagogues et dans toute la Galilée, en chassant les démons. Un lépreux vint à lui et, se jetant à ses genoux, lui adressa cette prière : «Si tu le veux, tu peux me guérir!.» Il en eut compas- sion ?; 1l étendit la main et le toucha en disant : «Je le veux, sois guéri.» La lèpre disparut à l'instant ; cet homme fut guéri. Jésus le congédia immédiatement, en lui donnant cet avertissement sévère : «Garde-toi de parler de ceci à personne ; mais va te mon- trer au prêtre et offre pour ta guérison ce que Moïse a prescrit ; que ce leur soit un témoignage ὃ.» | Mais, à peine parti, le lépreux se mit à répandre la nouvelle et a la proclamer ; de sorte que Jésus ne pouvait plus même paraître publiquement dans une ville; mais il se tenait dehors dans des en- droits déserts, et on venait à lui de toutes parts. Quelques jours après, il retourna à Capharnaüm. 1 Voir note sur Matth. 8, 2 et 3. 2 Voir note sur Matth. 9, 30. 3 Que ce leur soit un témoignage. Voir note sur Matth. 8, 4. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 133 On apprit qu'il était dans telle maison, et on y accourut en si grand nombre qu'il n’y avait plus de place même devant la porte. Il leur annonçait la parole, lorsque survinrent des gens lui amenant un paralytique, porté par quatre hommes. Comme il leur était impossible de parvenir jusqu'à lui à cause de la foule, ils démolirent le toit! au-dessus de la place où il se trouvait; et, l'ouverture faite, ils descendirent le grabat sur lequel était couché le paralytique. Jésus, voyant leur foi?, dit à ce paralytique : «Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. » Il y avait là quelques Scribes qui se tenaient assis et ces pensées leur montaient au cœur: «Comment cet homme peut-il parler ainsi? Il blasphème! Qui peut pardonner des péchés que Dieu seul ?» Jésus connut aussitôt, par son esprit, qu’ils faisaient inté- rieurement ces réflexions, et il leur dit: «Pourquoi de telles pensées dans vos cœurs? Lequel est le plus facile de dire, à ce paralytique : «Tes péchés sont pardonnés »; ou de lui dire : «Lève- toi, emporte ton grabat et marche!» Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme ἃ sur la terre le pouvoir de pardonner des péchés 5...» s'adressant au paralytique : «A toi, je dis : Lève-toi! emporte ton grabat et retourne dans ta maison. » Et l’homme se leva, prit immédiatement son grabat et sortit devant tout le monde; tous en étaient stupéfaits et glorifiaient Dieu : «Jamais, disaient-ils, nous n’avons rien vu de pareil!» De nouveau, il se dirigea vers la mer. Toutes les multitudes venaient à lui, et il les enseignait. En passant, il vit Lévi, fils d’AI- phée, assis au bureau du péage“, Il lui dit: «Suis-moi!» et il se leva et le suivit. “ 1 Le toit plat et formant terrasse, comme dans toutes les maisons d’alors. L’escalier qui y conduisait était extérieur. Voir note sur Luc 17, 31. ? Leur foi. Voir note sur Matth. 9, 2. 3 Phrase incomplète. Voir note sur Matth. 9, G. 4 Voir note sur Matth, 9, 9. ά ῶτ 10 1 19 14 16 17 18 t2 [Re] 434% LE NOUVEAU TESTAMENT Jésus était à table dans la maison de Lévi, et il arriva que beaucoup de publicains! et de pécheurs? s’y trouvèrent avec lui et avec ses disciples; car ils étaient nombreux et ils l'avaient suivi, ainsi que les Scribes* d’entre les Pharisiens. Ceux-ci, le voyant manger avec les publicains et les pécheurs, dirent à ses disciples : «Pourquoi mange-t-il* avec des publicains et des pé- cheurs?» Ce qu'ayant entendu, Jésus leur dit: «Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, ce sont les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » Les disciples de Jean et les Pharisiens jeünaient. Ils vinrent lui demander : « Pourquoi les disciples de Jean et ceux des Pharisiens pratiquent-ils le jeûne,ftandis que tes disciples ne le pratiquent pas ? Jésus leur répondit : «Les amis de l’époux ὅ peuvent-ils jeüner pendant que l'époux est avec eux. Tout le temps que l'époux est avec eux, ils ne peuvent jeüner. Des jours viendront où l’époux leur sera enlevé; ils jeüneront dans ces jours. » «Personne ne eoud un morceau d'étoffe neuve à un vieux vêtement : autrement le morceau neuf emporte une partie du vieux vêtement qu'il recouvre et fait une plus grande déchirure. Per- sonne, non plus, ne verse du vin nouveau dans de vieilles outres : autrement le vin fera éclater les outres, et il sera perdu, les outres aussi. » ΠῚ arriva — un jour de sabbat — que Jésus passa par les blés7. Ses disciples se mirent, chemin faisant, à cueillir des épis: « Vois donc », lui dirent les Pharisiens, «pourquoi font-ils ce qu'aux jours 1 Voir note sur Matth. 9, 10. 2 Voir note sur Matth. 9, 10. 3 Quelques anciens manuscrits lisent : des Scribes. 4 Mange-t-il. Plusieurs anciens manuscrits ajoutent : οἱ boit-il. 5 Les amis de l'époux. Voir note sur Matth. 9, 15. 6 Littéralement : de drap écru. 7 Quelques anciens manuscrits lisent : que Jésus passa le long des blés, ÉVANGILE SELON SAINT MARC 135 de sabbat il n’est pas permis de faire?» Il leur répondit : « N’avez- vous jamais lu ce que fit David quand il fut contraint par la néces- sité et qu'il eut faim, et ce que firent ses compagnons ? Comment, sous le grand-prêtre Abiathar, 1l entra dans la maison de Dieu et mangea les pains de proposition !, qu'il n’est permis qu’aux prêtres de manger, et en donna à ceux qui étaient avec lui? » Et il ajouta : «Le sabbat ἃ été fait pour l’homme? et non pas l’homme pour le sabbat5. C’est pourquoi le Fils de l’homme est maître aussi du sabbat. » Une autre fois, il entra dans une synagogue, où se trouvait un homme qui avait la main paralysée“. Ils 5 l’observèrent pour voir si, un jour de sabbat, il le guérirait ; ils voulaient un prétexte à accusation. Jésus alors s’adressa à l’homme dont la main était paralysée : « Lève-toi au milieu de nous tous!» Puis il leur dit: «Aux jours de sabbat. est-il permis de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver une vie ou de la perdre 6?» Ils gardèrent le silence. Alors, jetant sur eux un regard de colère, affligé d’un tel aveugle- ment de cœur, il dit à l’homme : «Étends ta main!» Il l’étendit et sa main fut guérie. Quant aux Pharisiens, ils sortirent et allèrent immédiatement se concerter avec les Hérodiens 7 sur les moyens de le perdre. Jésus se retira, avec ses disciples, du côté de la mer; et une foule considérable, venue de Galilée et de Judée, l'y suivit. C'était une multitude immense, arrivant de Jérusalem, de l’Idumée, des terres situées au delà du Jourdain, des environs de Tyr et de Sidon, qui, à la nouvelle de ce qu'il faisait, venait à lui. 1 Voir note sur Matth. 12, 4. 2 Grec: à cause de l’homme. 3 Grec: à cause du sabbat. 4 Grec: desséchée, atrophiée. » Ils, c’est-à-dire évidemment les Scribes et les Pharisiens. ὁ Littéralement : ou de tuer. 7 Les Hérodiens. Voir note sur Matth. 22, 16. 95, 2 [ae] = D] = (ue) 4 [#1 18 19 Lo] τ 136 LE NOUVEAU TESTAMENT Il dit alors à ses disciples de lui procurer une barque à cause de la foule qui risquait de l’étouffer. Il en guérissait, en effet, un grand nombre, et alors tous ceux qui avaient quelque mal se précipitaient sur lui, afin de le toucher. Quant aux Esprits impurs, lorsqu'ils le voyaient, 1ls tombaient devant lui et s’écriaient : «Tu es le Fils de Dieu»; et, par de sévères menaces, 11 leur interdisait de le faire connaître. Ensuite il gravit la montagne; 11 appela ceux qu'il lui plut de désigner lui-même et ils vinrent à lui. Alors il en choisit douze, auxquels il donna le nom d’apôtres!, pour être avec lui et pour recevoir mission de prêcher, avec le pouvoir de chasser les démons. Voici les douze qu'il choisit? : Simon, à qui il donna le nom de Pierre; — Jacques, fils de Zébédée, et Jean, frère de Jacques, auxquels il donna le nom de Boanergès*, c’est-à-dire fils du tonnerre; — André; — Philippe; — Barthélemy; — Matthieu ; — Thomas; — Jacques, fils d'Alphée ; — Thaddée; — Simon le Cananite“; — Judas l'Iskariôte®, celui-là même qui le trahit. Ensuite il entra ὁ dans une maison et la foule y accourut encore à tel point qu'ils ne pouvaient pas même manger. Ceux de sa parenté, l’ayant appris, vinrent pour l’emmener avec eux. On disait, en effet, qu’il avait perdu l'esprit. Quant aux Scribes, ceux qui étaient descendus de Jérusalem, ils disaient : «Il ἃ en lui Beelzéboul? », et: «C’est par le prince des démons qu'il chasse les démons. » Alors il les appela à lui et leur dit en paraboles : «Comment 1 Plusieurs anciens manuscrits omettent : auxquels il donna le nom d'apôtres. 2? Plusieurs anciens manuscrits omettent : Voici les douze qu’il choisit. 3 Ce mot Boanergès n'offre aucun sens. Jésus a dû dire Bené-Régès, terme qui a été complètement dénaturé par les copistes, qui ne savaient pas l’hébreu. 4 Le CGananite, Voir note sur Matth, 10, 4. 5 L’'Iskariôte. Voir note sur Matth. 10, 4. 6 Plusieurs anciens manuscrits lisent : 118 entrèrent. 7 Beelzeboul ou Beelzeboub, un des noms du Diable ou chef des démons au temps de Jésus-Christ, ÉVANGILE SELON SAINT MARC 137 S.à, Satan peut-il chasser Satan 1 Si un royaume est divisé contre lui- même?, ce royaume ne peut subsister. Si une maison est divisée contre elle-même ὃ, cette maison ne pourra subsister ; de même si Satan se livre bataille à lui-même et se divise, il ne peut subsister, il touche à sa fin. » «Nul ne peut entrer dans la maison du guerrier et piller ce qu'il possède 4, s’il n’a tout d’abord chargé de liens le guerrier ; ce n’est qu'alors qu'il pourra piller sa maison. » «En vérité, je vous le dis, toutes sortes de péchés seront par- donnés aux fils des hommes, ainsi que les blasphèmes aux blasphémateurs ; mais celui qui blasphème contre l'Esprit, qui est saint, ne reçoit point de pardon, n'en recevra jamais, mais 1] est® coupable d’un éternel péché. » (C'était parce qu'ils disaient : « Il a en lui un Esprit impur).» Ce fut alors qu'arrivèrent sa mère et ses frères, qui, se tenant dehors, le firent demander. Quantité de gens étaient assis autour de lui, lorsqu'on lui dit: «Voilà dehors ta mère et tes frères 5 qui te cherchent.» Il répondit ainsi: «Qui est ma mère et qui sont mes frères?» Puis il regarda ceux qui étaient assis en cercie autour de lui et dit: «Voici ma mère et mes frères ; faire la volonté de _ Dieu, c’est être mon frère, c'est être ma sœur, c’est être ma mère.» De nouveau il se mit à enseigner au bord de la mer. Il se ras- sembia autour de lui une multitude si prodigieuse qu'il monta dans une barque où 1] s’assit, et il se tint sur la mer, tandis que la foule restait à terre au bord de l’eau. ΠῚ leur enseignait beaucoup de choses en paraboles et il leur disait dans son enseignement : « Écoutez! Voilà que le semeur est sorti pour semer. Il jette 1 Satan. Voir note sur Marc 4, 15. 2 Grec : divisé en lui-même. 3 Grec : divisée en elle-mêrre. 4 Ce qu’il possède. Voir note sur Matth. 12, 29. 5 Plusieurs anciens manuscrits lisent : 1] sera. 5 Quelques anciens manuscrits ajoutent : ef {es sœurs, 3 4 1 10 11 138 LE NOUVEAU TESTAMENT sa semence, et il est arrivé qu'un grain est tombé le long du chemin et les oiseaux sont venus et l’ont mangé. » «Un autre est tombé sur un sol pierreux, où il n’y avait pas beaucoup de terre, et il a immédiatement poussé, parce que la terre était sans profondeur. Mais le soleil, en se levant, ἃ brülé la plante, qui, n'ayant point de racines, s’est desséchée. » Un autre grain est tombé parmi les épines; et les épines ont grandi et l’ont étouffé, de sorte qu'il n’a point donné de fruit. » «D'autres grains sont tombés dans la bonne terre, et ceux-là, montant et croissant, ont donné du fruit, tel grain en a produit trente, tel autre soixante, tel autre cent. » Et il ajouta : «Que celui qui ἃ des oreilles pour entendre, entende!!» Lorsqu'il fut seul, ceux qui l’entouraient l’interrogèrent avec les douze sur les paraboles. Il leur dit: «A vous il est donné de pénétrer le mystère du Royaume de Dieu; mais à ceux-là, ceux du dehors, tout arrive sous forme de paraboles, afin que tout en regardant parfaitement, ils ne voient point, tout en entendant parfaitement, ils ne comprennent point, et cela pour qu'ils ne se convertlissent pas et qu’il ne leur soit point pardonné. » Et il ajouta: «Ne comprenez-vous pas cette parabole 33 Com- ment donc comprendrez-vous toutes les paraboles? Le semeur sème la parole. Les uns sont le long du chemin où la parole est semée, et quand ils l’ont entendue, Satan * vient aussitôt et enlève la parole semée en eux. » | «Les autres sont semblables ; 11 est des grains qui sont semés sur un sol pierreux ὁ : ceux-là quand ils entendent la parole, l’ac- cueillent aussitôt avec joie, mais 1ls n’ont pas de racine en eux- mêmes; ils ne sont que pour un temps; une afiliction on une persécution survenant à cause de la parole, ils y trouvent aussitôt une occasion de chute.” » 1 Ou : Pour écouter, écoute. 2 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : Vous ne comprenez pas celle parabole; comment, etc. 3 Grec: Satanas, forme syriaque du mot hébreu Satan. 4 Dans cette par abole, la semence représente tantôt la parole elle-méê ime, tantôt celui qui la reçoit, Ὁ Voir note sur Matth, 18, G et suiv. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 139 «D’autres sont semés parmi les épines : ceux-là ont écouté la parole, mais les sollicitudes du siècle présent, la séduction de la richesse et les passions diverses font invasion, étouffent la parole et la rendent stérile. » «Enfin il y ἃ ceux qui sont semés sur la bonne terre : ils écoutent la parole, ils la reçoivent et donnent des fruits, l’un trente, l’autre soixante, l’autre cent. » Il leur dit aussi : «Est-ce qu'on apporte la lampe pour la mettre sous le boisseau ou sous le lit? N'est-ce pas pour la mettre sur le pied-de-lampe? Rien n’est caché que ce qui doit être manifesté ; rien n’est secret que pour être mis au jour. Si quelqu'un ἃ des oreilles pour entendre, qu'il entendet ! » Il leur dit aussi : «Faites attention à ce que vous entendez ; la mesure que vous faites aux autres sera votre mesure, et il y sera ajouté. Car à celui qui a, il sera donné, et à celui qui n’a pas, même ce qu'il ἃ lui sera Ôté. » Il dit aussi: «Il se passe pour le Royaume de Dieu ce qui se passe lorsqu'un homme jette la semence sur la terre. Qu'il dorme ou qu'il veille, nuit et jour, la graine germe, la plante grandit, sans qu'il sache comment. D'elle-même la terre donne son fruit : c’est d'abord une herbe; c'est ensuite un épi; c’est enfin le blé remplis- sant cet épi. Et quand la terre ἃ ainsi donné son fruit, il y met aussitôt la faucille, car est arrivée la moisson. » Il dit aussi: «A quoi assimilerons-nous le Royaume de Dieu? Ou par quelle parabole le représenterons-nous ? Il est comme un grain de sénevé?, la plus petite de toutes les semences lorsqu'on la sème sur la terre, mais qui monte lorsqu'il est semé et qui devient plus grand que toutes les plantes potagères et pousse de si vastes bran- ches que, dans leur ombrage, les oiseaux du ciel peuvent faire leurs nids. » 1 Voir note sur le verset 9. 2 De sénevé ou de moutarde. 48, 4 19 20 40 41 4 140 LE NOUVEAU TESTAMENT CPR SRE à τς OR QE RS C'est par un grand nombre de paraboles de ce genre qu'il leur annonçait la parole, dans la mesure où ils pouvaient comprendre. Il ne leur parlait qu'en paraboles; puis, en particulier, il expli- quait tout à ses disciples 1. Ce même jour, le soir venu, il leur dit : « Passons à l’autre rive. » Ils renvoient la foule, et l'emmènent dans la barque où il se trouvait ; d’autres barques les accompagnaient. Un grand tourbillon de vent s’éleva; les vagues se jetaient dans la barque avec une telle force que déjà elle se remplissait. Et lui, à la poupe, la tête sur le coussin ?, il dormait. Ils le réveil- lèrent et lui dirent : « Maître, est-ce que tu ne te soucies pas que nous périssions ? » Alors il se leva ÿ, il fit des menaces au vent et il dit à la mer : « Silence ! apaise-toi !» Et le vent tomba, il se fit un grand calme. Puis il leur dit : « Pourquoi vous effrayer 4? N’avez- vous point encore de foi5?» Et, frappés de terreur, ils se disaient l’un à l’autre: «Qui donc est cet homme pour que le vent et la mer lui obéissent ? » Ils allèrent de l’autre côté de la mer, dans le pays des Gérasé- niens. Au moment même où il débarquait, vint à sa rencontre, sor- tant des sépulcres 5, un homme possédé d’un esprit impur. II fai- sait sa demeure dans les tombeaux, et personne ne pouvait plus le lier même avec une chaîne. Plusieurs fois on l’avait enchaîné ; on lui avait mis les fers aux pieds ; mais il avait rompu les chaînes et brisé les fers, et nul n’avait la force de s’en rendre maître. Il ne cessait nuit et jour d’errer parmi les sépulcres et sur les monta- gnes , en jetant des cris et en se meurtrissant contre les rochers. 1 Grec: ses propres disciples, c'est-à-dire, sans doute, les douze apôtres. ? Le coussin, d'ordinaire placé à la poupe du bateau. 3 Ou: il se réveilla. 1 Plusieurs anciens manuscrits ajoutent ainsi et lisent : Pourquoi vous effrayer ainsi ? Ὁ Plusieurs anciens manuscrits lisent : Comment n'avez-vous point de foi ? 5 Les sépulcres, c’est-à-dire les cavernes taillées dans le roc ou formées natu- rellement et qui servaient de sépultures. Voir note sur Matth. 28, 8. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 141 De loin, il aperçut Jésus ; 1l courut se prosterner devant lui et lui dit, en criant de toutes ses forces : «ΟὟ a-t-il entre moi et toit, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut? Au nom de Dieu, je t’en conjure, ne me torture point. » (En effet, Jésus lui disait : «Esprit impur, sors de cet homme.») Puis 1] l'interrogea: «Quel est ton nom?» — «Mon nom, répondit-il, est Légion, car nous sommes nombreux. » Et cette Légion le suppliait de ne pas l’expulser du pays. Or il y avait là, paissant sur la montagne, un grand troupeau de pour- ceaux, et les esprits impurs lui adressaient cette demande : « En- voie-nous dans ces pourceaux, afin que nous entrions en eux ». Jésus le leur permit. Alors ils partirent et entrèrent dans les pour- ceaux, et, d’une course impétueuse, le troupeau se précipita dans la mer; il y en avait environ deux mille; 115 se noyèrent dans les flots. Les gardeurs prirent la fuite et allèrent répandre la nou- velle dans la ville et dans les campagnes. Les habitants vinrent voir ce qui s'était passé. Ils s’approchèrent de Jésus et aperçurent assis, avec ses vêtements, et plein de bon sens, le démoniaque, celui, qui avait eu la Légion; cela leur fit peur. Les témoins ocu- laires leur racontèrent ce qui était arrivé au démoniaque et aux pourceaux. Les habitants prièrent alors Jésus de quitter leur pays. Comme il montait dans la barque, l'homme qui avait été délivré des démons lui demanda la permission de rester avec lui. Jésus n’y consentit pas, mais lui dit : « Va dans ta maison, vers les tiens ; apprends-leur les grandes choses que le Seigneur t'a faites et comme il a eu pitié de toi.» Cet homme partit et se mit à publier dans la Décapole les grandes choses que Jésus lui avait faites, et tous étaient dans l'admiration. Lorsque Jésus, ayant repassé l’eau dans la barque, fut de retour de l’autre côté, une foule considérable s’assembla autour de lui; et comme il était au bord de la mer, arriva un chef de synagogue, du nom de Jaïrus, qui, en l’apercevant, alla se jeter à ses pieds et lui adressa d’instantes prières : «Ma petite fille, lui dit-il, est à 1 Voir note sur Jean 2, 4. 667, 5 13 14 “0 90 149 LE NOUVEAU TESTAMENT toute extrémité; viens, impose-lui les mains, afin qu’elle soit guérie ! et qu'elle vive.» Jésus partit avec lui, suivi d’une multi- tude nombreuse qui le pressait de tous côtés. Or il y avait là une femme, malade d’une perte de sang depuis douze années; elle avait beaucoup souffert entre les mains de plusieurs médecins ; elle y avait dépensé tout son avoir et cela n'avait servi à rien; au contraire, son état avait plutôt empiré. Elle avait entendu parler de Jésus, et venant dans la foule, par derrière, elle toucha son vêtement ?; car elle disait : « Si seulement je touche ses vêtements, je serai guérie*.» Immédiatement tarit la source du sang qu'elle perdait : elle sentit en son corps qu'elle était guérie de son infirmité; et, en même temps, Jésus, ayant senti en lui-même la vertu * qui sortait de lui, se retourna vers la foule et dit : « Qui a touché mes vêtements?» Ses disciples lui ré- pondirent : «Tu vois la foule te presser de tous côtés et tu deman- des : «Qui m'a touché?» Mais il regardait tout autour de lui pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, toute craintive et tremblante, ayant conscience de ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Et lui, 1l lui dit: «Ma fille, ta foi t'a guérie* ; va en paix et sois délivrée de ton infirmité. » QI parlait encore lorsque survinrent des gens du chef de la syna- gogue: (Ta fille est morte, lui dirent-ils, pourquoi fatiguer da- vantage le maïître?» Mais Jésus, sans tenir compte de cette parole, dit au chef de synagogue: «Ne crains point, crois seulement 6. » Puis il ne permit à personne de l'accompagner, si ce n’est à Pierre, à Jacques et à Jean, frère de Jacques. Is arrivent à la maison du chef de synagogue. Là, Jésus à le spectacle de tout un tumulte de gens pleurant tout haut et pous- sant des cris’. Il entre et leur demande : « Pourquoi ce tumulte et 1 Ou : sauvée. 2 Son vélement de dessus, son manteau. 8 Ou : sauvée, # Ou: La force, la puissance. » Ou: sauvée. ὁ On peut traduire aussi: aie seulement confiance ou : aie seulement de la foi. Voir note sur Évang. de Jean 14, 1. 7? Voir note sur Luc, 8, D2. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 14 C9 ces pleurs? L'enfant n'est pas morte, mais elle dort.» Et on se moque de lui. Mais Jésus, faisant sortir tout le monde, ne prend avec lui que le père, la mère et les disciples qui l’accompagnaient ; puis il entre là où était l’enfant,. I lui saisit la main en disant: Talitha Koum1, ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, réveille-toi ?. » La jeune fille se leva sou- dain et se mit à marcher ; en effet, elle avait douze ans. Ils furent sur-le-champ frappés d’une profonde stupeur. Il leur recommanda expressément de n'en parler à personne ; puis il dit de donner à manger à la jeune fille. Jésus partit de là et retourna dans son pays; ses disciples le suivirent. Le sabbat étant arrivé, il se mit à enseigner dans la synagogue. Et beaucoup parmi ses auditeurs étaient extrèmement surpris et disaient : « D'où lui viennent ces choses ? Qu'est-ce donc que cette sagesse qui lui est donnée? et que ces grands miracles accomplis par ses mains ? N'est-ce pas là le charpentier, le fils de Marie, frère de Jacques, de Josès, de Judas, de Simon? Et ses sœurs ne demeu- rent-elles pas ici, avec nous? » Pour eux 1] était une occasion de chute‘. Alors Jésus leur dit : «Un prophète n’est sans honneur que dans sa patrie, dans sa parenté, dans sa maison. » Et il ne put faire parmi eux aucun miracle, excepté quelques guérisons de malades par l'imposition des mains. Il s’étonnait de leur incrédulité et parcourait, en enseignant, les villages d’alentour. Ayant réuni les douze, il commença à les envoyer en mission, deux à deux, leur donnant puissance sur les Esprits impurs. I] leur ordonna de ne rien emporter pour la route; un bâton seulement”; 1 Plusieurs anciens manuscrits lisent ces mots : T'aleitha Koum. 5 On peut traduire aussi : lève-toi ou encore : ressuscite. 3 C'est-à-dire à Nazareth ou Nazara. 4 Littéralement : Jls se scandalisaient en lui. Voir note sur Matth. 13, 97. 5 Un bâton de défense. 40, 8 [ae] ἤν σι 12 19 11 19 14 144% LE NOUVEAU TESTAMENT ni pain, ni 880 1, ni monnaie quelconque dans la ceinture ?; pour toutes chaussures, leurs sandales, et de ne pas prendre de second vêtement ἡ. Et il leur disait: « En quelque maison que vous entriez, de- meurez-y jusqu'à ce que vous partiez de l'endroit ; et si quelque part on ne vous reçoit ni ne vous écoute, sortez de là, secouant, en témoignage contre eux, la poussière attachée à vos pieds. » Ils partirent donc, prêchant qu'on devait se repentir“; et ils chassaient beaucoup de démons et, faisant des onctions d'huile à beaucoup de malades, ils les guérissaient. Le roi Hérode? l’apprit; (en effet, le nom de Jésus était déjà célèbre) et il dit: «Jean-Baptiste est ressuscité d’entre les morts! de là ces puissances miraculeuses qui agissent en cet homme!» Les uns disaient: «C'est Élie!» d’autres: «C’est un prophète sem- blable à l’un de ceux d'autrefois!» Mais Hérode, qui entendait tout cela, disait: «C’est celui que j'ai décapité! c’est Jean! c’est lui qui est ressuscité ! » En effet, cet Hérode avait fait arrêter Jean, l'avait fait garrotter et emprisonner : et cela à cause d’'Hérodiade, la femme de son frère Philippe, que lui, Hérode, avait épousée. Car Jean lui avait dit: «Il ne t'est pas permis d’avoir la femme de ton frère.» De sorte qu'Hérodiade était acharnée à sa perte; elle voulait sa mort; cependant elle ne pouvait l'obtenir, parce qu'Hérode avait du respect pour Jean qu'il savait être un juste et un saint; il veillait sur lui; sur plusieurs points sa parole l'inquiétait 6, et volontiers il 'écoutait. AL Mais Hérodiade rencontra un jour opportun; ce fut lorsque 1 Voir note sur Matth. 10, 10. 2 Voir note sur Matth. 10, 9. 3 Grec: Ne pas vêlir deux tuniques, c'est-à-dire ne pas se munir, outre sd tunique, d’une tunique de rechange, 4 Ou: se convertir. 5 Le roi Hérode, nom populaire du tétrarque Hérode Antipas, fils d'Hérode le Grand. Voir note sur Matth. 2, 1. ὁ Au lieu de: sur plusieurs points sa parole l’inquiétait, plusieurs anciens manuscrits lisent : ef dans beaucoup d'affaires il agissait d'après son conseil. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 145 Hérode, à l'anniversaire de sa naissance, donna un banquet à ses dignitaires, à ses ofliciers et aux principaux personnages de la Galilée. Dans la salle entra la fille même d’Hérodiade, et elle dansa et plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit alors à la jeune fille : « Demande-moi ce que tu voudras et je te le donnerai.» Il lui en fit le serment : «Tout ce que tu demanderas, je te le don- nerai, füt-ce la moitié de mon royaume!» La jeune fille sortit et dit à sa mère : «Que demanderai-je? » La mère répondit : «La tête de Jean-Baptiste.» Rentrant en toute hâte auprès du roi, la fille lui fit ainsi sa demande: «Je veux qu'à l'instant même tu me donnes sur un plat la tête de Jean-Baptiste.» Le roi fut accablé de tristesse; cependant, à cause de son serment, à cause aussi des convives, il ne voulut pas la refuser. Et immédiatement il fit ap- peler un exécuteur! et lui donna ordre de rapporter la tête de Jean. Cet homme alla donc décapiter Jean dans sa prison, et, rapportant la tête sur un plat, il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère. Ce qu'ayant appris, les disciples de Jean vinrent prendre son corps et l’ensevelirent dans un tombeau. De retour auprès de Jésus, les apôtres lui rendirent compte de tout : de ce qu'ils avaient fait et de ce qu'ils avaient enseigné. Il _ leur dit alors : « Venez à l'écart, vous aussi, dans quelque endroit solitaire et reposez-vous un peu.» (En effet, il y avait une telle foule d’allants et de venants qu'ils n'avaient pas même le temps de manger.) Ils partirent donc dans la barque pour se retirer dans quelque endroit solitaire, à l'écart. Mais plusieurs les virent s'éloigner et les reconnurent, et de toutes les villes ils accoururent à pied là où ils allaient et y arrivèrent avant eux. En débarquant, il vit une foule immense ; il en eut compassion ?, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger, et il se mit à leur donner de nombreux enseignements. L'heure s’avançait beau- 1 Un exécuteur, c'est-à-dire un des soldats de sa garde chargés d’exécuter les condamnés à mort. 2 Voir note sur Matth. 9, 36. 29 30 31 92 6, 36 49 146 LE NOUVEAU TESTAMENT coup et ses disciples, s’approchant, lui dirent : « L'endroit est dé- sert et déjà il se fait tard. Renvoie-les, afin qu'ils aillent aux envi- rons dans les maisons de la campagne et dans les villages acheter chacun quelque chose à manger.» Mais Jésus leur répondit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger.» — «Pour leur donner à manger, répliquèrent-ils, nous faudra-t-il aller acheter des pains pour deux cents deniers ! ! » Jésus reprit: «Combien de pain avez- vous? Allez voir.» Après s’en être informés: «Cinq?, dirent-ils, et deux poissons. » Alors il leur commanda de les faire tous asseoir, en divers groupes, sur l’herbe verte. Ils se rangèrent à terre par bandes de cent et de cinquante. Puis Jésus, prenant les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux au ciel, prononça la bénédiction, rompit les pains et les donna aux disciples pour qu'ils les servis- sent à la foule; il partagea aussi, entre tous, les deux poissons. Tous mangèrent, tous furent rassasiés, et on emporta douze paniers pleins de restes de pain et de poissons. Quant au nombre de ceux qui avaient mangé, il était de cinq mille hommes. Aussitôt après, il pressa ses disciples de remonter dans la barque, de prendre les devants et de se rendre, sur la rive opposée, à Bethsaïda, tandis que lui, il renverrait la foule. Quand il l'eut congédiée, il s’en alla sur la montagne, pour y prier. Le soir vint : au milieu de la mer était la barque; à terre, Jésus, demeuré seul. Les voyant qui se fatiguaient à ramer, car le vent leur était con- traire, il vint à eux, vers la quatrième veille de la nuit*, en mar- chant sur la mer, et il voulait les dépasser ; quand ils le virent, mar- chant sur la mer, ils crurent que c'était un fantôme et jetèrent des cris. Tous, en effet, le voyaient et étaient bouleversés. Mais aus- sitôt il leur parla; il leur dit: «Rassurez-vous; c’est moi; soyez sans crainte, » Il monta avec eux dans la barque et le vent cessa. Leur stu- 1 Deux cents deniers représentaient une somme de cent quatre-vingts francs environ. 2 Cinq pains. Voir note sur Matth. 14, 17. 3 Voir note sur Matth. 14, 95 et sur Marc 18, 39, ÉVANGILE SELON SAINT MARC 147 peur allait grandissant; car ils n'avaient pas même compris le miracle des pains, tellement leur cœur était aveuglé 1. Ayant passé l'eau, 115 arriverent au pays de Gennésaret, et ils abordèrent. A leur sortie de la barque, Jésus fut immédiatement reconnu. Alors toute la contrée fut en mouvement; on se mit à lui apporter les malades sur leurs grabats, partout où l’on apprenait sa présence. Et partout où il entrait, villages, villes ou bourgades, on déposait les malades sur les places publiques, et on le priait de les laisser seulement toucher la frange de son vêtement?; et tous ceux qui la touchaient étaient guéris ὃ. Les Pharisiens et certains Scribes qui arrivaient de Jérusalem se réunirent près de lui. Ils avaient vu quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non purifiées par des ablutions “. — {En effet, les Pharisiens et, en général, les Juifs ne mangent pas sans avoir pratiqué des ablu- tions sur les mains, y compris le poignet5, conformément aux traditions des Anciens. Lorsqu'ils reviennent du marché, ils ne mangent pas avant de s'être plongés dans l’eau 7. Ils ont égale- ment une foule d’autres pratiques qu’ils observent par tradition : des ablutions de coupes, de vases de terre et de vases de cuivre). — Les Pharisiens et les Scribes posèrent donc une question à Jésus : «Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des Anciens et prennent-ils leur repas avec des mains impures? Il 1 Voir note sur Marc 8, 17. ? Littéralement : de son manteau. Noir sur le mot frange note sur Luc 8, 44, 5 Ou : étaient sauvés. Ὁ On appelait, en effet, manger avec des mains impures ou profanes, manger sans avoir accompli les purifications traditionnelles, L’évangéliste va d’ailleurs nous l’expliquer lui-même. 5. Au lieu de: y compris le poignet, quelques anciens manuscrits lisent : de fréquentes ablutions sur les mains. 6 Ou: de la place publique. 7 Voir note sur Luc 11, 38; au lieu de: avant de s'être plongés dans l'eau, les deux plus anciens manuscrits lisent: avant de s'être aspergés d’eau. $ Plusieurs anciens manuscrits ajoutent : ef de lits. 1] s’agit ici des lits ou divans sur lesquels s’étendaient les convives. 10 11 13 14 17 18 19 148 LE NOUVEAU TESTAMENT leur répondit: «C’est bien à vous, hypocrites !, que s'applique la prophétie d'Ésaïe : «Cest des lèvres, est-il écrit, que ce peuple m'honore! Quant à son cœur, il est fort loin de moi! C'est en vain qu'ils me rendent un culte! [humaines ? !» Ils enseignent des doctrines qui ne sont que des ordonnances « Vous laissez de côté le commandement de Dieu et vous observez la tradition des hommes!» Puis 1] ajouta : «Ah! que vous savez bien violer le commandement de Dieu pour observer votre tradi- tion! Ainsi Moïse a dit: « Honore ton père et ta mère.» et: «Qu'il soit puni de mort*, celui qui maudira son père ou sa mère “». Mais vous, voici ce que vous enseignez : Si un fils dit à son père ou à sa mère : «Je déclare Korban”, c’est-à-dire offrande à Dieu, ce dont tu voudrais être assisté par moi», 1l a la permission 6 de ne plus rien faire ni pour son père ni pour sa mère. Et voila comment, par la tradition que vous enseignez, vous réduisez à néant la parole de Dieu! Et combien d’autres choses pareilles vous faites!» De nouveau, il appela à lui la multitude : « Écoutez-moi tous, leur dit-il, et comprenez! Il n’est rien d'extérieur à l’homme qui, entrant en lui, puisse le rendre impur”, c'est, au contraire, ce qui sort de l’homme qui le rend impur$. » Lorsque, rentré dans la maison, il fut loin de la foule, ses disciples l'interrogèrent sur cette parabole. Il leur répondit : « Eh quoi ! vous aussi, vous êtes sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien ὃ de ce qui est extérieur ne peut, en entrant dans l’homme, le rendre impur, puisque cela n'entre pas dans son cœur, mais dans 1 Voir note sur Matth. 6, 2. 2 Ésaïe 29, 13-14 (voir aussi Ézéchiel 33, 31). Voy. Matth. 15, 8-9. 3 Littéralement : qu’il meure de mort; c’est un hébraïsme, 4 Exode 20, 12 et 21, 17. Voy. Matth. 15, 4. 5 Korban, mot hébreu qui signifie offrande. 5 Littéralement : vous ne le laissez plus rien faire. 7 C'est-à-dire : lui faire contracter une impureté. 5. Le verset 16: Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende, manque dans les meilleurs manuscrits. 9 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : Vous ne comprenez pas que rien, etc. : δ ÉVANGILE SELON SAINT MARC 149 son ventre, puis s'en va en quelque lieu secret, ce qui montre que tous les aliments sont également purs 1?» Il dit aussi: « Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui le rend impur! car c’est de l’intime du cœur des hommes que sortent les pensées mauvaises : fornica- tions, vols, homicides, adultères, rapacités, méchancetés, trom- perie, impudicité, envie?, calomnie, orgueil, démence. Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et rendent l’homme impur. » Parti de là, Jésus se rendit vers les frontières de Tyr et de Sidon à. Il voulait, dans la maison où il entra, rester inconnu; mais il ne lui fut pas possible de demeurer caché, car aussitôt qu’elle apprit sa présence, une femme, dont la fille était possédée d'un Esprit impur, entra auprès de lui et se jeta à ses pieds. Cette femme, syro-phénicienne de naissance, était païenne“. Elle lui demanda de chasser de sa fille le démon. Il lui répondit : «Laisse d’abord se rassasier les enfants; il n’est pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens. » Elle répliqua en disant : «Si, Seigneur, même les chiens mangent, sous la table, quelques-unes des miettes des enfants.» Alors 11 lui dit : «A cause de cette parole, va ! le démon est sorti de ta fille! » Elle retourna chez elle et trouva l'enfant reposant sur son lit; le démon était chassé. Il reprit sa route, partit des environs de Tyr et revint par Sidon vers la mer de Galilée en traversant le territoire de la Décapole. On lui amena un sourd qui parlait difficilement et on le pria d'étendre la main sur lui. Il le conduisit hors de la foule, à l'écart, lui mit les doigts dans les oreilles, et toucha sa langue avec de la salive; puis, levant les yeux au ciel, il poussa un soupir et lui dit : «Ephphatah 5»; (ce mot signifie: ouvre-toi). Les oreilles de ce 1 Littéralement : ce qui purifie tous les aliments. ? Littéralement : œil mauvais. 5 Quelques anciennes autorités omettent : et de Sidon. Voir note sur Matth. 15, 21. 4 Dans le texte: était grecque. Ge mot désigne ici non la nationalité de cette femme, puisqu'elle était syro-phénicienne, mais sa religion. 5. Ce mot n’offre aucun sens; mais il se trouve dans tous les manuscrits et nous 7, 36 97 τ Δ ©" .1 O0 10 1 450 LE NOUVEAU TESTAMENT sourd s’ouvrirent, et sa langue attachée se délia sur-le-champ ὅ : il parlait distinctement. Il leur recommanda de n’en rien dire à personne; mais plus il le leur recommandait, plus ils le publiaient partout; plus aussi était profonde leur surprise: Ils disaient : «Tout ce qu'il ἃ fait est parfait! les sourds, il les fait entendre! les muets, il les fait parler!» ΠῚ arriva encore une fois, vers cette époque, que la foule étant très nombreuse et n'ayant pas de quoi manger, Jésus appela les disciples et leur dit : «Jai compassion ? de cette multitude; voici déjà trois jours qu'ils ne me quittent pas et ils n'ont pas de quoi manger. Si je les renvoie chez eux à jeun, ils tomberont en défail- lance sur la route; quelques-uns d’entre eux sont venus de loin. » Ses disciples lui répondirent : «Où pourrait-on, au milieu de ce désert, trouver des pains pour les rassasier?» — «Combien de pains avez-vous?» leur demanda Jésus. — «Sept», dirent-ils. ἢ donna ordre à la foule de s'asseoir par terre. Prenant ensuite les sept pains et rendant grâces, il les rompit et les donna à ses disci- ples pour qu'ils en fissent la distribution; et ils les distribuèrent à la multitude. Ils avaient encore quelques poissons. Jésus les bénit aussi et les fit distribuer #. Tous mangèrent et furent ras- sasiés. Des morceaux qui restèrent on emporta sept corbeilles; or ils étaient quatre mille environ. Ensuite Jésus les congédia. Immédiatement après, il monta dans la barque avec ses disciples et se rendit dans le pays de Dalmanutha, où survinrent les Phari- siens qui se mirent à discuter avec lui, lui demandant un signe 5 venant du ciel; c'était pour le mettre à l'épreuve. Quant à lui, il avons dû le transcrire tel qu'ils l'ont dénaturé. Le mot prononcé par le Ghrist est Eltpelah. 1 Plusieurs anciens manuscrits omettent : sur-le-champ. 2 Voir note sur Matth. 9, 36. 3 Voir sur le mot pain la note sur Matth. 14, 17. 4 Au lieu de: les fit distribuer, un des plus anciens manuscrits lit: les leur distribua. 5 Ou: un miracle. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 451 dit en soupirant du plus profond de son cœur : « Pourquoi cette race-là demande-t-elle un signe? Je vous le dis en vérité !, à cette race-là il ne sera point donné de signe!» Il les laissa, remonta dans la barque et passa sur l’autre rive. Or ils oublièrent de prendre des pains ; ils n’en avaient qu’un seul avec eux dans la barque ; et comme Jésus leur adressait cette recommandation : « Faites bien attention, prenez bien garde au levain des Pharisiens et à celui d'Hérode », — ils se communiquè- rent leurs pensées : «C’est parce que nous n'avons pas de pains?!» Jésus, le sachant, leur dit: «Comment pouvez-vous penser aux pains que vous n’avez pas? N’avez-vous donc encore ni compréhen- sion, ni intelligence? Votre cœur est-il toujours aveuglé#? Vous avez des yeux, vous ne voyez pas! Vous avez des oreilles, vous n'entendez pas! Vous n'avez pas de mémoire! Quand j'ai rompu lés cinq pains pour les cinq mille hommes, combien de paniers pleins de morceaux avez-vous emportés?» — «Douze», répon- dirent-ils. — «Et quand j'ai rompu les sept pains pour les quatre mille hommes, combien de corbeilles avez-vous remplies de mor- ceaux et avez-vous emportées?» — «Sept», répondirent-ils. — Il reprit : « Est-ce que vous ne comprenez pas encore ? » Ils arrivèrent à Bethsaïda ; on lui amena un aveugle et on le pria de le toucher. Prenant cet homme par la main, il le condui- sit hors du village. Puis il lui mit de la salive sur les yeux, posa les mains sur lui et lui demanda s’il commençait à voir“. Celui-ci regarda et répondit : «J’aperçois des hommes, parce que je vois comme des arbres qui marchent.» Alors Jésus posa encore une fois ses mains sur les yeux de l’aveugle, qui regarda : 1] était guéri; il apercevait distinctement toutes choses. Jésus le renvoya dans sa maison en lui disant : « Ne rentre pas dans le village. » 1 Quelques anciens manuscrits omettent : vous et lisent : Je le dis en vérité. ? Quelques anciens manuscrits lisent : parce qu’ils n’ont point de pains. 3 Aveuglé, littéralement : endurei. Le mot cœur est pris ici dans le sens du mot intelligence. Ὁ Quelques anciens manuscrits lisent : ef Lui demanda: Commences-tu à voir? 16 17 18 19 192 LE NOUVEAU TESTAMENT 8, 27 Jésus s’en alla, accompagné de ses disciples, vers les villages voi- sins de Césarée de Philippe 1. Durant la route, il interrogea ses disciples ; il leur dit: «Qui 28 dit-on que je suis? » [ls lui répondirent : «Les uns, que tu es Jean- Baptiste ; les autres, Élie; d’autres encore, l’un des prophètes. » 99 «Mais vous, reprit-il, qui dites-vous que je suis?» Pierre répondit 30 parces mots: «Tu es le Christ. » Il leur défendit expressément de 91 parler de lui à qui que ce soit. Puis il commença à leur apprendre qu’il lui fallait, lui, le Fils de l’homme: — beaucoup souffrir; — être rejeté par les Anciens, les chefs des prêtres et les Scribes; 392 — être mis à mort; — ressusciter au bout de trois jours. Il exposait tout cela très clairement. Le tirant alors à l'écart, Pierre 93 se mit à le reprendre. Mais lui, se retournant et regardant ses disciples, reprit sévèrement Pierre, lui disant : «Va-t'en! Arrière de moi, Satan! parce que tes pensées ne sont pas de Dieu, mais des hommes. » 34 Ayant appelé à lui la foule, ainsi que ses disciples, il leur dit : «Si quelqu'un? veut venir derrière moi et me suivre, qu'il renonce 35 ἃ lui-même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive. Celui qui voudra sauver sa vie, la perdra; et il sauvera sa vie, celui qui 35 l'aura perdue à cause de moi et de l'Évangile“. A quoi servira-t-il 37 ἃ un homme de gagner le monde entier s'il perd sa vie? Qu'est-ce ss qu'il donnera en échange de sa vie? De celui qui, au sein de cette génération adultère ὃ el pécheresse, aura eu honte de moi et de mes paroles, le Fils de l’homme aura honte à son tour, quand il vien- 9, 4 dra dans la gloire de son Père avec les saints anges!» Il ajouta : «En vérité, je vous le dis, quelques-uns sont ici présents qui ne goûteront point la mort avant d'avoir vu venir, en puissance, le Royaume de Dieu. » 1 Césarée de Philippe. Voir note sur Matth. 16, 13. | 2 Au lieu de: si quelqu'un, plusieurs anciens manuscrits lisent : quiconque. 8 Ou : qu'il prenne. | t Ou : de la Bonne Nouvelle. 5 Adultère a ici le sens de impie. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 153 Six jours après, emmenant seuls avec lui Pierre, Jacques et Jean, Jésus les conduisit sur une haute montagne, à l'écart. Et alors, devant eux, il fut transfiguré : ses vêtements devinrent resplen- dissants et d’une éblouissante blancheur. Nul foulon ici-bas ne saurait en produire une semblable. Élie leur apparut; avec lui était Moïse ; et ils s’entretinrent avec Jésus. Pierre alors, s'adressant à Jésus, lui dit: «Rabbit, qu'il nous est bon d’être ici! Dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, une pour Élie...» Il ne savait que dire; ils étaient, en effet, terrifiés. Une nuée survint qui les enveloppa, et de cette nuée sortit une voix : «Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé, écoutez-le!» Immédiatement ils regar- dèrent autour d'eux, et ne virent plus personne ; Jésus seul était avec eux. Comme ils descendaient de la montagne, il leur ordonna de ne raconter à personne ce qu'ils venaient de voir, si ce n’est lors- que le Fils de l’homme serait ressuscité d’entre les morts. Ils retin- rent ces mots : «ressuscité d’entre les morts», et se demandaient, à part eux, ce qu'ils signifiaient ; et ils l’interrogèrent : «Comment les Scribes ? disent-ils: «Il faut, avant tout. qu'Élie vienne 3» Il leur répondit: «Élie viendra avant tout et rétablira toutes choses ; d'où vient alors qu'il est écrit du Fils de l’homme : il doit beaucoup souffrir et être méprisé 3? Eh bien, je vous le déclare, Élie est venu et ils lui ont fait tout ce qu'ils ont voulu, confor- mément à ce qui est écrit de lui.» De retour auprès des disciples, ils les trouvèrent entourés d’une 1 C'est-à-dire maitre. ? Quelques anciens manuscrits lisent : les Pharisiens et les Scribes. 3 La concision de cette phrase la rend obscure. Nous l’avons reproduite litté- ralemènt. On peut la traduire aussi, d’après une autre ponctuation: Qu'est-il écrit du Fils de l'homme? qu'il doit beaucoup souffrir et être méprisé. Jésus veut dire ceci : Ges deux prédictions 4° qu’Élie doit venir et rétablir toutes choses et 2° que le Messie doit souffrir, ne vous semblent pas pouvoir subsister ensemble, Vous êtes dans l'erreur ; elles s’accompliront toutes deux. La première est déjà en partie accomplie : Élie est venu et a souffert. C'était Jean-Baptiste; et mainte- nant le Fils de l’homme va souffrir à son tour. Voir le passage parallèle Matth. 17, 41 et 12. 9 10 1 [he] [2] 90 154 LE NOUVEAU TESTAMENT foule considérable; des Scribes discutaient avec eux. Dès que la multitude aperçut Jésus, chacun fut en émoi; on accourut à lui, on le saluait. Il les interrogea : «Qu'est-ce que cette discussion ?» L'un de ceux qui était dans la foule répondit : «Maître, je t'ai ap- porté mon fils; un Esprit muet le possède, et partout où il s’ern- pare de lui, il le renverse par terre; alors l'enfant écume, grince des dents et devient tout raide!. J'ai demandé à tes disciples de le chasser : ils n’en ont pas eu la force. » — «O0 génération sans foi, dit Jésus en leur répondant, jusqu'à quand serai-je au milieu de vous? Jusqu'à quand vous supporterai-je ? Apportez-moi l’enfant.» On le lui apporta. Mais à peine eut-il vu Jésus que l'Esprit lui donna des convulsions, et, tombant par terre, il se tordait en écumant. Jésus interrogea son père: «Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive?» — «Depuis sa première enfance »; répondit-il; «et sou- vent l’Esprit l’a jeté tantôt dans le feu, tantôt dans l’eau pour le faire périr; si tu peux y faire quelque chose, aie pitié de nous?, et viens à notre secours. » Jésus lui répondit: «Tu me dis: si tu peux ! Tout est possible à celui qui croit.» Aussitôt le père de l'enfant s’écria: «Je crois! Viens en aide à mon incrédulité ! » Jésus, voyant la foule accourir, fit des menaces à l'Esprit impur : il lui dit : «Esprit sourd et muet, c'est moi qui te l’ordonne, sors de cet enfant et désormais n’y rentre plus!» L'Esprit jeta un cri et sortit, en agitant violemment l'enfant, qui devint comme mort ; aussi un grand nombre disaient-ils : IT est mort.» Mais Jésus le prit par la main, le releva; il revint à lui. Quand Jésus fut entré dans une maison, ses disciples lui deman- dérent en particulier : « Pourquoi, nous, avons-nous été impuis- sants à expulser cet Esprit?» Jésus leur répondit: «Il est d’une espèce, qui ne peut absolument se chasser que par la prière #. » Partis de là, ils traversèrent la Galilée, et 1l voulait que personne 1 Littéralement : 1 se dessèche. 2 Voir note sur Matth. 9, 36. 8. On peut traduire aussi : Tout m'est possible en faveur de celui qui croit. Quelques anciens manuscrits ajoutent ici : οἱ par le jeûne. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 455 ne le sût, car il instruisait ses disciples; il leur disait: «Le Fils de l’homme sera livré ! entre les mains des hommes; ils le tueront ; puis, une fois mis à mort, après trois jours, il ressuscitera.» Mais ils ne comprenaient pas ce langage et ils craignaient de l’interroger, Ils arrivèrent à Capharnaüm; et quand 1l fut à la maison, il leur demanda : « De quoi vous entreteniez-vous pendant la route?» Ils gardèrent le silence; car ils avaient discuté en chemin sur celui d'entre eux qui était le plus grand. Jésus s’assit, appela les douze et leur dit: «Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit? le dernier de tous et le serviteur de tous.» Puis il prit un enfant, le plaça au milieu d'eux, et, après l'avoir embrassé, 11 leur dit : «Qui reçoit en mon nom un enfant tel que celui-ci me reçoit. Et qui me reçoit, reçoit non pas moi, mais Celui qui m'a envoyé. » «Maître, lui dit Jean, nous avons vu un homme chasser # des démons en ton nom, et comme il ne nous suit pas ”, nous l’en avons empêché.» Jésus répondit : «Ne l’en empêchez point, car per- sonne, après avoir, en mon nom, fait un miracle, ne peut aussitôt mal parler de moi. En effet, qui n'est pas contre nous est pour nous. Et quiconque, en mon nom et parce que vous êtes au Christ, vous aura donné à boire un verre d’eau, je vous le dis en vérité, ne perdra point sa récompense. » «Quant à celui qui aura été une occasion de chuteS pour l’un de ces petits qui croient 7, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attachât au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on le jetât dans la mer. » «Si ta main est pour toi une occasion de chute”, coupe-la; il 1 Grec : est livré. 2 Grec : il sera. 3 En mon nom. Voir note sur Matth. 18, 5. 4 Plusieurs anciens manuscrits lisent: Un homme qui ne nous suit pas chasser, etc. 5 C'est-à-dire n’est pas avec nous, n'est pas des nôtres. 6 Grec: qui aura scandalisé. Voir note sur Matth. 18, 0, 7 Plusieurs anciens manuscrits ajoutent: en moi. 8 Voir note sur Matth. 18, 6. 9 Grec: te scandalise. Voir note sur Matth. 18, 0. 40 9, 45 47 ἀδ 49 50 10, 1 [Re] 108 156 | LE NOUVEAU TESTAMENT t'est meilleur d'entrer mutilé dans la vie, que d'aller avec tes deux mains dans la GéhenneT, dans le feu inextinguible?. Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le; il t’est meilleur d'entrer estropié dans la vie que d'être jeté avec tes deux pieds dans la Géhenne. Si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le; il t'est meilleur d'entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d'être jeté, avec tes deux yeux, dans la Géhenne où : «Leur ver ne meurt pas et le feu ne s'éteint pas“.» Car tous seront salés 5 par le feu. Le sel est bon: mais si le sel devient insipide, avec quoi l’assaisonnerez-vous? En vous-mêmes ayez du sel, et, entre vous, vivez en paix. » Jésus, partant de là, se rendit sur les frontières de la Judée et de l’autre côté du Jourdain. De nouveau, des multitudes se ras- semblèrent autour de lui; de nouveau, suivant sa coutume, il les enselgnait. Les Pharisiens vinrent à lui et lui demandèrent: «Est-il permis à un mari de répudier sa femme?» C'était pour le mettre à l'épreuve. Il leur répondit par ces paroles : «Qu'est-ce que Moïse vous ἃ prescrit?» — «Moïse, dirent-ils, a permis d'écrire un acte de divorce et de la répudier.» Alors Jésus reprit: «C’est à cause de la dureté de vos cœurs qu'il vous ἃ écrit ce commandement. Mais au commencement du monde Dieu «a fait un couple, mâle et fe- melleS», «à cause de cela l’homme laissera son père et sa mère? et 1 La Géhenne. Voir note sur Matth. 5, 22. 2? Les mots: où leur ver ne meurt pas et le feu ne s'éteint pas, et qui for- ment le verset 44, manquent dans les meilleurs manuserits. 5 Même remarque sur les mots qui forment le verset 46 que sur ceux qui forment le verset 44. 4 Ésaïe 66, 24. ? Le mot salés a ici le sens biblique de consacrés. Chacun, comme les victimes offertes en sacrifice, sera salé, c’est-à-dire sera consacré à Dieu, et cela par le feu, c’est-à-dire par l'épreuve. 6 Genèse 1, 27. 7 Plusieurs anciens manuscrits ajoutent : pour s'attacher à sa femme. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 157 ils seront deux dans une seule chair !». Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu ἃ uni, qu'un homme ne le sépare point, » Dans la maison, les disciples l’interrogèrent encore sur le même sujet. « Qui répudie sa femme, leur dit-il, et en épouse une autre, commet un adultère à l'égard de la première. Et si une femme qui a quitté son mari en épouse un autre, elle commet un adultère. » Comme on lui apportait des enfants pour qu'il les touchât, les disciples blâmaient ceux qui les lui apportaient., Jésus le vit et s'en indigna. Il leur dit: «Laissez les enfants venir à moi; ne les en empèêchez pas; car c’est à ceux qui leur ressemblent qu’appartient le Royaume de Dieu. En vérité, je vous le dis, qui ne recevra pas, comme un enfant, le Royaume de Dieu, n’y entrera pas.» Puis 1l les embrassa et, posant les mains sur eux, il les bénit. Comme il se mettait en route, quelqu'un courut à lui, se jeta à ses genoux et lui fit cette question : «Bon maître, que dois-je faire pour acquérir la vie éternelle?» Jésus lui dit: «Pourquoi m'ap- pelles tu bon? nul n’est bon, si ce n'est Dieu seul! Tu connais les commandements: «Tu ne seras point adultère; tu ne seras point meurtrier; tu ne seras point voleur ; tu ne rendras point de faux témoignage; tu ne commettras point de fraude; honore ton père et ta mère ?.» Il répondit : «Tout cela, maître, je l'ai observé dès ma jeunesse.» — Jésus, le regardant, l’aima et lui dit: «Une chose te manque, va vendre ce que tu as; donnes-en le prix aux pauvres; tu auras alors un trésor dans le ciel; viens ensuite et suis-moi.» Ce langage l’affligea; il s’en alla tout triste. car il avait beaucoup de biens. Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disciples : « Combien difficilement entreront dans le Royaume de Dieu ceux qui ont des richesses!» Ces paroles surprenaient les disciples. Jésus reprit 1 Genèse 2, 24. 2 Exode 20, 12 à 16. Voy. Matth. 19, 18. 13 14 16 ἽΝ 18 19 90 99 158 LE NOUVEAU TESTAMENT alors en ces termes : «Qu'il est difficile, mes enfants !, d’entrer dans le Royaume de Dieu! Il est plus facile à un chameau de passer par l'ouverture d’une aiguille ? qu’à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu.» Ils furent absolument consternés : «Qui pourra être sauvé?» se dirent-ils l’un à l’autre. Jésus leur répondit en les regardant : «Aux hommes, cela est impossible; mais non à Dieu ; car tout est possible à Dieu. » Pierre se mit alors à lui dire: «Et nous, nous avons tout quitté ! nous t’avons suivi!» Jésus répondit : (En vérité je vous le dis, personne, à cause de moi et à cause de l'Évangile 5, ne quittera une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants, des terres, sans qu'il ne reçoive le centuple dès main- tenant, en ce temps présent, des maisons, des frères, des sœurs, des mères, des enfants, des terres, avec des persécutions et, dans le siècle à venir, la vie éternelle 4». «Mais plusieurs des premiers seront derniers et les derniers premiers. » Ils étaient en chemin, montant à Jérusalem. Jésus marchait en avant des disciples effrayés; ceux qui le suivaient étaient dans la terreur. De nouveau il réunit les douze et se mit à leur dire ce qui allait lui arriver: « Voilà que nous montons à Jérusalem; le Fils de ! Quelques anciens manuscrits, après mes enfants, ajoutent: à ceux qui se confient dans les richesses. 2 Grec : «l'ouverture de l'aiguille». La présence de l’article devant le mot aiguille ἃ fait supposer à certains commentateurs que Jésus désignait ici une des portes de la ville de Jérusalem, porte qui aurait été si étroite qu’un cha- meau n'aurait pu y passer et que l’on aurait appelée, à cause de son étroitesse, læ porte du trou de l'aiguille. Dans les autres Evangiles (Matth. 19, 24, Luc 18, 29), Particle est omis devant le mot aiguille. On peut alors prendre l’expression trou d’une aiguille au pied de la lettre et l’image proverbiale employée par le Christ se comprend aisément, le chameau étant le plus grand animal connu en Palestine, au premier siècle. Dans notre langage moderne, nous dirions pour exprimer une impossibilité du même genre : il est plus facile à un éléphant de passer par le trou d'une aiguille, On a quelquefois proposé de traduire : il est plus facile de faire passer un cable par le trou d'une aiguille, mais cette traduc- tion serait fautive, 3 Ou de la Bonne Nouvelle. 4 Éternelle. Voir note sur Jean 9, 15, ÉVANGILE SELON SAINT MARC 159 l'homme y sera livré aux chefs des prêtres et aux Scribes qui le condamneront à mort; puis ils le livreront aux païens qui se joueront de lui, lui cracheront au visage, le flagelleront et le tueront et, après trois jours, 11 ressuscitera. » Jacques et Jean (les fils de Zébédée) s’approchèrent de lui et lui dirent : «Maitre, nous voudrions que tu nous accordes ce que nous allons te demander.» Il répondit : «Que voudriez-vous que je vous accorde ?» — «Promets-nous, reprirent-ils, que nous siége- rous, au jour de ta gloire, l’un à ta droite, l’autre à ta gauche. » Jésus repartit: «Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez- vous boire la coupe que je bois? ou être baptisés du baptème dont je suis baptisé?» — «Nous le pouvons», lui dirent-ils. — Et Jésus répliqua : « La coupe que je bois, vous la boirez ; le baptême dont je suis baptisé, vous en serez baptisés. Mais quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; ces places sont à ceux pour lesquels elles ont été préparées. » Les dix autres qui avaient entendu commençaient à s’indigner contre Jacques et Jean; Jésus alors les appela et leur dit: «Vous savez que ceux qui passent pour régner sur les nations, en sont les _dominateurs, et que les grands, dans ces nations, exercent sur elles un pouvoir impérieux. [1 n’en est pas ainsi parmi vous. Au con- traire, qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur ; qui voudra devenir le premier parmi vous, sera l’esclave de tous. Car le Fils de l’homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme rançon pour plusieurs. » Ils arrivèrent à Jéricho. Lorsqu'il sortit de la ville avec ses dis- ciples et une foule nombreuse, un aveugle, Bartimée (fils de Timée) mendiait, assis sur le bord de la route. Entendant dire querc'était Jésus de Nazareth, il se mit à crier: «Fils de David, Jésus, aie pitié de moi!» Beaucoup le menaçaient pour le faire taire, mais il n’en criait que plus fort: «Fils de David, aie pitié de moi!» Jésus s'arrêta. «Appelez-le», dit-il. On appela cet aveugle, on lui dit: «Prends courage, lève-toi, il t’appelle. » IT se dressa aussitôt, 34, 10 98 99 49 50 16, 51 1 1 19 9 10 11 160 LE NOUVEAU TESTAMENT rejeta son manteau et s’avança vers Jésus. Jésus alors lui adressa ces paroles : «Que veux-tu que je fasse pour toi?» L’aveugle ré- pondit : «Que j'y voie! Rabbouni!!» — « Va, lui dit Jésus, ta foi l’a sauvé?.» Et subitement il vit, et il suivit Jésus dans le chemin. Quand ils furent près de Jérusalem, de Béthanie et de Beth- phagé”, du côté du mont des Oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples, en leur disant : «Allez à ce village qui est devant vous; et tout de suite, à l'entrée, vous trouverez un ânon attaché, que personne n’a jamais monté. Détachez-le et l’amenez. Si l’on vous demande pourquoi vous faites cela, répondez : Le Seigneur en a besoin et on l’enverra immédiatement ici. » Ils partirent et, au détour du chemin, ils trouvèrent l’ânon ὁ attaché tout contre une porte extérieure; ils le délièrent. Quel- ques-uns de ceux qui étaient là leur dirent : «Que faites-vous? Pourquoi détachez-vous cet änon?» Ils répondirent ce que Jésus leur avait dit; et on les laissa faire. Ils amenèrent donc l’ânon, sur lequel 115 placèrent leurs manteaux, à Jésus, qui s’assit sur lui. Sur le chemin, un grand nombre étendirent leurs vêtements et d'autres des rameaux coupés dans les champs. Et ceux qui le précédaient et ceux qui le suivaient criaient : « Hosanna 6! » « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur 7! » «Béni soit le Règne$ qui commence, le Règne de notre père David! Hosanna au plus haut des cieux ! » Il entra à Jérusaiem et pénétra dans le Temple. Il promena autour de lui son regard sur toutes choses, et comme l'heure s'avançait, il partit avec les douze pour Béthanie. 1 Mot syriaque qui a le même sens que Rabbi, maitre. 2 Ou: guéri. 5 Quelques anciennes autorités omettent : et de Bethphagé. 4 Plusieurs anciens manuscrits lisent : un ânon. 5 Quelques anciens manuserits lisent : {out contre la porte extérieure, ὁ Voir sur Hosanna note sur Matth. 21, 9. 7 Psaume 118, 20, δ Ou: le Royaume. Littéralement : qui vient. ÉVANGILE SELON SAINT MARCG 161 Le lendemain, comme 115 sortaient de Béthanie, il eut faim. Apercevant de loin un figuier couvert de feuilles, il y alla pour voir s’il n’y découvrirait pas quelque fruit; mais quand il s’en fut approché, il n’y trouva que des feuilles. En effet, ce n'était pas encore le moment des figues!. Alors il s’adressa à l'arbre et lui dit: «Que personne ne mange désormais de ton fruit!» Ce mot fut entendu des disciples. Quand ils furent arrivés à Jérusalem, Jésus entra dans le Temple? et se mit à chasser les vendeurs et les acheteurs ; il renversa les tables des changeurs, ainsi que les sièges des marchands de co- lombes; de plus, il ne laissait personne, portant un objet quel- conque, passer par le Temple. Et voici ce qu’il enseignait : « N’est- il pas écrit : «Ma maison s’appellera, pour tous les peuples, maison de prière 5» Et vous, vous en avez fait ΝΠ 0 1... . une caverne de brigands.» En Πρ, les chefs des prêtres et les Scribes cherchaient par quels moyens ils le feraient périr. En effet, ils avaient peur de _ lui à cause du peuple, qui, tout entier, était extrèmement frappé de son enseignement. Quand venait le soir, ils sortaient 5 de la ville; or, en repassant le matin, ils virent le figuier desséché jusqu'à la racine 6. Se souve- nant de ce qui s’était passé, Pierre dit à Jésus: «Rabbi7, voici le figuier que tu as maudit ; il s’est desséché. » Jésus alors, s'adressant à tous, leur dit: «Ayez foi en Dieu! En vérité, je vous le dis : Si 1 Ce passage est incompréhensible. Nous le traduisons littéralement, sans pré- tendre l’expliquer. 2? Voir sur ce mot : le Temple, note sur Jean 2, 14. 3 Ésaïe 56, 7. Voy. Matth, 21, 13. 4 Jérémie 7, 11. 5 Plusieurs anciens manuscrits lisent : il sortait. 5 Littéralement : depuis la racine. 7 C'est-à-dire Maitre. 14 16 17 18 20 12, 1 162 LE NOUVEAU TESTAMENT quelqu'un dit à cette montagne, sans aucune hésitation dans son cœur, et en croyant à l’accomplissement de sa parole : « Soulève-toi et jette-toi dans la mer», cela lui sera accordé. C’est pourquoi je vous dis: Croyez que vous recevrez tout ce que vous demandez dans votre prière, et tout vous sera accordé. En outre, quand vous vous mettez à prier, pardonnez ! à toute personne contre qui vous pourriez avoir quelque chose, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne? aussi vos offenses 5. » Ils étaient retournés à Jérusalem; et comme 11 allait et venait dans le Temple, les chefs des prêtres, les Scribes et les Anciens s’approchèrent de lui et lui dirent: «En vertu de quelle autorité fais-tu ces choses ? ou # qui t’a donné l'autorité de les faire ? » Jésus leur répondit : «Je vous ferai, moi aussi, une question, une seule. Répondez-moi et je vous dirai en vertu de quelle autorité je fais ces choses : Le baptême de Jean venait-il du ciel ou des hommes? Répondez-moi.» Or ils faisaient, à part eux, ce raisonnement : «Si nous répondons : Du ciel, il dira : Pourquoi donc ne l’avez- vous pas cru? Répondrons-nous alors : Des hommes?....» [οἱ ils avaient à craindre la foule’; car tout le monde tenait Jean pour un prophète. Alors ils répondirent ainsi à Jésus : «Nous ne savons. » Jésus répliqua : «Je ne vous dis pas, moi non plus, en vertu de quelle autorité je fais ces choses. » Puis il se mit à leur parler en paraboles : Un homme avait planté une vigne; après l'avoir entourée d'une haie, y avoir creusé une cuve et construit une tour, il la 1 Littéralement : remetlez, tenez quitte de. 2 Littéralement : remette, tienne quitte de. 3 La phrase qui vient ici dans nos versions ordinaires et qui forme le ver- set 26: Si vous ne pardonnez pas, votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera pas non plus vos offenses, manque dans les meilleurs manuserits. Elle a été empruntée à Matth. 6, 15. 1 Plusieurs anciens manuscrits lisent : Æ{ qui t'a donné, etc. 5 Plusieurs anciens manuscrits lisent : Le peuple. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 163 loua à des vignerons et fit une absence. La saison venue, il envoya un serviteur 1 aux vignerons pour recueillir de leurs mains une partie duproduit de sa vigne. Or ceux-ci s’emparèrent de lui, le battirent et le renvoyèrent les mains vides. Le maitre alors leur envoya un autre serviteur!. Celui-là, ils le blessèrent à la tête et le traitèrent avec mépris. Il en envoya un autre: celui-là 115 le tuè- rent ; plusieurs autres : ils battirent ceux-ci et tuèrent ceux-là. Il avait encore un fils unique, un bien-aimé. Il le leur envoya le der- nier, disant: «Ils respecteront mon fils.» Mais ces vignerons se dirent de l’un à l’autre : « Celui-là c’est l'héritier; allons! tuons-le et l'héritage sera à nous!» Et s'étant emparés de lui, ils le tuèrent et le jetèrent hors de la vigne. Que fera le maitre de la vigne? Il viendra, il fera périr les vignerons et donnera la vigne à d’autres. N’avez-vous pas Ju ce passage de l’Écriture : « La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient, Celle-la méme est devenue la tête de l'angle, C'est l'ouvrage du Seigneur, Ouvrage admirable à nos yeux?!» Ils cherchaient à l'arrêter; car 115 comprenaient bien que c’était eux qu'il avait en vue dans cette parabole ; mais ils redoutèrent la multitude. Alors ils le laissèrent et partirent. Ensuite ils lui envoyerent quelques Pharisiens et Hérodiens ὃ pour le prendre au piège par ses propres paroles. Ils arrivent et lui disent: «Maïître, nous savons que tu es véri- dique ; que tu n’as souci de qui que ce soit; sans regarder à la ligure des uns et des autres, tu enseignes en toute vérité la voie de Dieu. Est-il permis, oui ou non, de payer l'impôt à César 42 Le. payerons-nous ou ne le payerons-nous pas?» Connaissant * leur perfidie, 11 leur dit: «Pourquoi me mettez-vous à l'épreuve? 1 Grec : un esclave. 2 Psaume 118, 22, 23. Voy. Matth, 21, 42. 5 Voir note sur Matth. 22, 10. £ Voir note sur Matth. 22, 17. Ὁ Quelques anciens manuscrits lisent : Voyant. 2,12 10 11 15 12, 16 17 18 19 23 164% LE NOUVEAU TESTAMENT Apportez-moi un denier, que je le voie.» Ils lui en apportèrent un. — «De qui est cette image? demanda-t-il; de qui est cette in- scription?» Ils lui répondirent : « De César!. » Alors Jésus leur dit : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Et il les surprit extrêmement. Ensuite des Sadducéens (ceux qui disent qu'il n’y a point de résurrection) vinrent lui poser une question : «Maître, dirent-ils, voici ce que Moïse nous ἃ prescrit : «Si le frère de quelqu'un meurt laissant sa femme sans enfants, celui-ci devra épouser la veuve, pour susciter à son frère une postérité.» Or il y a eu sept frères. Le premier a pris femme et est mort sans laisser de postérité. Le second a épousé la veuve et est mort aussi sans avoir de postérité. De même du troisième; des sept aucun n'a laissé de postérité ; enfin, après eux tous, la femme aussi est morte. Eh bien, à la résurrection *, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse? Les sept, en effet, l'ont eue pour femme. » Jésus leur répondit: «N'êtes-vous pas dans une erreur qui provient de ce que vous ignorez et les Écritures et la puissance de Dieu? En effet, ceux qui ressuscitent d’entre les morts ne se ma- rient ni ne donnent en mariage, mais ils sont dans les cieux comme des anges. Et quant aux morts, quant à leur résurrection, n’avez- vous pas lu dans le livre de Moïse, au passage où il est question du buisson, en quels termes Dieu lui a parlé : «Je suis, dit-il, le Dieu d'Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob#.» Or ce n’est point des morts, c’est des vivants qu'il est Dieu. Vous êtes done dans une grande erreur. » Un Scribe s’approcha; il avait entendu leur discussion, et, remarquant° qu'il leur avait parfaitement répondu, il lui demanda : 1 César. Voir note sur Matth, 22, 17. 2 Deut. 265, 5. 3 Plusieurs anciens manuscrits ajoutent : lorsqu'ils ressusciteront. 4 Exode 8, 6. Voy. Matth. 22, 32. 5 Littéralement : sachant, ou d'après quelques anciens manuscrits : voyant. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 165 « Quel est parmi les commandements le premier de tous?» Jésus répondit: «Voici le premier: «Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l'Unique Seigneur, et tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton dme, de toute ta pensée, de toute ta force!» ; voici le second: « Tu aimeras ton prochain comme toi- méme ?.» Aucun autre commandement n’est plus grand que ceux- Ja.» — «Très bien, maitre, lui dit le Scribe; tu es dans la vérité lorsque tu dis qu'Il est Unique et qu'il n’y en a pas d’autre que Lui, et lorsque tu dis que l'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et qu'aimer son prochain comme soi-même l'emporte sur tous les holocaustes et tous les sacrifices. » Jésus, remarquant la sagesse de ses paroles, lui dit: «Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu. » Personne n’osait plus le questionner. Alors Jésus, prenant la parole, enseigna dans le Temple en ces termes : «Comment les Scribes disent-ils que le Christ est fils de David? David lui-même a ainsi parlé par l'Esprit saint : «Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Siège à ma droite Jusqu'à ce que j'aie mis tes ennemis sous tes pieds À.» David lui-même l'appelle « Seigneur » ; d'ou vient alors qu'il est son fils ? » La foule, qui était nombreuse, prenait plaisir à l'écouter. Voici encore ce qu'il disait dans son enseignement : «Méfiez- vous de ces Scribes qui se complaisent à se promener en robes τ solennelles, à recevoir des salutations sur les places publiques, à occuper les premiers sièges dans les synagogues, les premières places® dans les festins, qui dévorent les ressources des veuves, 1 Deut. 6, 4 et suiv. Plusieurs anciens manuscrits ajoutent : voilà le premier commändement. ? Lévit. 19, 18. Voy. Matth. 22, 37 et suiv. 5 Ou: qu’il est Un. 4 Psaume 110, 1. Voir Matth. 22, 44 et Actes 2, 34 et suiv. 5 Les premières places. Voir note sur Matth. 23. 6. 29, 12 C9 19 37 38 39 12, 13, A 44 τῷ "ἢ" 100 LE NOUVEAU TESTAMENT et qui affectent de prier longuement. C’est pour ces hommes-là que le jugement aura le plus de rigueur. » Il s'était assis vis-à-vis du tronc et il regardait comment chacun, dans la foule, y mettait son offrandet, Nombre de riches don- naient beaucoup; survint une veuve pauvre qui mit deux lèptes 3 (ce qui fait un quadrant). Il appela ses disciples et leur dit: «En vérité je vous le dis: Cette veuve pauvre ἃ mis dans le tronc plus que tous les autres. Car tous les autres ont puisé dans leur superflu pour donner ; mais celle-ci ἃ pris sur son indigence; elle ἃ donné tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre 5.» Comme Jésus sortait du Temple, un de ses disciples lui dit: «Regarde, maitre; quelles pierres ! quelles constructions ! » — «Tu vois, lui dit Jésus, ces grands édifices : 1l n’en restera pas pierre sur pierre; {out sera renversé. » Puis il alla s'asseoir sur le mont des Oliviers en face du Temple ; et là Pierre, Jacques, Jean et André l’interrogèrent en particulier : «Dis-nous quand ces choses arriveront, et quel sera le signe qu'elles vont toutes s’accomplir ? » Jésus alors se mit à leur dire : «Veïllez à ce que personne ne vous séduise : plusieurs viendront en prenant mon nom, disant : C'est moi‘! et ils séduiront bien des hommes. Quand vous en- tendrez parler de guerres et de bruits de guerres, ne vous alarmez point; 1l faut que cela arrive; mais ce ne sera pas encore la fin. » «Se soulèvera, en effet, nation contre nation, royaume contre royaume; il y aura ici et là des tremblements de terre; il y aura des famines. Ce seront les douleurs de l’enfantement qui com- mencent! » 1 Son offrande. Littéralement : de la monnaie de cuivre. Mais on entendait aussi par là la monnaie d’or ou d'argent, de même qu’en français le mot argent appliqué à la monnaie désigne les pièces de cuivre ou d’or comme celles d'argent. 2? Le lèpte valait à peu près un demi-centime. Le quadrain ou quadrant repré- sentait exactement 0c,915. | 3 Littéralement : {oute sa vie, c’est-à-dire toute sa fortune. 4 Moi qui suis le Christ. Voir Matth. 24, ὃ. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 167 « Quant à vous, prenez garde à vous-mêmes! On vous livrera aux tribunaux}; dans les synagogues, vous serez frappés de verges 2, et à cause de moi vous comparaîtrez devant des procurateurs et des rois, pour leur être en témoignage ὃ.» «Il faut d’abord que l'Évangile soit prêché dans toutes les 10, 13 nations. » «Quand vous serez ainsi emmenés et livrés, ne vous préoccupez 11 pas d'avance de ce que vous aurez à dire; mais parlez suivant ce qui vous sera donné au moment même; ce ne sera pas vous qui parlerez, ce sera l'Esprit saint. » «Un frère livrera son frère à la mort et un père son enfant; des 49 enfants se soulèveront contre leurs parents et les feront mourir; et 15 vous serez en haine à tout le monde à cause de mon nom. Mais celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. » «Quand vous verrez «l’abomination de la désolation 5» installée 44 au lieu où elle ne doit pas être (comprends bien, lecteur !), que ceux qui seront dans la Judée fuient dans les montagnes, que celui 4; qui sera sur le toit6 ne descende point7, ne rentre point pour emporter quelque chose de sa maison; que celui qui sera dans les 460 champs ne retourne point sur ses pas pour prendre son manteau. Malheur aux femmes qui seront enceintes et à celles qui allaiteront 47 _en ces jours-là! » «Priez pour que tout cela n'arrive pas en hiver. Car ce seront 18 49 des jours d’une tribulation telle qu’il r’y en ἃ pas eu de pareille depuis la création, depuis que Dieu commença à créer jusqu’à présent, et qu'il n’y en aura plus jamais. Et si le Seigneur n'avait 90 pas abrégé ces jours, nulle vie$ ne serait sauvée; mais à cause des élus, de ceux qu'il a choisis, il ἃ abrégé ces jours. » 1 Voir notes sur Matth. 19, 17 et 5, 22. 2 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : on vous livrera aux tri- bunaux et aux synagogues; vous serez frappés de verges, etc. Sur frappés de verges, voir note sur Matth. 10, 17. 3 Expression obscure dans le texte. Voir note sur Matth. 10, 18. # Ou: la Bonne Nouvelle. 5 Daniel 9, 27. 5 Sur le toit ou sur la terrasse. Voir note sur Luc 17, 31. 7 Plusieurs anciens manuscrits ajoutent, dans la maison. δ Grec : nulle chair; c’est un hébraïsme. 13, 21 39 90 168 LE NOUVEAU TESTAMENT CSI l'on vous dit alors: «Voyez! le Christ est ici!» ou: «Voyez! il est la!» ne le croyez pas. IT surgira de faux Christs et de faux prophètes opérant signes et prodiges afin, si possible, de séduire les élus. » « Vous, soyez sur vos gardes: je vous ai tout prédit. » «Cependant, ces jours-là, après cette tribulation, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel; les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées. Et c’est alors qu'on verra le Fils de l’homme arrivant, au sein des nuées, en grande puissance et gloire; c’est alors qu'il enverra les anges et rassemblera les élus des quatre vents de l’horizon!, depuis l'extrémité de la terre jusqu'à l'extrémité du ciel. » « Que le figuier vous serve de comparaison : Quand ses branches deviennent tendres et que ses feuilles poussent, vous savez que l'été est proche; de même quand vous verrez arriver ces choses, sachez qu'il? est proche, qu'il est aux portes. » «En vérité je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » «De ce jour ou de l’heure, nul ne sait rien; ni les anges dans le ciel, nile Fils; personne, excepté le Père. » «Soyez sur vos gardes; soyez vigilants; puisque vous ne savez pas quand viendra le moment. Lorsqu'un homme part pour un voyage, qu'il laisse sa maison, qu'il donne pouvoir à ses servi- teurs*, à chacun son travail, il recommande au portier de veiller. Veillez donc — (puisque vous ne savez pas quand viendra le maître de la maison, si ce sera le soir, ou au milieu de la nuit, ou au chant du coq, ou le matin 4) — de peur qu'arrivant à l’improviste 1 De l'horizon. Voir note sur Matth. 24, 31. ? Il, c'est-à-dire le Fils de l’homme. 8 Grec: esclaves. 4 Nous avons ici les noms des quatre veilles de la nuit chez les Juifs. La pre- mière, qui durait de ὁ heures à 9 heures, s'appelait Le soir; la deuxième, de 9 heures à minuit, s'appelait le milieu de la nuit; la troisième, de minuit à 3 heures, le chant du coq, et enfin la quatrième, de 3 heures à ὁ heures, le malin. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 169 il ne vous trouve endormis. Or, ce que je vous dis à vous, je le dis à tous: Veillez!» Deux jours après, c'étaient la Pâque et les Azymes1. Les chefs des prêtres et les Scribes cherchaient un moyen de s'emparer de Jésus par ruse et de le tuer; ils disaient cependant : « Rien pendant la fête, le peuple pourrait se soulever. » Jésus était à Béthanie dans la maison de Simon le lépreux. Comme il était à table, il vint une femme portant un vase d’al- bâtre? rempli d’un très précieux parfum (de l'huile de nard pur); et, brisant le vase d’albâtre, elle en répandit le contenu sur la tête de Jésus. Or il s’en trouva quelques-uns qui en furent, à part eux, indignés : «A quoi bon perdre ainsi ce parfum?» — «On aurait pu vendre ce parfum-là plus de trois cents deniers et en donner le prix aux pauvres.» Ils étaient exaspérés contre cette femme. Mais Jésus dit: «Laissez-la; pourquoi lui faites-vous de la peine? C'est une bonne œuvre qu'elle a faite pour moi. Car les _ pauvres vous les avez toujours avec vous ; et quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien; tandis que moi vous ne m'avez pas pour toujours. Elle ἃ fait ce qu'elle ἃ pu. A l’avance, elle ἃ parfumé mon corps pour la sépulture. En vérité, je vous le dis, partout où sera prêché l'Évangile — dans le monde entier — on racontera aussi, en mémoire d’elle, ce qu’elle a fait. » Cependant Judas l'Iskariôte“, un des douze, alla trouver les chefs des prêtres pour le leur livrer. Ses paroles les mirent dans la joie, et ils lui promirent de lui donner de l’argent. Il chercha alors une occasion pour le livrer. 1 Les Azymes, c’est-à-dire les pains sans levain. 2 Voir note sur Matth. 26, 7. 3 Trois cents deniers, environ : 270 francs, Ὁ L’Iskariôte. Voir note sur Matth. 10, 4. 81, 13 [Se] Qt =] 9 10 11 14, AY 12 13 14 170 LE NOUVEAU TESTAMENT Le premier jour des Azymes', le jour où l’on sacrifie la Pâque ?, les disciples dirent à Jésus : «Où veux-tu que nous allions te préparer ce qui est nécessaire pour le repas pascal?» — «Allez à la ville» leur répondit-il en y envoyant deux d’entre eux; «vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau; vous le suivrez et voici comment vous parlerez au propriétaire de la maison où il entrera : Le maïtre dit: «Où est la chambre qui m'est destinée et où je mangerai la Päâque avec mes disciples. » Lui-même alors vous montrera une chambre haute’, grande, garnie de tapis, toute prête. C’est la que vous ferez pour nous les préparatifs. » Les disciples partirent, allèrent à la ville, trouvèrent toutes choses comme il les leur avait dites, et préparèrent la Pâque. Le soir venu, il s’y rendit avec les douze. Pendant qu'ils étaient à table et qu’ils mangeaient, Jésus dit : «En vérité je vous le dis, l’un de vous — qui mange avec moi — me livrera.» Ils devinrent tout tristes et lui demandèrent l’un après l’autre: «Est-ce moi?» Il leur répondit: «C’est l’un des douze, c’est celui qui met la main au plat avec moi “. Car le Fils de l’homme s’en va, selon qu'il est écrit de lui, mais malheur à cet homme par qui le Fils de l’homme est livré! Mieux vaudrait pour cet homme-là ne jamais être né!» Pendant qu'ils mangeaient, 1l prit du pain * et, ayant prononcé la bénédiction, il le rompit et le leur donna en disant : « Prenez! ceci est mon corps. » Prenant ensuite une coupe, il rendit grâces, la leur donna et ils en burent tous. «Ceci est mon sang, leur dit-1l, le sang de l'alliance, lequel est répandu pour plusieurs. En 1 C'est-à-dire le premier jour de la fête, où l’on mangeait des pains sans levain. 2 C'est-à-dire l'agneau pascal. 3 Chambre de l’étage supérieur. Voir note sur Actes 1, 15, 4 La main au plat. Voir note sur Matth. 26, 23. 5 Ou Un pain. Voir note sur Matth, 14, 17. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 171 vérité, je vous le dis, je ne boirai plus jamais du fruit de la vigne jusqu'en ce jour où je le boirai nouveau dans le Royaume de Dieu. » Après le chant des Psaumes!, ils partirent pour le Mont des Oliviers, et Jésus leur dit: «Tous, vous rencontrerez une occa- sion de tomber ?, car il est écrit : «Je frapperai le berger et les brebis seront dispersées ὅ ; » « Mais après ma résurrection je vous précéderai en Galilée. » Pierre lui dit: «Quand même tous viendraient à faillir, moi, jamais “ ! » Jésus lui répondit : « En vérité je te dis que toi-même, aujourd'hui, durant cette nuit, avant qu'un coq chante deux fois, tu me renieras trois fois.» Pierre cependant insistait toujours plus : « Me fallüt-il mourir avec toi, non, je ne te renierai pas! » Et tous parlèrent de même. Ils vinrent en un lieu du nom de Gethsémané ὅ, et Jésus dit à ses disciples : «Asseyez-vous ici pendant que je prierai. » Puis 11 prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et 1] commença à être dans l’abattement et dans l’angoisse; et il leur dit: « Mon âme est accablée de tristesse jusqu’à la mort. Restez ici et veillez!» Puis, s'étant un peu avancé, 1] se prosternait la face contre terre, priant pour que cette heure, si cela était possible, passât loin de lui. Il disait: «Abba 6! Père! tout t'est possible à toi! Écarte loin de moi cette coupe; cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » Il revint et il les trouva qui dormaient, et il dit à Pierre : «Tu dors, Simon! n’as-tu pas eu la force de veiller une seule 1 Voir note sur Matth. 26, 30. ? Grec: Vous serez scandalisés, Voir note sur Matth. 26, 31. 5 Zaccharie 13, 7. 1 Voir note sur Matth. 26, 32. ? Gethsémané. Voir note sur Matth. 26, 26. 5 Le mot Abba signifie Père. 97 "Ὧν Co ἀλ 472 LE NOUVEAU TESTAMENT heure? Veillez et priez pour ne pas succomber! à l'épreuve 5. Certes l'esprit est prompt, mais la chair est faible 5. » Il s’éloigna de nouveau et pria, répétant les mêmes paroles ; puis il revint encore“ et les trouva qui s'étaient endormisÿ; leurs yeux en effet étaient appesants, et ils ne savaient que lui ré- _ pondre. La troisième fois qu'il revint, il leur dit: « Dormez maintenant; reposez-vous ; c’est assez, l'heure est venue! Le Fils de l’homme va être livré entre les mains des pécheurs6! Levez-vous ! Allons! Voici celui qui me livre! Il approche!» Au même instant, pendant qu'il parlait encore, arrive Judas?, l’un des douze, et avec lui, envoyée par les chefs des prêtres, les Scribes et les Anciens, une troupe armée d'épées et de bâtons. Le traître était convenu avec eux d’un signal. Il leur avait dit : «Celui auquel je donnerai un baiser, ce sera lui. Vous vous en saisirez et l’'emmènerez sûrement. » Donc, en arrivant, il s’appro- cha de Jésus et l’appelant : « Rabbi 5», 11 l'embrassa avec effusion. Eux alors mirent la main sur lui et le saisirent. Mais un de ceux qui étaient présents, tirant l’épée, frappa le serviteur * du Grand-Prêtre et lui coupa l'oreille. Jésus alors prononça ces paroles : «Pour vous emparer de moi, vous êtes venus1, comme contre un brigand, avec des épées et des bâtons. Tous les jours, j'étais au milieu de vous, dans le Temple, j'enseignais et vous ne m'avez pas arrêté. Mais 1] en est ainsi pour que soient accomplies les Écritures.» L'abandonnant alors, tous les disciples prirent la fuite. 1 Littéralement: venir dans. 2 Ou Lu tentation. 3 Voir note sur Matth. 26, 41. 4 Plusieurs anciens manuscrits omettent encore. 5 Plusieurs anciens manuscrits lisent : encore endormis. 6 Voir note sur Matth, 26, 45. 7 Quelques anciens manuscits ajoutent l'Iskariôte. 8 Maître. 9 Grec : l’esclave. 10 On peut, d’après une autre ponctuation, mettre cette phrase sous forme inter- rogative : étes-vous venus... οἷο, Ὁ ÉVANGILE SELON SAINT MARC 173 Seul, un jeune homme le suivait; il n'avait sur le corps qu’un léger vêtement!. On saisit ce jeune homme, mais il s’échappa tout nu, abandonnant son vêtement. On conduisit Jésus chez le Grand-Prêtre, où tous s’assem- blèrent en même temps, les chefs des prêtres, les Anciens, les Scribes. Pierre, qui le suivait de loin, parvint jusque dans l’intérieur de la cour? du Grand-Prêtre. Là, 1l s’assit auprès du feu, mêlé aux gens de service et se chauffant. Les chefs des prêtres et le Sanhédrin ὁ tout entier cherchaient contre Jésus un témoignage qui le fit condamner à mort, mais ils n'en trouvaient pas. Plusieurs, en effet, déposaient mensongère- ment contre lui; mais leurs assertions étaient contradictoires. Il en surgit enfin quelques-uns qui portèrent à sa charge ce faux témoignage : «Nous lui avons entendu dire ceci: «Je puis, moi, renverser ce Temple fait de main d'homme, et, en trois jours, j'en bâtirai un autre qui ne sera pas de main d'homme.» Mais ici même leurs dépositions ne concordaient pas. Alors le Grand-Prêtre se leva au milieu de l’assemblée et posa cette question à Jésus : «Ne réponds-tu rien à ce que ces gens-ci déposent contre toi?» Jésus gardait le silence ; 1] ne répondit rien. Le Grand-Prèêtre lui posa une seconde question ainsi conçue : «Es-tu le Christ, le Fils de Celui qui est béni?» Jésus répondit : «Je le suis; et vous verrez le Fils de l’homme siégeant à la droite de la Puissance ὅ et venant avec les nuées du ciel. » Alors le Grand- Prêtre, déchirant ses vêtements: «Qu’avons-nous encore besoin de témoins? dit-il; vous avez entendu le blasphème6! Quel est 1 Le mot grec que nous traduisons par léger vêtement, «sindon » (en sanscrit : sindhu), ἃ un sens très incertain. 2 La cour, l’atrium. Voir note sur Matth. 26, 3. 3 Voir sur le Sanhédrin note sur Matth. 5, 22, £ On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : Ne réponds-tu rien? Qu'est-ce que ces gens-ci déposent contre toi? 5 La Puissance de Dieu. Voir Luc 22, 69. ὁ On peut lire aussi, d'après une autre ponctuation : Avez-vous entendu le blasphème? 60 61 14, 15, 65 66 68 72 174 LE NOUVEAU TESTAMENT votre avis?» Tous le déclarèrent coupable et le condamnèrent à mort. Alors ils se mirent, quelques-uns, à cracher sur lui, à lui couvrir le visage d’un voile et à lui donner des coups de poing. «Fais le prophète!» lui disaient-ils. Quant aux gens de service, ils le reçurent à coups de bâton 1. Pierre était en bas, dans la cour ; survint l’une des servantes du Grand-Prètre. Voyant Pierre qui se chauffait, elle lui dit en le regardant : «Toi aussi tu étais avec Jésus de Nazareth.» Et lui de le nier: «Je ne sais pas, dit-il, et ne comprends pas de quoi tu parles. » Il s’en alla et sortit dans le vestibule?. Mais la servante l'aperçut : «Celui-là en est», répéta-t-elle à ceux qui étaient pré- sents. De nouveau Pierre nia. Un moment après, ceux qui se trouvaient là recommencèrent à parler à Pierre : «Certainement tu en es; car tu es aussi Galiléen. » Il se livra alors à des impré- cations: «Je ne connais pas, je le jure, cet homme dont vous parlez.» Soudain un coq chanta pour la seconde fois. Et se sou- venant de la parole que lui avait dite Jésus : «Avant qu'un coq chante deux fois, tu me renieras trois fois», Pierre se mit à pleurer *. Dès le matin, les chefs des prêtres, auxquels s'étaient joints les Anciens et les Scribes, le Sanhédrin (out entier, qui avaient tenu conseil, chargèrent Jésus de liens, l’emmenèrent et le livrèrent à Pilateÿ, qui l’interrogea : «C’est toi qui es le Roi des Juifs?» Jésus répondit ainsi : «Tu le dis.» Les chefs des prêtres cependant formulaient contre lui des accusations en quantité. Pilate l’inter- rogea une seconde fois : «Tu ne réponds rien ! Vois tout ce dont 1 Voir note sur Matth. 26, 67. ? Plusieurs anciens manuscrits ajoutent ici: οὐ un cog chanta. 3 Voir note sur Matth. 26, 75. Le sens du verbe que nous traduisons par se mit est ici fort douteux. On peut lui donner plusieurs sens divers et traduire : A celte pensée, Pierre pleura ; ou encore : Se voilant la face, Pierre pleura. 4 Le Sanhédrin. Voir note sur Matth. 5, 22. ὕ Pilate, Voir note sur Matth, 27, 2. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 175 on t’accuse!» Mais Jésus ne répondit plus rien, ce dont Pilate fut très surpris. A chaque fête, il remettait en liberté un prisonnier, celui qu'on lui demandait. Or il y en avait un nommé Bar-Abbas 1, emprisonné avec les séditieux qui, dans une émeute, avaient commis un meurtre. La foule, étant donc montée au tribunal, se mit à deman- der ce qu’on lui accordait toujours. Pilate alors, qui comprit que c'était par une haine jalouse que les chefs des prêtres lui avaient livré Jésus, fit à la foule cette proposition: «Voulez-vous que je vous délivre «le Roi des Juifs»? Mais les chefs des prètres poussèrent la foule à demander de préférence la mise en liberté de Bar-Abbas. Pilate se fit entendre de nouveau: «Que ferai-je donc? de celui que vous appelez «le Roi des Juifs»? Ils crièrent encore: «Crucifie-le!» — «Qu'a-t-1l donc fait de mal?» reprit Pilate. Mais ils n’en criaient que plus fort : «Crucifie-le !» Pilate alors, voulant contenter la multitude, lui délivra Bar-Abbas, et, après avoir fait flageller Jésus, il l’abandonna au supplice de la Croix. Les soldats emmenèrent Jésus à l’intérieur de la cour, c’est-à- dire dans le prétoire, où ils réunirent toute la cohorte ὁ. Ils l'ha- billèrent d’un manteau couleur de pourpre “ et lui mirent une cou- ronne d'épines qu'ils avaient tressée. Puis ils lui rendirent leurs hommages : «Salut! Roi des Juifs!» Avec un roseau ils lui don- naient des coups sur la tête ; ils crachaïient sur lui, et, se mettant à genoux, ils se prosternaient devant lui. Quand ils eurent fini de se moquer de lui, ils lui ôtèrent le manteau de pourpre et lui remi- rent ses vêtements *. Ils l'emmenèrent pour le crucifier et ils obligèrent un passant, un certain Simon de Cyrène, le père d'Alexandre et de Rufus, qui 1 Bar-Abbas. Voir note sur Luc 28, 18. ? Plusieurs anciens manuscrits lisent: que voulez-vous donc que je fasse, etc. 5 La cohorte. Voir note sur Matth. 27, 27. 4 Voir note sur Matth. 27, 28. Ὁ Quelques anciens manuscrits lisent: ses propres vêtements. 42 176 LE NOUVEAU TESTAMENT revenait des champs, à porter sa croix. Ils le conduisirent ainsi à Golgotha, c’est un endroit dont le nom signifie: Le Crâne 1. Là ils lui donnèrent du vin mêlé de myrrhe; mais il n’en prit pas. Is le crucifièrent, puis se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort la part de chacun. C'est à la troisième heure qu ils le crucifièrent?, et l'inscription indiquant son crime était ainsi Conçue : LE ROI DES JuIrs. Avec lui deux brigands furent crucifiés, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche *. Les passants l’injuriaient ; ils lui disaient, en gesticulant de la tête : «Ohé! toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours, sauve-to1 toi-même en descendant de la croix !» Les chefs des prêtres avec les Scribes se moquaient aussi de lui et se disaient l’un à l’autre: «Ilen a sauvé d’autres et il ne peut pas se sauver lui-même!» — «Que «le Christ», que «le Roi d'Israël» descende maintenant de la croix, afin que nous voyions et que nous croyions!» Ceux mêmes que l’on avait crucifiés avec lui l’insul- taient. Quand fut venue la sixième heure #, des ténèbres se firent sur tout le pays jusqu’à la neuvième heure. À la neuvième heure, Jésus jeta un cri et dit d’une voix forte : «Héloï ! Héloï! lema sabachthaneiS!» ce qui signifie : Mon Dieu! Mon Dieu! pourquoi m'as-tu abandonné? » Quelques-uns des assistants l’entendant : «Le voilà qui appelle Élie», dirent-ils. 1] y en eut un qui courut tremper une éponge dans de vinaigre et, l’attachant à un roseau, il lui donna à 1 Voir note sur Matth. 27, 33. 2 Neuf heures du matin. 3 La phrase qui forme le verset 28 dans nos versions ordinaires manque dans tous les bons manuscrits : ainsi s’accomplit la parole de l'Écriture : il a été compté parmi les impies. Voir Luc 22, 37. 4 Midi. 5 Trois heures après midi, 6 Voir note sur Matth. 27, 46. 7 Psaume 22, 2, He MES ι ἢ ÉVANGILE SELON SAINT MARC 177 —_— boire, en disant: «Laissez! et voyons si Élie va venir le descendre ! » | ᾿ Jésus cependant, ayant jeté un grand cri, expira. 37, 15 Et le rideau du Temple se déchira en deux depuis le haut 38 jusqu'en bas. . Voyant comment 1] avait expiré, le centurion, qui se tenait en 39 face de lui, dit : «Cet homme-là était véritablement Fils de Dieu. ». Il y avait là également des femmes qui regardaient de loin. 40 Parmi elles, Marie Magdeleine ?, Marie, mère de Jacques le Petit el de Josès, et Salomé, qui le suivaient et le servaient lorsqu'il était 41 en Galilée; plusieurs autres encore qui étaient montées avec lui à Jérusalem. Déjà 11 se faisait tard, et comme c'était un jour de «Prépara- 4 tion » ?, c’est-à-dire une veille de sabbat, Joseph, celui qui est 48 d'Arimathée, membre estimé du Grand-Conseil 4, et qui lui aussi attendait le Royaume de Dieu, alla hardiment se présenter à Pilate et lui demanda le corps de Jésus. Surpris qu'il fût mort sitôt, Pilate ὦ fit appeler le centurion et lui demanda s’il était mort depuis long- temps. Informé par le centurion, il donna le corps à Joseph. Celui-ci, 45 46 ayant acheté un linceul, descendit le corps de la croix, l’enveloppa du linceul et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc, puis il _ roula une pierre contre la porte du tombeau. Or, Marie Magdeleine et Marie, mère de Josès, regardaient où 47 on le mettait. Quand le sabbat fut passé, Marie Magdeleine, Marie, mère de 1, 16 Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller embaumer le corps de Jésus. De très grand matin, le premier jour de la semaine, elles se ren- ι9 1 Laissez, c’est-à-dire: laissez-le ou: laissez-moi fuire. ? Ou: de Magdalu. 5 La «Préparation». Voir note sur Matth. 27, 62. C'est-à-dire, sans doute, du Sanhédrin. 16, 3 19 20 178 LE NOUVEAU TESTAMENT NU NÉ GE ER dent au sépulcre ; le soleil se levait. «Qui donc, se demandaient- elles, nous roulera la pierre et l’ôtera de l’entrée de la tombe ? » Elles regardent et s’aperçoivent que cette pierre, qui était énorme, a été enlevée. Alors elles entrèrent dans le tombeau et virent, assis à droite, un jeune homme revêtu d’une robe blanche. Elles furent saisies de terreur. « Ne vous effrayez pas, leur dit-il; vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ; il est ressuscité; il n’est pas ici. Voyez la place où on l’avait déposé. Et maintenant allez dire à ses dis- ciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée; là vous le verrez, comme il vous l’a dit. » A leur sortie du tombeau, elles prirent la fuite. Elles étaient toutes tremblantes et hors d'elles, et ne dirent rien à personne. Car'elles avaient peurt. 2. ON CO COS 1 Le récit n’est pas achevé et la fin véritable de l'Évangile de Marc ne se trouve dans aucun manuscrit connu. Les deux plus anciens s’arrêtent brusquement aux derniers mots que nous venons de traduire. La plupart des autres renferment une conclusion qui ne faisait pas primitivement partie de l'Évangile et qui est d’un autre auteur. Elle est ainsi concue : Ressuscité de grand matin le premier jour de la semaine, il apparut tout d'abord à Marie-Magdeleine, de laquelle il avait chassé sept démons. Celle-ci alla l’annoncer à ceux qui avaient été avec lui et qui étaient dans le deuil et dans les larmes. Eux, l’entendant dire qu'il vivait et qu’elle l'avait vu, ne la crurent pas. Ensuite il apparut sous une autre forme à deux d’entre eux qui étaient en chemin et se rendaient à la campagne. Ils vinrent éga- lement l’annoncer aux autres; mais ils ne les crurent pas non plus. Enfin il apparut aux onze pendant qu'ils étaient à table; il leur reprocha leur incré- dulité et la dureté de leur cœur , parce qu'ils n'avaient pas cru ceux qui l'avaient vu ressuscité1. Et il leur dit: «Allez dans tout le monde, prêchez l'Evangile? à toute créature. Qui croira et recevra le baptême sera sauvé; qui ne croira pas sera condamné. Et voici les miracles® qui accompagneront ceux qui auront cru: en mon nom ils chasseront des démons ; ils auront le don des langues; ils manieront des serpents 4, et les poisons qu'ils pourront boire ne leur feront point de mal. Ils imposeront les mains à des malades el ils les quériront.» Le Seigneur 5, après avoir ainsi parlé, fut enlevé au ciel et s’assil à la droite de Dieu. Quant à eux, ils partirent et prêchèrent partout, le Seigneur agissant avec eux et confirmant la parole par les miracles® qui l'ac- compagnatent. 1 Quelques anciens manuscrits ajoutent d'entre les morts. 2 Ou: la Bonne Nouvelle, 3 Littéralement : Les signes. 4 Quelques anciens manuscrits lisent ÿs prendront des serpents. 5 Quelques anciens manuscrits ajoutent Jésus, $ Littéralement : Zes signes. ÉVANGILE SELON SAINT MARC 179 Il y a encore une autre conclusion de l'Évangile renfermée dans un manuscrit du huitième siècle, qui est à la Bibliothèque nationale à Paris! ; la voici : On trouve ailleurs encore ceci : « Elles annoncèrent immédiatement tout ce qui leur avait été prescrit à ceux qui étaient avec Pierre. Ensuite Jésus lui- mème envoya par eux d'Orient en Occident la sainte et incorruptible prédica- tion du salut éternel.» D'ailleurs ce manuscrit renferme aussi la fin tradition- nelle, car il continue en ces termes : Mais on trouve encore ceci après: «car elles avaient peur» «Ressuscité de grand matin, etc.» Suit la fin que nous avons transcrite plus haut. Enfin, saint Jérôme (mort en 430) propose une troisième manière de terminer l'Évangile de Marc. Voici comment il s'exprime dans son second dialogue contre les Pélasgiens, au paragraphe 15 : Dans quelques manuscrits, surtout dans les exemplaires grecs de Marc, on lit à la fin de cet Évangile: « Quand les onze furent à table, Jésus leur apparut et il leur reprocha l’incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n'avaient pas cru ceux qui l'avaient vu ressuscité. Et ils s’excusaient en disant : C'est à cause de ce siècle d’iniquité et d’incrédulité que, au milieu des esprits impurs, on ne peut saisir la véritable vertu de Dieu. C’est pourquoi révèle maintenant ta justice.» 1Le manuscrit L ou Codex Regius Voir l'Appendice à l’Introduction, page 21. L’'ÉVANGILE SELON AIN T LUE PRÉFACE _ Le troisième Évangile et les Actes des Apôtres ont été écrits par un chrétien appelé Luc pour l'instruction d’un ami inconnu du nom de Théophile. Luc avait été disciple de Paul. Celui-ci l'avait trouvé à Troas dans son deuxième voyage missionnaire et l’avait emmené avec lui en Europe. Nous le retrouvons plus tard auprès de Paul dans le troisième voyage de l’apôtre. ΠῚ l’accompagne à Césarée et à Rome (Coloss. 4: 14; Philémon 24; 2 Timoth. 4:11). D'origine païenne, Luc était médecin ; il écrivait le grec avec fa- cilité. Son Évangile se distingue des deux premiers par son Carac- tère critique. L'auteur fait œuvre d’historien; il choisit ses sources; il dispose habilement son récit; il fait provision de documents. Il a été heureux dans ses recherches et dans ses efforts, car son Évan- gile nous apporte, comparé à ceux de Matthieu et de Marc, plus d’un tiers de matière nouvelle. Ces parties nouvelles se rencontrent _ surtout dans le grand fragment qui commence au verset 51 du chapitre 9 pour se terminer au verset 29 du chapitre 19 et qu’on appelle, nous dirons tout à l’heure pourquoi, le récit de voyage. 182 LE NOUVEAU TESTAMENT L'Église a toujours cru que l'Évangile de Luc avait été écrit sous l’influence de la prédication de Paul. Elle ne s’est pas trompée. Jésus-Christ nous y apparaît comme le second Adam, le Messie de l'humanité entière. Il est intéressant de remarquer que Luc, dans un sentiment de piété, insiste davantage sur ce qui unit que sur ce qui divise, Cette tendance est surtout sensible dans le Livre des Actes. Lue oublie les disputes ; il concilie ; il ne songe qu’à la cause commune servie par tous. Il est d’ailleurs d’une admirable sincérité histo- rique, prenant son bien où il le trouve et acceptant les sources les plus diverses, pourvu qu’elles lui semblent bien authentiques. L'Évangile selon saint Luc a été écrit après l'an 70, peu de temps avant les Actes, qui sont aussi de cette époque. On peut diviser cet écrit en cinq parties. Après une courte pré- face (1: 1à5), Luc raconte, comme Matthieu, les faits qui ont préparé le ministère de Jésus-Christ : la naissance de Jean-Bap- tiste, celle de Jésus lui-même, le ministère du précurseur, le bap- tême du Christ. Il termine ce long préambule par une généalogie des ancêtres du Christ, dans laquelle il remonte jusqu’au premier homme, Adam, et par le récit de la tentation (1 : 5 à 4 : 14). L'histoire du ministère de Jésus en Galilée forme la seconde partie ; il commence 4 : 14 et va jusqu'à 9 : 51. Il comporte diverses phases qui nous rappellent celles que nous avons distinguées dans l'Évangile de Mare. La première se termine quand les Pharisiens deviennent décidément hostiles (4: 14 à 6 : 12); la seconde, lors- que Jésus envoie les douze en mission (6 : 12 à 9: 1). La troisième s'achève avec le départ de Jésus pour Jérusalem (9 : 1 à 51). - La troisième partie de l'Évangile est appelée le récit de voyage, parce que tous les faits qui y sont racontés se passent dans un voyage de Jésus montant à la ville sainte pour y être erucifié. De loin en loin, Luc interrompt son récit des faits et sa rédaction des enseignements du Christ, pour rappeler à ses lecteurs que Jésus est en voyage : Îl traversait villes et villages en enseignant et S'avançant vers Jérusalem (13 : 22), ou bien: Dans son voyage, Jésus traversa ἴα Samarie et la Galilée (17 : 11). Au chapitre 19, verset 29, Jésus arrive à Bethphagé et à Béthanie, le voyage est achevé. Alors commence la quatrième partie, où Luc raconte l'entrée à Jérusalem 19 : 29-47), les enseignements dans le Temple ÉVANGILE SELON SAINT LUC 183 (19 : 47 à 21 : 5) et rapporte le discours sur la ruine de la ville et la fin du monde (21:5 à 22:1). La cinquième et dernière partie renferme les récits de la Passion et de la Résurrection (chap. 22, 23 et 24); elle comprend le récit du repas de la Pâque (22:1 à 59), l’arrestation, le jugement et la crucifixion (22 : 39 à 23 : 6) et enfin la résurrection (chap. 24). Luc s'arrête, après avoir mentionné d’un mot l’ascen- sion, sur laquelle il reviendra en détail au premier chapitre des Actes. L'ÉVANGILE SELON SAINT LUC 6, CHER THÉOPHILE !, PUISQUE PLUSIEURS AUTRES ONT ESSAYÉ DE RÉDIGER UN RÉCIT DES FAITS ACCOMPLIS PARMI NOUS, TELS QUE NOUS LES ONT TRANSMIS CEUX QUI EN ONT ÉTÉ, DÈS L'ORIGINE, TÉMOINS OCULAIRES ET QUI SONT DEVENUS MINISTRES DE LA PAROLE, J'AI CRU DEVOIR, | MOI AUSSI, APRÈS M'ÊTRE SOIGNEUSEMENT INFORMÉ DE TOUT, DEPUIS LE COMMENCEMENT, TEN ÉCRIRE UNE NARRATION SUIVIE, POUR QUE TU RECONNAISSES LA SOLIDITÉ DES ENSEIGNEMENTS QUE TU AS REÇUS. Aux jours d'Hérode?, roi de Judée, vivait un prêtre nommé 1 Grec : excellent Théophile. Ge mot excellent, qui ailleurs (par ex. Actes 23,26; 24,3; 26,25) marque la dignité de celui auquel on s'adresse et le respect qu’on lui témoigne, est ici synonyme de cher, très cher. On peut remar- quer que Luc, à la première phrase du Livre des Actes, appelle son correspon- dant Théophile tout court, sans lui conférer ce titre d’excellent. Il ne s’agit donc ici que d’un terme d’amitié. On trouve d’ailleurs, chez les auteurs grecs, des exemples du mot excellent employé dans le sens de cher ou très cher. ? La première phrase de l’auteur, que nous avons imprimée en caractères majuscules et à part, parce qu’elle forme la dédicace de son livre, est écrite dans 16 17 186 LE NOUVEAU TESTAMENT Zaccharie. Il était de la classe d’Abia 1 et sa femme était d’entre les filles d’Aaron. Son nom était Élisabeth. Tous deux étaient justes devant Dieu, marchant irréprochables dans tous les com- mandements et toutes les ordonnances du Seigneur. Ils n'avaient point d'enfants; parce qu'Élisabeth était stérile; et tous deux étaient avancés en âge. Or, le tour de sa classe étant venu de remplir devant Dieu les fonctions sacerdotales, il lui échut par le sort (qui était le mode usité entre les prêtres) d'entrer dans le sanctuaire du Seigneur pour y offrir l’encens. Pendant cette heure de l’encens, la foule du peuple restait au dehors et priait. Or, à la droite de l’autel de l’encens?, apparut à Zaccharie un ange du Seigneur, debout devant lui. À sa vue Zaccharie fut troublé, et la crainte le saisit. Que vous naïissiez de nouveau, Voir note sur le verset 3. 5 Grec : l’esprit. Il désigne ici le vent. D = I σὺ σι © 10 11 17 18 19 20 984 LE NOUVEAU TESTAMENT ce que nous savons, nous le disons; ce que nous avons vu, nous l’attestons; et vous n’acceptez pas notre témoignage. Si, quand je vous ai parlé des choses de la terre, vous ne croyez pas, comment croiriez-vous si je vous parlais des choses du ciel? Nul n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est au ciel!. Et de même que, dans le désert, Moïse a élevé le serpent, de même il faut que le Fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle ?. » «Dieu, en effet, ἃ tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle *. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » «Qui croit en lui n’est point jugé; qui ne croit point est déjà jugé parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Voici quel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas vers la lumière, de crainte que ses œuvres ne soient découvertes et condamnées. Quant à celui qui pratique la vérité, il vient vers la lumière, afin que ses œuvres deviennent manifestes, parce que c’est en Dieu qu’elles sont accomplies. » Après cela, Jésus et ses disciples se rendirent en Judée. Il y demeurait avec eux et il baptisait. Jean baptisait également à 1 Plusieurs anciens manuscrits omettent qui est au ciel. 2 Le grec n’a pas l’article et dit : Une vie éternelle, ce qui se présentera sou- vent dans cet Évangile, sans que nous croyions nécessaire de l'indiquer chaque fois au lecteur, Remarquons aussi que si le mot que nous traduisons par éter- nelle a bien ce sens dans le grec, c’est-à-dire dans la langue originale des Évan- giles, cependant son correspondant hébreu ou syriaque, c’est-à-dire le terme dont Jésus-Christ s'est servi, a simplement le sens de : ὦ venir. Les Juifs disaient: «la vie à venir, le siècle à venir», par opposition à: «la vie présente, le siècle présent,» sans que la durée de ce siècle ou de cette vie fût fixée. (Voir Matth. 25, 46.) 3 Voir la note du verset 15 sur ces mots: la vie éternelle. 4 ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 285 Ainon, près de Salim, parce qu'il γ avait là beaucoup d’eau. On y venait alors recevoir le baptème. En effet, Jean n'avait pas encore été mis en prison. Or, à la suite d'une discussion des disciples de Jean et d’un Juif à propos de la purification, ceux-ci vinrent à Jean et lui dirent: «Rabbit, celui qui était avec toi au delà du Jourdain, celui dont tu as été le témoin, voici qu'il baptise et que tout le monde vient à lui. » Jean répondit par ces paroles: «Un homme ne peut rien prendre? qui ne lui soit donné du ciel. Vous-mêmes vous me rendez le témoignage que j'ai dit: «Je ne suis pas, moi, le Christ; mais je suis envoyé devant lui.» L’époux c’est celui qui a l'épouse; l'ami de l’époux qui se tient près de lui et l'écoute, est réjoui d'une grande joie par la voix de l’époux. Cette joie-là est pleinement mienne. Lui, il faut qu’il croisse; moi, que je diminue. » « Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous. Celui qui vient de la terre * est de la terre et parle de la terre; celui qui vient du ciel est au-dessus de tous “; il atteste ce qu'il a vu et entendu et personne n'accepte son témoignage. Celui qui accepte son témoignage confirme que Dieu est véridique. Car ce sont les paroles de Dieu que prononce celui que Dieu ἃ envoyé, parce _ que ce n’est pas avec mesure® que Dieu donne l'Esprit. Le Père aime le Fils, et ἃ tout remis entre ses mains. Qui croit au Fils ἃ la vie éternelle5; qui refuse de croire au Fils ne verra pas la vie; mais la colère de Dieu demeure sur lui. » Ayant su que les Pharisiens avaient ouï dire qu'il faisait plus de disciples et baptisait plus que Jean (quoiqu'il ne baptisät pas lui- 1 C'est-à-dire Maître. 2? Prendre, c’est-à-dire ici s’arroger. 3 Littéralement : celui qui est de la terre. 4 Quelques anciens manuscrits omettent esé au-dessus de tous. Il faut lire alors : celui qui vient du ciel atteste, etc. Ὁ C'est-à-dire parcimonieusement. 5 Voir note sur le verset 15. [Se] | [Re] O0 D »»» PSS Qt 10 13 14 16 986 LE NOUVEAU TESTAMENT même; c’étaient ses disciples qui baptisaient), le Seigneur! quitta la Judée et repartit pour la Galilée. ΠῚ lui fallait alors traverser la Samarie. ΠῚ arriva donc à une ville de ce pays nommé Sychar, près de la terre que Jacob avait donnée à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Fatigué par le voyage, Jésus s’assit sur le puits; 1] était environ la sixième heure ?. Survint pour puiser de l’eau une femme de la Samarie. « Donne-moi à boire», lui dit Jésus. (Ses disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres.) La femme samaritaine lui répon- dit: «Comment me demandes-tu à boire, toi, qui es Juif, à moi qui suis Samaritaine? » (Les Juifs, en effet, n'ont point de rapports avec les Samaritains ".) Jésus alors lui adressa ces paroles : «81 tu savais le don de Dieu, et quel est celui qui te dit: «Donne-moi à boire», tu lui ferais toi-même une telle demande, et il te donne- rait de l’eau vive. » «Seigneur, lui dit la femme“, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond. D'où as-tu cette eau vive? Es-tu plus grand que notre père Jacob, lequel nous ἃ donné ce puits, et qui y a bu lui-même ainsi que ses fils et ses troupeaux 3» Jésus lui répondit par ces paroles : «Quiconque boit de l’eau que voici aura soif de nouveau; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif; au contraire, l’eau que 16 lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant en vie éternelle ὃ,» «Seigneur, reprit la femme, donne-moi cette eau-là, pour que je n’aie plus soif, et que je ne vienne plus ici pour puiser. » «Va appeler ton mari, lui dit Jésus, et reviens ici. » 1 Au lieu de: Le Seigneur, quelques anciens manuscrits lisent : Jésus. 2? Environ midi. 3 Quelques anciens manuscrits et de très anciennes autorités omettent: les Juifs, en effet, n'ont point de rapports avec les Samaritains. 4 Les deux plus anciens manuscrits omettent La femme et lisent : lui dit-elle, Ὁ C'est-à-dire: d’où jaillit une vie éternelle. 1 ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 28 La femme répondit ainsi: «Je n'ai pas de mari.» Jésus repartit: «Tu as raison de dire: «je n'ai pas de mari»; en effet, tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari; en cela, tu as dit vrai.» «Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es prophète. Nos pères ont adoré sur cette montagne-c1; et vous dites, vous, qu'à Jérusalem est le lieu où il faut adorer. » «Femme, crois-moi, lui dit Jésus, il vient une heure où ni sur cette montagne-ci, ni à Jérusalem vous n’adorerez le Père. Vous adorez, vous, ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons, parce que le salut vient des Juifs. Mais il vient une heure, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont de tels adora- teurs que demande le Père; Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l’adorent en esprit et en vérité. » «Je sais, repartit la femme, qu'il va venir un Messie » — (ce mot signifie Christ) !, — «Quand il viendra, il nous apprendra tout. » Jésus lui dit: «Je le suis, moi qui te parle.» En ce moment, arrivèrent ses disciples ; 115 furent surpris de ce qu'il parlait à une femme. Aucun d'eux pourtant ne [ui dit: «Que lui demandes-tu?» ou : « Pourquoi t’entretiens-tu avec elle? » Quant à celle-ci, laissant là sa cruche, elle partit pour la ville et dit aux uns et aux autres : «Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait; ne serait-ce pas le Christ?» Ils sortirent de la ville, et ils allaient vers Jésus. Dans l'intervalle, les disciples insistaient auprès de lui et lui disaient : «Rabbi?, mange. » «J'ai pour me nourrir, leur répondit-il, un aliment que vous ne Connaissez pas. » Les disciples s’interrogeaient l’un l’autre : «Quelqu un lui a-t-il apporté à manger ? » 1 Christ voir note sur Jean 1, 42. ? Maître. 19 33 Ωῦ συ: 97 38 46 9288 LE NOUVEAU TESTAMENT «Ma nourriture, reprit Jésus, c’est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé, c’est d'accomplir son œuvre. Vous dites, n'est-ce pas, qu’il y ἃ encore quatre mois avant la moisson. Eh bien! moi, je vous dis: levez les yeux et regardez ces campagnes, elles sont blanches pour la moisson. Déjà le moissonneur reçoit son salaire?, et ramasse du fruit pour la vie éternelle, afin que le semeur se réjouisse en même temps que le moissonneur. [Οἱ se vérifie cette parole : autre est le semeur, autre le moissonneur. Je vous ai envoyé moissonner là où vous n’aviez point travaillé. D’autres ont travaillé et vous, vous êtes entrés dans leur travail à. » Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en lui d’après le témoignage porté par cette femme: «Il m'a dit tout ce que j'a fait.» Aussi ces Samaritains vinrent-ils le prier de s’arrêter chez eux. Jésus y passa deux jours ; et un bien plus grand nombre encore crurent en lui, après avoir écouté sa parole. «Ge n’est plus sur ton récit que nous croyons, disaient-ils à la femme; car nous l'avons entendu nous-mêmes, et nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du monde.» Après ces deux jours, Jésus partit de là et s'en alla en Galilée. Il est vrai qu’il avait lui-même déclaré que «dans sa propre patrie un prophète est sans honneur ». Cependant quand il y arriva, les Galiléens l’accueillirent à cause de tout ce qu'ils lui avaient vu faire à Jérusalem pendant la fête à laquelle eux aussi avaient assisté. Jésus se rendit aussi de nouveau à Cana de Galilée, où il avait changé l’eau en vin. Or, il y avait à Capharnaüm un oflicier royal dont le fils était 1 Ces mots : encore quatre mois avant la moisson peuvent se scander dans le texte grec et forment un vers iambique. 2 On peut lire aussi, d'après une autre ponctuation : elles sont déjà blanches pour ἴω moisson. Le moissonneur reçoit son salaire. 3 C'est-à-dire vous avez joui des fruits de leur travail. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 289 malade. Cet officier ayant appris que Jésus, venant de Judée, était arrivé dans le pays, alla le trouver et le pria de descendre à Capharnaüm pour guérir son fils, qui était mourant. Jésus lui dit: «A moins d’avoir sous vos yeux des miracles et des prodiges vous ne croyez pas!» — « Viens, Seigneur, reprit cet oflicier du roi, avant que mon enfant meure!» — Jésus lui répondit : « Va, ton fils vit.» Cet homme crut à la parole que lui avait dite Jésus et s’en alla. Il était déjà en route lorsqu'il rencontra ses serviteurs! qui lui annoncèrent que son enfant était vivant. Il leur demanda à quelle heure l'enfant s’était senti mieux. «Hier, répondirent-ils, à la septième heure ? la fièvre l’a quitté.» Le père constata que c'élait à cette heure même que Jésus lui avait dit: «Ton fils vit.» Dès lors il devint croyant, ainsi que tous ceux de sa maison. C'était un nouveau miracle, le second que fit Jésus à son retour de Judée en Galilée. Après cela, vint une fête ὁ des Juifs et Jésus monta à Jérusalem. Or, il s’y trouve près de la Porte-des-Brebis une piscine (le mot hébreu est Bethzatha “); elle ἃ cinq portiques sous lesquels étaient étendus une multitude de malades : aveugles, estropiés, perclus ὅ. ΠῚ y avait là un homme dont la maladie remontait à trente-huit ans. Le voyant couché et sachant qu'il était là depuis longtemps, Jésus lui dit: « Veux-tu être guéri? » — «Seigneur, lui répondit le malade, je n'ai personne pour me jeter dans la piscine lorsque 1 Grec : esclaves. 2 Une heure de l'après-midi. 3 Quelques anciens manuscrits lisent : Après cela vint la fête des Juifs, c’est- à-dire la fête par excellence, la Pâque. 4 On (d’après d’autres manuscrits) : Béthesda. Le passage qui forme dans les versions ordinaires la fin du verset 3 et le verset 4 ne se trouve dans aucun manuscrit autorisé : 115 attendaient l'agitation de l’eau; à certains moments, en effet, un ange descendait dans la piscine et mettait l’eau en mouvement, et le premier qui entrait dans la piscine après ce bouillonnement de l’eau était guéri, quelle que fût sa maladie. 19 47, 4 QD D = 17 18 990 LE NOUVEAU TESTAMENT l’eau vient à bouillonner !. Pendant que j'y vais, un autre y descend avant moi.» Jésus lui dit: «Lève-toi, prends ton grabat et marche.» Cet homme fut immédiatement guéri?; 1l prit son grabat; il marchait. Or ceci se passait en un jour de sabbat. Alors les Juifs s’adressèrent à l’homme guéri : «C'est le jour du sabbat; il ne t'est point permis d’emporter ce grabat.» Il leur répliqua : «Celui-là mème qui m'a guéri m'a dit: «Prends ton grabat et marche.» — «Quel est cet homme, lui demandèrentls, qui (᾽ἃ dit de le prendre et de marcher?» Mais l'homme guéri * ne savait pas qui c'était; Jésus, d’ailleurs, s'était retiré parce qu'il y avait foule en ce lieu. Quelque temps après Jésus rencontra cet homme dans le Temple et lui dit : «Te voilà guéri; ne pèche plus de peur qu'il ne t’arrive quelque chose de pire.» Cet homme s’en alla dire aux Juifs que c'était Jésus qui l'avait guéri. Et c'est parce que Jésus agissait de la sorte le jour du sabbat, c’est pour cela même que les Juifs le pour- suivaient. Mais lui, il leur dit: « Mon Père jusqu'à présent agit, et moi aussi j'agis *. » | Là-dessus, les Juifs cherchaient d'autant plus à le faire mourir; non seulement parce qu'il annulait le sabbat, mais parce qu'en outre il disait que Dieu était son propre Père, se faisant l’égal de Dieu. Jésus alors leur adressa ces paroles : «En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même; il ne fait que ce qu'il voit faire au Père. En effet, tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait également; car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait; et il lui montrera des œuvres plus grandes que celles-ci, pour que vous soyez remplis d’admiration. 1 ΤΠ s’agit évidemment ici d’une source intermittente, ayant le plus d'efficacité au moment où elle jaillit. 2 Quelques anciens manuscrits omettent immédiatement. 3 Quelques anciennes autorités lisent : l’homme malade. 4 C'est-à-dire : Mon action est incessante comme celle de mon Père et ne s'arrête pas plus que la sienne, le jour du sabbat. À chaque instant il agit, et j’agis aussi. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 9291 De même, en effet, que le Père ressuscite les morts et vivifie, de 24, 5 même le Fils vivifie qui il veut. Car le Père ne juge qui que ce soit; 99 mais il ἃ remis au Fils tout le jugement afin que tous honorent le 93 Fils comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père qui l’a envoyé. » «En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma 2 parole et croit à Celui qui m'a envoyé, possède une vie éternelle et ne comparait point en jugement: de la mort il est passé à la vie. En vérité, en vérité, je vous le dis, il vient une heure, et elle est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront. Car, comme le Père a la 96 vie en soi, ainsi il a donné au Fils d’avoir la vie en soi, etilluia 97 donné la puissance d'exercer un jugement, parce qu'il est fils d'homme. Ne vous étonnez pas de cela; car il vient une heure! 98 où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix, eten 2 sortiront; ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour vivre, et ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour être jugés ?. » «Je ne puis, moi, rien faire de moi-même; comme j'entends, 30 je Juge, el mon jugement est Juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m'a envoyé. » «Si c'est moi qui me rends témoignage à moi-même, mon 31 témoignage n'est pas véridique. Il en est un autre qui me rend 389 témoignage, et le témoignage qu'il me rend est, je le sais, véridique. » ε9 Qt « Vous vous êtes adressés à Jean, et il a rendu témoignage ἃ la 88 vérité. Quant à moi, ce n’est pas le témoignage qui vient d’un 84 homme que j'accepte, mais j'en parle afin que vous soyez sauvés. Il était lui le flambeau qui brûle et qui brille et, à sa clarté, vous 35 vous êtes plu un moment à vous réjouir. » «Quant à moi, j'ai le témoignage qui est plus grand que celui 56 de Jean; car j'ai les œuvres que le Père m’a donné d'accomplir; 1 On peut traduire aussi: Ne vous éfonnez pas de ceci : il vient une heure... etc., ou encore: Vous étonnez-vous de ceci qu’il vient une heure... etc. 2? Grec: en résurrection de vie et: en résurrection de jugement. 5 Quelques anciens manuscrits lisent : vous le savez. 5, 37 4 σι 299 LE NOUVEAU TESTAMENT ce sont ces œuvres mêmes, celles que je fais, qui rendent témoi- gnage de moi et attestent que le Père m'a envoyé. » «De plus, le Père qui m’a envoyé a, lui aussi, rendu témoignage de moi. Vous n'avez jamais ni écouté sa voix ni contemplé sa face, et sa parole vous ne l’avez pas demeurant en vous, PU τοὺ vous ne croyez pas à celui qu'Il ἃ envoyé. » «Vous scrutez les Écritures, parce que vous pensez y trouver la vie éternelle, et elles aussi, elles me rendent témoignage. » « Et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ! » «La gloire qui vient des hommes, je ne l’accepte pas; mais je vous connais pour n'avoir pas l'amour de Dieu en vous : moi, qui suis venu au nom de mon Père, vous ne me recevez pas! Qu'un autre se présente en son propre nom, et vous le recevrez! » «Comment pourriez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres et ne recherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul?? Ne pensez pas que, devant le τ ce Soit MOI qui vous accuserai. Votre accusateur c'est Moïse en qui vous mettez votre espoir. Car si vous croyiez à Moïse, vous croiriez à moi-même; en effet, c'est de moi que parlent ses écrits; mais si vous ne croyez pas à ce qu'il ἃ écrit, comment croirez-vous à mes paroles ?» Ensuite Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée (ou de Tibériade). ΠῚ était suivi d’une foule immense, attirée par les mi- racles qu'il opérait sur les malades. Il gravit la montagne et y fit sa demeure * ainsi que ses disciples. C'était aux approches de la fête juive de la Pàâque. Ayant levé les yeux, Jésus aperçut l'immense foule qui venait à lui, et dit à Philippe : «Où achèterons-nous des pains # pour leur donner à manger?» (II lui parlait ainsi pour le mettre à l'épreuve; car, lui, 1l savait ce qu'il allait faire.) «Pour que chacun en 1 Cest-à-dire : je constate seulement que vous n'avez pas l'amour de Dieu en vous, puisque moi qui suis venu, etc. ? On peut traduire aussi: de Celui qui seul est Dieu. 5 Ily fit sa demeure. Voir note sur Matth. 5, 1. 4 Voir note sur Matth, 14, 17. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 993 eût tant soit peu, lui répondit Philippe, deux cents deniers! de pains seraient insuflisants.» L'un des disciples (c'était André, le frère de Simon Pierre) dit à Jésus : «Il y a ici un petit garçon qui ἃ cinq pains d'orge et deux poissons; mais pour une pareille foule qu'est-ce que cela?» — «Faites asseoir ces gens», dit Jésus. En ce lieu-là, l'herbe était abondante. Les hommes s’assirent au nombre d'environ cinq mille. Jésus prit alors les pains, prononça l’action de grâces et les distribua à ceux qui étaient assis ; 1l fit de même avec les poissons; ils en eurent autant qu'ils en voulaient. Quand tous furent rassasiés, il dit à ses disciples : «Ramassez, pour que rien ne se perde, les morceaux qui sont restés. » Ils les ramassèrent donc; et, avec ces morceaux des cinq pains d'orge, avec ce superflu du repas, ils remplirent douze paniers. Tous ces gens, s’apercevant qu'il avait fait un miracle?, disaient: «C’est vraiment là le prophète qui doit venir dans le monde.» Sachant alors qu'ils allaient l'enlever de force pour le faire roi, Jésus se retira de nouveau, lui seul, dans la montagne. Quand vint le soir, ses disciples redescendirent vers la mer; ils montèrent dans une barque et entreprirent la traversée dans la direction de Capharnaüm. Il faisait déjà nuit 4, Jésus ne les avait pas encore rejoints, et la mer s’enflait au soufile d’un grand vent. Les disciples avaient parcouru environ vingt-cinq ou trente stades ὅ, quand ils aperçurent Jésus, marchant sur la mer et s’ap- prochant de la barque. L'’épouvante les saisit, mais Jésus leur dit : «C’est moi, soyez sans crainte.» [15 voulurent alors le recevoir dans la barque, et tout aussitôt elle se trouva à terre, là où ils allaient. 1 Deux cents deniers : Voir note sur Marc 6, 37. ? Quelques anciens manuscrits lisent : des miracles. # Un des plus anciens manuscrits, au lieu de : se retira, lit: s'enfuit. 4 Au lieu de: Il faisait déjà nuit, quelques anciens manuscrits lisent: La nuit les surprit. 5 Le stade valait environ 190 mètres; de 25 à 30 stades faisaient donc de 4 kilomètres 750 mêtres à 5 kilomètres 700 mètres. Le lac de Tibériade a de 20 à 24 kilomètres de longueur et de 12 à 16 de largeur. 16 10 11 42 19 14 19 20 6, 22 [Se] -1 204 LE NOUVEAU TESTAMENT Le lendemain, les multitudes, restées de l’autre côté de la mer, remarquèrent que Jésus n’était pas entré avec ses disciples dans la seule et unique barque qui füt là, et que ceux-ci étaient partis seuls. D'autres bateaux cependant arrivèrent de Tibériade près de l'endroit où, à la suite de l’action de grâces du Seigneur, tous avaient élé nourris. Les multitudes, qui finirent par se convaincre que, de même que ses disciples, Jésus n’était plus là, montèrent dans ces embar- cations pour aller le chercher à Capharnaüm. Et l'ayant en effet trouvé sur l’autre rive, elles lui demandèrent: «Rabbit, quand es-tu venu Ici? » Jésus leur répondit par ces paroles: «En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez non pas à cause des miracles que vous avez vus, mais à cause des pains dont vous avez été nourris et rassasiés. Travaillez à acquérir, non l'aliment qui périt, mais l’aliment qui subsiste en vie éternelle, et que le Fils de l'homme vous donnera, le Fils de l’homme que le Père, que Dieu ἃ marqué de son sceau. » «Que devons-nous faire, lui dirent-ils, pour travailler aux œuvres de Dieu?» | Jésus leur répondit par ces paroles : «L'œuvre de Dieu est d’avoir foi en celui qu'Il ἃ envoyé. » Alors ils lui demandèrent: «Quel est le miracle ? que tu fais afin que nous le voyions et que nous ayons foi en toi? Quelle est l’œuvre que tu accomplis? Nos pères ont mangé la manne dans le désert comme cela est écrit: QE leur donna à manger un pain qui vient du ciel*. » «Le pain qui vient du ciel, leur répondit Jésus, en vérité, en vérité, je vous le dis, Moïse ne vous l’a pas donné: mais c’est mon Père qui vous donne le pain qui vient du ciel, le pain véri- 1 Rabbi, c’est-à-dire Maître. 2? Le mot miracle peut se traduire aussi par signe. Il a évidemment ce sens spécial ici : Quel est le signe que tu nous présentes ? 8 Psaume 78, 24 (Exode 16, 15). ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 995 table. Le pain de Dieu est, en effet, celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. ». «Seigneur, lui demandèrent-ils, donne-nous toujours ce pain-là. » Jésus leur dit alors: «C’est moi qui suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n'aura Jamais faim; celui qui croit en moi n'aura jamais soif. Mais je vous l’ai dit: Bien que vous m’ayez vu!, vous ne Croyez pas. » «A moi viendra tout ce que le Père me donne, et celui qui vient à moi je ne le repousserai point au dehors; car je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. Or, la volonté de Celui qui m'a envoyé, c’est que je ne perde rien de ce qu’il m'a donné, mais que je ressuscite tout au dernier jour. Oui, la volonté de mon Père c'est que quiconque contemple le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et moi-même je le ressusciterai au dernier jour. » Cependant les Juifs murmuraient contre cette parole de lui : «C’est moi qui suis le pain descendu du ciel.» — «Est-ce que ce n’est pas là Jésus, le fils de Joseph, disaient-ils, Jésus dont nous connaissons le père et la mère? Comment cet homme peut-il dire: «je suis descendu du ciel?» Jésus leur répondit par ces paroles: «Ne murmurez pas entre vous; nul ne peut venir à moi, sans être attiré par le Père qui m'a envoyé, et c'est moi qui ressusciterai celui-là au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : « {ls seront tous enseignés de Dieu?.» «Quiconque ἃ entendu le Père * et a appris*, vient à moi. Non que quelqu'un ait vu le Père, sauf celui qui est de la part de Dieu 5. lui, il a vu le Père. » «En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit a la vie 1 Quelques anciens manuscrits lisent : vous ayez vu. 2 Ésaïe 54, 13. 3 Grec: a entendu du Père, de la part du Père, comme dans le chap. 1, v. 14, où nous avons traduit : envoyé par le Père. 4 À appris, C'est-à-dire : s’est laissé instruire par lui, l’a compris. 5 Un des plus anciens manuscrits lit: ait vu Dieu. 5 C'est-à-dire: qui vient de la part de Dieu. 39 40 4 42 43 44 46 #7 οτ [Re] 61 62 996 LE NOUVEAU TESTAMENT éternelle. Je suis, moi, le pain de la vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert; puis ils sont morts. Voici le pain descen- dant du ciel, afin qu'on en mange et qu'on ne meure point!. Je suis, moi, le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain?, il vivra éternellement. Et le pain que je donnerai pour la vie du monde, c’est ma chair. » Il y eut alors un débat entre les Juifs; ils disaient : «Comment cet homme peut-il nous donner à manger sa chair?» «En vérité, en vérité, je vous le dis, reprit Jésus, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son sang, vous n’avez pas la vie en vous-mêmes. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est une vraie nourriture, et mon sang est un vrai breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang de- meure en moi et moi en lui. De même que Celui qui est vivant, le Père, m'a envoyé et que, moi, je vis par le Père*, de même aussi celui qui me mange vivra par moi “. Tel est le pain descendu du ciel°. Il n'en est pas de lui comme de la manne dont se nourrirent vos pères, lesquels sont morts ensuite. Celui qui mange ce pain-ci vivra éternellement. » Telles furent les paroles de Jésus enseignant dans la synagogue à Capharnaüm. Après les avoir entendues, plusieurs de ses disciples dirent : «C’est dur à accepter ce qu'il dit là ! Qui peut écouter ces paroles ? » Sachant en lui-même les murmures de ses disciples à ce sujet, Jésus leur dit: «Cela vous scandalise 7! Et si vous voyiez le Fils de l’homme montant là où il était auparavant! C’est l'Esprit qui 1 On peut traduire aussi: Tel est le pain qui descend du ciel, que, en en mangeant, on ne meurt point. 2 Quelques anciens manuscrits lisent : de mon pain. 3 Par le Père, à cause du Père; mais on peut traduire aussi: en raison du Père, c’est-à-dire parce que le Père et le Fils ont les mêmes attributs et qu'ils sont uns. 4 Ou: en raison de moi, c’est-à-dire en tant qu'ù sera un avec moi. 5 Ou: Voici le pain descendu du ciel. 6 Ces mots : La manne, sont sous-entendus dans le texte. 7 Voir sur le mot scandaliser note sur Matth. 18, G. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 907 vivifie; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et sont vie. Mais il en est parmi vous quelques-uns qui ne croient pas!» (Des le commencement, en effet, Jésus savait quels étaient ceux qui ne croyaient point, et quel était l’homme qui le livrerait.) «Voilà pourquoi, ajoutait-il, je vous ai dit que nul ne peut venir à moi, à moins que cela ne lui soit donné par le Père. » Ce fut alors qu’un grand nombre de ses disciples se retirèrent ; ils ne furent plus de sa suite; ils ne marchaient plus avec lui. «Et vous, voulez-vous aussi vous en aller?» dit Jésus aux douze. Simon Pierre lui répondit: «Seigneur, à qui irions-nous? tu as des paroles de vie éternelle, et nous, nous avons cru et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu!.» Jésus reprit: «N'est-ce pas moi qui vous ai choisis tous les douze? eh bien, l’un de vous est un démon ? !» Il parlait de Judas, fils de Simon, l’Iskariôte ÿ. C'était lui, en effet, qui devait le livrer, lui, l’un des douze. Jésus, après ces choses, parcourait la Galilée, ne voulant pas voyager en Judée, où les Juifs cherchaient à le faire périr. La fête juive dite des Tabernacles approchait cependant, et ses frères lui dirent : «Pars de ce pays-ci, transporte-toi en Judée, afin que les disciples que tu y comptes voient, eux aussi, les œuvres que tu accomplis. On n’agit pas en cachette quand on veut se faire connaître ; si réellement tu fais ces choses, manifeste-toi toi-même au monde!» (En effet, ses frères non plus ne croyaient pas en lui.) 5 Jésus leur répondit: «Mon temps, à moi, n’est pas encore venu; pour vous, que le monde ne peut haïr, le moment est 1 Le texte traditionnel : que tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant, ne se trouve pas dans les meilleurs manuscrits. ? Grec : l’un de vous est un diable! 5 C'est-à-dire l’homme de Kariôth (village de la Judée). Voir note sur Matth. 10, 4. 64, 6 4 Qt [ep] "1 10 13 1% 19 998 LE NOUVEAU TESTAMENT toujours opportun; mais le monde me hait, moi, parce que je rends de lui le témoignage que ses œuvres sont mauvaises. Rendez- vous à la fête!; quant à moi, je ne vais pas à cette fête?, parce que mon temps n’est pas encore accompli. » Cela dit, il demeura en Galilée. Puis, lorsque ses frères furent partis pour la fête, lui-même s’y rendit aussi, mais ce n’était pas d’une façon ostensible, c'était comme en cachette. Pendant la fête, cependant, les Juifs s’informaient de lui: QOù donc est-il», demandait-on. Dans la foule, une quantité de bruits couraient sur lui: «C’est un homme de bien», disaient ceux-ci. « Nullement, c’est tout le contraire», disaient ceux-là, al égare la foule»; mais personne, par crainte des Juifs, n’osait s'exprimer tout haut sur son compte. On était déjà au milieu de la fête, lorsque Jésus monta au Temple; 11 se mit à enseigner au grand étonnement des Juifs. «Comment, disaient-ils, cet homme est-il si instruit 4, lui qui n’a pas étudié? » Jésus leur répondit par ces paroles: «Mon enseignement n'est pas de moi”, mais de Celui qui m’a envoyé. Si quelqu'un veut faire sa volonté, il saura si mon enseignement est de Dieu © ou si je parle de mon chef. L’homme qui parle de son chef poursuit sa gloire propre; mais l’homme qui poursuit la gloire de celui qui l’a envoyé, est véridique, lui, et il n’y a en lui aucun manque de droiture. N'est-ce pas Moïse qui vous ἃ donné la Loi? Et aucun de vous ne la met en pratique! Pourquoi cherchez-vous à me tuer?» 1 Grec : Montez à lu fête. On disait: Monter à Jérusalem, monter au Temple, parce que Jérusalem et le Temple étaient bâtis sur des montagnes, 2? Plusieurs anciens manuscrits lisent : je ne vais pas encore à cette fête. 3 Deux anciens manuscrits omettent comme et lisent : c'était en cachette, 4 Littéralement : comment sait-il les lettres? c’est-à-dire comment est-il lettré? La traduction ordinaire : comment connaît-il les Écrituwres? est fautive. Il faut remarquer toutefois que l'instruction dont parlent ici les Juifs se rap- portait avant tout à l’étude des Écritures. 5 Cest-à-dire ne vient pas de moi. ὁ Cest-à-dire vient de Dieu. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 299 La foule répondit: «Tu es possédé d’un démon; qui est-ce qui cherche à te tuer ? » Jésus répliqua par ces paroles: «Une seule œuvre ! accomplie par moi, vous ἃ tous surpris ?. Moïse vous ἃ donné la circoncision (elle n’a pas été instituée par Moïse, elle vient des patriarches), cette circoncision vous la pratiquez le jour du sabbat. Eh bien, si on peut, pour ne pas violer la loi de Moïse, pratiquer la circonci- sion le jour du sabbat, pourquoi vous irriter contre moi pour avoir, ce même jour de sabbat, rendu un homme entièrement sain? Ne jugez pas sur l’apparence; jugez au contraire suivant la justice. » Parmi les habitants de Jérusalem quelques-uns disaient : « N'est-ce point cet homme que l’on cherche à faire périr? Le voici qui parle en toute liberté, et on ne lui dit rien! Les autorités ὃ auraient-elles vraiment reconnu qu'il est le Christ? Nous savons pourtant d’où est celui-ci; or quand le Christ vient, personne ne sait d’où il est 4. » Alors Jésus, qui enseignait dans le Temple, s’écria: «Vous me connaissez! vous savez d’où je suis! mais je ne suis pas venu de moi-même. Il y en ἃ un qui réellement m'a envoyéf, et Celui-là vous ne le connaissez pas! Moi je le connais, parce que je viens de lui et que c’est lui qui m'a envoyé.» Là-dessus, ils cherchèrent à l'arrêter; personne toutefois ne porta la main sur lui, parce que son heure n’était pas encore venue. Dans la foule un grand nombre crurent en lui. «Lorsque le 1 11 s’agit sans doute ici de la guérison du malade de Béthesda , chapitre 5, 1 et suiv. ? Plusieurs anciens manuscrits ajoutent : voilà pourquoi. On peut alors tra- duire : j'ai accompli une seule œuvre et voilà pourquoi vous êtes surpris. On peut. aussi, d’après une autre ponctuation, placer ces deux mots au cômmence- ment de la phrase suivante : Voilà pourquoi Moïse vous a donné la circon- cision. 5 Littéralement : les chefs, c'est-à-dire les membres du Sanhédrin qui exer- çaient la justice. 4 Nous conservons ici le temps présent qui est dans le grec, mais le sens est évidemment futur : quand le Christ viendra, personne ne saura d'où il est. C'est-à-dire de mon propre chef. 5 C'est là ma vraie origine. [Re] Ὁ" 90 91 1: 32 99 94 90 97 98 99 300 LE NOUVEAU TESTAMENT RP ES νι RE Christ viendra, disaient-ils, fera-t-il plus de miracles que n'en ἃ fait cet homme-là 12» Les Pharisiens entendirent ces rumeurs de la foule; aussi, de concert avec les chefs des prêtres, envoyèrent-ils des agents pour l'arrêter. Jésus dit alors: «Je suis encore avec vous pour un peu de temps; après quoi je retourne à Celui qui m’a envoyé. Vous me chercherez et vous ne me trouverez pas et, au lieu où je suis?, vous ne pouvez venir. » Les Juifs se demandaient entre eux: «Où donc va-t-il aller, que nous ne le trouverons pas? Va-t-il aller chez les disséminés , parmi les païens et instruire les païens 4? Qu'est-ce que ce mot qu'il ἃ prononcé : «vous me chercherez et vous ne me trouverez pas; et au lieu où je suis® vous ne pouvez venir. » Durant le dernier jour de la fête, qui en est le plus solennel, Jésus, se tenant debout, s’écria : «Si quelqu'un ἃ soif, qu'il vienne à moi6 et qu'il boive! Comme dit l’Écriture: «Du sein de celui qui croit en moi jailliront des fleuves d'eau vive7. » Il disait cela de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui. En effet, il n’y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n’était pas encore glorifié. 1 Deux anciens manuscrits et quelques anciennes autorités lisent: que n’en fuit. ? Où je suis, c’est-à-dire où je serai. On peut traduire aussi, d’après une autre ac centuation du mot grec qui en fait un autre verbe : au lieu où je vais, vous ne pouvez venir. 3 On appelait disséminés (littéralement ceux de la dispersion) les Juifs qui habitaient à l'étranger, hors de Palestine, en terre païenne. Voir Épitre de Jacques 1, 1 et pr emière Épitre de Pierre 1, : 4 Le mot que nous rendons deux fois par paiens signifie Les Grecs. Œétait le terme usité chez les Juifs pour désigner les païens, parce qu'ils parlaient géné- ralement la langue grecque; mais tous n'étaient pas de nationalité grecque. Voir Épître aux Romains 1, 16. 5 Voir note sur le verset 34. 6 Deux des plus anciens manuscrits omettent à moi et lisent: ἊΝ il vienne οἱ qu'il boive ! 7 Ce passage ne se trouve pas dans l'Ancien Testament. Il est possible cepen- dant qu’il soit une réminiscence de Zaccharie 14, 8. (Voir aussi Ésaïe 58, 11). # Quelques anciens manuscrits lisent : qui croyaient en lui. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 301 Dans la multitude, ceux qui avaient entendu ces paroles disaient: «C'est vraiment le prophète!» d'autres: «C’est le Christ!» d’autres encore: «Est-ce que le Christ doit sortir de la Galilée? Est-ce que l'Écriture ne dit pas que le Christ sortira! de la famille de David et du village de Bethléem d’où était David? » On était donc dans le peuple fort divisé à son sujet. Un certain nombre d’entre eux voulaient l'arrêter; mais aucun ne porta la main sur lui. Les agents retournèrent auprès des chefs des prêtres et des Pharisiens. «Pourquoi ne l’avez-vous pas amené!» demandèrent ceux-ci. À quoi les agents répondirent: «Jamais homme n’a parlé comme parle cet homme?.» — «Vous êtes-vous aussi laissé séduire? » leur dirent les Pharisiens. «Est-ce qu'il y ἃ un seul personnage ayant autorité qui ait cru en lui? Est-ce qu'il y ἃ un seul Pharisien? Il n’y ἃ que cette maudite populace qui n'entend rien à la Loi!» Nicodème, un des leurs, celui qui était venu à Jésus tout d'abord, leur dit: «Est-ce que notre Loi juge un homme sans qu'il soit entendu et sans qu’on se soit rendu compte de ses actes ? » Is lui répondirent ainsi: «Serais-tu, toi aussi, de la Galilée? informe-toi, et tu verras que de la Galilée ne surgit pas de pro- phète. » Jésus 4 leur parla de nouveau disant: «Je suis la lumière du 1 Grec: vient. Le présent pour le futur. 2 Un des plus anciens manuscrits et quelques anciennes autorités lisent : Jamais homme n’a ainsi parlé. 5 Quelques anciens manuscrits et quelques anciennes autorités omettent celui qui était venu à Jésus lout d’abord. Ὁ Le récit suivant, qui forme dans les traductions ordinaires du Nouveau Tes- tament le dernier verset du chapitre ‘7 et les onze premiers versets du cha- pitre 8, manque dans tous les plus anciens et les meilleurs manuscrits: 40, 7 43 44 42, 8 Après quoi, chacun d'eux retourna à sa maison; quant à Jésus, 11 alla 53, ΤΙ: 4, 8 9 au mont des Oliviers. Au point du jour, il revint au Temple. [Tout le peuple accourait à lui. Jésus s'était assis et enseignait], lorsque les Scribes et les Pharisiens lui amenèrent une femme qu'on avait surprise en adultère et la placèrent au milieu de tout le monde. Maître, dirent-ils à désus, cette femme a été saisie en flagrant délit d'adultère. Or, dans la Loi, Moïse [nous] a “ 9 ά D 10 1 302 LE NOUVEAU TESTAMENT monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres; mais il aura la lumière de la vie.» Alors les Pharisiens lui dirent: «C’est toi-même qui témoignes de toi-même, ton témoignage n’est pas valable. » Jésus leur répondit par ces paroles : «Bien que je sois à moi- même mon propre témoin, mon témoignage est valable, parce que je sais d'où je suis venu et où je vais. Vous, vous ne savez ni d'où je viens, ni où je vais. Vous, vous jugez selon la chair, moi, je ne juge personne. Et s’il m'arrive de juger, mon jugement est véritable ?, parce que je ne suis pas seul, mais avec moi est le Père ὃ qui m'a envoyé, et il est écrit dans votre Loi que le témoignage de deux personnes est valable. Or il y ἃ moi qui me rends témoignage à moi-même, et il y a le Père qui m'a envoyé, et qui, lui aussi, me rend témoignage. » — «Ton père, lui disaient- ils alors, où est-il? » — « Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père, répondit Jésus; si vous me connaissiez, vous connaîtriez égale- ment mon Père. » ΠῚ prononça ces paroles dans le Trésor *, lorsqu'il enseignait au Temple. Personne ne l’arrêta, parce que son heure n'était pas encore venue. ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, quel est ton avis? [Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve et avoir un prétexte à accusation.] Quant à Jésus, il s'était baissé et il écrivait sur le sol avec son doigt. Geux qui l'interrogeaient ayant persisté, il se releva et [leur] dit : «Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la pierre le premier.» Puis se penchant de nouveau, il continua d'écrire sur le sol. Mais, en entendant cette réponse, ils sortirent un ἃ un, à commencer par les plus âgés. Et [Jésus] resta seul avec ἴα femme, toujours là, au milieu. Alors il se leva et 1 lui dit : « Femme, où sont-ils [tes accusateurs]? Est-ce qu'aucun ne l'a condamnée?» — « Auèun, Seigneur», répondit-elle. Jésus lui dit: «Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et [désormais] ne pèche plus ?! 1 Selon la chaïr, d'une manière charnelle; c’est-à-dire votre jugement repose sur des considérations superficielles et erronées. 2 C'est-à-dire absolument juste. 3 Un des plus anciens manuscrits omet le Père et lit: Celui qui m'a envoyé. 4 Dans le Trésor, c'est-à-dire près des troncs destinés à recevoir les offrandes des fidèles et placés, au nombre de treize, à l’entrée de la cour dite «cour des femmes ». 1 Plusieurs manuscrits ajoutent : ef ne voyant personne que la femme. 2 Los mots que nous avons insérés entre crochets manquent dans les manuscrits lés plus autori- sés parmi ceux qui renferment ce passage, ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 303 I1 leur dit encore : «Je m'en vais; vous me chercherez et vous mourrez dans votre péché. Au lieu où je vais, vous ne pouvez venir.» — «Est-ce qu’il se donnera la mort; se demandaient les Juifs, puisqu'il dit : «Au lieu où je vais, vous ne pouvez venir!» Jésus reprit: «Vous, vous êtes d’en bas; moi, je suis d’en haut; vous, vous êtes de ce monde; moi, je ne suis pas de ce monde. Aussi vous ai-je dit que vous mourrez dans vos péchés; car si vous ne croyez pas que c'est moi... vous mourrez dans vos péchés. » «Qui donc es-tu?» demandèrent-ils. Jésus leur répondit: «Avant tout, je suis ce que je vous dis?. J'ai, sur vous, beaucoup à dire, j'ai beaucoup à juger, mais Celui qui m'a envoyé est véridique, et ce que j'ai entendu auprès de lui, je le proclame dans le monde. » Comme ils ne comprenaient pas qu'il leur parlait du Père, 1] ajouta : «Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous reconnaîtrez que c'est moi ...... vous reconnaitrez que je ne fais rien de moi-même, mais que je parle d’après les enseignements du Père. Celui qui m’a envoyé est avec moi; il ne m'a pas laissé _seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. » Pendant qu'il parlait ainsi, plusieurs crurent en lui. Or, à ces Juifs qui avaient eu foi en lui, Jésus disait: « 51 vous demeurez dans ma parole, vous êtes véritablement mes disciples; vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres. » Hs lui répliquèrent : « Nous sommes du sang d'Abraham et nous n'avons jamais été les esclaves de qui que ce soit. Comment dis-tu : « Vous deviendrez libres. » Jésus leur répondit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, qui- 1 Sous-entendu : qui suis celui qui doit venir, le Messie, le Sauveur. Voir la même expression 13, 19. 2 On peut traduire aussi: Je suis précisément ce que je vous dis. Ge passage est difficile à traduire; mais l'interprétation ordinaire : ce que je vous dis depuis le commencement, nous paraît fautive. 3 Même note que sur le verset 24, 28 29 90 8, 35 41 PS ES 304 LE NOUVEAU TESTAMENT conque commet le péché est l’esclave du péché; or ce n'est pas pour toujours que l’esclave demeure dans la maison, le Fils y demeure toujours; si donc le Fils vous affranchit, vous serez véritablement librest. Je sais que vous êtes de la descendance d'Abraham; mais, parce que ma parole n'a pas prise sur vous ?, vous cherchez à me faire périr. Ce que j'ai vu auprès du Père, moi, Je le dis; ce que vous avez appris de votre père, vous, vous le faites. » Ils répondirent par ces paroles : «Notre père à nous, c'est Abraham. » «Si vous étiez enfants d'Abraham, leur dit Jésus, vous feriez les œuvres d'Abraham ὃ; au lieu de cela, vous cherchez à me mettre à mort, moi, un homme qui vous ai dit la vérité, que j'ai entendue auprès de Dieu. Cela, Abraham ne l’a pas fait. Vous, vous faites les œuvres de votre père. » «Nous ne sommes pas le produit de quelque fornication, répli- quèrent-ils, nous avons un seul Père : Dieu. » «Si Dieu était votre Père, reprit Jésus, vous m'aimeriez! car de Dieu je suis sorti et je viens; ce n’est pas, en effet, de moi-même que je suis venu; mais c’est lui qui m'a envoyé. Pourquoi ne reconnaissez-vous pas mon langage? parce que vous ne pouvez entendreÿ ma parole. Vous avez le diable pour père, et c’est aux convoitises de votre père que vous voulez obéir. Dès le commencement, celui-là fut homicide, et il ne se tient pas5 dans la vérité, parce qu'il n'y ἃ point de vérité en lui. 1 C'est-à-dire : Le pécheur est esclave; étant esclave, il n’a pas plus de droit à demeurer dans la maison de Dieu et à participer à l'héritage céleste qu’un esclave sur la terre n’a ce droit dans la maison de son maître. Le Christ seul qui est le Fils a droit à demeurer dans la maison du Père, et lui seul peut octroyer à l’esclave du péché l’affranchissement qui le rend véritablement libre ; il deviendra ainsi fils à son tour. 2 Littéralement : ne fait pas de progrès en vous. 3 Plusieurs anciens manuscrits lisent : Si vous êtes enfants d'Abraham, faites les œuvres d'Abraham. 4 C'est-à-dire mon enseignement. 5 C'est-à-dire comprendre. 6 Il ne se tient pas. Le verbe grec est au passé; mais ce passé signifie: ü ne s'est pas placé et il ne reste pas; il faut donc le rendre par le présent. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 305 Quand il profère le mensonge, il parle de son propre fond, étant menteur et père du mensonge. Quant à moi, c'est parce que je dis la vérité que vous ne me croyez pas. Qui de vous me con- vaincra de péché? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas? Celui qui est de Dieu, entend! les paroles de Dieu. Voici pourquoi vous, vous n'entendez pas?: c’est que vous n'êtes pas de Dieu. » Les Juifs lui répondirent par ces paroles : «N’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et un possédé du démon?» «Je ne suis pas un possédé du démon, répliqua Jésus, mais j'ho- nore mon Père, et vous, vous me déshonorez. Pour moi, je ne cherche pas ma gloire; il est quelqu'un qui la cherche et qui juge. En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. » «Nous sommes maintenant convaincus, lui dirent les Juifs, que tu es possédé du démon. Abraham est mort ainsi que les prophètes, et toi, tu dis: «Si quelqu'un garde ma parole, il ne goûtera jamais la mort. » Es-tu plus grand que notre père Abraham qui est mort? que les prophètes, qui sont morts? Qui prétends-tu être?» Jésus répondit : «Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien. C’est mon Père qui me glorifie, mon Père dont vous dites qu'il est votre Dieu ὃ, et que vous ne connaissez pas; pour moi, je le connais entièrement. Et si je disais que je ne le connais pas entièrement“, je serais comme vous, un menteur; mais je le connais entièrement # et je garde sa parole. Abraham votre père ἃ tressailll de joie dans l'espoir de voir mon jour; il l’a vu et 1] ἃ été dans la joie. » «Tu n’as pas encore cinquante ans, repartirent les Juifs, et tu as vu Abraham!» Jésus leur dit: «En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, moi, je suis. » 1 C'est-à-dire comprend. 2 C'est-à-dire vous ne comprenez pas. 3 Quelques anciens manuscrits lisent : dont vous dites : il est notre Dieu, 4 Grec: je le suis, ce que nous exprimons par : je le connais entièrement. 20 45, 8 σι Qt 98 8, 59 10 11 Los) 306 LE NOUVEAU TESTAMENT Alors ils prirent des pierres pour les lui jeter; mais Jésus se cacha et sortit du Temple. Il vit, en passant, un aveugle de naissance. Ses disciples l’inter- rogèrent : «Rabbi, lui dirent-ils, est-ce le péché de cet homme, ou celui de ses parents, qui l’a fait naître aveugle? » Jésus répondit : «Ni lui, ni ses parents n’ont péché, mais il est aveugle ! pour que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. Il faut, pendant qu'il est jour, que j'accomplisse ? les œuvres de Celui qui m'a envoyé. La nuit arrive, où personne ne peut tra- vailler. Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » Ayant ainsi parlé, il cracha à terre; et, formant de la boue avec sa salive, il étendit cette boue sur les yeux de l’aveugle; puis il lui dit: «Va te laver à la piscine de Siloam # (mot qui signifie : Envoyé).» L’aveugle alla se laver et revint voyant clair. | Les voisins et les gens qui auparavant l'avaient remarqué, quand il demandait l’'aumône, disaient: «N'est-ce pas là l’homme qui était assis et mendiait?» — «C'est bien lui», répondaient les uns. — «Nullement! aflirmaient les autres, c'est quelqu'un qui lui ressemble.» Lui, il disait: «C’est bien moi.» On lui demanda alors: «Comment tes yeux se sont-ils donc ouverts?» Il répondit : «Celui que l’on nomme Jésus ἃ fait de la boue; 11 l’a étendue sur mes yeux ; puis il m'a dit: « Va te laver à Siloam.» J’y suis allé ; je me suis lavé et j'y vois.» Ils lui demandèrent: «Et lui, où est-il?» — «Je n’en sais rien », répondit-1l. On conduisit aux Pharisiens cet aveugle guéri. Or c'était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. Les Pharisiens lui demandèrent à leur tour comment il avait recouvré la vue. «Il m'a mis de la boue sur les yeux, leur répondit-il; je me suis lavé et J'y vois. » 1 Ces mots: Ji est aveugle, sont sous-entendus dans le texte. 2 Quelques anciens manuscrits lisent: que nous accomplissions. 3 Les mêmes manuscrits lisent: qui nous « envoyés. 4 Nous orthographions ce mot d’après les plus anciens et les meilleurs manu- scrits. La forme traditionnelle Siloé est plus moderne. Voir Luc 18, 4. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 307 Là-dessus quelques-uns de ces Pharisiens dirent : «Cet homme n’est pas de Dieu, puisqu'il n’observe pas le sabbat.» Mais d’autres : «Comment un pécheur? peut-il faire de tels miracles? » Ils étaient en désaccord. Alors ils s’adressèrent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu'il (ἃ ouvert les yeux? » — «C'est un prophète», répondit-il. Ne croyant pas que cet homme avait été aveugle et qu'il avait recouvré la vue, les Juifs mandèrent son père et sa mère, et ils leur posèrent ces questions : «Est-ce bien là votre fils que vous dites être aveugle de naissance? Comment se fait-il qu’il y voie mainte- nant?» Ses parents répondirent par ces paroles : «Nous savons que c’est là notre fils; nous savons qu'il est né aveugle ; mais coin- ment il se fait qu'il y voie maintenant, nous ne le savons pas; quel est celui qui lui ἃ ouvert les yeux, nous ne le savons pas. Interrogez-le; 1l est d'âge à s'expliquer lui-même.» Les parents parlèrent ainsi par crainte des Juifs. Ceux-ci, en effet, avaient déjà décidé que quiconque reconnaîtrait que Jésus était le Christ, serait chassé de la synagogue. C’est pour cela que les parents dirent : « Il est d'âge à répondre, interrogez-le. » Alors les Pharisiens appelèrent pour la seconde fois l’homme qui avait été aveugle. «Rends gloire à Dieu! lui dirent-ils, nous savons que cet homme est un pécheur!#» Et lui, il répondit : «S'il est un pécheur*, je ne sais; je sais une chose: j'étais aveugle et maintenant je vois ! » — «Que t'a-t-1l fait? reprirent-ils ; comment t’a-til ouvert les yeux?» Il répondit: «Je vous l'ai déja dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous l’en- tendre encore? Voulez-vous, vous aussi, devenir ses disciples? » Alors ils l’accablèrent d’injures, disant : «C’est toi qui es son disciple; nous sommes, nous, disciples de Moïse; nous savons que Dieu ἃ parlé à Moïse; quant à cet homme, nous ne sawons d’où .1 Littéralement : de la purt de Dieu. ? Le mot pécheur signifie ici un homme qui n’observe pas la Loi, qui ne se laisse pas diriger par les Pharisiens, un homme qui ne pratique pas les rites du Judaïsme. Voir note sur Matth. 9, 10. Saint Paul (Galates 2, 15) emploie la même expression dans le même sens. 5 Un pécheur. Noir note sur le verset 16. 16, 9 17 18 19 9, 30 99 40 41 10, 1 308 LE NOUVEAU TESTAMENT il est.» — «Voici qui est fort étonnant, reprit l’aveugle guéri, vous ne savez d'où il est, alors qu'il m'a ouvert les yeux! Nous savons que Dieu n’écoute pas les pécheurs!; si, au contraire, quelqu'un craint Dieu et fait sa volonté, c’est celui-là que Dieu écoute. Jamais on n’a entendu dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d’un aveugle-né. Si cet homme n'était pas de Dieu?, il ne pourrait rien faire.» — «Tu es né dans le péché des pieds à la tête, lui répliquèrent-ils, et tu nous fais la leçon!» Et ils le jetèrent dehors. Jésus apprit qu'ils l'avaient ainsi chassé, et l’ayant rencontré, il lui dit : «Crois-tu au Fils de l’homme 3?» I] lui répondit par ces paroles : «Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui?» Jésus lui dit: «Tu l'as vu; celui qui te parle, c’est lui.» — «Je crois, Seigneur », dit alors cet homme en se prosternant devant lui. Et Jésus dit: «C'est pour un jugement“ que je suis venu dans ce monde; c'est pour que les aveugles voient et que ceux qui voient deviennent aveugles.» Ceux des Pharisiens qui étaient présents entendirent ce mot : «Et nous, demandèrent-ils, sommes- nous aussi des aveugles?» Jésus leur répondit: «Si vous étiez aveugles, vous ne seriez point coupables; mais comme vous dites à l'heure présente : «nous voyons», votre culpabilité reste entière 6. » «ÆEn vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre pas par la porte dans le bercail? des brebis, mais y monte de quelque autre côté, est un voleur et un brigand. Celui qui entre par la porte est 1 Les pécheurs. Voir note sur le verset 16. ? Grec: de la part de Dieu. 8 Plusieurs anciens manuscrits lisent: Fils de Dieu. # Pour un jugement, c’est-à-dire pour provoquer une crise, une séparation des hommes en deux classes, les voyants et les aveugles. 5 Littéralement : vous n’auriez point de péché. 6 Littéralement : votre péché reste. 7 Littéralement : La cour, l’enclos, ce que nous appelons aujourd’hui Le pare. On y réunissait les brebis de plusieurs troupeaux qui y passaient la nuit sous la garde d’un portier, pendant que les bergers dormaient, A 2 SE, PCT ANR EEE nd à ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 309 berger des brebis. A celui-ci le portier! ouvre, et les brebis en- tendent? sa voix. Il appelle par leur nom les brebis qui lui appar- tiennent et les fait sortir. Quand il ἃ fait sortir toutes les siennes, il marche devant elles et ses brebis le suivent parce qu’elles con- naissent sa voix. Elles ne suivront point un étranger ; au contraire, elles fuiront loin de lui, car elles ne connaissent point la voix des étrangers. » Telle est la parabole que leur dit Jésus; mais eux, ils ne com- prirent pas de quoi il leur parlait. Jésus reprit donc : « En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi * sont des voleurs et des brigands, mais les brebis ne les ont pas écoutés. C’est moi qui suis la porte; si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé. Il entrera, il sortira, il trouvera sa pâture. Le voleur ne vient que pour dérober, égorger et détruire. Moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie et qu’elles aient l'abondance. » «Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour les brebis. Quant au mercenaire, quant à celui qui n’est pas berger, à qui les brebis n’appartiennent pas, s’il voit venir le loup, il aban- donne les brebis et prend la fuite; alors le loup les ravit et les disperse. Il agit ainsi parce qu’il est mercenaire et qu'il n’a nul soin des brebis. C’est moi qui suis le bon berger. Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, de la même façon que le Père me connaît et que, moi, je connais le Père; et je donne ma vie pour les brebis. » «J'ai d’autres brebis, qui ne sont pas de ce bercail. Celles-là aussi il faut que je les amène. Elles entendront ὁ ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger. Voici pourquoi le Père m'aime: il m'aime parce que je donne ma vie pour la reprendre de nouveau. Personne ne me l’ôte, mais c’est moi qui la donne de 1 Le portier ; voir la note précédente. ? Ou : écoutent. 3 Un des plus anciens manuscrits, au lieu de : reprit donc, lit: dit donc. 6 Plusieurs anciens manuscrits omettent avant moi. 5 Sauvé ἃ ici le sens spécial de sauf, à l'abri, gardé par moi. 5 Ou: écouteront. 3, 10 4 -1 Ξ 1 18 10, 19 90 91 «“ 310 LE NOUVEAU TESTAMENT moi-même; j'ai le pouvoir de la donner; j'ai le pouvoir de la re- prendre; tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père. » Ces paroles furent l’occasion de nouvelles divisions entre les Juifs. «C’est un possédé, disaient-ils pour la plupart, c’est un fou ; pourquoi l’écoutez-vous ?» D'autres disaient : «Ce ne sont pas les paroles d’un possédé; est-ce qu’un démon peut rendre la vue aux aveugles? » C'était l'hiver et l’on célébrait à Jérusalem la fête de la Dédicacef. Dans le Temple, sous le portique de Salomon, Jésus se promenait?. Les Juifs firent cercle autour de lui et lui dirent: «Jusqu'à quand nous tiendras-tu l'esprit en suspens? Si tu es le Christ, dis-le-nous franchement. » «Je vous l'ai dit, et vous ne croyez pas, répondit Jésus. Les œuvres que je fais au nom de mon Père, rendent témoignage de moi, mais vous ne croyez pas parce que vous n'êtes pas de mes brebis. Mes brebis à moi entendent ma voix; je les con- nais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle; elles ne périront jamais, et nul ne les ravira de ma main. Mon Père 4 qui me les a données est plus grand que tous les hommes, et nul ne peut ravir ce qui est dans la main du Père. Moi et le Père nous sommes uns. » De nouveau les Juifs apportèrent des pierres pour le lapider. Jésus leur dit: «J'ai fait devant vous, de par le Père, beau- coup d'œuvres excellentes ; pour laquelle de ces œuvres me lapidez- vous?» — «Ce n'est pour aucune œuvre excellente que nous te lapidons, répliquèrent les Juifs, mais parce que tu blasphèmes, et que, {oi qui n'es qu'un homme, tu te fais Dieu. » 1 Fête que les Juifs célèbrent encore aujourd’hui, le 25 du mois de Kisleu (en décembre), en souvenir de la consécration nouvelle du Temple faite par Judas Macchabée en 165 avant Jésus-Christ. 2? Dans la première cour du Temple ou cour des païens; des portiques couverts régnaient le long des murs à l’intérieur de cette cour, 3 Ou: écoutent. 1 Un des plus anciens manuscrits lit: le Père. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 311 Jésus leur répondit : «N'’est-il pas écrit dans votre Loi : «Moi, j'ai dit: vous êtes dieux, » «Eh bien, votre Loi a appelé «dieux» ceux auxquels s’adressait la parole de Dieu (et l'Écriture est indiscutable?), et moi que le Père ἃ consacré ὃ et a envoyé dans le monde, vous m’accusez de blasphème, parce que j'ai dit : je suis Fils de Dieu! » «Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez point. Mais si je les fais (quand même vous n’auriez aucune foi en mes paroles), croyez du moins à mes œuvres; qu’elles vous fassent savoir, qu'elle vous fassent reconnaître que le Père est en moi, et que moi je suis dans le Père. » «Encore une fois # ils s’efforcèrent de mettre la main sur lui, mais 1l leur échappa et retourna sur l’autre rive du Jourdain, à l'endroit où Jean avait baptisé tout d’abord, et il y séjourna. Des multitudes vinrent à lui et l’on disait: «Jean, il est vrai, n’a fait aucun miracle; mais tout ce qu'il a dit de celui-ci était vrai.» Là, un grand nombre eurent foi en lui. Il y avait un malade, nommé Lazare, qui était de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Ce fut cette Marie qui répandit un parfum sur le Seigneur, et qui lui essuya les pieds avec ses cheveux. Lazare, qui était malade, était son frère. Les sœurs envoyèrent dire à Jésus : «Seigneur, voilà celui que tu aimes qui est malade.» — «Cette maladie n’est pas à la mort, dit Jésus en l’apprenant, mais elle est pour la gloire de Dieu, et afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. » Or, Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare. Lors donc qu'il eut appris la maladie de celui-ci, il demeura deux jours encore dans le lieu où il se trouvait 5. ‘1 Psaume 82, 6. ? Littéralement : ne peut être déliée. 3 Grec : a sanctifié. Ce verbe a certainement ici, comme dans la langue hébraïque, le sens de consacrer. Sanctifier ne signifie pas rendre saint, mais dans ce passage : mettre à part pour le service de Dieu, consacrer. Voir 177, 17 et 19. # Un des plus anciens manuscrits omet encore une fois. 5. La fin de cette phrase peut s’interpréter de deux manières : Il ne resta plus 34, 10 39 36 37 98 30 n o 6 ΤΗΣ 18 19 312 LE NOUVEAU TESTAMENT Après quoi, il dit aux disciples : « Retournons en Judée. » — «Rabbi, lui répondirent-ils, les Juifs te cherchaient tout dernière- ment pour te lapider, et tu veux aller de nouveau vers eux!» — «Ν᾽ a-t-il pas douze heures à la journée, répliqua Jésus; si quel- qu'un marche pendant le jour, il ne trébuche pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde; mais s'il marche pendant la nuit, il tré- buche, parce que la lumière n’est pas en lui f. » Il parla ainsi; puis il ajouta : «Notre ami Lazare s’est endormi, mais je pars pour le réveiller.» — «S'il dort, Seigneur, il sera sauvé», dirent les disciples. Or Jésus avait parlé de sa mort; mais ils avaient cru, eux, qu'il parlait du sommeil ordimaire. ΠῚ leur dit alors nettement : «Lazare est mort. Et je me réjouis, à cause de vous, et afin que vous croyiez, de ce que je n'étais pas là. Mais allons auprès de lui. » Sur ce mot, Thomas (celui qu'on appelle Didyme?), s'adressant à ses condisciples : CEt nous aussi, dit-il, allons-y afin de périr avec lui» Lorsque Jésus arriva, Lazare, depuis quatre jours, était ense- veli dans le tombeau. Comme Béthanie n’était éloignée de Jéru- salem que d'environ quinze stades ὃ, beaucoup de Juifs s'étaient rendus auprès de Marthe et de Marie pour les consoler de la mort de leur frère. Marthe, cependant, dès qu’elle eut appris que Jésus approchait, alla au-devant de lui. Marie resta assise à la maison. «Seigneur, dit Marthe à Jésus, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort; et, je sais, encore en ce moment, que tout ce que tu de- manderas à Dieu, Dieu te le donnera.» Jésus lui répondit : «Ton frère ressuscitera. » — «Je le sais, lui dit Marthe, il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour.» Jésus lui dit: «Je suis, moi, la résurrection et la vie. Qui croit en moi, füt-il mort, vivra, et que deux jours dans le lieu où il se trouvait, ou bien : àl resta pourtant deuæ jours encore dans le lieu où il se trouvait. 1 C'est-à-dire : 11 n’a plus de lumière pour l’éclairer. 2 Thomas, nom araméen, signifie Jumeau; le mot grec Didyme a le même sens. Voir 20, 24 et 21, 2. 3 Le stade était de 190 mètres environ. Quinze stades faisaient donc un peu moins de trois kilomètres. ἃ ENORME RÉ RES LEE Ne = ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 313 EE -- ὁ ήλη ησ : 2ἈἠῥὄῸώ.ῪΥ .ς00ὃῳ0(0.. quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela? » — «Oui, Seigneur, répondit-elle, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui doit venir ! au monde. » Après ces paroles, elle s’éloigna et alla appeler sa sœur. «Le maître est là et il t’appelle», lui dit-elle en secret. A ces mots, Marie se lève à la hâte et se rend vers Jésus. Celui-ci n’était pas encore entré dans le bourg; il était à l'endroit où Marthe l’avait rencontré. Voyant Marie se lever si vite et partir, les Juifs qui étaient avec elle dans la maison et cherchaient à la consoler, la suivirent. Ils croyaient qu'elle allait au tombeau pour y pleurer. Parvenue au lieu où était Jésus, Marie, en l’apercevant, se jeta à ses pieds : «Seigneur, lui dit-elle, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » La voyant pleurer, et voyant pleurer les Juifs qui l’accompagnaient, Jésus frémit? en lui-même et se troubla. «Où l’avez-vous déposé?» demanda-t-il. On lui répondit: «Seigneur, viens et vois.» Jésus pleura. «Voyez comme il l’aimait!» dirent alors les Juifs. Il y en avait cependant quelques- uns qui disaient: « Ne pouvait-il pas empêcher qu'il mourût, lui, qui ἃ ouvert les yeux de l’aveugle? » Frémissant# de nouveau en lui-même, Jésus s'approche du sépulcre. C'était une caverne “, sur l'entrée de laquelle une pierre était placée. « Otez la pierre», dit Jésus. — « Seigneur, dit Marthe, la sœur du mort, il sent déjà mauvais! c’est le quatrième jour! » Jésus lui répond : « Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu!» 1 Celui qui doit venir. C’est un des noms que l’on donnait alors au Messie attendu. Voir Matth. 11... ? Le mot que nous traduisons par frémit exprime d'ordinaire un sentiment d’irritation et littéralement ce passage devrait se traduire : Jésus se sentit indi- gné dans son esprit. 3 Littéralement : Indigné. Voyez la note précédente. # Nous traduisons littéralement le mot que nous avons déjà rencontré Matth. 21,13; Marc 11,17 ; Luc 19, 46, et que nous trouverons encore Hébreux 11, 38; Apocal. 6, 15. Cette caverne, d’après ce qui nous est dit de la pierre qui en fermait l'entrée, devait être un caveau creusé verticalement dans le roc et dans lequel on descendait par des marches. Mais d'ordinaire, les tombeaux des Juifs étaient creusés horizontalement. 96, 11 35 36 38 99 40 11, 41 43 44 45 46 48 49 (SL [Sa] [D ESS 314 LE NOUVEAU TESTAMENT Donc, on enleva la pierre. Alors Jésus, tournant son regard vers le ciel, dit : «Père! je te rends grâces de ce que tu m’as écouté! Pour moi, je savais que tu m'écoutes toujours; mais je parle ainsi à cause de ce peuple qui m'environne, pour qu'il croie que c’est toi qui m'as envoyé.» Et quand il eut dit ces mots, 1] cria d'une voix forte : «Lazare! sors et viens!» Le mort sortit, les pieds et les mains liés par des ban- delettes, et le visage enveloppé d’un suaire. «Déliez-le, dit Jésus, et laissez-le aller. » A la vue de ce qu'il avait fait, plusieurs des Juifs qui étaient venus voir Marie, crurent en lui. Mais quelques autres s’en allèrent trouver les Pharisiens et leur racontèrent ce qu'avait fait Jésus. Les chefs des prêtres et les Pharisiens convoquèrent alors une assemblée 1, «Que faire? disaient-ils, cet homme opère de nombreux miracles; si nous le laissons continuer, tout le monde croira en lui; puis viendront les Romains qui en finiront et avec notre ville et avec notre nation.» L'un d’entre eux, Kaïphe? qui, en cette année, était le grand-prêtre, leur dit: «Vous n’y entendez rien; vous ne réfléchissez pas qu'il vaut mieux pour vous qu'un seul homme meure pour le peuple et que toute la nation ne périsse pas. » Il parlait de la sorte, non de lui-même, mais parce que, grand- prêtre cette année-là, il prophétisait que Jésus allait mourir pour la nation et non seulement pour la nation, mais afin de rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés. Donc, dès ce jour, ils arrêtèrent la résolution de mettre Jésus à mort. Aussi celui-ci ne se montrait-il plus en public parmi les Juifs ὃ. Il s’en alla même dans le pays voisin du désert, à une ville nommée Éphraïm; et il y séjourna avec les disciples. 1 Grec: un sanhédrin, Ge mot sans article indique une assemblée quelconque plutôt que le Sanhédrin lui même, Voir note sur Matth. 5, 22. 2 Plus exactement : Kaïaphas. 3 On peut traduire aussi: Ne se montrait plus avec sécurité parmi les Juifs. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 910 Cependant la Pâque des Juifs approchait et, dans la contrée, un grand nombre montaient, avant la fête, à Jérusalem, pour y procéder à des purifications. Aussi cherchaient-ils Jésus et, se rencontrant au Temple, ils se demandaient les uns aux autres : « Pensez-vous qu'il s’abstiendra de venir à la fête? » Or les chefs des prêtres et les Pharisiens avaient donné cet ordre: «Que si quelqu'un savait où était Jésus, il le déclarât, afin qu'on le fit arrêter. » Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie, où était Lazare qu'il avait ressuscité des morts. On lui fit là un festin et Marthe servait; Lazare était un de ceux qui étaient à table avec lui. Quant à Marie, elle prit une livre d’un parfum de nard pur, de très haut prix, et elle en oignit les pieds de Jésus, les essuyant avec ses cheveux. La maison fut remplie de l’odeur de ce parfum. L'un des disciples, Judas l’Iskariôte!, celui qui devait le livrer, dit: «Pourquoi ne pas avoir vendu ce parfum? Il vaut trois cents deniers ? qu'on aurait donnés à des pauvres. » Il ne parlait pas ainsi, parce qu'il se souciait des pauvres, mais parce qu'il était un voleur, et que, tenant la bourse commune, il se chargeait de ce qu’on y mettait. Jésus répondit : « Laisse-la, afin qu’elle réserve ce parfum pour le jour de ma sépulture“. Les pauvres, vous les avez toujours avec vous; tandis que moi vous ne m'avez pas pour toujours. » Une foule énorme de Juifs avaient appris la présence de Jésus, et 1ls arrivèrent non seulement à cause de lui, mais aussi pour voir Lazare qu'il avait ressuscité des morts. Aussi les chefs des prêtres songèrent-ils à faire périr Lazare lui-même, parce qu'une 1 Voir note sur Matth. 10, 4. ? Trois cents deniers font 270 francs de notre monnaie. 5. Littéralement : 11 portait, c’est-à-dire ici : il en avait la responsabilité et, étant un voleur, il détournait l’argent à son profit. 4 C'est-à-dire: Qu’elle garde le reste, ce qu’elle n’a pas encore répandu. Ce texte est le plus ancien et le plus autorisé. ot 1 σι ΤΊ 12, - 17 18 19 9% 316 LE NOUVEAU TESTAMENT quantité de Juifs les abandonnaient à cause de cet homme, et croyaient en Jésus. Le lendemain une multitude immense, venue pour la fête, ayant appris que Jésus venait à Jérusalem prit en main des branches de palmier et sortit au-devant de lui. « Hosanna{! criait-on, « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur?» , Béni soit le roi d'Israël!» Jésus trouva un ânon et s’assit dessus, accomplissant cette parole de l’Écriture : «Sois sans crainte, fille de Sion, Voici ton Roi qui t'arrive Assis sur le petit d'une ânesse?. » Ses disciples, tout d’abord, ne s’en rendirent point compte. Mais quand Jésus eut été glorifié, ils se souvinrent que ces choses avaient été écrites de lui, et qu'ils les lui avaient faites. La multi- tude qui était avec lui attestait donc qu'il avait appelé Lazare du tombeau et l’avait ressuscité des morts; et c'était la rumeur d’un tel miracle, opéré par lui, qui faisait aussi accourir la foule à sa rencontre. Quant aux Pharisiens, ils se disaient entre eux : «Vous le voyez! Vous n’y gagnez rien! Voilà que tout le monde court après lui!» Parmi ceux qui étaient venus pour adorer Dieu pendant la fête, se trouvaient quelques Grecs. Ils abordèrent Philippe qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : «Seigneur, nous désirons voir Jésus.» Philippe alla en parler à André; et tous deux ensemble allèrent le dire à Jésus. , Celui-ci leur adressa alors ces paroles : «L'heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. » «En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de froment tombant en terre ne passe par la mort, il demeure seul; mais qu'il vienne à mourir, il porte beaucoup de fruits. » 1 Hosanna. Voir note sur Matth. 21, 9. 2 Psaume 118, 26. 8 Zaccharie 9, 9. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 317 «Qui aime sa vie la perdra; et qui hait sa vie en ce monde, la conservera en vie éternelle !, » «Qu'il me suive, celui qui veut me servir! et là où je suis, mon serviteur sera aussi Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. » «Maintenant mon âme est troublée; et que dirai-je? Dirai-je ? : « Père, préserve-moi de cette heure?» mais, c’est pour cela? que je suis arrivé à cette heure! Père, glorifie ton nom!» Du ciel il vint alors une voix : «Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore!» — « C’est le tonnerre», dit la foule qui était présente et qui entendait. Il y en avait qui disaient : «C’est un ange qui lui a parlé.» Jésus reprit ainsi : «Ce n’est pas pour moi, mais pour vous que cette voix a retenti. Maintenant a lieu le jugement de ce monde; maintenant le prince de ce monde va être chassé dehors ; et moi, quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi.» 1] disait cela pour indiquer de quelle mort il allait mourir *. « La Loi nous apprend que le Christ demeure éternellement, lui répondit la foule; comment donc dis-tu: «Il faut que le Fils de _ l’homme soit élevé de terre? » Quel est ce «Fils de l’homme » ? _ Jésus leur répondit : « Pour un peu de temps encore la lumière est avec vous. Marchez pendant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous surprennent. Celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va. Pendant que vous avez la lumière, ayez foi en la lumière, afin de devenir des fils de lumière. » Ainsi parla Jésus, puis il s’éloigna et se cacha d’eux. 1 C'est-à-dire la changera dès à présent en vie éternelle, impérissable, La traduction ordinaire : pour la vie éternelle, ne rend pas suffisamment l’idée con- tenue dans le texte. 3 Ce second Dirai-je est sous-entendu dans le texte. 3 Pour cela, c’est-à-dire à la fois pour ce trouble qu’il éprouve à la pensée de sa mort prochaine, et pour que cette mort d’un seul soit la vie de plusieurs. D'ailleurs, on peut aussi traduire : Mais voici pourquoi je suis venu : c’est pour cette heure même. Ὁ L'expression Mourir de mort est un hébraïsme. 90 12, 37 38 99 918 LE NOUVEAU TESTAMENT Ils ne croyaient pas en lui qui avait fait tant de miracles en leur présence; c'était afin que fût accomplie la parole du prophète Ésaïe qui a dit : « Seigneur, qui a cru à ce que nous faisons entendre? Et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé 1? » Aussi bien, croire leur était impossible, puisque Ésaïe a dit encore : «Il a aveuglé leurs yeux Et τ a endurci leur cœur, Afin qu'ils ne voient pas de leurs yeux ; Et qu’ils ne comprennent pas de leur cœur; Qu'ils ne se convertissent pas Et que je ne les quérisse pas?.» Voilà ce qu'a dit Ésaïe quand il ἃ vu sa gloire et qu'il a parlé de lui. Et pourtant, même parmi ceux qui exerçaient l'autorité, beaucoup avaient foi en lui; mais, à cause des Pharisiens, ils n’en convenaient pas, pour ne pas être chassés de la synagogue, préfé- rant en cela la gloire humaine à la gloire de Dieu. Jésus éleva la voix : «Qui croit en moi, s’écria-t-il, ne croit pas en moi, mais en Celui qui m'a envoyé, et qui me voit, voit Celui qui m'a envoyé. Moi, qui suis lumière, je suis venu dans le monde afin que quiconque croit en moi ne demeure point dans les ténèbres. Quant à celui qui entend mes paroles et ne les garde point, ce n'est pas moi qui le juge; car je ne suis pas venu pour juger le monde; mais pour sauver le monde. Qui me rejette et ne reçoit pas mes paroles ἃ déjà son juge; ce juge, c’est la parole même que j'ai dite, elle le jugera au dernier jour. Ce n’est pas, en effet, de moi-même que j'ai parlé; mais c’est le Père, dont je suis l’envoyé, qui m'a lui-même commandé de parler et qui m'a prescrit ce que j'avais à dire. Et je sais que son commandement 1 Ésaïe 53, 1. Voir Romains 10, 16. * Esaïe 6, 9 et suiv. Voir Matth, 13, 14 et suiv.; Actes 28, 26 et suiv, Os. MARÉES. SD de ne à ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 319 c'est la vie éternelle. Les choses donc que je dis, je les dis comme le Père me les a dites. » Avant la fête de Pâque, sachant que pour lui l'heure était venue de passer de ce monde au Père, Jésus, après avoir aimé ceux qui étaient siens dans le monde, mit le comble à son amour pour eux. Pendant un repas, alors que le diable avait déjà jeté dans le cœur de Judas, fils de Simon, l'Iskariôte, de le livrer, sachant que le Père avait tout remis entre ses mains, sachant qu'il était issu de Dieu et qu’il retournait à Dieu, Jésus se leva de table, ôta ses vêtements, prit un linge et se ceignit. Après quoi, versant de l’eau dans le bassin ?, il se mit à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont 1] était ceint. Il vint donc à Simon Pierre qui lui dit: «Toi, Seigneur, à moi? _ me laver les pieds?» Jésus lui répondit par ces paroles : «Ce que Je fais tu ne le sais pas maintenant, tu le sauras plus tard.» — «Jamais, lui dit Pierre, non, jamais, tu ne me laveras les pieds !» — «Si je ne te lave, répliqua Jésus, tu n'as point de part avec moi 3.» — Simon Pierre dit alors : «Seigneur! non seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête!» —- «Celui qui s’est baigné, ajouta Jésus, n’a plus besoin que de se laver les pieds 1; dans tout le reste 1l est entierement pur; et vous, vous êtes purs; non pas tous cependant.» Il connaissait, en effet, celui qui allait le livrer ; voilà pourquoi il dit: «Vous n'êtes pas tous purs. » Après leur avoir lavé les pieds il reprit ses vêtements, se remit 1 Littéralement : Les aima au comble, c’est-à-dire leur donna ume preuve suprême de son amour, et cela, en leur lavant les pieds. La traduction ordinaire : les aima jusqu'à la fin est fautive. 2 Grec: dans le niptère; c'était le bassin servant aux ablutions, soit des mains, soit des pieds (pelvis en latin). 5. «Avoir part avec», expression hébraïque qui marque la participation de linférieur aux honneurs et à la gloire de son supérieur, 4 Un des plus anciens manuscrits lit : n’a plus besoin de se laver ; 11 est entiè- rement pur. 1, 13 =] 10 11 13, 13 19 20 [a] ει 320 LE NOUVEAU TESTAMENT à table et leur dit?: «Comprenez-vous ce que je vous ai fait? Vous m'appelez Maïtre, Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur, moi, le Maitre, vous devez, vous aussi, vous laver les pieds les uns aux autres. Car je vous ai donné un exemple pour que, vous aussi, vous fassiez comme je vous ai fait. » «En vérité, en vérité, je vous le dis, un serviteur n'est pas plus grand que son Seigneur, ni un apôtre? plus grand que celui qui l'envoie. Si vous savez ces choses, vous êtes heureux, pourvu que vous les mettiez en pratique. — (Je ne parle pas de vous tous. Ceux que j'ai choisis, je les connais; mais il faut que cette parole de l'Écriture s’accomplisse : «Celui qui mangeait à ma table a levé le talon contre mot *.» «Je vous le dis dès aujourd’hui et avant l'événement, afin, quand il aura lieu, que vous croyiez que c’est moi...) — En vérité, en vérité, Je vous le dis, recevoir quelqu'un que j'aurai envoyé, c’est me recevoir ; et me recevoir, c’est recevoir Celui qui m’a envoyé. » Après qu'il eut dit ces paroles, Jésus fut troublé en son esprit et il fit cette déclaration : «En vérité, en vérité, je vous le dis, l’un d’entre vous me livrera. » Les disciples se regardaient les uns les autres, ne sachant duquel il parlait. L'un d'eux était couché sur le sein de Jésus” — c'était celui qu'aimait Jésus. Simon Pierre lui fait signe et lui dit: « Demande-lui de qui il parle.» L'autre, se penchant aussitôt sur la poitrine de Jésus, [αἱ demande : « Seigneur, lequel est-ce?» Jésus répond : «Celui pour 1 On peut lire aussi d’après une autre ponctuation : après leur avoir lavé les pieds, il prit ses vêtements, se mit à table et leur dit encore. 2? Apôtre signifie étymologiquement : envoyé. 3 Psaume 41, 10, 1 Sous-entendu : qui suis celui qui doit venir, qui suis le Sauveur. Voir la même expression 8, 24. Ὁ Cest-à-dire était à table à côté de Jésus. Les Juifs, comme tous les anciens, étaient, non pas assis à table, mais à demi-couchés, le bras gauche appuyé sur un coussin et soutenant la tête. Chacun avait donc la tête rapprochée de la poi- trine de celui qui était à sa gauche. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 321 lequel je vais tremper ce morceau de pain et auquel je le donne- rai.» Et Jésus, trempant un morceau de pain, le donne à Judas, fils de Simon, l'Iskariôte. Quand cet homme eut pris ce morceau, Satan entra en lui. Jésus lui dit alors : «Ce que tu fais, fais-le au plus tôt.» Aucun de ceux qui étaient à table ne comprit pour quel objet il lui parlait ainsi. Comme Judas était porteur de la bourse commune, quelques-uns pensèrent que Jésus lui disait soit d'acheter ce qu'il fallait pour la fête, soit de donner telle ou telle chose aux pauvres. Donc, à peine Judas eut-il pris ce morceau de pain, qu'il sortit brusquement. Il faisait nuit. Quand il fut parti, Jésus dit : «C’est maintenant que le Fils de l'homme est glorifié et que Dieu est glorifié en lui. Dieu le glori- fiera lui aussi 1, en lui-même, et c’est bientôt qu'il le glorifiera. Mes enfants, je ne suis plus que pour peu de temps avec vous! vous me chercherez ; et ce que j'ai dit aux Juifs, je vous le dis aussi à vous-mêmes à l'heure présente : où je vais vous ne pouvez venir. » «Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres. Oui, aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. Tous reconnaïtront que vous êtes mes disciples à l'amour que vous aurez les uns pour les autres. » « Seigneur, lui demanda Simon Pierre, où vas-tu ? » — «Au lieu où je vais, répondit Jésus, tu ne peux me suivre présentement ; tu me suivras plus tard. » — «Et pourquoi donc, Seigneur, lui dit Pierre, ne puis-je te suivre dès maintenant. Je donnerai ma vie pour toi! » — «Tu donneras ta vie pour moi! » répliqua Jésus, «en vérité, en vérité, Je te le dis, un coq ne chantera pas avant que trois fois tu ne m'’aies renié ! » « Que votre cœur ne se trouble point ; ayez foi en Dieu, ayez 1 Plusieurs anciens manuscrits ajoutent au commencement de cette phrase Si Dieu est glorifié en lui et lisent: Si Dieu est glorifié en lui, Dieu le glorifiera lui aussi, etc. 21 - 97, 13 98 29 30 36 37 38 1, 14 14, 10 12 15 922 LE NOUVEAU TESTAMENT aussi foi en moi!; 1l y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père, sinon Je vous l’aurais dit; je vais vous préparer une place?; et quand je m'en serai allé et vous aurai préparé une place, je reviendrai et vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aussi. Et vous savez le chemin de l'endroit où Je vais.» Thomas lui dit: «Seigneur, nous ne savons où tu vas, comment saurions-nous le chemin? » Jésus lui dit: «Je suis, moi, le chemin, la vérité et la vie. Personne ne vient au Père que par moi. Si vous m'avez connu, vous connaîtrez aussi mon Père et dès à présent vous le connaissez et vous l'avez vu.» Philippe lui dit: «Seigneur, montre-nous le Père, cela nous suftit. » | Jésus lui dit: &ll y a si longtemps que je suis avec vous et tu ne m'as pas connu, Philippe! Qui m'a vu ἃ vu le Père. Comment peux-tu dire: Montre-nous le Père? Ne crois-tu pas que je suis, moi, dans le Père, et que le Père est en moi. Les paroles que je vous dis, ce n’est pas de moi-même que je les prononce. C'est le Père, demeurant en moi, qui fait ces œuvres. Croyez- moi, Croyez parce que je suis“, moi, dans le Père et que le Père est en moi; Sinon, croyez à cause de ces œuvres. » «En vérité, en vérité, je vous le dis, les œuvres que je fais, qui croit en moi les fera, lui aussi, et en fera de plus grandes, parce que je m’en vais auprès du Père et que tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié 1 Croyez en, ayez foi en, confiez-vous en: ces trois manières de rendre le verbe grec sont également bonnes, et, dans le cours de notre traduction, nous avons employé tantôt l’une, tantôt l’autre; mais ici on peut aussi traduire : Vous avez foi en Dieu et vous avez foi en moi, ou encore: Vous avez foi en Dieu, ayez aussi foi en moi, l'indicatif et l’impératif se rendant en grec de la même manière, L'interprétation par deux impératifs nous paraît la meilleure. 3 Grec: parce que je vais vous préparer une place. Dans la pensée de l'au- teur, ces mots font probablement suite à: ayez aussi foi en moi. Jésus-Christ aurait dit : ayez aussi foi en moi, parce que je vais vous préparer une place, 3 Plusieurs anciens manuscrits lisent : Et comment. 4 On peut traduire aussi : Croyez que je suis, ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 323 dans le Fils. Si vous me demandez? quelque chose en mon nom, moi, je le ferai. Si vous m’aimez, gardez mes commandements; et moi, je prierai le Père et il vous donnera un autre Conseiller ?, afin qu'il soit pour toujours avec vous, l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir parce qu'il ne le voit ni ne le connaît ; mais vous, vous le connaissez parce qu’il demeure avec vous, et il sera en vous 5. | Je ne vous laisserai pas orphelins; je reviens à vous. Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus; mais vous, vous me verrez“, Car je vis, moi, et vous aussi, vous vivrez. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et que je suis en vous. Qui retient mes commandements et les garde, celui-là est celui qui m'aime. Et celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et moi je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » Judas (qu'il ne faut pas confondre avec l’Iskariôte) lui dit : «Seigneur, qu'est-il arrivé pour que tu veuilles te manifester à nous et non pas au monde?» Jésus lui répondit par ces paroles: «Si quelqu'un m'aime, 1] gardera ma parole et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure. Celui qui ne m'aime pas, ne garde pas mes paroles; et la parole que vous entendez n’est pas mienne, mais de Celui qui m’a envoyé, du Père, » «Je vous ai parlé de ces choses pendant que je demeurais avec vous; mais le Conseiller 5, l'Esprit saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit.» Quelques anciens manuscrits omettent me et lisent : si vous demandez. Grec: Paraclet; ce mot peut se traduire de plusieurs manières. Il désigne proprement celui qui intércède pour l’accusé devant le tribunal ; celui qui assiste dans une action judiciaire (en latin advocatus); il intercède, il conseille, il con- sole, il instruit, il défend, et alors il est tour à tour intercesseur, conseiller, consolateur, docteur et défenseur. Nous avons rendu le mot Paraclet par inter- cesseur dans le passage Ire Épitre de Jean 2, 1. Ici on peut rendre ce terme par soutien, assistant ou conseiller. 8 Plusieurs anciennes autorités lisent : 11 est en vous. + On peut aussi traduire au présent : ne me voit plus, mais vous, vous me voyez. 5 Voir note sur le verset 16. 1 2 18 19 14, 27 30 31 15: 4 σι 994. LE NOUVEAU TESTAMENT «Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix; ce n’est pas comme le monde la donne, que, moi, je vous la donne !; que votre cœur ne se trouble pas, qu’il ne faiblisse pas. » «Vous avez entendu que je vous ai dit: «Je m'en vais et je reviens à Vous.» Si vous m'aimiez, Vous vous réjouiriez de ce que je vais auprès du Père, parce que le Père est plus grand que moi. Et je vous ai parlé maintenant, avant l'événement, afin que vous croyiez? lorsqu'il arrivera. Je ne vous parlerai plus guère, car le Prince du monde vient, et en moi il n’a rien; mais il vient afin que ὅ le monde sache que j'aime le Père et que j’agis suivant les ordres du Père. Levez-vous, sortons d'ici 4.» $ «Moi, je suis le véritable cep de vigne et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui ne porte pas de fruit en moi, 1] le retranche et tout sarment qui en porte il l’'émonde, afin qu'il en porte davantage. Vous, vous êtes déja émondés, à cause de la parole que je vous ai annoncée. » «Demeurez-en moi et moi je demeurerai en vous. De même que le sarment ne peut porter de fruit de lui-même, et qu'il lui faut demeurer uni au cep de vigne, de même vous n’en pourrez porter si vous ne demeurez pas en moi. » «Moi, je suis le cep de vigne; vous, vous êtes les sarments. Qui demeure en moi, et moi en lui, porte, lui, beaucoup de fruit, parce que, sans moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu'un ne de- meure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, et il se des- sèche, et on ramasse ce sarmentÿ, et on le jette au feu et il brûle. » 1 Nous traduisons littéralement; mais le sens véritable de cette phrase est : je vous dis adieu; je vous fais mes adieux; ce n’est pas comme on les fait dans le monde que, moi, je vous les fais. En hébreu : donner la paix, signifiait donner le salut de paix, saluer. V. Matth, 10, 12; Luc 10,5. V. aussi Jean 20, 19. Il arrive parfois aux apôtres d'employer le mot paix pour le mot salut. V. Romains 8, 6. ? Ou: que vous ayez confiance. 5 C’est-à-dire : 4 n’a aucun pouvoir sur moi, mais il vient afin que, etc. Les mots 1] vient sont sous-entendus dans le texte. 4 On peut lire aussi d’après une autre ponctuation : mais afin que le monde sache que j'aime le Père et que j'agis suivant les ordres du Père, levez-vous, sortons d'ici. 11 ne faut pas alors sous-entendre les mots : il vient âprès mais. Voir Ja note précédente. Ὁ Quelques anciens manuscrits lisent : ces sarments. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 990 «Si vous demeurez-en moi, et que mes paroles demeurent en vous, ce que vous voudrez, demandez-le, et vous l’aurez. » «En ceci mon Père est glorifié que vous portiez beaucoup de fruits, et alors vous deviendrez mes disciples. » «De même que le Père m'a aimé, de même je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commande- ments, vous demeurerez dans mon amour, comme moi j'ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. «Je vous ai parlé ainsi afin que ma joie soit la vôtre, et que votre joie soit dans sa plénitude. » «Voici mon commandement : Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. Nul amour n'est plus grand que l'amour de celui qui donne sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus servi- teurs !, parce que le serviteur ? ne sait pas ce que fait son maître; je vous ai dit: «mes amis», parce que tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître. » «Ce n’est pas vous qui m'avez choisi; c’est moi qui vous ai choisis et vous ai mis à votre place afin que vous alliez porter du fruit, et que votre fruit demeure, et afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. Voilà ce que je vous commande, et c’est pour que vous vous aimiez les uns les autres. » «Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous?., Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartient; comme vous n'êtes pas du monde, mais que je vous ai choisis du monde 4, à cause de cela le monde vous haiït. Souvenez-vous de la parole que je vous δὶ dite : «Le serviteur ÿ n’est pas plus grand que son maître.» S'ils m'ont perséculé, ils vous persécuteromt aussi. S'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. Mais toutes 1 Grec : esclaves. 2 Grec : l’esclave. 3 Quelques anciens manuscrits lisent: qu’il m'a haï le premier. 4 Grec: hors du monde, en vous tirant du monde. » Grec : l’esclave. 7,15 16 18 16. 4 t 326 LE NOUVEAU TESTAMENT ces choses ils vous les feront à cause de mon nom, parce qu'ils ne connaissent pas Celui qui m'a envoyé. » «Si je n'étais point venu et ne leur eusse point parlé, ils ne seraient point coupables!; mais maintenant leur culpabilité? est sans excuse. Qui me hait, hait aussi mon Père. Si je n'avais pas fait au milieu d'eux des œuvres que nul autre n’a faites, ils ne seraient pas coupables !; mais maintenant leurs yeux ont vu et néanmoins ils ont haï et moi et mon Père; mais c’est afin que s’accomplisse ὃ la parole écrite dans leur Loi : «lls me haïrent sans sujet.» «Quand sera venu le Conseiller que je vous enverrai de la part du Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, lui, rendra témoignage de moif; et vous aussi, vous me rendez témoignage 7, parce que, depuis le commencement, vous êtes avec moi. » «Je vous parle ainsi pour vous préserver de toute chute 8, On vous expulsera des synagogues; et même elle approche, l'heure où tous ceux qui vous mettront à mort croiront rendre un culte à Dieu. Ils feront cela parce qu'ils n’auront connu ni le Père, ni moi. Je vous parle ainsi pour que, leur moment venu°, vous vous souveniez que je vous ai dit ces choses; je ne vous les ai pas dites dès le commencement parce que j'étais avec vous. » «Maintenant je m'en vais auprès de Celui qui m'a envoyé et aucun de vous ne me demande : «Où vas-tu?» mais parce que je vous ai ainsi parlé votre cœur s’est rempli de tristesse. Cependant, c’est la vérité que je dis, il est bon pour vous que je m'en aille; car, si je ne m'en vais, le Conseiller 1° ne viendra pas vers vous. 1 Grec: 118 n'auraient point de péché. Voir 9, M. 2 Grec: leur péché. 3 C'est-à-dire cela arrive afin que s'accomplisse. 4 Psaumes 35, 19 et 69, 5. Ὁ Voir note sur 14, 16. 6 C'est-à-dire me servira de témoin. 7 C'est-à-dire vous êles mes témoins. 8 Littéralement : pour que vous ne soyez pas scandalisés. Voir sur le verbe scandaliser note sur Matth. 13, 57, et sur le mot scandale note sur Matth. 18, 7. 9. Plusieurs anciens manuscrits lisent : le moment venu. 10 Voir note sur 14, 16. Li * ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 327 Si je m'en vais, je vous l’enverrai. Et quand il sera venu, il con- vaincra le monde! en ce qui concerne le péché, la justice et le jugement : le péché en tant qu'ils ne croient pas en moi?; la justice en tant que je m'en vais auprès du Père, et que vous ne me verrez plus; le jugement en tant que le Prince de ce monde est jugé #. » «J'ai encore beaucoup de choses à vous dire; mais vous ne les pouvez pas encore porter; quand il sera venu, lui, l'Esprit de vérité, 1l vous dirigera dans toute la vérité, car il ne parlera pas de son propre fonds, mais tout ce qu’il aura entendu il le dira et il vous annoncera l'avenir. C’est lui qui me glorifiera, parce qu'il prendra de ce qui est à moi et il vous l’annoncera. Tout ce qu'a le Père est aussi à moi; voilà pourquoi je vous dis : «Il prend de ce qui est à moi, et il vous l’annoncera. » «Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus, puis encore un peu de temps, et vous me verrez. » Alors quelques-uns de ses disciples se demandèrent l’un à l’autre: «Qu'est-ce qu'il nous dit : «Encore un peu de temps, et vous ne me verrez pas, puis encore un peu de temps, et vous me verrez»; et: «je m'en vais auprès du Père». — Que signifient, disaient-ils, ces mots : «Un peu de temps». Nous ne savons de quoi il parle. » Jésus comprit qu'ils désiraient l'interroger, et il leur dit: « Vous vous demandez l’un à l’autre ce que j’ai voulu dire par ces mots : «Encore un peu de temps, et vous ne me verrez pas, puis encore un peu de temps, et vous me verrez. » En vérité, en vérité, 1 71 convaincra le monde d’erreur ou de tort. ? Le péché du monde qui consiste à me rejeter sera compris plus tard quand le Saint-Esprit sera venu. 3 La justice du Christ que son retour auprès du Père et le don du Saint- Esprit, conséquence de ce retour, démontreront. # Le jugement du diable; le Saint-Esprit montrera que la victoire remportée par le Prince de ce monde, le jour de la crucifixion, est, en réalité, sa défaite, sa condamnation, son jugement. 5 Grec : connut (par sa toute-science), 8, 16 10 11 16 17 90 16. 21 12 L9 94 Le] "] 1 32 328 LE NOUVEAU TESTAMENT je vous le dis, vous, vous pleurerez et vous gémirez; quant au monde, il se réjouira. Vous, vous serez dans la douleur; mais votre douleur sera changée en joie. La femme passe par la douleur pendant qu'elle enfante, parce que, pour elle, l'heure est venue. Mais quand l'enfant est né, elle oublie son angoisse, tant est grande sa joie d’avoir mis un homme au monde. Vous, de même, vous passez maintenant par Ja douleur; mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira, et nul ne vous ravira ! votre joie. Et, en ce jour-là, vous ne m’interrogerez plus sur rien. » «En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose au Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu'ici vous n'avez rien demandé en mon nom. Demandez et vous recevrez afin que votre joie soit dans sa plénitude. » «Je vous ai parlé de ces choses en termes figurés; il vient une heure où je ne vous parlerai plus en termes figurés, mais où je vous communiquerai clairement ? ce qui concerne le Père. En ce jour-là vous demanderez en mon nom, et je ne vous dis pas que je prierai le Père pour vous, car le Père lui-même vous aime, parce que vous m'avez aimé, et que vous avez Cru que je Suis Issu du Père. Je suis issu du Père, et je suis venu dans le monde; maintenant je quitte le monde, et je vais auprès du Père. » «C’est maintenant, dirent les disciples, que tu parles claire- ment #, que tu n’emploies pas de termes figurés. C’est maintenant que nous voyons que tu sais toutes choses, et que tu n'as besoin d'être interrogé par personne. Voilà pourquoi nous croyons que tu es issu de Dieu. » «Vous croyez pour le moment, leur répondit Jésus; mais il vient une heure, elle est même déjà venue, où vous vous disper- 1 Quelques anciens manuscrits lisent : ravit. 9. C’est-à-dire en termes propres, sans figures. 3 Plusieurs anciens manuscrits lisent : de Dieu. Le verset se traduit littéra- lement: sorti d'auprès du Père (ou d'auprès de Dieu). Ce passage signifie qu'il viendra un temps où l’union des disciples avec le Ghrist sera si intime que sa médiation elle-même deviendra inutile. t C'est-à-dire en termes propres, non figurés. 7% στ ὦ ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 929 a Φ ὁΦὅΦὅΦΟΦὌΌὅῦῬΘϑο “᾿ς ς οὐ Θοθο. serez chacun de son côté, et où vous me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul parce que le Père est avec moi. Je vous ai amsi parlé afin que vous ayez la paix en moi; dans le monde, vous passez par l'angoisse; mais prenez courage, j'ai vaincu le monde. » Ainsi parla Jésus. Puis, levant les yeux au ciel, 1l dit : « Père, l'heure est venue; glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie en donnant, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair 1, la vie éternelle, à tous ceux que tu lui as donnés. Or voici l’éternelle vie: Te connaître, toi, le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » «Moi, je t'ai glorifié sur la terre; j'ai accompli l'œuvre que tu m'avais donnée à faire. Et maintenant, glorifie-moi, toi, Ô Père, auprès de toi-même, de la gloire que j'avais, avant que le monde füt, auprès de toi.» «J'ai révélé ton nom aux hommes que tu m'as donnés du monde?. Ils étaient à toi, et tu me les as donnés; et ils ont gardé ta parole. Maintenant ils ont reconnu que tout ce que tu m'as donné vient de toi, parce que les paroles que tu m’as données, je les leur ai données, et ils les ont reçues, et ils ont reconnu véri- tablement que je suis issu de toi, et ils ont cru que c’est toi qui m'as envoyé. » «C’est pour eux que je prie; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m'as donnés parce qu'ils sont à toi — (or tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi) — et que j'ai été glorifié en eux. Je ne suis plus dans le monde, mais eux sont dans le monde, et moi je viens à toi. Père saint! garde-les en ton nom, le nom que tu m’as donné, afin qu'ils soient uns comme nous. Quand j'étais avec eux, c’est moi qui les 1 Terme hébraïque que nous rencontrons fréquemment et qui signifie: tous les hommes. ? Grec: hors du monde, en les tirant du monde. 3 C'est-à-dire : garde-les dans la connaissance de ton nom de Père. 4 Le nom que tu m'as donné à révéler (voy. le verset 6). La traduction tra- ditionnelle : garde en ton nom ceux que tu m'as donnés provient d’un texte sans autorité. 33, 16 "ἃ 10 11 17,43 330 LE NOUVEAU TESTAMENT gardais en ton nom, le nom que tu m'as donné, et je les ai pré- servés et aucun d'eux ne s'est perdu, excepté le fils de la perdition, afin que l'Écriture fût accomplie. Maintenant je viens à toi, et je parle ainsi, étant encore dans le monde, afin qu'ils aient en eux la plénitude de ma joie.» «Je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les préserves du mal. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Consacre-les ! dans la vérité?. Ta parole est la vérité. » | « De même que tu m'as envoyé dans le monde, je les ai, moi aussi, envoyés dans le monde, et je me consacre moi-même pour eux afin qu'ils Soient, eux aussi, consacrés en vérité #. » «Ce n’est pas seulement pour eux que je prie, mais aussi pour ceux qui croient en moi par leur parole, afin que tous ils soient un, comme toi, Père, es en moi, et moi en toi, qu'eux aussi soient en nous, pour que le monde croie que c’est toi qui m'as envoyé. » «Et moi, la gloire que tu m'as donnée, je la leur ai donnée, afin qu'ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et {oi en moi, que cette unité soit parfaite ὅ, et que le monde reconnaisse que c’est toi qui m'as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m'as aimé. » «Père! ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, moi, ils y soient avec moi, afin qu'ils voient la gloire que tu m'as donnée, parce que tu m'as aimé avant la création du monde. » «Père juste! le monde ne t’a pas connu; mais moi je t'ai connu, et ceux-ci ont reconnu que c’est toi qui m'as envoyé. Et je leur ai fait connaître ton nom; et je le leur ferai connaître, afin que l’amour dont {tu m'as aimé soit en eux, et que je sois moi aussi en eux.» 1 Grec : sanctifie-les. Voir note sur 10, 36. 2 On peut traduire aussi : par la vérité. 3 On peut traduire aussi : Ta parole est vérité. 4 4 Grec: et je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu'ils soient eux aussi sanctifiés en vérité. Voir note sur 10, 36. 5 Littéralement : qu’ils soient consommés en un. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 553 Après avoir ainsi parlé, Jésus sortit avec ses disciples et tra- versa le torrent de Kédron!. Là se trouvait un jardin ? dans lequel il entra, et eux avec lui. Judas, celui qui le livrait, connaissait cet endroit, parce que Jésus y était souvent venu avec ses disciples. Ayant pris une escouade de soldats et accompagné d’agents . fournis par les chefs des prêtres et les Pharisiens, Judas arriva donc en cet endroit avec des lanternes, des torches et des armes. Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : «Qui cherchez-vous?» — «Jésus de Nazareth», lui répondirent- ils. — Jésus leur dit“: «C’est moi.» Au milieu d’eux se tenait Judas, celui qui le livrait. Mais à peine Jésus avait-il dit: «C’est moi», qu'ils firent un mouvement en arrière et tombèrent sur le sol. Il leur demanda une seconde fois: «Qui cherchez-vous?» — «Jésus de Nazareth», dirent-ils. — Jésus reprit : «Je vous ai dit que c'est moi; si donc c'est moi que vous cherchez, laissez ceux-ci s’en aller.» (C'était afin que fût accomplie la parole qu'il avait dite: «De ceux que tu m'as donnés, je n’en ai perdu aucun.») Simon Pierre, cependant, avait une épée, et la tira. Il en frappa le serviteur? du grand-prèêtre et lui coupa l'oreille droite. — Ce serviteur ὅ se nommait Malchus 5. — «Remets ton épée dans le fourreau », dit alors Jésus à Pierre; «la coupe que m'a donnée le Père, ne la boirai-je pas ? » Cependant la cohorte, le tribun et les agents des Juifs se sai- sirent de Jésus et le garrottèrent. Ils commencèrent par le mener 1 En hébreu: le Quidrôn. Plusieurs anciens manuscrits lisent : le {orrent des cèdres, et d'autres anciennes autorités : du cèdre. 2 Plus exactement : un verger. 3 Littéralement : La cohorte, c’est-à-dire un détachement de soldats romains commandés par le tribun lui-même. # Quelques anciens manuscrits omettent Jésus et lisent : JU leur Εἴ. 5 Grec: esclave. 5 Son nom véritable était sans doute Malek. we) 4 11 . 18 18, 14 18 19 ὃν DD LE NOUVEAU TESTAMENT chez Hanne !, beau-père de Kaïphe ?. (Kaïphe était le grand-prêtre de l’année, et c'était lui qui avait ouvert aux Juifs cet avis: «Il vaut mieux qu'un seul homme meure pour le peuple. ») Simon Pierre et un autre disciple avaient suivi Jésus. Cet autre disciple, étant de la connaissance du grand-prêtre, entra en même temps que Jésus dans la cour. Quant à Pierre, il était resté dehors contre la porte. L'autre disciple, qui était de la connaissance du grand-prêtre, sortit pour parler à la portière et le fit entrer. Cette servante, qui gardait la porte, dit alors à Pierre: «N'es-tu pas toi aussi des disciples de cet homme?» — «Non; pas moi », répondit-il. I faisait froid; les esclaves et les hommes de service, groupés autour d’un brasier allumé par eux, se chauffaient; et Pierre, se tenant au milieu d'eux, se chauffait aussi. Le grand-prêtre cependant interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit : «C’est ouvertement que j'ai parlé au monde; j'ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le Temple, là où se réunissent tous les Juifs, et je n’ai rien dit en cachette. Pourquoi m'interroges-tu? demande à mes auditeurs de quoi je leur ai parlé. Eux savent bien ce que j'ai dit. » A ces mots, un des hommes de service qui se tenait à côté de Jésus, lui donna un coup de bâton “ en lui disant : «Est-ce de la sorte que tu réponds au grand-prêtre. » Jésus s’adressa à cet homme : «Si j'ai mal parlé, prouve ce que j'ai dit de mal”; si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » Hanne l’envoya, tout garrotté, à Kaïphe, le grand-prètre. 1 Plus exactement Hannas; en hébreu : Hanan. 2 Plus exactement : Kaïaphas. 3 La cour, l’atrium. Voir note sur Matth. 26, 3. 4 On peut traduire aussi: lui donna un soufflet ; mais cette interprétation est moins probable. Voir Marc 14, 65 et Matth. 26, 67. £ 5 Littéralement : Rends témoignage du mal; c’est-à-dire prouve-le par un témoignage régulier ; fais ta déposition comme témoin. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 333 Cependant Simon Pierre se tenait là et se chauffait. «N'’es-tu pas, toi aussi, de ses disciples? » lui dit-on. Il le nia. «Moi? dit-il, non pas.» Un des serviteurs! du grand-prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l'oreille, lui dit : «Est-ce que, moi- même, je ne t'ai pas vu, avec lui, dans le jardin?» Encore une fois Pierre nia, et à ce moment un coq chanta. De chez Kaïphe, ils menèrent Jésus au prétoire; le jour se levait. Eux-mêmes n’entrèrent pas dans le prétoire afin de ne pas contracter de souillure? et de pouvoir manger la Pâque ὅ. Pilate 4 vint donc à eux dehors. «Quelle accusation, dit-il, portez-vous contre cet homme?» Ils lui répondirent par ces paroles: «Si ce n’était pas un mal- faiteur, nous ne te l’aurions pas livré.» Pilate leur répliqua : « Prenez-le, et jugez-le vous-mêmes, suivant votre Loi.» — « Nous n’avons pas le droit, répondirent les Juifs, de mettre personne à mort.» (C'était afin que fût accomplie la parole que Jésus avait dite pour indiquer de quelle mort il allait mourir.) Pilate rentra donc dans le prétoire, fit venir Jésus et lui dit: «Tu es le Roi des Juifs?» — «Est-ce de toi-même que tu dis cela, répondit Jésus, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi?» — «Est-ce que je suis Juif, moi!» répliqua Pilate, «c'est ta nation, ce sont les chefs des prêtres qui t'ont livré à moi; qu'as-tu fait?» Jésus répondit : «Ma Royauté n’est pas de ce monde. Si ma Royauté était de ce monde, mes sujets combattraient pour moi, pour que je ne fusse pas livré aux Juifs; mais ma Royauté n'est pas d'ici6.» Alors Pilate lui dit: «Ainsi donc tu es Roi!» Jésus 1 Grec : esclaves. 2 De souillure légale en marchant sur une terre païenne. 5 Le repas pascal, 4 Pilate. Noir note sur Matth. 27, 2. ® Ma Royauté. Le mot grec est le même que nous avons traduit ailleurs par le Royaume ou par le Règne ; mais le Royaume de Jésus se développe ici-bas, il est de ce monde, et c’est sa Royauté, sa dignité royale qui n’est pas de ce monde, qui n’est pas terrestre. 6 On peut traduire aussi : mais, pour le moment, ma Royauté n’est pas d'ici. 90 97 18, 38 9) 40 19/41 19 C9 4 334 LE NOUVEAU TESTAMENT répondit : «Tu le dis, je suis Roiït. Voici pourquoi je suis ne, voici pourquoi je suis venu dans le monde: pour rendre témoi- gnage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix.» — «Qu'est-ce que la vérité?» lui dit Pilate. Sur ce mot, il revint dehors vers les Juifs et leur dit: «Moi, je ne trouve en lui aucune matière à condamnation. Il est d’usage que je vous délivre quelqu'un à la fête de Pâque, voulez-vous que je vous délivre le «Roï des Juifs?» 15 recommencèrent à crier? : «Pas celui-là, disaient-ils, mais Bar-Abbas ὁ.» Ce Bar-Abbas était un brigand. Pilate ordonna alors de saisir Jésus et de le flageller #. Les soldats, ayant tressé une couronne avec des épines, la lui posèrent sur la tête et l’affublèrent d’un manteau couleur pourpre; puis ils s’avançaient vers lui et disaient: «Salut! le «Roi des Juifs!» Etil lui donnaient des coups de bâton 5. Encore une fois, Pilate revint dehors. «Je vais vous l’amener, leur dit-il, pour que vous sachiez que je ne trouve aucun motif de le condamner. » Et Jésus parut dehors, portant la couronne d'épines et le manteau couleur pourpre. « Voilà l’homme», leur dit Pilate . Dès qu'ils le virent, les chefs des prètres et leurs gens se mirent à crier: «Crucifie-le! crucifie-le!» — «Prenez-le vous-mêmes, leur dit Pilate, et crucifiez-le! Quant à moi je ne trouve en lui nulle matière à condamnation.» — «Nous avons une Loi, répliquèrent les Juifs, et de par cette Loi, il faut qu'il meure pour s'être fait Fils de Dieu. » 1 On peut traduire aussi : Ainsi donc tu es un Roi! Jésus répondit: C'est toi qui dis que je suis un Roi; ou encore : Tu le dis parce que je suis Roi. 2 Plusieurs anciens manuscrits ajoutent ici tous et lisent: Ils recommen- cèrent tous à crier. 3 En hébreu : Bar-Abba ou Bar-Rabban. Voir note sur Luc 23, 18. 4 C'est-à-dire: Le condamna à la peine du fouet. 5 Voir note sur 18, 22. 6. C’est-à-dire : Voilà votre homme, parole de mépris et destinée à exciter le mépris. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 999 Pilate, entendant ces paroles, fut de plus en plus effrayé. Rentrant encore une fois dans le prétoire, il dit à Jésus: «D'où es-tu ? » Mais Jésus ne lui fit point de réponse. « Tu ne me parles pas? reprit Pilate, ignores-tu que J'ai le pouvoir de te délivrer et le pouvoir de te crucifier.» — «Tu n'aurais contre moi aucun pouvoir, répondit Jésus, s’il ne L’était donné d’en haut. Voila pourquoi celui qui me livre à toi est cou- pable d’un plus grand péché. » Là-dessus, Pilate cherchait à le délivrer; mais les Juifs lui criaient ces paroles : «Si tu délivres cet homme, tu n’es pas parti- san de César, car quiconque se fait Roi se pose en adversaire de César. » Pilate, entendant un tel langage, fit venir Jésus au dehors, et prit siège au tribunal, à l'endroit appelé «Pavé en mosaïque» (en hébreu Gabbathat). C'était le jour de la Préparation ? de la Pâque, et vers la sixième heure ὅς. Pilate dit aux Juifs: «Voilà votre Roi.» Ceux-ci se mirent à crier: «A mort! à mort! crucifie-le! » — « Votre Roi! leur dit Pilate, je le crucifierais!» — «Nous n'avons d'autre Roi que César», répondirent les chefs . des prêtres. Ce fut alors que Pilate le leur abandonna pour être crucifié. Ils s’emparèrent de Jésus et lui, portant lui-même la croix, vint au lieu qu’on appelle Crâne (en hébreu Golgotha) Ἢ. C'est là qu'ils le crucifièrent et avec lui deux autres, un de chaque côté, et au milieu, Jésus. Pilate rédigea aussi une inscription el la fit placer sur la croix; il y était écrit: Jésus DE ΝΆΖΑΒΕΤΗ; LE ROI DES JUIFS. Cette inscription, beaucoup de Juifs la lurent parce que le lieu 1 Ce mot hébreu ne signifie pas «Pavé en mosaique», mais : élévation, éminence. ? La Préparation, voir note sur Matth. 27, 62. 3 Vers midi. 4 Voir note sur Matth. 27, 33. 10 13 20 31 990 LE NOUVEAU TESTAMENT où Jésus fut crucifié était près de la ville. Elle était rédigée en hébreu, en latin et en grec. Alors les chefs des prêtres juifs dirent à Pilate : CN'inscris pas : CLE ΒΟῚ DES JUIFS»; mais : «CET HOMME A DIT: QJE SUIS LE ROI DES Juirs.» — «Ce que j'ai écrit, je l’ai écrit», répondit Pilate. Après avoir mis Jésus en croix, les soldats s’emparèrent de ses vêtements dont ils firent quatre parts; une pour chaque soldat. Restait la tunique, une tunique sans couture, tout entière d’un seul tissu depuis le haut. «Ne la déchirons pas, se dirent-ils, mais irons au sort à qui l'aura ». (C'était afin que fût accomplie l'Écriture 1 : « 7|5 ont partagé mes vêtements entre eux Et sur ma robe ils ont jeté le sort ?. ») Donc, les soldats firent ainsi. Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie Magdeleine. Jésus, voyant sa mère et, pres d'elle, le disciple qu'il aimait, dit à sa mère: «Femme, voilà ton fils.» Puis il dit au disciple: « Voilà ta mère.» À partir de ce moment le disciple la prit chez lui. Après cela, Jésus sachant que désormais tout était achevé d'ac- complir 5, dit, afin de parfaire cet accomplissement de l'Écriture 6 : «J'ai soif. » : Il y avait là un vase plein de vinaigre. On y trempa une éponge qui fut fixée à une tige d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quant il eut pris le vinaigre, il dit: «Tout est accompli 7» et, ayant baissé la tête, il rendit l'esprit. C'était le jour de la Préparation et pour que les corps ne res- tassent pas en croix pendant le sabbat, — un sabbat qui devait 1 Plusieurs manuscrits ajoutent qui dit. 2 Psaume 22, 19. 3 Ou: Marie de Magdalu. # Voir sur le mot femme note sur Jean 2, 4. Ὁ Littéralement : que tout était consommé. ὁ Littéralement : dit afin que l'Écriture fût consommée. 7 Littéralement : c’est consommé. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 991 être tres solennel, — les Juifs demandèrent à Pilate de faire briser les jambes des suppliciés et de les faire enlever. Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier crucifié, puis du second. Arrivant à Jésus, 115 s’aperçurent qu'il était déja mort, et alors ils ne lui brisèrent pas les jambes. Seulement un des soldats lui perça le côté d’un coup de lance, et il en sortit immédiatement du sang et de l’eau. Celui qui l’a vu l’a attesté et son attestation est véridique. Lui, il sait qu'il dit vrai, afin que, vous aussi, vous croyiez. (Car cela arriva afin que fût accomplie l’Écriture : «Aucun de ses os ne sera brisé, » et un autre passage dit encore : «Îls regarderont celui qu’ils ont percé?.») Après cela, Joseph (celui qui est d’Arimathée), — il était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, — demanda à Pilate la permission d'enlever le corps de Jésus. Pilate la lui donna. II vint donc enlever le corps?. Avec lui se trouvait aussi Nicodème (celui qui était allé trouver Jésus pendant la nuit au commence- ment); il apportait une composition de myrrhe et d’aloès, une centaine de livres. Ils prirent donc le corps de Jésus et l’envelop- . pèrent dans des bandes de linge avec les parfums, suivant le mode d’ensevelissement usité chez les Juifs. Il y avait dans le lieu où il avait été crucifié un jardin et, dans ce jardin, un sépulcre neuf, où personne n’avait encore été placé. Ce fut donc là, à cause de la Préparation ὅ des Juifs, et parce que ce sépulcre était tout proche, qu'ils déposèrent Jésus. Le premier jour de la semaine, Marie Magdeleineô se rend de grand matin, avant le jour, au sépulcre et voit la pierre enlevée. 1 Exode 12, 46; Psaume 34, 21. ? Zacharie 12, 10. 3 Un des plus anciens manuscrits lit: on vint donc l'enlever. # Cest-à-dire sans doute dans des bandes de linge imprégnées de parfum. 5 Le jour de la Préparation de la Pâque. Voir note sur Matth. 27, 62. 5 Ou: de Magdala. 22 32, 19 36 97 99 40 4 20, 2 & © Qt 10 16 398 LE NOUVEAU TESTAMENT. Alors elle court trouver Simon Pierre et l’autre disciple (celui que Jésus aimait) et leur dit : «On a enlevé le Seigneur de son tom- beau, et nous ne savons où on l’a placé. » Pierre sort alors avec l’autre disciple, et tous deux ensemble se mettent à courir pour aller au sépulcre; mais l’autre disciple courait devant et plus vite que Pierre. Il arrive le premier; il se penche, voit les linges posés à terre (toutefois il n’entra point). Arrive alors Simon Pierre qui le suivait : lui, il entre dans le tombeau. Il regarde ; les linges étaient là; le suaire, qui avait été sur la tête, n’était pas placé avec les linges, mais roulé à part à un autre endroit. Alors l’autre disciple, celui qui était arrivé le premier au tom- beau, y entra aussi; et il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, 1ls ne comprenaient pas l’Écriture où il est dit: «Qu'il faut qu'il res- suscite d’entre les morts 1.» Les disciples retournèrent chez eux. Mais Marie était restée près du tombeau, à l'entrée, et pleurait. Tout en pleurant, elle se pencha et regarda dans le sépulcre. Elle y voit deux anges en vêtements blancs, s’asseyant à la place où était le corps de Jésus, l’un du côté de la tête, l’autre du côté des pieds. Ils lui disent: «Femme, pourquoi pleures-tu?» Et elle leur répond : «Parce qu’on a enlevé mon Seigneur, et que je ne sais où on l’a placé. » Ayant dit cela, elle se retourne et, derrière elle, elle voit Jésus qui était là, debout. (Elle ne savait pas que c'était Jésus.) Jésus lui dit: «Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu ?» Elle, le prenant pour le jardinier, lui répond : «Seigneur, si c’est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as placé, et j'irai le chercher. » Jésus lui dit: «Marie!» Elle se retourne et lui dit en hébreu : «Rabbouni !?» (ce qui veut dire : Maître !). 1 L'auteur ne cite pas ici un passage de l'Écriture, mais il rappelle un certain nombre de paroles de l’Ancien Testament, dans lesquelles les premiers chrétiens voyaient des prédictions de la résurrection de Jésus (Psaume 16, 10. Voir Actes 2, 27 et suiv. et aussi 13, 34 et 35). 2 Ou d’après d'anciens manuscrits : Rabbounei, "“Ψ, ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 339 Jésus lui dit: «Ne me touche point! car je ne suis pas encore monté vers le Père, mais va vers mes frères et dis-leur: «Je monte vers mon Pere et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie Madeleine va porter la nouvelle aux disciples: «J'ai vu le Seigneur, et voilà ce qu'il m'a dit.» Le soir de ce même jour, le premier de la semaine, les portes du lieu où les disciples étaient rassemblés étant fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint et se tint au milieu d’eux, et leur dit : «La paix soit avec vous!!» et, en disant cela, il leur montra ses mains et son Côté. Les disciples se réjouirent, voyant le Seigneur. IL leur dit encore une fois : «La paix soit avec vous!! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie.» En disant cela, il souffla sur eux et leur dit : «Recevez l'Esprit saint ?. À ceux auxquels vous remettrez les péchés, 115 seront remis; à ceux aux- quels vous les retiendrez, ils seront retenus. » Un des douze, Thomas, appelé Didyme ὃ, n’était pas avec eux, lorsque vint Jésus. Les autres disciples lui dirent : «Nous avons vu le Seigneur.» Il leur répondit : «Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas le doigt à la place des glous“, si je ne mets pas la main dans son côté5, je n’en croirai rien.» Huit jours après, les disciples étaient réunis dans la même chambre, Thomas avec eux ; Jésus vint, les portes étant fermées. Il se tint au milieu d'eux et dit: «La paix soit avec vous 6. » Ensuite il dit à Thomas: «Porte ici ton doigt et regarde mes 1 C'est-à-dire : Je vous salue. Voir note sur 14, 27 (voir aussi Luc 24, 36). 5. Le mot Esprit dans le texte grec n’est pas précédé de l’article et le sens littéral est : Recevez de l'Esprit saint, une effusion de l'Esprit saint. 3 Voir note sur 11, 16. # Plusieurs anciens manuscrits lisent : dans la marque des clous. Ὁ C'est-à-dire dans la plaie du côté. 5 Voir note sur le verset 19. 17, 20 18 19 20, 98 29 90 91 2]. 1 340 LE NOUVEAU TESTAMENT mains; avance aussi ta main, mets-la dans mon côté, et ne deviens pas incrédule, mais croyant!» Thomas lui répondit par ces paroles: «Mon Seigneur et mon Dieu!» — «Parce que tu m'as vu, tu as cru!» lui dit Jésus; « Heureux ceux qui, sans avoir vu, sont croyants! » Jésus a fait encore, en présence des disciples, beaucoup d’autres miracles qui ne sont pas consignés dans ce livre. Ceux-ci le sont, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, le croyant, vous ayez la vie en son nom. Après cela, sur le bord de la mer de Tibériade, Jésus se mani- festa encore aux disciples. Voici comment : Simon Pierre, Thomas appelé Didyme?, Nathanaël de Cana en Galilée, les fils de Zébédée et deux autres disciples étaient ensemble. «Je vais pêcher», leur dit Simon Pierre. «Nous y allons avec toi» répondirent les autres. Is partirent et montèrent dans la barque. Cette nuit-là ils ne prirent rien. Le matin venu, Jésus était là debout sur le rivage. Les disciples cependant ne savaient pas que c'était Jésus. «Enfants, leur dit-il, n’avez-vous rien à manger?» — Ils lui répondirent: «Non.» — «Jetez le filet, dit Jésus, à droite de la barque, vous trouverez. » [Is le jetèrent et ils n’avaient plus la force de le retirer tellement il était plem de poissons. Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: «C'est ke Seigneur!» A cette parole: «C'est le Seigneur», Simon Pierre qui n’était pas vêtu remit sa tunique et se jeta à l’eau. Quant aux autres disciples ils vinrent avec la barque, et comme ils étaient 1 L'Evangile se termine ici. Le dernier chapitre est un appendice. 2 Voir note sur 11, 16, ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 341 peu éloignés de terre, — environ de deux cents coudées, — ils traînaient le filet plein de poissons. Une fois descendus à terre, ils voient du charbon préparé, du poisson dessus et du pain. Jésus leur dit : «Apportez quelques-uns des poissons que vous venez de prendre. » Simon Pierre monta alors dans la barque et tira à terre le filet. Il était plein de gros poissons; il y en avait cent cinquante-trois et malgré ce grand nombre le filet ne se déchira pas. «Venez manger !», dit Jésus aux disciples. Aucun d’eux n’osait lui poser cette question: «Qui es-tu?» Ils savaient que c'était le Seigneur. Jésus s’approche; prend le pain et le leur donne, ainsi que le poisson. C'était la troisième fois, depuis sa résurrection d’entre les morts, que Jésus se manifestait? à ses disciples. Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre: «Simon, fils de Jean“, m’aimes-tu plus que ceux-ci?» — II lui répondit : «Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime.» Jésus lui dit: «Fais paître mes agneaux. » Il lui dit une seconde fois : «Simon, fils de Jean, m’aimes-tu?» Il lui répondit: «Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. » Jésus lui dit : «Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit pour la troisième fois : «Simon, fils de Jean, M’aimes- tu?» Pierre fut attristé de ce qu’il lui disait pour la troisième fois : «M'aimes-tu?» et lui répondit : «Seigneur, tu sais tout; tu sais que je t'aime 5. » 1 Littéralement : déjeuner, faire le repas du matin. 2 Grec: se manifesta. 3 Voir note sur le verset 12. # Fils de Jean. Voir note sur 1, 43. 5 Dans les versets 15, 16, 17, nous avons rendu par aimer deux verbes grecs différents, dont l’un exprime un sentiment particulièrement tendre et affectueux et pourrait se traduire en français par chérir. Voici comment il faut, si l’on tient compte de cette nuance, interpréter tout ce passage : Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci? » Il lui répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je te chéris.» Jésus lui dit : «Fais paître mes agneaux.» Il lui dit une seconde fois : «Simon, fils de Jean, 9, 21 13 14 16 47 21,18 19 542 LE NOUVEAU TESTAMENT Jésus lui dit: «Fais paître mes brebis. En vérité, en vérité, je te le dis, lorsque tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu étendras les mains, un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudras pas. (II dit cela pour indiquer par quel genre de mort Pierre devait glorifier Dieu); et après avoir ainsi parlé, il ajouta : «Suis-moi. » Pierre, se retournant, voit le suivre le disciple que Jésus aimait, celui qui, pendant le repas, s'était penché sur sa poitrine et lui avait dit: «Seigneur qui est celui qui te livrera?» Le voyant, Pierre dit à Jésus: «Seigneur, et celui-ci, que lui arrivera-t-il» Jésus lui répond: «Si je veux qu'il attende jusqu’à ce que je vienne, que t'importe? Toi, suis-moi. » Alors le bruit se répandit parmi les frères que ce disciple-là ne mourrait pas. Cependant Jésus n’a pas dit à Pierre : «Il ne mourra pas; » mais : (851 Je veux qu'il attende jusqu'à ce que je vienne, que t'importe 1. » C'est ce disciple-là même qui atteste ces choses et qui les ἃ écrites, et nous savons que son témoignage est véridique. Il y a encore beaucoup d’autres choses que Jésus ἃ faites. Si on les écrivait l’une après l’autre, je crois que le monde entier ne pourrait contenir les livres qu'on écrirait?. maimes-tu ?» Il lui répondit : «Oui, Seigneur, tu sais que je te chéris.» Jésus lui dit: «Sois le pasteur de mes brebis.» 11 lui dit pour la troisième fois: «Simon, fiis de Jean, me chéris-tu?» Pierre fut attristé de ce qu'il lui disait pour la [roisième fois : «Me chéris-tu ? » Il répondit : «Seigneur, tu sais tout, tu sais que je te chéris.» 1 Un des deux plus anciens manuscrits omet que t’importe. ? Un des deux plus anciens manuscrits omet toute cette dernière phrase à partir de : /l y ὦ encore beaucoup d'autres choses, etc. LES ACTES DES APOTRES PRÉFACE Les Actes des apôtres forment le second volume d’un ouvrage dont le troisième Évangile est le premier. L'identité d'auteur n’est mise en doute par personne. L’épigraphe du livre est dans un mot de Jésus aux apôtres avant de remonter au ciel: Wous recevrez une grande force, quand le saint Esprit descendra sur vous, δέ vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, en Samarie et jusqu'au bout du monde (Actes 1: 8). L’historien développera ces paroles et en montrera la vérité dans son récit. Il commence par Jérusalem et, après avoir rappelé comment Judas a été remplacé par Matthias (1: 15 à 26), il raconte le miracle de la Pentecôte et les premières conquêtes des apôtres, en même temps que leurs premières difficultés, leurs luttes et leurs souffrances. Son but est de faire ressortir le caractère universaliste du christianisme et, à partir du chapitre 8°, verset 4, il montre l'Évangile porté de Judée en Samarie et de Samarie#chez les païens (ch. 8: 4 à ch. 15). Une décision de l’assemblée de Jérusalem (ch. 15) régularise l’entrée des païens dans l'Église, entrée dont l’histoire de l’eu- nuque (ch. 8 : 26 et suiv.) et celle de Cornélius (ch. 10) avaient été les prémices. 344 LE NOUVEAU TESTAMENT Enfin, Luc restreint son sujet et se borne à raconter les missions de Paul et ses voyages. Son premier voyage nous est rapporté aux chapitres 13 et 14. Paul et Barnabas évangélisent l’île de Chypre et ensuite le pays des Galates. Dans un second voyage (ch. 15: 36 à 18: 23), après avoir par- couru la Galatie et l’Asie-Mineure, Paul passe en Macédoine et en Grèce. Il se rend à Corinthe où il séjourne cette première fois un an et demi. Cette ville est l’extrême limite de ses courses mission- naires. Après un court séjour à Antioche, Paul commence son troisième voyage (18 : 23 à 21 : 17). Il débute par un séjour de trois ans à Éphèse. De là il se rend encore en Macédoine, puis à Corinthe où il passe trois mois. Enfin il monte à Jérusalem. Son arrestation nous est ensuite racontée (21 : 17 et suiv.). Après une captivité de deux années à Césarée, Paul est envoyé à Rome sur sa demande. La traversée est retardée par un naufrage (ch. 27). Arrivé enfin dans la capitale de l'empire, Paul y est emprisonné au prétoire et y attend son jugement (ch. 28). Ici le récit de Luc s'arrête brusquement. L'auteur avait sans doute atteint son but: montrer que l'Évangile rejeté par les Juifs est accueilli par les païens, et que l’universalisme évangélique répond bien à la volonté divine. Cependant personne n’a pu, jusqu'ici, expliquer d’une manière satisfaisante l’absence totale de conclusion au livre des Actes des apôtres. L'Eglise a toujours placé cet écrit au nombre des Re incon- testés. Mais il a été moins connu et moins lu que les autres parties du Nouveau Testament. Au culte public on s’attachait surtout à la lecture, soit des Évangiles, soit des Épîtres et les Actes étaient un peu négligés. Irénée, à la fin du second siècle, est le premier des Pères qui fasse clairement mention des Actes des apôtres et Chrysostôme, au quatrième siècle, se plaignait de ce que plusieurs ignoraient non seulement le nom de l’auteur, mais l'existence même du livre. Un examen attentif nous montre que Luc, pour écrire les Actes, a suivi la même méthode que dans la rédaction de son ivangile, Il a consulté plusieurs documents, a choisi entre eux et n'a négligé aucune source d'informations. Le lecteur remarquera PRÉFACE 345 l’emploi du pronom de la première personne du pluriel nous, qui est brusquement introduit au verset 10 du chapitre 16, et qui con- tinue jusqu’au verset 17. Il reparaît ensuite du verset 5 au verset 15 du chapitre 20, puis dans les 18 premiers versets du chapitre 21, dans tout le chapitre 27 et jusqu’au verset 17 du chapitre 28. On peut en conclure que Luc avait rejoint Paul à Troas (Actes 16: 10), qu'il l’accompagna en Macédoine, mais resta à Philippes pendant que Paul se rendait à Corinthe. Plus tard, Paul repassant à Philippes, à la fin de son troisième voyage, reprit Luc avec lui, et celui-ci ne le quitta plus qu’à son arrivée à Rome. Les Actes ont été écrits peu après le troisième Évangile, c’est-à- dire entre l’an 70 et l’an 80. | . ὁ e nr LR" 2 LL PA ver LES ACTES DES APOTRES Dans mon premier récit !, Théophile, j'ai raconté depuis le com- mencement tout ce que Jésus ἃ fait et enseigné jusqu’au jour où, après avoir donné, par l'Esprit saint, ses ordres aux apôtres qu'il avait choisis, 1l fut enlevé au ciel. Déjà, après sa passion, il s'était montré à eux vivant, leur avait donné de nombreuses preuves de sa résurrection, leur était apparu pendant quarante jours, leur avait parlé des choses du Royaume de Dieu. Un jour qu’ils étaient réunis, il leur ordonna de ne pas quitter Jérusalem, mais d'y attendre ce que le Père avait promis... «Ce dont vous m'avez entendu parler, leur dit-il; car Jean baptisait d’eau, mais vous, vous serez baptisés d’Esprit saint? dans peu de Jours. » Les apôtres, tout en l’accompagnant, lui posaient des questions : «Seigneur, lui demandèrent-ils, est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël?» Il leur répondit: «Vous n'avez pas à savoir les époques ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité ; mais vous recevrez une grande force quand le saint Esprit descendra sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, en Samarie et jusqu'awbout du monde. » 1 Le livre des Actes des apôtres a été écrit par Luc etile « premier récit » auquel il fait ici allusion est le troisième Évangile, Voir la préface. 2 D'Esprit suint ou avec de l'Esprit saint, ou encore: dans l'Esprit saint, voir note sur Matth. 3, 11. D νὼ» -- 10 af 13 14 348 LE NOUVEAU TESTAMENT Pendant qu'il prononçait ces paroles et pendant qu'ils le regardaient, 11 fut enlevé et une nuée vint le dérober à leurs yeux. Comme ils considéraient attentivement le ciel pendant qu'il s'en allait, deux hommes en vêtements blancs se présentèrent à eux : «Galiléens, leur dirent-ils, pourquoi restez-vous là à regar- der au ciel? Ce Jésus qui vient d'être enlevé au ciel du milieu de vous, en reviendra de la même manière que vous l’avez vu y monter. » Ils retournèrent alors de la montagne appelée Bois d’Oliviers à Jérusalem, qui est tout près, à la distance d’un chemin de sabbat®, Rentrés dans la ville, ils montèrent à la chambre haute ?, où ils se tenaient d'ordinaire. C’étaient : Pierre, Jean, Jacques et André, —- Philippe et Thomas, — Barthélemy et Matthieu, — Jacques, fils d’Alphée, Simon le Zélote et Judas, fils de Jacques. Eux tous, avec persévérance et d’un seul cœur, s’y adonnaient à la prière avec les femmes, avec Marie, mère de Jésus, et avec les frères de celui-ci. Un de ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères (cent vingt personnes environ étaient ensemble réunies) et voici ce qu'il dit : «Mes frères, il fallait que s’accomplit l'Écriture, la prédiction de l'Esprit saint faite par la bouche de David sur Judas (celui qui s'est chargé de conduire ceux qui ont arrêté Jésus), parce qu'il était au nombre des nôtres et qu'il avait reçu sa part de notre mi- nistère — (cet homme, après avoir acheté un champ avec le salaire de son crime, s’est jeté, la tête la première; son corps s’est brisé L Un kilomètre environ. 2 Salle supérieure de la maison, qui en était toujours la plus grande pièce. On construisait parfois la chambre haute sur le toit, qui était en forme de ter- rasse, I] suffisait de couvrir cette terrasse. 3 On appelait Zélotes les Juifs particulièrement zélés pour le triomphe de la cause nationale. LES ACTES DES APÔTRES 349 par le milieu ; ses entrailles se sont répandues ; ce fait est si bien connu de tous les habitants de Jérusalem, que dans leur langue ils appellent ce champ Acheldamach, c’est-à-dire champ du sang!) — en effet, il est écrit au livre des Psaumes : tee” Que sa demeure devienne un désert! Que personne n'y habite?!» «Qu'un autre obtienne sa charges.» Donc, il faut qu'un des hommes qui nous ont accompagnés pendant tout le temps, depuis que le Seigneur Jésus ἃ commencé jusqu'à ce qu'il ait cessé d’être avec nous, en prenant depuis le baptème de Jean jusqu'au jour où il nous ἃ été enlevé, devienne avec nous témoin de sa résurrection. » Ils en proposèrent deux : Joseph dit Bar-Sabbas, surnommé Justus, et Matthias; puis ils firent cette prière : «Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs, montre-nous lequel de ces deux frères tu as choisi pour qu’il occupe la place de ministre et d’apôtre que Judas ἃ quittée pour aller à la place qui est la sienne. » Ensuite on tira au sort. Le sort tomba sur Matthias, qui fut alors associé aux onze apôtres. Quand arriva le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble réunis, et tout à coup il se produisit, venant du ciel, un bruit sem- blable à un violent coup de vent, bruit qui remplit toute la maison où ils se trouvaient ; il leur apparut alors, séparées les unes des autres, des langues ressemblant à des flammes; il s’en posa une sur chacun d’eux; et ils furent tous remplis d’Esprit saint et com- mencèrent à parler en langues étrangères, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. 1 Cette seconde parenthèse est probablement une remarque de l’auteur du livre des Actes et ne semble pas devoir faire partie du discours de Pierre. Les mots « en effet il est écrit», etc., continuent la phrase qui précède la parenthèse : «il avait reçu sa part de notre ministère ». 2 Psaume 69, 26. 3 Psaume 109, 8. 19, 1 PS 17 390 LE NOUVEAU TESTAMENT A Jérusalem se trouvaient alors en séjour des Juifs!, des hommes pieux venus de tous les pays qui sont sous le ciel. Quand ce bruit se fit entendre, ils accoururent en foule et chacun fut stupéfait d'entendre parler sa propre langue. Ils étaient tous? confondus d’étonnement et disaient : «Tous ces hommes qui sont là et qui parlent, ne sont-ils pas Galiléens? Comment donc chacun de nous les entend-il s'exprimer dans sa langue maternelle? Parthes, Mèdes, Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l'Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l'Égypte et du territoire de la Lybie cyrénaïque, étrangers de passage, venus de Rome! tant Juifs que prosélytes !.… Crétois!.., Arabes! nous les entendons parler dans nos langues des grandes choses que Dieu a faites !» Ils étaient tous confondus, ne savaient que penser; les uns se demandaient: «Qu'en advien- dra-t-il? » D'autres se moquaient, en disant qu'ils étaient pris de vin. Pierre alors s’avança avec les onze, éleva la voix et s'exprima ainsi : «Habitants de Judée et vous qui êtes en séjour à Jérusalem, «Sachez bien ceci, prêtez l'oreille à mes paroles : ces hommes ne sont point ivres, comme vous le supposez, car il n’est que la troisième heure du jour #, mais 1l arrive ce dont ἃ parlé le prophète Joël : «1 arrivera pendant les derniers jours, dit Dieu, Que je répandrai de mon Esprit sur toute chair ; Et vos fils et vos filles prophétiseront ; Vos jeunes gens auront des visions Et vos vieillards auront des songes ; Oui, sur mes serviteurs el sur mes servantes, en ces jours-là, Je répandrai de mon Esprit et ils prophétiseront. 1 Juifs, c'est-à-dire ici professant la religion juive. C’étaient des Juifs «de la dispersion». Voir note sur Jacques, 1, 1. 2 Quelques anciens manuscrits omettent tous. 3 On peut, d’après une autre ponctuation, mettre cette phrase sous forme interrogative : comment les entendons-nous … parler dans nos langues, ete. 4 Neuf heures du matin. k F4 Ë 4 ἷ ἷ LES ACTES DES APÔTRES 901 Je ferai paraitre des prodiges la-haut dans le ciel Et des miracles ici-bas sur -la terre, Du sang, du feu et des tourbillons de fumée, Le soleil se changera en ténèbres Et la lune en sang, Lorsque approchera le grand et glorieux À jour du Seigneur ; Et quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé 3.» « Hommes d'Israël, écoutez ces paroles : Jésus de Nazareth, cet homme dont Dieu a légitimé la mission devant vous, en faisant par ses mains et sous vos yeux des miracles, des prodiges et des signes, comme vous le savez parfaitement, cet homme qui ἃ été trahi — (et c'était un dessein arrêté par Dieu, une détermination prise d'avance par lui) — que des mains impies ont crucifié, que vous avez mis à mort, Dieu l’a ressuscité en anéantissant les hor- reurs de la mort, puisqu'il ne pouvait pas rester en sa puissance. Et, en effet, David dit de lui : «Je voyais toujours le Seigneur devant moi”, Car il est à ma droite pour que je ne sois pas ébranlé ; Voilà pourquoi mon cœur a été dans la joie Et ma langue a chanté mon bonheur ; Aussi mon corps reposera-t-il plein d'espérance ; Car tu ne laisseras pas mon âme dans la Demeure-des-morts ; Et tu ne permettras pas que ton Saint voie la corruption ; Tu m'as fait connaître les sentiers de la vie, Tu me rempliras de joie par ta présence “. » «Mes frères, permettez-moi de vous dire en toute liberté que, lui, le patriarche David, est mort, qu'il a été enseveli, que son tombeau est encore aujourd'hui au milieu de nous. Mais il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré, sous la foi du serment, qu’un de ses descendants occuperait son trône ; c'est donc\la résur- rection du Christ qu’il a prévue et annoncée, disant : 1 Quelques anciens manuscrits omettent ef glorieux. ? Joël 2, 28-32. 5 Quelques anciens manuscrits lisent : mon Seigneur devant moi. Ὁ Psaume 16, 8-11. 19, 2 29 30 91 97 ὃ 99 42 352 LE NOUVEAU TESTAMENT «1 n'a pas été laissé au séjour des morts Et son corps n'a pas vu la corruption !. » «Κι bien, ce Christ, c'est le Jésus que Dieu ἃ ressuscité et nous , en sommes tous témoins. Puis il a été élevé à la droite de Dieu, 1] a reçu du Père la promesse de l'Esprit saint, et alors il l’a répandu comme vous le voyez et l’entendez. David, lui, n’est pas monté au ciel, il dit même : «Le Seigneur a dit à mon Seigneur Assieds-toi à ma droite Jusqu'à ce que je te donne tes ennemis pour marchepied ?. » «Sois donc bien convaincue, maison d'Israël tout entière, que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous, vous avez crucifié. » Touchés jusqu’au fond du cœur par ces paroles, ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : «Frères, que devons-nous faire ? » Et alors Pierre : « Repentez-vous*; que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez le don du saint Esprit, car la promesse est pour vous, pour vos enfants, pour tous ceux qui sont au loin en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera. » Il les conjurait par beaucoup d’autres paroles encore, et il les exhortait en disant : « Échappez à cette génération perverse! » Ceux donc qui accueillirent sa prédication reçurent le baptème, et, ce jour-là, trois mille âmes environ furent admises. Ils étaient assidus à suivre l’enseignement des apôtres et à vivre en communion fraternelle quand ils rompaient le pain et quand ils priaient. | Ils étaient respectés de tout le monde; les apôtres faisaient en grand nombre des prodiges et des miracles“, et tous les croyants 1 Psaume 16, 10. 2 Psaume 110, 1. 3 Quelques anciens manuscrits lisent: repentez-vous, leur dit-il. On peut traduire aussi convertissez-vous. 4 Quelques anciens manuscrits ajoutent: à Jérusalem, tous étaient Saisis d'un profond respect, LES ACTES DES APÔTRES 323 vivaient ensemble. Ils mettaient tout en commun !; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, et en partageaient le produit entre tous, en proportion des besoins de chacun. Tous ensemble, chaque jour, étaient assidus au Temple et, dans leur maison, 1ls rompaient le pain, ils prenaient leurs repas d’un cœur pur et joyeux, louant Dieu et se faisant aimer de tout le peuple. Le Seigneur ajoutait chaque jour à l'église? ceux qui étaient sauvés. Pierre et Jean montaient un jour au Temple pour la prière de la neuvième heure; or, il y avait un homme estropié de naissance que, tous les jours, on apportait et on déposait à la porte du Temple dite «La Belle», pour demander l’aumône à ceux qui entraient. Voyant Pierre et Jean qui allaient pénétrer dans le Temple, il s’adressa à eux pour recevoir une aumône. Pierre arrêta sur lui son regard, ainsi que Jean : «Regarde- nous, lui dit-il. » Lui les fixait attentivement, s’attendant à recevoir quelque chose. Mais Pierre continua : «Je n'ai ni argent ni or, mais ce que j'ai, je te le donne; au nom de Jésus-Christ de Nazareth, marche!» En même temps il lui prenait la main droite et le levait; immédiatement ses pieds et ses chevilles devinrent fermes; d’un saut il se mit debout; il marchait! et il entra avec eux dans le Temple, marchant, sautant et louant Dieu. Tout le peuple le vit marcher et louer Dieu, chacun le recon- naissait ; c'était bien lui, l’homme qui demandait l’aumône assis à «La Belle Porte» du Temple; complète était la stupéfaction comme l’enthousiasme de ce qui lui était arrivé. Cet homme ne quittant pas Pierre et Jean, c’est vers eux, au portique dit de Salomon, qu’accourut tout le peuple, confondu de surprise. Voyant cela, Pierre s’adressa ainsi à la foule : 1 Un des plus anciens manuscrits lit : Tous les croyants mettaient tout ensemble et en commun. ? À l’église. Littéralement: ensemble, en un même lieu ou un même corps. 3 Trois heures après midi. 23 45, 2 Qt Q 9 10 1 304 LE NOUVEAU TESTAMENT « Hommes d'Israël, «Pourquoi vous étonnez-vous de ce qui vient de se passer? Pourquoi nous regardez-vous avec cette insistance, comme si c'était nous, par nos propres forces ou par notre piété, qui avions fait marcher cet homme? Le Dieu d'Abraham, d’Isaac et de Jacob !, le Dieu de nos pères ἃ glorifié son serviteur Jésus que vous, vous avez livré et que vous avez renié devant Pilate, et cela, quand lui, 1] voulait le relâcher! Oui, vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé la grâce d’un meurtrier , vous avez tué l’auteur de la vie, que Dieu a ressuscité d’entre les morts, et nous, nous sommes ses témoins. C’est par la foi en son nom que ce nom ἃ guéri l'homme que vous voyez et connaissez; la foi qui agit par lui ἃ donné à cet homme, et en votre présence à (ous, une guérison complète. » «Je sais d’ailleurs, frères, que vous avez fait tout cela dans votre ignorance et vos magistrats aussi. Dieu ἃ accompli de cette maniere ce qu'il avait prédit d'avance par la bouche de tous les prophètes, savoir que son Christ devait souffrir. Repentez - vous donc et convertissez-vous? pour que vos péchés soient effacés et alors pourront venir de la part du Seigneur des temps de ra- fraichissement, et 1] vous enverra celui qu'il vous ἃ destiné, Jésus- Christ, que le ciel doit recevoir jusqu'à l’époque du rétablissement universel dont Dieu a parlé autrefois par la bouche de ses saints prophètes. » «D'une part, Moïse a dit : « Le Seigneur notre Dieu vous susci- tera d’entre vos frères un prophète semblable à moi, vous l'écouterez dans tout ce qu'il vous dira, et quiconque n’écoutera pas ce prophèle, sera exterminé du milieu du peuple “.» D'autre part, 1 Quelques très anciens manuscrits lisent: Le Dieu d'Abraham, le Dieu d’'Isaac, le Dieu de Jacob. ? Le premier verbe, que nous traduisons par repentez-vous, signifie aussi convertissez-vous, et le second, que nous traduisons par convertissez-vous, signifie aussi changez-vous. 5 Quelques anciens manuscrits lisent: Le Seigneur votre Dieu, et d'anciennes autorités : Le Seigneur Dieu sans pronom. # Deutéronome 18, 15, 18 et suiv. Voir aussi Genèse, 17, 14. LES ACTES DES APÔTRES 309 tous les prophètes, depuis Samuel et ses successeurs, ont parlé et ont annoncé ces jours-là. Vous êtes les fils des prophètes et les héritiers ! de l'alliance que Dieu a conclue avec nos pères, disant à Abraham : « Toutes les familles de la terre seront béntes en ta postérité ?.» Pour vous, les premiers, Dieu a suscité son serviteur et l’a envoyé vous bénir en détournant chacun de vous de ses ini- quités. » Pendant qu'ils parlaient au peuple, survinrent les prêtres”, le capitaine du Temple et les Sadducéens, fort ennuyés de ce qu’ils enseignaient le peuple et lui annonçaient la résurrection d’entre les morts en lui parlant de Jésus. Ils les firent arrêter et jeter en prison, et comme il était déja tard, ils les y laissèrent jusqu'au lendemain. Cependant plusieurs de ceux qui avaient entendu le discours de Pierre devinrent croyants, et le nombre des frères fut porté à cinq mille environ *. Le lendemain se réunirent, à Jérusalem, les magistrats, les Anciens, les Scribes, le grand-prêtre Hanne5, KaïpheS, Jean, Alexandre, tous ceux qui étaient des grandes familles sacerdotales. Ils firent comparaître Pierre et Jean et leur posèrent cette ques- tion : «Par quelle autorité ou au nom de qui avez-vous agi 7?» Alors Pierre, plein d’Esprit saint, leur dit : « Magistrats du peuple et Anciens, « Puisque nous sommes interrogés aujourd’hui à propos du bien que nous avons fait à un homme malade, puisque vous voulez savoir comment 1l ἃ été guéri, sachez vous tous, et que le peuple d'Israël tout entier sache aussi, que c'est au nom de Jésus-Christ de Nazareth, crucifié par vous, ressuscité d’entre les morts par Dieu ; 1 Ces mots les héritiers sont sous-entendus dans le texte. ? Genèse 12, 3; 22, 18. Deux anciens manuscrits lisent : les chefs des prêtres. Quelques anciens manuscrits omettent environ. Plus exactement : Hannas ou Hanan. Plus exactement : Kaïaphas. Littéralement : Avez-vous fait cela? J @ &t rR ο 95, 3 D .-- (#14 "1 10 13 14 15 10 17 18 10 21 22 900 LE NOUVEAU TESTAMENT oui, c’est par lui que cet homme est là devant vous en bonne santé. Ce Jésus est «La pierre rejetée par vous, les constructeurs, Et devenue la pierre angulaire !. » «Il n’y ἃ de salut en aucun autre; car, sous le ciel, 1l n’a pas été donné d'autre nom aux hommes par lequel nous devions être Sauvés. » Quand ils virent l'assurance de Pierre et de Jean, qu'ils savaient être des gens du peuple, sans instruction aucune, ils furent très surpris. Ils les reconnaissaient pour avoir été avec Jésus, et voyant debout à côté d'eux l’homme qu'ils avaient guéri, ils n'avaient rien à répliquer. Alors ils leur ordonnèrent de sortir du Sanhédrin?, puis 115 déli- bérèrent : «Que faire à ces gens? se disaient-ils, car pour tous les habitants de Jérusalem il est évident qu'ils ont fait un miracle remarquable et il nous est impossible de le nier. Cependant, pour que l'affaire ne se répande pas davantage dans le peuple, interdi- sons-leur avec menaces de jamais parler à homme quelconque en ce nom-là. » Ils les firent rappeler et leur défendirent absolument de parler et d'enseigner au nom de Jésus. Mais Pierre et Jean leur répon- dirent ainsi : « 51] est juste devant Dieu de vous écouter plus que Dieu, jugez-le; quant à nous, nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu. » Ils les relâchèrent néanmoins, après avoir réitéré leurs menaces, ne trouvant aucun moyen de les punir, à cause du peuple, car tout le monde glorifiait Dieu de ce qui était arrivé: en effet, l'homme qui avait été guéri par ce miracle était âgé de plus de quarante ans. Lorsqu'ils furent libres, ils se rendirent auprès des leurs et leur racontèrent tout ce que les chefs des prêtres et les Anciens leur avaient dit. Quand ils l’eurent appris, ils élevèrent unanimes leurs 1 Psaume 118, 22. 2 Le Sanhédrin., Voir note sur Matth. δ. 99, | 4 "" » νυν "» ῥ 4 ἔς ᾿ Li “ LES ACTES DES APÔTRES 397 voix à Dieu: «Ὁ Maître, dirent-ils, Toi qui as fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve! Toi qui as dit par l'Esprit saint, par la bouche de notre père, ton serviteur David : «Pourquoi les nations ont-elles tremblé de colère, «Et les peuples ont-ils formé des desseins inutiles ? « Les rois de la terre se sont soulevés «Et les magistrats se sont ligqués ensemble «Contre le Seigneur et contre son Oint, » «— (en effet, Hérode et Ponce-Pilate avec les païens et le peuple «d'Israël se sont véritablement ligués dans cette ville même contre «ton saint serviteur Jésus, que tu as oint pour faire tout ce que «ta main et ta volonté avaient décidé d'avance), — à présent, «Seigneur, ale l’œil ouvert sur leurs menaces et donne à tes ser- «viteurs 1 d'annoncer ta Parole en toute assurance, lorsque tu «étendras ta main pour opérer des guérisons, des miracles et des « prodiges par le nom de ton saint serviteur Jésus?. » Quand ils eurent prié, le lieu où ils étaient rassemblés trembla, tous furent remplis du saint Esprit et RE avec assu- rance la Parole de Dieu. La multitude des croyants n'avaient qu’un cœur et qu'une âme; personne ne disait rien posséder qui lui fût propre, mais ils mettaient tout en commun. Les apôtres rendaient avec une grande énergie leur témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus-Christ, et une grande grâce reposait sur eux tous; car ils n'avaient pas un seul indigent : tous ceux qui étaient propriétaires de terres ou de mai- sons les vendaient, apportaient le prix de leur vente et le dépo- saient aux pieds des apôtres. On le distribuait ensuite à chacun selon ses besoins. C’est ainsi qu’un lévite, Chypriote de naissance, Joseph, surnommé par les apôtres Bar-Nabas (ce qu’on peut tra- duire fils de la prédication), possédait un champ qu'il vendit; il en apporta l'argent et le déposa aux pieds des apôtres. 1 Grec : esclaves. 2 Cette prière ne forme qu’une seule phrase, et les mots: à présent, Seigneur, font suite aux premières paroles : Toi qui as fait le ciel, etc... Toi qui as dit. 26 91 90 37 t σι 11 398 LE NOUVEAU TESTAMENT Mais un homme nommé Ananias, d'accord avec sa femme Sap- phira, vendit une propriété, mit de côté une partie du prix de vente, sa femme le sachant, et apportant le reste, le déposa aux pieds des apôtres. «Ananias, lui dit Pierre, pourquoi Satan s'est-il emparé de ton cœur, Jusqu'à te faire mentir à l'Esprit saint, et te faire mettre de côté une partie du prix de ton champ? Si tu ne l’avais pas vendu, ne (6 serait-il pas resté? et, si tu le vendais, ne pouvais-tu pas à ton gré disposer de sa valeur? comment as-tu pu former un pareil projet dans ton cœur? ce n’est pas à des hommes que tu as menti, c'est à Dieu. » A l’ouïe de ces paroles, Ananias tomba et expira. Tous les auditeurs furent frappés d’épouvante; cependant les plus jeunes, s'étant levés, l’arrangèrent pour l’ensevelir, puis 115 l’emportèrent et l’enterrèrent,. Il s'était écoulé trois heures environ, lorsque sa femme entra, ne sachant pas ce qui était arrivé. Pierre s’adressa à elle : «Dis-moi si c'est à ce prix-là que vous avez vendu votre champ?» Elle répondit: «C’est à ce prix-la.» Mais Pierre: «Eh quoi! vous vous êtes concertés pour tenter l'Esprit du Seigneur! Voici les pas de ceux qui ont enseveli ton mari s’approchent de cette porte; ils vont t’emporter ! » A l'instant même elle tomba à ses pieds et expira; les jeunes gens qui rentraient la trouvèrent morte, ils l’'emportèrent et l’en- terrèrent à côté de son mari. | L'Église tout entière et tous ceux qui apprirent ces faits furent frappés d’épouvante. Cependant il se faisait, dans le peuple, par les mains des apôtres, des miracles et des prodiges en grand nombre. Ceux-ci se tenaient d'habitude tous ensemble sous le portique de Salomon. Aucun des autres! n’osait entrer en rapport avec eux, mais le 1 Les autres. c’est-à-dire les indifférents ou les adversaires. LES ACTES DES APÔTRES 399 peuple leur montrait une grande admiration; des croyants toujours plus nombreux, des hommes et des femmes en foule s’attachaient au Seigneur; c'était au point qu'on portait les malades jusque dans les rues, qu’on les déposait sur de petits lits et sur des grabats afin que, Pierre venant à passer, son ombre au moins couvrit quelqu'un d'eux. Même des villes voisines, la foule accou- rait à Jérusalem, amenant des malades et des personnes tour- mentées par des Esprits impurs : tous étaient guéris. Cependant le grand-prètre et tous ceux de son parti (le parti des Sadducéens) se mirent en mouvement. Poussés par la jalousie, ils firent arrêter les apôtres et les jetèrent dans la ptison publique. Mais un ange du Seigneur ouvrit, pendant la nuit, les portes de la prison, les fit sortir et leur dit: «Allez vous montrer au Temple et annoncez au peuple toutes ces paroles de vie.» À ces mots, ils entrèrent au Temple dès le point du jour et reprirent leur enseigne- ment. Cependant le grand-prêtre et ses partisans convoquerent le Sanhédrin! et tout le sénat des Israélites, puis ils envoyèrent chercher les apôtres à la prison. Leurs agents s’y rendirent donc et ne les y trouvèrent pas; ils revinrent et rapportèrent le fait en ces termes : « Nous avons trouvé la prison fermée avec grand som et les sentinelles se tenant aux portes; nous avons ouvert et, dedans, nous n’avons trouvé personne.» A l’ouïe de ces paroles, le capi- taine du Temple et les chefs des prêtres se demandèrent avec inquiétude où étaient les apôtres et ce que tout cela deviendrait. Là-dessus, quelqu'un vint leur dire : «Les hommes que vous avez ‘fait mettre en prison sont installés au Temple et enseignent le peuple.» Le capitaine du Temple partit alors avec ses agents et les amena, mais sans employer la force, car ils avaientpeur du peuple qui aurait pu les lapider. Ils les amenèrent donc et les introduisirent dans le Sanhédrin. Le grand-prêtre les interrogea : «Ne vous avons-nous pas 1 Le Sanhédrin. Voir note sur Matth. 5, 22. 16 [Re] [na] 40 360 LE NOUVEAU TESTAMENT expressément interdit, leur dit-il, d'enseigner en ce nom-là, et voilà que vous avez rempli Jérusalem de votre enseignement et que vous voulez faire retomber sur nous le sang de cet homme!» Mais Pierre et les apôtres répondirent par ces paroles : «1] faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes; le Dieu de nos pères ἃ ressuscité Jésus que vous, vous avez fait mourir en le pendant à une croix. Dieu, par sa droite !, l’a élevé à la dignité de Chef et de Sauveur, pour donner à Israël la repentance et le pardon des péchés, et nous, nous sommes témoins de ces choses, ainsi que le saint Esprit donné par Dieu à ceux qui lui obéissent. » Ce langage les exaspéra; ils voulaient les faire mettre à mort; mais un des membres du Sanhédrin, un des Pharisiens, appelé Gamaliel, un légiste qui était estimé de tout le peuple, se leva et demanda qu'on fit sortir un instant les apôtres, puis 1l dit : «Israélites, prenez bien garde à ce que vous allez faire à ces hommes; il y à quelque temps s’est levé Theudas qui prétendait aussi être quelque chose, et quatre cents hommes environ se joignirent à lui; il fut tué et tous ceux qui s'étaient ralliés à lui ont été mis en déroute et réduits à rien. Après lui, à l’époque du recensement, s’est levé Judas le Galiléen, et il a attiré bien des gens à lui; celui-là aussi ἃ péri, et tous ceux qu'il avait ralliés à lui ont été dispersés. Eh bien, je vous dis ceci : Cessez vos pour- suites et laissez aller ces hommes; car si cette entreprise ou cette œuvre vient des hommes, elle tombera d'elle-même; si, au con- traire, elle vient de Dieu, vous ne pourrez l'arrêter et vous risquez de vous trouver avoir combattu contre Dieu.» Ils se rangèrent à son avis et, ayant rappelé les apôtres, ils leur firent donner la bastonnade, puis leur défendirent de prêcher au nom de Jésus et les relàcherent. Les apôtres se retirèrent de devant le Sanhédrm pleins de joie d’avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le nom de Dieu ?; et tous les jours, dans le Temple et dans leur maison, ils 1 C'est-à-dire par sa puissante volonté. 2 Les mots: de Dieu ne sont pas dans le texte; mais lorsqu'un Juif disait «le nom » sans ajouter de Dieu, ces mots étaient toujours sous-entendus. + . 4 LES ACTES DES APÔTRES 361 ne cessaient d'enseigner et d'annoncer l'Évangile! de Jésus- Christ. En ce temps-là, le nombre des disciples augmentant toujours, les Hellénistes ? se plaignirent de ce que leurs veuves étaient moins bien traitées dans les distributions quotidiennes que celles des Hébreux ?. Les douze convoquèrent alors une réunion de tous les disciples et leur dirent: «Il n'est pas convenable que nous négligions la prédication de ia parole de Dieu pour faire le service des tables. Choisissez donc parmi vous, frères, sept hommes, pleins d’Esprit saint, sages et considérés, que nous chargerons de ce service et, quant à nous, nous nous occuperons exclusivement de la prière et du ministère de la parole. » Cette proposition plut à tout le monde et les élus furent Étienne, homme plein de foi et d'Esprit saint, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas d’Antioche, un prosélyte. On les présenta aux apôtres qui prièrent en leur imposant les mains. La parole de Dieu se répandait de plus en plus, le nombre des disciples augmentait considérablement à Jérusalem; une foule de prêtres, entre autres, embrassèrent la foi. Étienne, plein de grâce et plein de force, aa dans le peuple des prodiges et de grands miracles. Cependant quelques membres de la synagogue dite des Affran- chis®, des gens de Cyrène et d'Alexandrie, et d’autres venus de Cilicie et d’Asie s’émurent et commencèrent à discuter avec lui, mais sans pouvoir résister à sa sagesse et à l’Esprit par lequel il parlait. 1 Ou : La Bonne Nouvelle. ? Les Hellénistes étaient les Juifs ayant vécu hors de Palestine et parlant le grec : les Hébreux étaient les Juifs ayant vécu en Palestine et parlant l’araméen ou pme, langue de la même famille que l’hébreu. 3 Les Affranchis descendaient des Juifs amenés à Rome comme esclaves, puis affranchis. σι 9 1 12 19 το oO Δ 0 =] 362 LE NOUVEAU TESTAMENT Alors ils subornèrent des individus qui dirent : «Nous l'avons entendu prononcer des paroles blasphématoires contre Moïse et contre Dieu.» [ls soulevèrent le peuple, les Anciens et les Scribes, et, survenant à l'improviste, ils s'emparèrent de lui et l’amenèrent au Sanhédrin, Là 115 produisirent de faux témoins qui dirent: «Cet homme ne cesse de tenir des discours contre le Lieu saint et contre la Loi. Nous l'avons entendu dire que Jésus, cet homme de Nazareth, détruira ce Lieu et changera les institutions que nous tenons de Moïse. » Tous ceux qui siégeaient au Sanhédrin avaient les yeux fixés sur Étienne, et, quand ils le regardaient ainsi, il leur semblait voir un ange. «Tout cela est-il vrai?» lui demanda le grand-prêtre. Étienne dit alors : «Mes frères et mes pères, écoutez ! «Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham, en Mésopo- tamie, avant son établissement à Charran, et lui dit: «Sors de ton pays et de ta famille et va dans le pays que je te montrer.» 1] sortit alors du pays des Chaldéens et s'établit à Charran. De là, après la mort de son père, Dieu le fit passer dans ce pays-ci que vous habitez maintenant. » «Il ne lui donna aucune propriété dans ce pays, pas même de quoi poser le pied, mais il promit de le mettre, lui et ses descen- dants, en sa possession, quoiqu'il n’eût pas d'enfant. Voici comment Dieu parla : «Ses descendants demeureront dans un pays étranger, on les fera esclaves’ et on les persécutera pendant quatre cents ans et la nation qui les fera esclaves c'est moi qui la jugerai, dit Dieu, et ensuite ils partiront et me rendront un culte dans ce lieu-ci ?.» «Puis Dieu fit avec Abraham l'alliance de la circoncision. C'est ainsi qu'ayant engendré Isaac, Abraham le circoncit le huitième jour, de même Isaac Jacob, et Jacob les douze patriarches. » «Les patriarches, jaloux de Joseph, le vendirent pour le faire emmener en Égypte.» 1 Genèse 12, 1. 3 Genèse 15, 13 et suiv. 4 4 FE 4 LES ACTES DES APÔTRES 303 « Mais Dieu était avec lui, 11 le tira de toutes ses épreuves, il lui donna de la sagesse et lui fit trouver grâce devant Pharaon, roi d'Égypte, qui l’établit gouverneur d'Égypte et de toute sa maison. » «Il survint une famine dans toute l'Égypte et en Chanaan, la détresse était grande, et nos pères ne trouvaient pas de quoi se nourrir. Mais Jacob apprit qu'il y avait du blé en Égypte et il y envoya nos pères une première fois. Au second voyage, Joseph se fit reconnaître par ses frères et Pharaon apprit quelle était l’ori- gine de Joseph . » «Alors Joseph envoya chercher son père Jacob et toute sa famille, en tout soixante-quinze personnes. Jacob descendit en Égypte et y mourut; nos pères aussi; on les transporta à Sichem et on les déposa dans le tombeau qu’Abraham, à prix d'argent, y avait acheté des fils d'Emmor. » « Lorsque approcha le moment où devait s’accomplir la pro- messe solennellement faite par Dieu à Abraham, le peuple s’accrut et se multiplia en Égypte jusqu'au «règne d'un autre roi qui n'avait pas connu Joseph®.» Celui-ci traita notre peuple par la ruse et persécuta nos pères jusqu'à leur faire exposer leurs enfants pour leur ôter la vie. » «C'est alors que naquit Moïse; il était d’une divine beauté; trois mois il fut élevé dans la maison de son père. Quand il fut exposé, la fille de Pharaon le recueillit et l’éleva comme son propre fils. Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens ; 1! était puissant en paroles et en œuvres. » «Quand 11 eut quarante ans accomplis, 11 lui monta au cœur le désir de visiter ses frères les enfants d'Israël. Il en vit mal- traiter un et, prenant son part, 1l vengea le tort qui lui était fait en frappant l'Égyptien. Il pensait faire comprendre à ses frères que Dieu, par ses mains, voulait les délivrer; mais ils me com- prirent pas. Le lendemain il se présenta à eux pendant qu'ils 1 Quelques anciens manuscrits lisent : quelle était son origine. 2 Exode 1, 8. __ % Il faut entendre par cette expression les connaissances scientifiques des Égyptiens. 10, 7 264 LE NOUVEAU TESTAMENT se querellaient et comme 1] les exhortait à se réconcilier en leur disant: «Vous êtes frères, pourquoi vous maltraitez-vous?» celui qui faisait tort à son prochain le repoussa par ces mots: «Qui donc t'a nommé notre chef et notre juge? Voudrais-tu me tuer, moi aussi, comme {Εἰ gyptien que tu as tué hier?» À cette parole, Moïse prit la fuite et alla vivre en étranger dans le pays de Madian, où il engendra deux fils. » «Quarante ans plus tard, un ange lui apparut au désert du mont Sinaï dans la flamme d’un buisson en feu. Moïse le vit et, tout surpris de cette apparition, 1] s’approchait pour la considérer de plus près, lorsque la voix du Seigneur se fit entendre : «Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d'Abraham et d’Isaac et de Jacob 3.» Tremblant de peur, Moïse n’osa pas regarder davantage. Alors le Seigneur lui dit: «Ote de tes pieds tes chaussures, car le lieu où tu te trouves est une terre sainte; j'ai regardé et j'ai vu la misère de mon peuple en Égypte, et j'ai entendu ses gémissements et je suis descendu pour le délivrer. Viens maintenant pour que je t'envoie en Égypte “.» «C'est ce Moïse qu'ils avaient renié en disant: «Qu donc t'a nommé notre chef et notre juge?» que Dieu a envoyé comme chef et comme libérateur avec l’aide de l’ange qui lui était apparu dans le buisson. C’est lui qui les ἃ délivrés en faisant des prodiges et des miracles en Égypte, sur la mer Rouge et au désert pendant quarante ans. C'est ce Moïse qui ἃ dit aux enfants d'Israël : «Dieu vous suscitera d’entre vos frères un prophète semblable à moi,» C'est lui qui était au milieu de l'assemblée au désert avec l'ange qui lui parlait sur le mont Sinaï et avec nos pères. C’est lui qui reçut, pour vous? les transmettre, des oracles de vie. C’est à lui que nos pères n’ont pas voulu obéir. C’est lui qu'ils repous- 1 Exode 2, 14. 2 Exode 3, 6. 3 Exode 3, 5, 4 Exode 3, 9, 10. 5 Exode 2, 14. 6 Deutéronome 18, 15. 7 Plusieurs anciens manuscrits lisent : pour nous les transmettre, PATRONS - er "pe - LES ACTES DES APÔTRES 305 sèrent pour tourner leurs cœurs vers l'Égypte, disant à Aaron: «Fais-nous des dieux qui nous conduisent ; car ce Moïse, qui nous α fait sortir du pays d'Égypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé !, » «En ces jours-là, ils fabriquèrent un veau et ils offrirent un sacrifice à cette idole et célébrèrent une joyeuse fête à ces œuvres de leurs mains. Alors Dieu les abandonna et les livra au culte de l’armée du ciel, comme il est écrit dans le livre des Prophètes : «M'avez-vous offert des victimes et des sacrifices Au désert pendant quarante ans, ὁ maison d'Israël, Quand vous transportiez le tabernacle de Moloch Et l'étoile de votre dieu Romphan, [elles? 3 Ces idoles que vous avez fabriquées pour vous prosterner devant Eh bien, je vous déporterai au delà de Babylone *.» «Nos pères avaient au désert le tabernacle du témoignage, comme l’avait ordonné celui qui avait dit à Moïse de le faire sur le modèle qu'il avait vu. Nos pères, l’ayant reçu à leur tour, l'introduisirent avec Josué dans le pays conquis sur les peuples chassés par Dieu devant eux. » «Il en fut ainsi jusqu'au jour de David qui trouva grâce devant Dieu et demanda à élever une demeure à la maison“ de Jacob. Ge fut Salomon qui lui bâtit une maison. » «Mais le Très Haut n’habite point dans ce qui est fait de mains d'hommes, comme le dit le prophète : « Le ciel est mon trône, La terre est mon marchepied ; Quelle maison m'édifierez-vous, dit le Seigneur, Ou quel sera mon lieu de repos? N'est-ce pas ma main qui a fait toutes ces choses 5? » 1 Exode 32, 1. ? On peut lire d’après une autre ponctuation : pendant quarante ans, ὁ maison d'Israël? Vous avez transporté le tabernacle de Moloch et l'étoile... pour vous prosterner devant elles. 5 Amos 5, 25 et suiv. ὁ Plusieurs anciens manuscrits lisent : aw Dieu de Jacob. 5 Esaïe 66, 1 et suiv. 41 42 ΚΕΝ es] LE στ ἀὸ 47 ἀδ 49 09 60 CS 900 LE NOUVEAU TESTAMENT «Têtes dures! cœurs et oreilles incirconcis! vous résisiez tou- jours à l’Esprit saint, comme l'ont fait vos pères! Lequel des pro- phètes vos pères n’ont-ils pas persécuté! Ils ont tué ceux qui annonçaient la venue du Juste, que vous avez trahi et dont vous avez été les meurtriers! Cette Loi que vous aviez reçue sur les ordres des anges, vous ne l’avez pas gardée!...,..» Ces paroles leur mirent la rage au cœur et ils grincèrent des dents contre Étienne; mais lui, plein d’Esprit saint, les yeux fixés au ciel, vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu, et il dit: «Voila que je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu !» Alors ils poussèrent de grands cris, se bouchèrent les oreilles, se précipitèrent tous ensemble sur lui et l’entrainèrent hors de la ville, où ils le lapidèrent. Les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme nommé Saul et, pendant qu'ils le lapidaient, Étienne priait et disait: «Seigneur Jésus, reçois mon esprit.» Puis il se mit à genoux et s’écria à haute voix: «Seigneur ne leur demande pas compte de ce péché!» En prononçant les paroles, il s'en- dormit. Saul avait approuvé ce meurtre. Ce même jour, une cruelle persécution sévit sur l’Église de Jé- rusalem; tous les frères, sauf les apôtres, se répandirent dans toutes les parties de la Judée et de la Samarie. Cependant quelques pieux prosélytes ensevelirent Étienne et célébrèrent ses funérailles avec éclat. Quant à Saul il ravageait l'Église, il pénétrait dans les maisons, il en arrachait hommes et femmes et les faisait jeter en prison. Ceux qui avaient été dispersés allèrent çà et là annoncer la Bonne Nouvelle de la parole 1, Ainsi Philippe, qui s'était rendu dans la ville de Samarie?, } 1 Littéralement : évangélisant la parole. 2 Plusieurs anciens manuscrits lisent : dans une ville de Samarie. LES ACTES DES APÔTRES 367 prècha le Christ. La population fut unanime à subir l'influence des paroles de Philippe, lorsqu'elle l’entendit et qu’elle vit les miracles qu'il faisait: des Esprits impurs sortrent du corps d’un grand nombre de possédés, en jetant de grands cris ; plusieurs paraly- tiques et plusieurs estropiés furent guéris. Ce fut une grande joie dans cette ville. Or, il y avait auparavant dans cette ville un homme nommé Simon, magicien de profession, qui en imposait au peuple de Sa- marie et se faisait passer pour un grand personnage. Tous, petits et grands, s'étaient attachés à lui et disaient: «C’est lui qui est la Puissance de Dieu, «la Grande», comme on l'appelle. » S'ils s'étaient ainsi attachés à lui, c’est que depuis longtemps ses sorcelleries leur en imposaient. Mais quand ils eurent été amenés à la foi par Philippe, qui leur annonçait l'Évangile du Royaume de Dieu et de la personne de Jésus-Christ, tous, hommes et femmes, se firent baptiser. Simon, lui-même, devint croyant, et, quand il fut baptisé, 1l ne quitta plus Philippe; le spectacle des miracles et des prodiges étonnants qu'il opérait le remplissait d’admiration. À Jérusalem, les apôtres apprirent que la Samarie avait accueilli la Parole de Dieu, et Pierre et Jean y furent délégués. S'y étant rendus, ils prièrent pour les croyants, afin qu'ils reçussent l’Es- prit saint (en effet, il n’était encore descendu sur aucun d'eux, ils n'avaient été que baptisés au nom du Seigneur Jésus); alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l'Esprit saint. Quand Simon vit que l'imposition des mains des apôtres conférait l'Esprit, il leur offrit de l'argent : « Donnez-moi ce pouvoir, à moi aussi, dit-il, afin que ceux à qui j'imposerai les mains reçoivent l'Esprit saint. » — « Périsse ton argent avec toi, lui répliqua Pierre, puisque tu as cru que le don de Dieu s’achète! Tu n'as ni part ni héritage dans tout ceci, car ton cœur n’est pas droit devant Dieu. Repens-toi ! donc de cette mauvaise pensée, et prie le Seigneur de 1 Ou: Convertis-toi. 6, 8 10 11 12 13 12 QT 26 33 308 LE NOUVEAU TESTAMENT te pardonner ce dessein de ton cœur. Car, je le vois, tu es tout rempli de venin!, tu es esclave de l'iniquité. » — «Priez vous- mêmes le Seigneur pour moi, répondit Simon, afin qu'il ne m'arrive rien de ce que vous avez dit. » Pierre et Jean, après avoir ainsi rendu leur témoignage et annoncé la Parole du Seigneur, regagnèrent Jérusalem, en évan- gélisant plusieurs villages du pays des Samaritains. Cependant un ange du Seigneur parla à Philippe : « Lève-toi, lui dit-il, et rends-toi vers le sud sur la route qui descend de Jérusalem à Gaza; cette route est déserte. » Il se leva et 1l partit. Or, un Éthiopien, un eunuque, officier de la candace?, reine d'Éthiopie, et gardien de tous ses trésors, venu adorer? à Jérusa- lem, s’en retournait, et, assis sur son char, il lisait le prophète Ésaïe. : L'Esprit dit à Philippe : « Approche-toi de ce char ; rejoins-le. » Philippe s'empressa de le faire, et entendant l’Éthiopien lire le prophète Ésaïe, il lui dit: «Comprends-tu ce que tu lis?» — «Comment le pourrai-je, répondit celui-ci, si quelqu'un ne me dirige?» Puis il invita Philippe à monter et à s’asseoir à côté de lui. Or voici quel était le passage de l’Écriture qu'il lisait : «1| a été conduit comme une brebis à la mort; Comme un agneau muet devant celui qui le tond, Il n’a pas ouvert la bouche! Dans son humihiation son jugement a été levé; Mais qui racontera sa génération? Car sa vie a été retranchée de la terre. » 1 Littéralement : tu es dans un fiel amer, ce qui signifie en style biblique : élre empoisonné. 2 Candace ou candaoce était, à cette époque, le titre de la royauté féminine d'Éthiopie, 3 Adorer, voir note sur Actes 24, 11. ει Ésaie 53, 7 et suiv. LES ACTES DES APÔTRES 369 L'eunuque, s'adressant à Philippe : «Je te prie de me dire, lui demanda-t-il, qui le prophète désigne ici ἢ Est-ce lui-même? Est-ce quelqu'un d'autre?» Philippe prit alors la parole et, commençant par ce passage, il lui annonça l'Évangile de Jésus. Chemin faisant, ils rencontrèrent de l'eau. « Voilà de l’eau, dit l'eunuque, qui empêche que je ne sois baptisé?!» Il fit arrêter le char: Philippe et l’eunuque descendirent tous deux dans l'eau et celui-ci fut baptisé. Lorsqu'ils furent sortis de l’eau, l'Esprit du Seigneur enleva Phi- lippe, l'eunuque ne le vit plus, et poursuivit son chemin plein de joie. Philippe, en effet, se trouvait être à Azot, d’où il partit, évangéli- sant toutes les villes qu’il rencontra jusqu’à son arrivée à Césarée. Saul, ne respirant toujours que menaces et carnage contre les disciples du Seigneur, s’adressa au grand-prèêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin de pouvoir, s’il y trou- vait des membres de la secte, hommes et femmes, les amener garrottés à Jérusalem. Pendant ce voyage, comme il approchait de Damas, tout à coup, autour de lui, brilla une lumière venue du ciel; 1] tomba _ par terre et entendit une voix, lui disant: «Saul' Saul' pourquoi me persécutes-tu ? » — «Qui estu, Seigneur?» répondit-il, et lui: «Je suis Jésus que tu persécutes, mais relève-toi, entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire. » Ses compagnons de voyage restaient là, stupéfaits, entendant bien la voix, mais ne voyant personne. Saul se releva de terre, rouvrit les yeux, mais ne vit rien. On dut le tenir par la main pour le mener à Damas, et, pendant trois jours, il resta aveugle et ne prit aucune nourriture, Or il y avait à Damas un disciple du nom d'Hananias, à qui le Seigneur dit en vision : «Hananias!» — «Me voici, Seigneur », répondit-il. — «Lève-toi, lui dit le Seigneur, va dans la rue dite la 1 La phrase qui forme le verset 37 dans les traductions ordinaires manqué dans tous les plus anciens et les meilleurs manuscrits. Elle est ainsi conçue : Philippe dit : Si tu crois de tout ton cœur. cela est possible. L’eunuque répon- dit : Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. 24 39 40 4 ot 10 1 9,42 17 25 9370 LE NOUVEAU TESTAMENT rue Droite, et cherche dans la maison de Juda un nommé Saul de Tarse, car 1l est en prières, et il ἃ vu un homme du nom d’Hananias entrer auprès de lui et lui imposer les mains pour lui rendre la vue. » Hananias répondit: «Seigneur, j'ai entendu dire à bien des per- sonnes quel mal cet homme ἃ fait à tes fidèles à Jérusalem, et il vient ici avec pleins pouvoirs, reçus des chefs des prêtres, d’enchai- ner {ous ceux qui invoquent ton nom.» Mais le Seigneur lui dit : «Va, car cet homme est un instrument que je me suis choisi pour porter mon nom devant les païens, les rois et les enfants d'Israël. Je lui ferai connaître tout ce qu'il devra souffrir pour mon nom.» Alors Hananias alla ; il entra dans la maison et, imposant les mains à Saul, 1l lui dit: «Saul, mon frère, le Seigneur m'a envoyé, Jésus, qui t'est apparu sur le chemin par lequel tu es venu, pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli d’Esprit saint.» Aussitôt 11 tomba de ses yeux des sortes d’écailles; il recouvra la vue, se leva et fut baptisé, puis il mangea, et il reprit des forces. IT passa quelques jours avec les disciples de Damas, et il prècha immédiatement dans les synagogues, disant que Jésus est le Fils de Dieu, Tous ses auditeurs étaient confondus. «N'est-ce pas, disaient-ils, l’homme qui persécutait à Jérusalem ceux qui invo- quaient ce nom et qui est venu ici pour les conduire garrottés aux chefs des prêtres ? » Quant à Saul, 1] mettait chaque jour plus de force à confondre les Juifs résidant à Damas, et à prouver que Jésus est le Christ. Il se passa plusieurs jours, au bout desquels les Juifs s’enten- dirent entre eux pour le mettre à mort. Saul eut connaissance de ce complot; on gardait les portes jour et nuit pour parvenir à le tuer. Alors les disciples, le prenant une nuit, le descendirent par- dessus le mur dans un panier. Arrivé à Jérusalem, il essaya d'entrer en rapport avec les disciples; mais tous le craignaient, ne croyant pas qu'il fût lui- même un disciple. Ge fut Barnabas! qui le prit avec lui, le mena Ou: Bar-Nabas. Voir 4, 36. Désormais nous écrirons ce mot : Barnabas; c'est l'orthographe usuelle. LES ACTES DES APÔTRES 9371 aux apôtres et leur raconta comment, dans le chemin, 1l avait vu le Seigneur, que celui-ci lui avait parlé, et enfin comment, à Damas, il avait franchement prêché au nom de Jésus. Dès lors il allait et venait avec eux dans Jérusalem et parlait avec assurance au nom du Seigneur. Il avait aussi des entretiens et des discussions avec les Hellé- nistes; mais ceux-ci cherchaient à lui ôter la vie. Les frères, l’ap- prenant, le conduisirent à Césarée et le firent partir pour Tarse. L'Église, dans toute la Judée, toute la Galilée, toute la Samarie, était en paix, s'édifiait, marchait dans la crainte du Seigneur et, par l'assistance du saint Esprit, le nombre de ses membres augmentait. Il arriva que Pierre, dans une visite à tous les fidèles, se rendit aussi auprès de ceux qui habitaient Lydda. Il y trouva un homme nommé Enée, qui depuis huit ans n'avait pas quitté son lit; il était paralysé. « Enée, lui dit Pierre, Jésus-Christ te guérit ; lève- toi et arrange ton lit toi-même», et immédiatement il se leva. Tous les habitants de Lydda et de la plaine de Saron le virent, et ils se convertirent au Seigneur. A Joppé, il y avait parmi les disciples une femme nommée Tabi- {πὰ (mot qui signifie Dorcas{). Elle se consacrait aux bonnes œuvres et faisait beaucoup d’aumônes; et il arriva, ces jours-là, qu'elle tomba malade et mourut. On fit sur elle les ablutions d’usage?, puis on la déposa dans la chambre haute. Les disciples, ayant appris que Pierre était à Lydda, — Lydda est dans le voisinage de Joppé, — lui envoyèrent deux hommes pour le prier de se rendre auprès d'eux sans tarder. Pierre se mit en route et partit avec eux. 1 Dorcas, mot grec signifiant gazelle. ? Littéralement : l'ayant lavée. Il s’agit bien ici des ablutions auxquelles on soumettait le corps aussitôt après le décès. 98, 9 90 31 97 98 39 4 10 12 LE NOUVEAU: TESTAMENT Quand il arriva, on le conduisit à la chambre haute; là toutes les veuves l’entourèrent et lui montrèrent en pleurant des vête- ments et des manteaux que faisait Dorcas quand elle était encore avec elles. Pierre fit sortir tout le monde, se mit à genoux et pria; puis, se tournant vers le corps, il dit: «Tabitha, lève-toi!» Celle-ci ouvrit les yeux et, voyant Pierre, elle s’assit. IT lui tendit alors la main et la fit lever; puis il appela les fidèles et les veuves et la leur rendit vivante. Ce fait fut connu dans toute la ville de Joppé et plusieurs personnes crurent au Seigneur. Quant à Pierre, il resta plusieurs jours à Joppé chez un tanneur nommé Simon. Il y avait à Césarée un homme nommé Cornélius, centurion d’une cohorte appelée Italia! ; il était pieux, vivait dans la crainte de Dieu, ainsi que tous les siens 5, faisait beaucoup d'aumônes au peuple et priait Dieu sans cesse. Cet homme eut une vision; il vit distinctement vers la neuvième heure du jour un ange de Dieu qui entrait chez lui et lui disait : «Cornélius !» ΠῚ le regarda tout effrayé. «Qu’y a-t-il, Seigneur ? » lui répondit-il. «Tes prières et tes aumônes, lui dit l’ange, sont montées jusqu'à Dieu, et il en a été fait mention devant lui. Et maintenant envoie des hommes à Joppé, et fais venir ici un certain Simon, surnommé Pierre; il demeure chez Simon le tanneur, dont la maison est près de la mer. » Quand l'ange qui lui avait parlé fut parti, Cornélius appela deux de ses domestiques et un soldat pieux de ceux qui étaient attachés à sa personne; il leur raconta tout et les envoya à Joppé. Le lendemain, comme ils étaient en route et s’approchaient de la ville, Pierre monta sur la terrasse de la maison vers la sixième heure #, pour y prier. Il eut faim et demanda à manger. 1 C’est-à-dire l’Italienne. 2 Vivait dans la crainte de Dieu, ainsi que tous les siens. On appelait «un craignant Dieu» un païen converti au Judaïsme, Voir note sur le verset 35. 5 Trois heures après midi. 4 Vers midi. LES ACTES DES APÔTRES 979 Pendant qu'on lui préparait quelque chose, il eut une extase, il vit le ciel ouvert et un objet ressemblant à une grande nappe nouée aux quatre coins en descendre et s’abaisser vers la terre ; à l’intérieur de la nappe il y avait des quadrupèdes de toute espèce, des reptiles de la terre et des oiseaux du ciel. «Lève-toi, Pierre, lui dit une voix, tue et mange.» Mais Pierre répondit: «Nulle- ment, Seigneur, car jamais je n'ai rien mangé de souillé! ni d'impur.» Alors une voix s’adressa à lui une seconde fois: « N’appelle pas souillé ce que Dieu à purifié. » Cela se répéta par trois fois et aussitôt après l’objet remonta au ciel. Pendant que Pierre méditait, incertain du sens de la vision qu'il venait d’avoir, les hommes envoyés par Cornélius et qui s'étaient informés de la maison de Simon se présentèrent à la porte d’entrée et appelèrent pour savoir si: «Simon, surnommé Pierre, demeurait là.» À ce moment même l'Esprit dit à Pierre, qui était à réfléchir sur la vision : « Voici trois hommes? qui te demandent, lève-toi, descends, et pars avec eux sans scrupule, car c'est moi qui les ai envoyés.» Alors Pierre descendit: «Me voici, dit-il à ces hommes, je suis la personne que vous demandez; quel motif vous amène?» Ils répondirent: «Cornélius, centurion, homme juste et craignant Dieu *, auquel toute la population juive rend un bon témoignage, a reçu d’un saint ange l’ordre divin de te faire venir dans sa maison et d'écouter tes paroles. » Alors Pierre les fit entrer et leur donna l'hospitalité. Le lendemain, il se mit en route et partit avec eux, et quel- ques-uns des frères de Joppé l’accompagnèrent. Le jour suivant, ils arrivèrent“ à Césarée. Cornélius les attendait et avait réuni ses parents et ses amis 1 De souillé, de profane. Manger des mets interdits par la Loi s’appelait contracter «une soutllure» ou «une impureté». Voir note sur Marc "7, 1 et suiv. ? Quelques anciens manuscrits lisent: Voici des hommes, et l’un des plus anciens : Voici deux hommes. 3 Homme juste et craignant Dieu. Voir note sur le verset 2. # Quelques anciens manuscrits et d'anciennes autorités lisent : {1 arriva. 18 [he] Lo L9 Sd 10, 35 26 27 12 O0 29 30 974 LE NOUVEAU TESTAMENT intimes. Au moment où Pierre entra, Cornélius, qui était allé à sa rencontre, tomba à ses pieds et se prosterna. Mais Pierre le releva. «Lève-toi, lui dit-il, comme toi, je ne suis qu'un homme», et il entra en s’entretenant avec lui. Trouvant un grand nombre de personnes réunies, il leur dit : «Vous savez qu'il est défendu à un Juif de se mettre en rapport personnel avec un homme d’une autre nation ou d'entrer chez lui; mais, pour ce qui me concerne, Dieu m'a appris à ne regarder aucun homme comme souillé! ou impur. Voilà pourquoi, étant appelé, je suis venu ici sans objection; je demande donc pour quel motif vous m'avez fait appeler. » Cornélius répondit: «Il y a quatre jours, j'avais jeûné jusqu'à cette heure-ci, et, à la neuvième heure?, j'étais chez moi à prier, quand tout à coup un homme portant un vêtement éblouissant se présenta à moi et me dit: «Gornélius, ta prière a été exaucée et il a été fait mention devant Dieu de tes aumônes. Envoie donc à Joppé et fais venir Simon surnommé Pierre, il demeure dans la maison de Simon le tanneur, près de la mer.» Immédiatement j'ai envoyé vers toi; tu as eu la bonté de venir, et maintenant nous sommes tous en présence de Dieu, prêts à entendre tout ce que le Seigneur [ἃ ordonné de nous dire. » Pierre prit alors la parole : «En vérité, dit-il, je reconnais que Dieu ne fait point acception de personnes, mais que, chez tous les peuples, celui qui le craint et qui pratique la justice* lui est agréable. Il ἃ envoyé sa Parole aux enfants d'Israël, en leur faisant précher l'Évangile de paix par Jésus-Christ, le Seigneur de tous ; vous savez ce qui s’est passé dans toute la Judée, ce qui avait d’abord commencé en Galilée à la suite du baptême prèché par Jean; vous savez comment Jésus de Nazareth, oint par Dieu 1 Ou: profane. Voir plus haut verset 44. Le contact même d’un païen était pour un Juif une «souillure ». 2 Trois heures après midi. 3 Celui qui craint Dieu et qui pratique la justice; noms donnés aux païens convertis au Judaïsme, et spécialement aux prosélytes dits «de la justice». Voir note sur le verset 2. Sur l'expression : pratiquer lu justice, voir note sur Matth. 6, 1. LES ACTES DES APÔTRES 379 d'Esprit saint et de puissance, allait de lieu en lieu en faisant le bien, en guérissant {ous ceux qui étaient sous l’empire du diable, parce que Dieu était avec lui (nous avons été témoins de tout ce 39, 10 qu'il ἃ fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem); ceux-ci l'ont mis à mort, ils l'ont pendu à une croix. Mais Dieu l’a ressuscité 40 le troisième jour et ἃ permis qu’il se montrât non à tout le peuple, 41 mais aux témoins qu'il avait choisis d'avance, c’est-à-dire à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Et il nous ἃ ordonné de prècher au peuple et d’attester 42 que c'est lui qui ἃ été désigné par Dieu pour juger les vivants et les morts. C’est de lui que tous les prophètes rendent ce té- 48 moignage : le pardon des péchés sera accordé par son nom à quiconque croit en lui. » | Pendant que Pierre parlait encore de ces choses, l'Esprit saint 44 descendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole, et les croyants 45 circoncis qui avaient accompagné Pierre étaient confondus de voir que le don du saint Esprit s’étendait aussi aux païens. En effet, 46 ils les entendaient parler en langues étrangères et glorifier Dieu. Pierre dit alors : «Peut-on interdire l’eau du baptême à ceux 57 qui ont reçu l'Esprit saint aussi bien que nous?...» etil ordonna 4 qu'ils fussent baptisés au nom de Jésus-Christ. Ceux-ci le prièrent de rester quelques jours avec eux. Les apôtres et les frères de Judée apprirent que les païens aussi 41.11 avaient accepté la Parole de Dieu, et Pierre, à son retour à Jéru- salem, fut blâmé par les fidèles circoncis : «Tu es entré chez des incirconcis, lui dirent-ils, et tu as mangé avec eux ! » Mais Pierre leur raconta, en suivant l’ordre des faits, tout ce 4 qui s'était passé : «J'étais, leur dit-il, dans la ville de Joppé, et Ὁ pendant que je priais j'eus une extase et une vision m’apparut ; c'était un objet descendant du ciel, ressemblant à une grande nappe nouée aux quatre coins et qui vint jusqu'a moi. Ayant ὦ regardé à l’intérieur, l'ayant bien examinée, j'y vis les quadrupèdes de la terre, les animaux sauvages, les reptiles et les oiseaux du ciel, et j'entendis une voix qui me disait: «Lève-toi, Pierre, tue [Re ue] -1 11; 10 11 10 17 19 90 370 LE NOUVEAU TESTAMENT et mange»; je répondis : «Nullement, Seigneur, parce que jamais rien de souillé? ni d’impur n’est entré dans ma bouche». Une voix, venant du ciel, s’adressa à moi pour la seconde fois: «N’appelle pas souillé? ce que Dieu ἃ purifié. » Gela se répéta par trois fois, puis tout remonta au ciel. » «Εἰ voilà qu'a ce moment même trois hommes se présentèrent à la porte de la maison où j'étais; ils m'étaient envoyés de Césarée. L'Esprit me dit d'aller avec eux sans aucun scrupule. Les six frères que voici m'accompagnèrent et nous entrâmes dans la maison de Cornélius. » «Celui-ci nous raconta comment il avait vu dans sa maison l’ange se tenant devant lui et lui disant: «Envoie à Joppé et fais venir Simon, surnommé Pierre, il te dira des choses par lesquelles tu obtiendras le salut, toi et tous les tiens. » Lorsque je commençai leur parler, l'Esprit saint descendit sur eux, comme sur nous à l'origine; et je me souvins de ce mot du Seigneur, quand il disait : «Jean baptisait d’eau, mais vous, vous serez baptisés d’Esprit saint.» Si donc Dieu leur a accordé le même don qu’à nous, pour avoir cru au Seigneur Jésus-Christ, qui étais-je moi pour oser ὧν» m'opposer à Dieu?» A l’ouiïe de ces paroles, ils se calmèrent, et 115 rendirent gloire à Dieu : «Ainsi, disaient-ils, Dieu a aussi accordé aux païens la repentance® pour qu'ils aient la vie.» Ceux qui avaient été dispersés par là persécution, à la suite de la mort d'Étienne, allèrent jusqu’en Phénicie et atteignirent Chypre et Antioche, n’annonçant la parole à personne qu'aux Juifs. Mais quelques-uns d’eux qui étaient Chypriotes et Cyrénéens, arrivés à Antioche, parlèrent aussi aux Hellénistest et leur annoncèrent l'Évangile du Seigneur Jésus. La main du Seigneur fut avec eux 1 Ou: de profane. 2 Ou: profane. 3 Ou: la conversion. 4 Quelques anciens manuscrits lisent : auæ Grecs. Voir sur le mot Hellénistes note sur Actes 6, 1. LES ACTES DES APÔTRES 311 et grand fut le nombre de ceux qui crurent et se convertirent au Seigneur. Le bruit en parvint aux oreilles des membres de l’Église de Jérusalem et ils envoyèrent Barnabas jusqu’à Antioche. Lorsque, à son arrivée, il vit la grâce de Dieu, il s’en réjouit et il les exhorta tous à rester, d’un cœur convaincu, fidèles au Seigneur, parce qu'il était homme de bien, plein d’Esprit saint et de foi; et un grand nombre de personnes s’unirent au Seigneur. Barnabas se rendit ensuite à Tarse, y chercha Saul, le trouva et l’amena à Antioche. Durant une année entière ils restèrent ensemble dans l’Église et instruisirent un grand nombre de personnes. Ce fut à Antioche qu'on donna pour la première fois aux disciples le nom de chrétiens. En ce temps-là, des prophètes se rendirent de Jérusalem à Antioche. L'un d'eux, nommé Agabus, se leva et annonça par l'Esprit qu’une grande famine régnerait sur toute la terre; elle arriva, en effet, sous Claude !. Les disciples décidèrent d'envoyer, chacun selon son pouvoir, un secours aux frères demeurant en Judée; ce qu'ils firent en le remettant aux Anciens par l’entremise de Barnabas et de Saul. Vers la même époque, le roi Hérode ? se mit à persécuter quel- ques-uns des membres de l’Église. Il fit trancher la tête à Jacques, frère de Jean. Voyant le bon effet qu’il produisait ainsi sur les Juifs, il ordonna aussi d’enfermer Pierre. On était à la semaine des Azymes ὅ. ΠῚ le fit arrêter et mettre en prison, et chargea quatre escouades, de quatre soldats chacune, de le surveiller. Son intention était de le juger après la Pâque et en présence de tout le peuplé. Pierre 1 Claude, un des empereurs romains, régna de l'an 4 à l’an 54 après Jésus- Christ. ? Hérode Agrippa Ier, petit-fils d'Hérode le Grand. 3 La semaine des Azymes ou des pains sans levain. Les Juifs donnaient ce nom à la semaine de Pâque. Voir Matth. 26, 17. 26 4 12: Ὁ 1 318 LE NOUVEAU TESTAMENT était donc gardé dans la prison et l’Église adressait à Dieu de ferventes prières pour lui. Or, la nuit qui précéda le moment fixé par Hérode pour sa comparution, Pierre dormait entre deux soldats, retenu par une double chaïne et, devant la porte, des sentinelles gardaient la prison. Tout à coup apparut un ange du Seigneur; le cachot devint resplendissant de lumière. Cet ange, touchant Pierre au côté, le réveilla et lui dit: «Lève-toi vite!» et les chaînes tom- bèrent de ses mains. «Mets ta ceinture, lui dit ensuite l’ange, et chausse tes sandales.» Pierre le fit. Il ajouta : « Enveloppe-toi de ton manteau et suis-moi. » Pierre sortit et le suivit sans croire à la réalité de ce que l’ange lui faisait faire; 1] s’imaginait avoir une vision. Cependant ils passèrent la première garde, puis la seconde et arrivèrent à la porte de fer qui donne sur la ville. Cette porte s'ouvrit d'elle-même devant eux; ils sortirent; ils marchèrent dans une rue et, à cet instant, l’ange s’éloigna de Pierre, qui revint à lui et se dit: «Je vois maintenant que le Seigneur m'a réel- lement envoyé son ange, qu'il m'a arraché aux mains d'Hérode et à l’avide impatience du peuple juif. » Après réflexion, 1l se rendit à la maison de Marie, mère de Jean surnommé Marc!, où plusieurs personnes étaient assemblées et priaient. Il frappa à la porte d'entrée; une servante, nommée Rhode, alla écouter. Elle reconnut la voix de Pierre; transportée de joie, au lieu d'ouvrir, elle rentra en courant et annonça que Pierre était là, devant la porte. On la traita de «folle». Elle affirma qu’elle disait vrai. «C’est son ange», dit-on alors. Pierre cependant con- üinuait à frapper ; on ouvrit enfin; on le vit; la joie fut immense. Il leur fit de la main signe de se taire et leur raconta comment le Seigneur l'avait tiré de prison, puis il ajouta : « Annoncez ces choses à Jacques et aux autres frères. » Ensuite il sortit et s'en alla dans un autre endroit. 1 Jean surnommé Mare, l'auteur du second Évangile. Voir la préface de l'Evangile selon saint Mare, ἷ ἢ ῳ. a φ νι ὦ ἜΣ TP à + Léon re # LES ACTES DES APÔTRES 379 Le jour venu, l'inquiétude fut grande parmi les soldats; ils ne savaient ce que Pierre était devenu. Hérode le fit rechercher et, ne le trouvant pas, il mit les gardes à la question et ordonna leur exécution; puis il quitta la Judée et alla demeurer à Césarée. Les gens de Tyr et de Sidon avaient des difficultés avec lui; ils vinrent ensemble le trouver et, ayant gagné à leur cause Blastus, son chambellan, ils sollicitèrent un arrangement parce que leur pays tirait sa subsistance de celui du roi. Un jour fut fixé et Hérode, revêtu d’une tunique royale, siégea sur son trône et harangua le peuple avec une grande solennité. Le peuple s’écria : «C’est un dieu qui parle et non un homme. » A l'instant même un ange du Seigneur frappa Hérode parce qu'il n'avait pas donné gloire à Dieu; et, rongé par les vers, il expira. Cependant la parole de Dieu! se répandait de plus en plus. Barnabas et Saul, leur mission remplie, revinrent de Jéru- salem 3, ramenant avec eux Jean surnommé Marc ὅ. Il y avait alors à Antioche, dans l’église de cette ville, comme prophètes et docteurs, Barnabas, Syméon dit Niger, Lucius de _ Cyrène, Menahem, frère de lait du tétrarque Hérode, et Saul. Un . jour qu'ils célébraient le culte du Seigneur et qu'ils jeünaient l'Esprit saint leur dit: «Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés.» Alors, après avoir jeüné et prié, ils leur imposèrent les mains et les laissèrent partir. Paul et Barnabas, ainsi envoyés par le saint Esprit, descen - dirent à Séleucie, où ils s’embarquèrent pour l’île de Chypre. Arrivés à Salamis, 1ls annoncèrent la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs. Ils avaient Jean * pour les aider. Ayant traversé toute l’île jusqu'a Paphos, ils rencontrèrent un certain personnage, un Juif, magicien et faux prophète dont le 1 Un des plus anciens manuscrits et d'anciennes autorités lisent : parole du Seigneur. 2 Plusieurs anciens manuscrits lisent : revinrent à Jérusalem. 3 Jean surnommé Marc. Voir plus haut le verset 12. 18, 12 19 20 4 ot 193,27 10 380 LE NOUVEAU TESTAMENT nom était Bar-Jésus. Il était auprès du proconsul Sergius Paulus qui, lui, était un homme sensé. Celui-ci fit appeler Barnabas et Saul et demanda à entendre la parole de Dieu. Mais le magicien Elymas (c'est ainsi que se traduit son nom), leur fit opposition et chercha à détourner le proconsul de la for. Alors Saul, nommé aussi Paul, plein d’Esprit saint, le regarda en face et lui dit: « Être tout rempli d’astuce et de fraude, fils du diable, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu pas de pervertir les droites voies du Seigneur? La main du Seigneur va maintenant te frapper; tu seras aveugle; pendant quelque temps tu ne verras pas le soleil. » Immédiatement il se trouva enveloppé d’épaisses ténèbres et, marchant çà et là, il cherchait quelqu'un pour le conduire. Alors le proconsul, voyant ce qui était arrivé, devint croyant; il était très frappé de la doctrine du Seigneur. Embarqués à Paphos, Paul et ses compagnons arrivèrent à Perge en Pamphylie ; là, Jean se sépara d'eux et revint à Jérusalem. Mais eux traversèrent le pays depuis Perge et arri- vèrent à Antioche de Pisidie. Ils se rendirent à la synagogue le jour du sabbat et y prirent place. Après la lecture de «la Loi » et des « Prophètes », ! les présidents envoyèrent leur dire: «Frères, si vous avez quelques paroles d’exhortation à adresser au peuple, parlez!» Alors Paul se leva, fit un signe de la main et dit : «Hommes d'Israël, et vous qui craignez Dieu?! Écoutez: . «Le Dieu de notre nation ἃ élu nos pères, il ἃ relevé le peuple pendant son séjour à l'étranger en Égypte ; il l'en ἃ fait sortir à bras levé; pendant environ quarante ans, il s’est accommodé à eux dans le désert5, il ἃ anéanti sept peuples dans le pays de Chanaan, et a mis leur territoire en sa possession. » 1 « La Loi et les Prophètes ». Voir note sur Matth. 22, 40. ? Grec: «Les craignant Dieu», nom donné aux païens convertis au Judaïsme, Voir Actes 10, 2. 3 Quelques anciens manuscrits lisent : àl les ὦ nourris dans le désert. LES ACTES DES APÔTRES 381 « Ensuite, pendant quatre cent cinquante ans environ !, il leur a donné des Juges jusqu’au prophète Samuel. » «C’est alors qu'ils ont demandé un roi et Dieu leur a donné pour quarante ans Saül, fils de Kis, de la tribu de Benjamin. L’ayant détrôné, il a élevé à la royauté David, dont il a fait l’éloge en disant: «J'ai trouvé David, fils de Jessé, il est selon mon cœur, et al fera toutes mes volontés 3.» «C'est de sa famille que Dieu, comme 1] l'avait promis, ἃ fait sortir Jésus, un Sauveur pour Israël. Jean avait prêché d'avance, avant sa venue, un baptême de repentance à tout le peuple d'Israël. Jean disait pendant qu'il remplissait sa carrière : «Je ne suis pas, moi, celui pour lequel vous me prenez. Mais, voici, 1l vient après moi celui dont je ne suis pas digne de détacher les sandales. » «Mes frères, vous qui descendez de la famille d'Abraham, et vous qui êtes ici et qui craignez Dieu’, c’est à nous5 qu'un message de salut a été adressé. Car les habitants de Jérusalem et leurs magistrats, ayant méconnu ce Jésus, ont accompli par là même, en le jugeant, les paroles des prophètes lues chaque sabbat ; ils ne trouvaient aucun motif de le faire mourir, et ils ont demandé à Pilate de le mettre à mort. Quand ils eurent accompli tout ce qui avait été écrit sur lui, ils le descendirent de la croix et le mirent dans un tombeau. » «Mais Dieu l’a ressuscité d’entre les morts. Il est apparu pendant plusieurs jours à ceux qui étaient montés avec lui de la Galilée à Jérusalem et qui sont maintenant ses témoins auprès du peuple. 1 On peut lire aussi d’après une autre ponctuation: οἱ a mis leur territoire en sa possession pour Une période de quatre cent cinquante ans environ. Ensuite il leur a donné, etc. 2 Ce passage ne se trouve pas tel quel dans l'Ancien Testament. Al se com- pose de paroles tirées des passages suivants: 1 Sam. 16, 1 et 13; Psaume 89,21 et Ésaïe 44, 98. 3 Ou: de conversion. 4 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation: Pour qui me prenez- vous? Je ne suis pas, moi (sous-entendu celui qui doit venir). δ᾽ Qui craignez Dieu. Voir le verset 16. 5 Plusieurs anciens manuscrits lisent : c’est à vous. 26 90 51 13, 32 94 382 LE NOUVEAU TESTAMENT Voici donc la Bonne Nouvelle que nous vous annonçons : La pro- messe faite à nos pères, Dieu l’a tenue pour nous, leurs enfants, en ressuscitant Jésus. Voilà pourquoi il est écrit dans le Psaume second : Cire τ΄ εἰπε ον: πὶ THSESITORNURIS Et moi, je t'ai engendré aujourd'hui 1.» «Et sur sa résurrection d’entre les morts, sur ce fait qu'il ne tombera pas en corruption, voici ce qui est dit : «Je vous donnerai les grâces saintes et certaines promises à David ?.» Voilà encore pourquoi il est dit ailleurs : «Tu ne permettras point que ton Saint voie la corruption ÿ. » «Eh bien, David, après avoir servi à son époque aux desseins de Dieu, est mort, ἃ été réuni à ses pères et ἃ vu la corruption. C’est celui que Dieu a ressuscité qui n’a pas vu la corruption. Sachez donc, mes frères, que, par lui, la rémission des péchés vous est annoncée. Tout croyant trouve en lui la jusüfication de tout ce dont la Loi de Moïse n’a pu vous justifier. Prenez donc garde qu'il ne vous arrive ce qui est dit dans les prophètes : «Regardez, contempteurs, soyez étonnés et disparaissez, «Parce que je ferai une œuvre, de vos jours, «Une œuvre que vous ne croiriez pas si on vous la racontait.» Lorsqu'ils sortirent, on les pria de recommencer leur prédication le sabbat suivant. A l'issue de la réunion, une grande foule de Juifs et de prosélytes pieux suivirent Paul et Barnabas qui s’entre- tinrent avec eux et les exhortèrent à rester attachés à la grâce de Dieu. Le sabbat suivant presque toute la ville se réunit pour entendre la parole du Seigneur”. Mais les Juifs, voyant cette foule, furent pleins de jalousie ; ils s'opposèrent à tout ce que disait Paul et se mirent à le contredire et à l'injurier. Paul et Barnabas leur dirent { Psaume 2, 7. Un ancien manuscrit et d'anciennes autorités lisent : il est écrit dans le Psaume premier. 2 Ésaie 55, 3. 5 Psaume 16, 10. * Habacuc 1, 5. Ὁ Plusieurs anciens manuscrits lisent : La parole de Dieu. LES ACTES DES APÔTRES 389 alors en toute franchise: «Nous devions commencer par vous prêcher la parole de Dieu, mais puisque vous la repoussez et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, nous allons nous tourner vers les païens, car voici ce que le Seigneur nous ἃ commandé : «Je l'ai établi pour étre la lumière des païens, «Pour répandre le salut jusqu'aux extrémités de la terre. » Les païens furent dans la joie de les entendre parler ainsi ; ils glorifièrent la parole du Seigneur, et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants. La parole du Seigneur se répandit dans tout le pays ; mais les Juifs excitèrent les dames les plus considérables de la ville ratta- chées au Judaïsme et les principaux habitants; ils provoquèrent une persécution contre Paul et Barnabas, et ils les bannirent de leur territoire. Ceux-ci secouèrent sur eux la poussière de leurs pieds et se rendirent à Iconium ; quant aux disciples, 115 étaient pleins de joie et d'Esprit saint. Il arriva qu'à Iconium, ils se rendirent ensemble à la synagogue _ juive et y parlèrent de ‘telle sorte que Juifs et Grecs ? devinrent croyants en grand nombre. Mais les Juifs restés incrédules excitèrent et indisposèrent la population païenne contre les frères. Ceux-ci prolongèrent alors leur séjour, pleins de courage et se confiant au Seigneur qui rendait témoignage à la prédication de sa grâce en leur donnant de faire des miracles et des prodiges. Cependant la population de la ville se divisa, les uns furent pour les Juifs, les autres pour les apôtres; et comme les Juifs et les païens, d'accord avec les autorités, parlaient de les maltraiter et de les lapider, les apôtres, l'ayant appris, se réfugièrent dans les villes 1 Esaïe 49, 6. 2? Ces Grecs fréquentant la synagogue étaient des païens déjà convertis au Judaïsme, des «craignant Dieu ». 41, 48 49 [δ] = ox 12 QG 5 Qt 6 13 Ὁ . 14 14, 7 16 17 384 LE NOUVEAU TESTAMENT de Lycaonie, à Lystre, à Derbé et aux environs, et ils y annon- cèrent l'Evangile. Or, 1l y avait à Lystre un homme paralysé des jambes, estropié de naissance ; toujours assis, il n’avait jamais marché. Cet homme écoutait Paul parler et lui, arrêtant sur lui son regard, vit qu'il avait la foi pour être guéri. Il lui dit alors à haute voix : « Lève- toi droit sur tes pieds ;» il se leva d’un saut ; il marchait! Le peuple, voyant ce que Paul avait fait, se mit à pousser des acclamations, et à s’écrier en langue lycaonienne : «Les dieux sous forme humaine sont descendus vers nous»! Barnabas fut appelé Zeus, et Paul Hermès, parce que c'était lui qui portait la parole ?. Le prêtre de Zeus, qui avait un temple à l’entrée de la ville, amena des taureaux et apporta des guirlandes devant les portes ὃ, et, d'accord avec le peuple, il allait offrir un sacrifice. Mais les apôtres Barnabas et Paul, apprenant cela, déchirèrent leurs vêtements, et se jetèrent au milieu de la foule en s’écriant : «Lycaoniens 1! «Pourquoi faites-vous cela ? Nous sommes de même nature que vous, nous ne sommes que des hommes, nous vous prêchons l'Évangile qui vous dit de renoncer à ces idoles inutiles, de vous tourner vers le Dieu vivant, créateur du ciel, de la terre, de la mer, et de tout ce qu'ils renferment. Il a laissé, dans les siècles passés, toutes les nations païennes suivre leurs propres voies ; et cependant il s’est fait connaître à vous par ses bien- faits; c’est lui qui vous donne la pluie du ciel, les saisons avec leurs fruits, la nourriture et toutes les joies du cœur dont vous êtes comblés. » 1 Ou: pour étre sauvé. 2 Zeus, nom grec de Jupiter; Hermès, nom grec de Mercure, le messager et l'interprète des dieux dans la mythologie païenne. 3 Les portes du temple de Zeus. 4 Lycaoniens. Voir note sur Actes 19, 95. LES ACTES DES APÔTRES 38) Malgré ces paroles, ce ne fut pas sans peine qu'ils empêchèrent le peuple de leur offrir un sacrifice. Cependant, survinrent d’Antioche 1 et d’Iconium des Juifs qui gagnèrent le peuple et Paul fut lapidé, trainé hors de la ville et laissé pour mort. Quand les disciples vinrent l’entourer, il se releva et rentra dans la ville. Le lendemain, il partit avec Barnabas pour Derbé. Ils y annon- cèrent l'Évangile et y firent de nombreux disciples, puis retour- nèrent à Lystre, à Iconium et à Antioche!, affermissant l'esprit des disciples, les exhortant à persévérer dans la foi et leur appre- nant que c'est par beaucoup de tribulations qu’on entre dans le Royaume de Dieu. Ils firent nommer des Anciens dans chaque Église, puis ils les recommandèrent par des jeûnes et des prières au Seigneur en qui ils avaient cru. | Ils traversèrent ensuite la Pisidie, vinrent en Pamphylie et, après avoir annoncé la parole à Perge, ils descendirent à Attalie. De là ils firent voile pour Antioche, où ils avaient été livrés à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu'ils venaient d'accomplir. A leur arrivée, ils convoquèrent l’Église et racontèrent les choses que Dieu avait faites par eux. «Il a ouvert aux païens, dirent-ils, la porte de la foi. » Ils faisaient un assez long séjour auprès des disciples lorsqu’arri- vèrent de Judée des gens qui donnaient aux frères cet enseigne- ment: «Vous ne pouvez être sauvés, si vous ne vous faites pas circoncire selon les rites du Mosaiïsme.» Il s’ensuivit entre Paul et Barnabas d’une part, et ces gens de l’autre, une discussion, une altercation très vive. Il fut décidé que Paul et Barnabas iraient à Jérusalem avec quelques-uns des leurs s'entendre avec les apôtres et les Anciens sur ce sujet. 1 Antioche de Pisidie. 18, 14 28 1, 15 2 [os] 15, 3 EE 10 11 386 LE NOUVEAU TESTAMENT Délégués par l’Église, ils traversèrent la Phénicie et la Samarie, racontant la conversion des païens, et causant ainsi une grande joie à tous les frères. A leur arrivée à Jérusalem, ils furent accueillis par l’Église, les apôtres et les Anciens et leur racontèrent les choses que Dieu avait faites par eux. Mais quelques membres du parti des Pharisiens, devenus croyants, protestèrent et dirent qu'il fallait faire circoncire les païens et leur enjoindre d’observer la loi de Moïse. Les apôtres et les Anciens se réunirent pour étudier la question. La discussion fut longue; Pierre enfin se leva et dit ceci : «Mes frères, vous savez que, depuis longtemps déjà, Dieu m'a choisi parmi vous pour que les païens entendissent de ma bouche la prédication de l'Évangile et devinssent croyants. Ce Dieu qui lit dans les cœurs leur a rendu témoignage et leur ἃ donné l'Esprit saint comme à nous. Il n’a fait aucune différence entre eux et nous, il a purifié leurs cœurs par la foi. Pourquoi donc maintenant tentez-vous Dieu, pourquoi mettez-vous sur les épaules des disciples un joug que nos pères ni nous-mêmes n'avons pu porter? C'est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés et c’est exactement ce qu'ils croient aussi. » | Alors tout le monde se tut et on écouta Barnabas et Paul faisant le récit des miracles et des prodiges que Dieu avait faits par eux auprès des païens. Quand ils eurent cessé de parler, Jacques s’exprima ainsi : «Mes frères, écoutez-moi: Siméon! vous a raconté comment Dieu, une première fois, a pris soin de choisir parmi les païens un peuple qui portât son nom; et cela s'accorde avec les paroles des prophètes, car 1l est écrit : [ David qui est tombée ; «Après cela je reviendrai, et je dresserai de nouveau la tente de «Oui, je la redresserai et je réparerai ses ruines, «Pour que le reste des hommes cherchent le Seigneur, 1 Cest-à-dire Simon Pierre, x #4 St + mé , FL Pie D ER LES ACTES DES APÔTRES 387 « Ainsi que tous les païens sur lesquels mon nom est invoqué, [éoute éternité. » «Dit le Seigneur qui fait ces choses, et elles lui sont connues de «Mon avis est donc de ne pas créer de difficultés aux païens qui se convertissent à Dieu, mais écrivons-leur de s’abstenir des souillures des idoles?, de la fornication *, des animaux morts par suffocation et du sang. Car Moïse a, de temps immémorial, ses prédicateurs dans chaque ville, et il est lu dans les synagogues tous les jours du sabbat. » Alors les apôtres et les Anciens, d'accord avec toute l'Église, décidèrent de choisir quelques-uns d’entre eux et de les envoyer à Antioche avec Paul et Barnabas ; ce furent Judas surnommé Bar- Sabbas et Silas, tous deux fort estimés de leurs frères. Voici la lettre qu'ils leur remirent : LES APÔTRES ET LES FRÈRES LES ANCIENS AUX FRÈRES D'ANTIOCHE DE SYRIE ET DE CILICIE, AUTREFOIS PAÏENS. SALUT. Ayant appris que certains des nôtres“, sans aucun mandat de notre part, vous ont troublés par leurs paroles et vous ont bouleversé l'esprit, nous avons décidé à l'unanimité de vous envoyer des délégués qui accompagneront nos bien-aimés Barnabas et Paul, ces honvmes qui ont risqué leurs vies pour le nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous vous avons donc envoyé Judas et Silas qui vous diront la méme chose de vive voix ; savoir qu’il a semblé bon à l'Esprit saint et à nous, de ne pas vous imposer d’autres charges que celles qui sont indispensables, c'est-à-dire vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux dieux, du sang, des animaux morts par suffocation et de la fornication Ÿ, toutes choses dont vous ferez bien de vous garder. ADIEU. 1 Amos 9, 11 et suiv. 2 C'est-à-dire des viandes offertes en sacrifice aux dieux. Voir verset 29. Voir aussi 1 Corinthiens 8 et Romains 14. 5 C'est-à-dire des mariages mixtes entre païens et chrétiens. Ὁ Plusieurs anciens manuscrits ajoutent venus d'ici. Ὁ Voyez plus haut note sur le verset 20. 18, 15 19 90 21 12 [nai 23 15, 91 16, 90 92 94 30 97 33 99 40 4 388 LE NOUVEAU TESTAMENT Les délégués prirent donc congé de l'Église et se rendirent à Antioche. Ils rassemblèrent tous les frères et leur remirent la lettre. Sa lecture les remplit de joie et de courage. Judas et Silas, prophètes eux-mêmes, encouragèrent les frères dans de longs discours et les affermirent. Quelque temps après, ils retournèrent avec les vœux des frères auprès de ceux qui les avaient envoyés. Cependant Paul et Barnabas restaient à Antioche, prèchant l'Evangile et enseignant avec plusieurs autres la Parole du Seigneur. Quelque temps plus tard, Paul dit à Barnabas : «Retournons visiter les frères dans toutes les villes où nous avons annoncé la Parole du Seigneur pour voir en quel état ils se trouvent. » Bar- nabas proposa d'emmener aussi Jean, surnommé Marc!, Mais Paul n’était pas d’avis d'emmener celui qui les avait quittés en Pam- phylie et ne les avait pas accompagnés dans leur œuvre. Ge dis- sentiment fut si grave qu'il se séparèrent, et Barnabas, emmenant Marc, s’embarqua pour l'ile de Chypre. Quant à Paul, il choisit Silas et partit, recommandé par les frères à la gràce du Seigneur ; il parcourut la Syrie et la Gilicie, en fortifiant les Églises. Il arriva aussi à Derbé et à Lystres et y trouva un disciple appelé Timothée, fils d'une Juive devenue croyante, mais dont le père était Grec. Les frères de Lystres et d’Iconium avaient bonne opinion de lui. Paul voulut l'emmener avec lui; il le prit donc et le circoncit, à cause des Juifs de l'endroit; car tout le monde savait que son père était Grec. Dans toutes les villes où 115 passaient, 115. faisaient connaître et recommandaient d'observer les décisions prises par les apôtres et les Anciens de Jérusalem. C’est ainsi que la foi des Églises s’affer- missait et que leur nombre augmentait tous les jours. 1 Jean, surnommé Mare, Voir note sur ch. 12 verset 12. ἢ LES ACTES DES APÔTRES 389 Ils traversèrent la Phrygie et le pays des Galates (le saint Esprit les avait empêchés de prêcher la Parole en Asie). Arrivés du côté de la Mysie, ils se proposaient d'entrer en Bithynie, mais l'Esprit de Jésus ne le leur permit pas. Ils traversèrent alors rapidement la Mysie et descendirent à Troas ; Paul y eut une vision pendant la nuit; un Macédonien se présentait à lui et lui disait en le suppliant : «Passe en Macédoine et viens à notre aide.» Immédiatement après que cette vision lui eut apparu, nous cherchâmes à partir pour la Macédoine; nous comprenions que Dieu nous appelait à y prêcher l'Évangile 1. Embarqués à Troas, nous marchâmes, vent arrière, sur l’île de Samothrace; le lendemain sur Néapolis et, de là, nous nous ren- dîimes à Philippes, la première ville de la province de Macédoine et une colonie. Nous restämes quelques jours dans cette ville. Le jour du sabbat nous sortimes des portes et nous nous rendimes au bord de la rivière, où nous supposions qu'on se réunissait pour la Prière 2, Nous primes notre place, et nous nous entretinmes avec les femmes qui y étaient rassemblées. Il y en avait une appelée Lydie, marchande d’étoffes de pourpre de Thyatire, une prosélyte*, qui nous écouta. Le Seigneur lui toucha le cœur, de sorte qu’elle fit attention à ce que disait Paul. Quand elle eut été baptisée avec sa famille, elle nous invita en disant : «Si vous me croyez fidèle au Seigneur, entrez dans ma maison; demeurez-y;» et elle nous en pria instamment,. 1 Le lecteur remarquera cette substitution subite de la première personne du pluriel à la troisième personne du singulier. L’auteur ne rapporte plus des faits dont il a entendu parler, il est témoin oculaire de ce qu’il raconte. Voir, sur ce sujet, la préface. 2 Littéralement : où nous supposions qu'il y avait une Prière. On appelait « Prière» le lieu de réunion des Juifs dans les villes où ceux-ci étaient trop peu nombreux pour bâtir une synagogue. Cette assemblée se tenait d'habitude en plein air et dans le voisinage d’une rivière dont l’eau servait aux ablutions. 3 Une prosélyte: littéralement : une craignant Dieu. Voir note sur 10, 2. 4 Sa famille ou sa maison. Ce terme comprenait non seulement les parents et les enfants, mais aussi les serviteurs et les esclaves habitant la maison. 6, 16 =] 10 19 14 16, 16 26 97 29 30 390 LE NOUVEAU TESTAMENT Il arriva, comme nous allions à la Prière!, qu'une esclave, possédée d’un Esprit devin, se présenta à nous. Elle faisait gagner beaucoup d'argent à ses maïtres en annonçant l'avenir. Elle se mit à nous suivre, Paul et nous. «Ces hommes-là, criait-elle, sont des serviteurs? du Dieu suprême, ils vous annoncent le chemin du salut. » Elle fit cela plusieurs jours; enfin Paul, impa- tienté, se retourna et dit à l'Esprit : «Je t’ordonne, au nom de Jésus-Christ, de sortir de cette femme.» A l'instant même, il sortit. Cependant les maîtres de cette esclave, se voyant enlever le gain sur lequel ils comptaient, se saisirent de Paul et de Silas, les trai- nèrent sur la place publique devant les magistrats et les amenèrent aux préteurs. «Ces hommes-à, dirent-ils, troublent notre ville; ce sont des Juifs, et ils prêchent des coutumes qu'il ne nous est permis ni d'accepter ni de suivre, puisque nous sommes Romains!» La populace se souleva aussi contre eux, et les préteurs leur firent arracher leurs vêtements et les condamnèrent à recevoir la bastonnade. On les frappa cruellement, puis on les jeta en prison, et il fut recommandé au geôlier de les garder en lieu sûr. Celui-ci, pour obéir à cet ordre, les mit dans le cachot le plus reculé et engagea leurs pieds dans les ceps. Vers le milieu de la nuit, Paul et Silas priaient, chantaient les louanges de Dieu, et les prisonniers les écoutaient, quand tout à coup se produisit un tremblement de terre si violent que la prison fut ébranlée jusque dans ses fondements ; toutes les portes s’ou- vrirent instantanément, et les liens de tous les prisonniers se relà- cherent. Le geôlier, réveillé en sursaut et voyant ouvertes les portes de la prison, tira son épée et voulut se donner la mort, croyant que les prisonniers s'étaient échappés. Mais Paul lui parla: «Ne te fais point de mal, lui cria-til, nous sommes tous ici.» Alors le geôlier demanda de la lumière, entra précipitamment dans le cachot et se jeta tout tremblant aux pieds de Paul et de Silas ; puis 11 les fit sortir et leur dit: « Seigneurs, que faut-il que je fasse 1 La Prière : Voir note sur le verset 13. 2 Grec: des esclaves. LES ACTES DES APÔTRES 991 pour être sauvé?» Ils lui répondirent : «Crois au Seigneur Jésus 1 et tu seras sauvé, toi et ta maison?.» Et ils lui annoncèrent la Parole de Dieu ὃ, à lui et à tous ceux de sa famille. Le geôlier les prenant avec lui à l'heure même, pendant la nuit, lava leurs plaies et se fit immédiatement baptiser, lui et tous les siens. Puis 11 les conduisit dans son logement et leur donna à manger; il était transporté de joie, et tous les siens l’étaient avec lui, d'avoir cru en Dieu. Le jour venu, les préteurs envoyèrent les licteurs dire au geô- lier : «Relâche ces hommes!» Le geôlier rapporta ces paroles à Paul : «Les préteurs me font dire de vous relâcher ; partez donc et allez en paix.» Mais Paul répondit aux licteurs: «Ils nous ont fait frapper en public et sans jugement, nous, des citoyens romains, puis 115. nous ont jetés en prison, et maintenant ils nous font sortir en cachette! Non, non, il faut qu'ils viennent eux- mêmes et nous raccompagnent! » Les licteurs répétèrent ces paroles aux préteurs. Ceux-ci, apprenant qu'ils étaient romains, prirent peur; ils vinrent les apaiser, les raccompagnèrent et les prièrent de quitter la ville. Quant à eux, à leur sortie de prison, ils se rendirent chez Lydie, ils y virent les frères, leur adressèrent quelques exhortations et partirent. Ils traversèrent Amphipolis et Apollonie et arrivèrent à Thessa- lonique, où les Juifs avaient une synagogue. Selon sa coutume, Paul s’y rendit et, durant trois sabbats, il discuta avec eux, expliquant et démontrant, d’après les Écritures, que le Christ devait souffrir et ressusciter d’entre les morts, «et ce Christ, disait-il, c’est le Jésus que je vous annonce.» Paul et Silas gagnèrent quelques Juifs qui se rallièrent à eux, un grand 1 On peut traduire aussi : Ate foi au Seigneur Jésus ou : Aie confiance dans le Seigneur Jésus. Voir note sur Jean 14, 1. 2 Ta maison ou : ta famille. Voir note sur le verset 15. 5. Plusieurs anciens manuscrits lisent : la parole du Seigneur. 4 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : et c’est, disait-il, celui que je vous annonce, le Ghrist Jésus. 31, 16 22 39 34 90 90 37 38 99 4 4, 17 4 17, σι [Φ»}) -1 10 11 16 392 LE NOUVEAU TESTAMENT nombre de Grecs «craignant Dieu» ! et beaucoup de femmes de la meilleure société. Mais les Juifs, pleins de jalousie ?, recrutèrent une bande de va- gabonds, de ces vauriens toujours prêts à faire du bruit, et mirent le trouble dans la ville. Ils assaillirent la maison de Jason et y cherchèrent Paul et Silas pour les mener à l'assemblée populaire. Ne les trouvant pas, ils trainèrent Jason et quelques frères de- vant les politarques #, en criant : «Geux qui ont bouleversé le monde entier sont dans la ville, Jason les a reçus: tous ces gens-là sont en révolte contre les édits de l'Empereur’; ils ont un autre roi qu'ils appellent Jésus.» La foule et les politarques qui entendaient ces paroles en furent fort émus, et ils ne laissèrent aller Jason et les autres qu'après avoir exigé d’eux une caution. Sans tarder, la nuit suivante, les frères firent partir Paul et Silas pour Bérée; en y arrivant, ils se rendirent à la synagogue des Juifs. Ceux-ci étaient mieux élevés que ceux de Thessalonique ; ils accueillirent très volontiers la prédication de la Parole, et tous les jours ils étudiaient les Écritures pour y vérifier ce qu’on leur disait. Beaucoup devinrent croyants, ainsi que des femmes grecques du meilleur monde et un grand nombre d'hommes. Mais quand les Juifs de Thessalonique apprirent que Paul avait annoncé la Parole de Dieu à Bérée, ils y vinrent pour mettre le trouble dans le peuple. Alors les frères firent immédiatement partir Paul dans la direction de la mer: Silas et Timothée restèrent à Bérée. Ceux qui accompagnèrent Paul le menèrent jusqu'à Athènes, et ils s'en retournèrent, chargés par lui de mander à Silas et à Timothée de venir le rejoindre le plus tôt possible. Paul, qui les attendait à Athènes, se sentait indigné jusqu'au 1 «Craignant Dieu». Voir note sur Actes 10, 2. 2 ]1 s’agit ici des Juifs restés incrédules. 3 Chez lequel demeuraient Paul et Silas. t Les magistrats. » L'Empereur. Voir note sur ch. 25, verset 8. LES ACTES DES APÔTRES 393 fond de l’âme de voir la ville remplie d’idoles. Cependant il s’en- tretenait dans la synagogue avec les Juifs et les prosélytes, et sur la place publique, tous les jours, avec les premiers venus. . Entre autres, il fut entrepris par quelques philosophes épicuriens et stoïciens. «Que veut donc dire ce radoteur?» disaient les uns. «C’est, paraît-il, un prêcheur de nouveaux dieux», disaient les autres, parce que Paul leur annonçait l'Évangile de Jésus et la résurrection 1. Ils le prirent avec eux et le conduisirent à l’Aréopage, en lui disant : «Pouvons-nous savoir quelle est cette nouvelle doctrine que tu enseignes? car tu nous racontes là des choses étranges; nous désirons bien savoir ce que tout cela signifie.» (Tous les Athéniens et les étrangers domiciliés dans la ville ne s’occupaient qu’à dire ou à apprendre des nouvelles). Alors Paul, debout au milieu de l’Aréopage, s’exprima ainsi : « Athéniens, «En tout, je vous trouve le plus religieux des peuples. Comme, en effet, je regardais, en passant, vos objets sacrés, j'ai trouvé un autel sur lequel était écrit: A un Dieu iNconnu. Ce que vous . honorez sans le connaître, moi, je viens vous le révéler. » «Le Dieu qui ἃ fait le monde et tout ce qu'il renferme, étant maître du ciel et de la terre, n’habite point dans des temples faits de main d'homme, et il ne saurait être servi par des mains humaines comme s'il avait besoin de rien, lui qui donne à tous la vie, le souffle et toutes choses. C’est lui qui a fait naître d’un seul homme toutes les nations, et les ἃ fait habiter sur la surface de la terre, fixant à chacune la durée de son existence et les limites de son domaine. C’est lui qui leur a donné de le chercher pour voir si elles parviendraient à le trouver et à le toucher ?...... quoiqu'il ne soit pas loin de chacun de nous. Car c'est en lui que nous vivons, que nous nous mOuvens, que nous existons, comme l'ont dit quelques-uns de vos poètes : 1 Grec: leur évangélisait Jésus et la résurrection. ? 11 faut évidemment sous-entendre ici : elles n’y sont point parvenues, 47, 17 18 19 20 ra 18. τϑ Co 4 Qt 394 LE NOUVEAU TESTAMENT «De sa race nous sommes! 1» «Étant de la race de Dieu nous ne devons pas croire que la Divinité ressemble à l’or, à l'argent, à la pierre sculptés par l'art et le génie de l’homme. Oubliant done des siècles d’ignorance, Dieu maintenant invite partout tous les hommes à se repentir?, car il a fixé un jour où il doit juger le monde avec justice, par un homme qu’il a désigné pour cela, et qu’il a accrédité auprès de tous en le ressuscitant d’entre les morts °......» Quand ils entendirent parler de «résurrection des morts», les uns se mirent à plaisanter, les autres dirent : «Nous t’écouterons là-dessus une autre fois. » C’est ainsi que Paul sortit de leur assemblée. Quelques hommes cependant se joignirent à lui et devinrent croyants, entre autres Denys, membre de l’Aréopage; il y eut aussi une femme du nom de Damaris et d’autres avec eux. Après cela, Paul partit d'Athènes et vint à Corinthe. Il y trouva un Juif nommé Aquilas, originaire du Pont, et récemment arrivé d'Italie avec sa femme Priscille#, chassé de Rome comme tous les Juifs par un édit de Claudeÿ. Il se réunit à eux et comme ils étaient du même métier que lui, il demeura chez eux pour y travailler. [15 étaient, de leur état, fabricants de tentes. Chaque sabbat il parlait à la synagogue, et il gagnait des Juifs et des Grecs. Quand Silas et Timothée arrivèrent de Macédoine, Paul se con- sacrait uniquement à la prédication, aflirmant aux Juifs que Jésus était le Christ. Mais ceux-ci s’opposaient à lui et l’insultaient; alors, secouant sur eux la poussière de ses vêtements, il leur dit : «Que 1 Moitié d’un vers hexamètre emprunté au poète Aratus de Tarse (Phænom, 5). Un vers semblable se lit aussi dans l’'Hymne à Jupiter de Cléanthe. 2 Ou: à se convertir. 3 On peut lire aussi, d'après une autre ponctuation : qu'il a désigné pour cela en l’accréditant auprès de tous et qu'il a ressuscité d'entre lès morts... 4 Priscille, Ailleurs, par exemple Romains 16, 3, ce nom est écrit : Priscæ, 5 Claude, Voyez note sur 11, 28. } ἰόν LES ACTES DES APÔTRES 395 votre sang retombe sur votre tête! J'en suis innocent et désormais je m’adresserai aux païens !. » Il sortit de la salle et se rendit chez un certain Titius Justus, 7, 18 homme «craignant Dieu?», dont la maison était contiguë à la synagogue. Crispus, le chef de la synagogue, crut au Seigneur 8 avec toute sa maison, et plusieurs des Corinthiens qui entendaient Paul devenaient croyants et se faisaient baptiser. Une nuit, le Seigneur dit à Paul dans une vision: «Sois sans 9 crainte, parle au contraire, ne cesse de parler, car je suis avec 10 toi; personne ne mettra la main sur toi pour te faire du mal, parce que j'ai un grand peuple dans cette ville. » Paul alors s’établit à Corinthe pendant un an et demi, et il y 11 prêcha la parole de Dieu. Pendant le proconsulat de Gallion en Achaïe, les Juifs, tous 42 d'accord, se soulevèrent contre Paul et l’amenèrent devant le tribunal : «Cet homme, dirent-ils, excite les gens à rendre à Dieu 43 un culte contraire à la Lot. » Paul ouvrait la bouche pour répondre, quand Gallion, s'adressant 14 aux Juifs: «S'il s'agissait de quelque crime ou de quelque méfait, 15 leur dit-il, j'accueillerais vos plaintes comme il convient, ὁ Juifs! mais s’il s’agit de vos discussions sur une doctrine, sur des noms propres, sur votre Loi particulière, regardez-y vous-mêmes; je ne veux pas juger ces questions-là. » Et il les renvoya du tribunal. 16 Tout le monde alors tomba sur Sosthènes, le chef de la syna- 17 gogue, et l’on se mit à le battre devant le tribunal. Gallion ne s’en soucia nullement. Paul resta encore longtemps à Corinthe; puis il prit congé des* 18 frères et s’embarqua pour la Syrie avec Priscille ὁ et Aquilas, après s'être fait raser la tête à Kenchrées; car il avait fait un vœu. 1 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation: Moi, qui suis innocent, m'adresserai désormais auæ paiens. 2 «Craignant Dieu» Voir note sur 10, 2. 3 Priscille. Voir note sur le verset 2. 19, 23 28 [os] 3 396 LE NOUVEAU TESTAMENT On débarqua à Éphèse; Paul y laissa ses compagnons et se rendit à la synagogue, où il s’entretint avec les Juifs. Mais quand ils lui demandèrent de prolonger son séjour, il n’y consentit pas et leur dit en prenant congé d'eux: «Je reviendrai une autre fois chez vous, s’il plaît à Dieu. » Il partit d'Éphèse, débarqua à Césarée et, après être monté à Jérusalem ! pour saluer l’Église, il descendit à Antioche, Il en repartit après un court séjour et traversa successivement le pays des Galates et la Phrygie pour fortifier tous les disciples. Cependant un certain Juif, du nom d’Apollos, né à Alexandrie, un homme éloquent, arriva à Éphèse ; il connaissait à fond les Écritures. On l'avait instruit dans la doctrine du Seigneur; c'était une âme ardente qui prèchait et enseignait avec soin ce qui con- cerne Jésus, bien qu'il ne connüt que le baptême de Jean. Quand il commença à parler librement dans la synagogue, Priscille et Aquilas qui l’entendirent l’emmenèrent avec eux et lui exposèrent plus exactement la doctrine de Dieu. Lorsqu'il se proposa de passer en Achaïe, les frères l’y encou- ragèrent et écrivirent aux disciples de lui faire bon accueil. Une fois arrivé, il se rendit, par la grâce de Dieu, très utile aux croyants; car il réfutait vigoureusement les Juifs en public, leur démontrant par les Écritures que Jésus est le Christ. Pendant qu’Apollos était à Corinthe, Paul, qui venait de par- + . - : ᾿ SR x courir les parties les plus élevées du pays, descendit à Ephèse et y trouva quelques disciples. Il leur demanda : «Avez-vous reçu l'Esprit saint, quand vous êtes devenus croyants?» — «Nous n'avons pas entendu parler d’un Esprit saint, » lui répondirent-ils. ΠῚ reprit alors: «Quel baptême avez-vous done reçu?» — «Le 1 Ces mots : à Jérusalem sont sous-entendus dans le texte. LES ACTES DES APÔTRES 397 baptème de Jean, » répliquèrent-ils. Mais Paul: «Jean ἃ baptisé; c'était un baptême de repentance !, et il disait au peuple de croire en celui qui devait venir après lui, c'est-à-dire en Jésus.» Appre- nant cela, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus; Paul leur imposa les mains, et l'Esprit saint descendit sur eux; ils se mirent à parler en langues étrangères et à prophétiser. Ils étaient douze en tout environ. Paul se rendit à la synagogue, et il y prêcha en toute franchise sur le Royaume de Dieu. Pendant trois mois il s’efforça, par ses discours, de convaincre les Juifs. Mais quelques-uns restèrent endurcis, incrédules, et se mirent à décrier l’enseignement de Paul devant la foule; alors il se sépara d’eux, et tous les jours il réunit à part ses disciples dans un endroit qu'on appelait: «École de Tyrannus ». Cela dura deux ans, de sorte que tous les habitants de l'Asie, Juifs et Grecs, entendirent la parole du Seigneur. Dieu faisait par les mains de Paul des miracles extraordinaires; au point qu'on mettait sur les malades le linge ou les vêtements qu’il avait portés, et ils étaient guéris de leurs maladies et délivrés des mauvais Esprits. Alors quelques exorcistes juifs ambulants essayèrent d’invoquer le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui étaient au pouvoir des mauvais Esprits. Ils disaient : «Je vous adjure par ce Jésus que prêche Paul.» (C’étaient les sept fils d’un archiprêtre juif, Skevas, qui faisaient cela.) Mais le mauvais Esprit leur répondit : «Je connais Jésus, et je sais qui est Paul; et vous, qui êtes-vous?» Et puis, sautant sur eux, l’homme qui était possédé du mauvais Esprit en terrassa deux et eut si bien le dessus qu'ils durent s'enfuir de la maison sans vêtements et tout blessés. Le fait fut connu de tous les Juifs et de tous les Grecs qui habitaient Éphèse, et tous furent frappés de stupeur; on magnifiait le nom du Seigneur Jésus. Plusieurs de ceux qui étaient devenus croyants venaient confesser et reconnaitre leurs pratiques. Ceux 1 Ou: de conversion. Δ 1 15 47 19 ? 19, 20 27 398 LE NOUVEAU TESTAMENT qui s'étaient livrés à la magie vinrent en foule, apportèrent leurs livres et les brülèrent publiquement. On en estima la valeur; elle se trouva être de cinquante mille pièces d'argent. | C'était ainsi que la parole du Seigneur gagnait en force et en autorité. Après ces événements, Paul forma le projet de se rendre à Jéru- salem en traversant la Macédoine et l’Achaïe. — «Quand j'aurai fait cela, disait-il, il faudra aussi que je voie Rome.» Puis 1] envoya en Macédoine deux de ses aides, Timothée et Éraste, mais lui-même resta encore quelque temps en Asie. Ce fut vers cette époque que la diffusion de l'Évangile fut l'oc- casion de troubles assez sérieux. Un orfèvre, du nom de Démé- trius, fabriquait des réductions en argent du Temple d’Artémis 1. Ses ouvriers trouvaient à ce travail un profit considérable. Il les réunit un jour, avec tous les ouvriers du même état, et leur dit : «Ephésiens ?, «Vous savez que cette industrie fait notre fortune, et vous voyez et entendez dire que non seulement à Éphèse, mais dans presque toute l’Asie, ce Paul a gagné et entrainé une foule de gens, en disant que les dieux faits de main d’homme ne sont pas de vrais dieux. Ce ne sont pas seulement nos intérêts qui vont être en souffrance, c’est le Temple même de notre grande déesse Artémis qui ne compte plus pour rien, et bientôt il ne sera plus question de la majesté de celle que toute l’Asie, que le monde entier adore. » Ces paroles les rendirent furieux et ils se mirent à crier: « Vive la grande Artémis d'Éphèse! » L’agitation gagna la ville entière. Toute la foule se porta au théâtre en y entraînant Caïus et Aristarque, les Macédoniens qui accompagnaient Paul. Lui-mème 1 Artémis, nom grec de la déesse Diane. 2? Le mot que nous rendons par Éphésiens où habitants d'Ephèse (ou ch. 14, verset 45, par Lycuoniens) signifie proprement hommes. LES ACTES DES APÔTRES 399 voulait se montrer au peuple, mais les disciples le retinrent. Il y eut même des Asiarques ! de ses amis qui le firent prier de ne pas se présenter au théâtre. Chacun criait de son côté; aussi l’assem- biée était-elle très confuse et le plus grand nombre ne savait pas même pourquoi on s'était réuni. Enfin, on fit sortir de la foule un certain Alexandre que les Juifs voulaient mettre en avant. Cet Alexandre, ayant fait signe de la main, se préparait à prendre devant le peuple la défense des siens. Mais la foule s’aperçut qu'il était juif, et alors elle se mit à crier d’une seule voix pendant près de deux heures : « Vive la grande Artémis d'Éphèse ! » Le chancelier de la ville parvint enfin à l’apaiser, et prononça ces paroles : | « Habitants d'Éphèse ?, «Quel homme au monde ignore que votre ville d’Éphèse ne soit la gardienne du Temple de la grande Artémis et de sa statue tombée du ciel? Cela est incontestable; il faut donc que vous restiez calmes et ne fassiez rien avec précipitation. Vous avez amené là ces hommes, mais ils ne sont coupables ni de sacrilège ni de blas- phème envers votre déesse. Si Démétrius et ses ouvriers ont à se plaindre de quelqu'un, il y ἃ des tribunaux, il y a des proconsuls, qu'on se fasse assigner! S'il s’agit d’autres choses, on peut les examiner dans une assemblée légalement convoquée. Autrement nous risquons d'être accusés de sédition pour ce qui s’est passé aujourd'hui, car nous n’avons aucune bonne raison à donner pour expliquer notre rassemblement. » Làa-dessus, il congédia l’assemblée. Quand la tranquillité fut rétablie, Paul convoqua les disciples, leur fit ses adieux et partit pour la Macédoine. 1 Les Asiarques étaient à la fois prêtres et magistrats; élus par leurs conci- toyens, ils étaient chargés d'importantes fonctions dans les grandes villes de la province d'Asie, 3 Voir note sur le verset 25, 31; 19 99 96 37 38 39 40 4 1, 20 20, 2 400 LE NOUVEAU TESTAMENT Il parcourut cette province et, après avoir longuement exhorté les fidèles, il passa en Grèce et s’y arrêta trois mois. Les Juifs lui tendirent un guet-apens au moment où 1] allait s’embarquer pour la Syrie; il se décida alors à retourner par la Macédoine, et il fut accompagné jusqu’en Asie par Sopater, fils de Pyrrhus de Bérée, par les Thessaloniciens Aristarque et Secundus, par Caïus de Derbé et Timothée et par les Asiates ! Tychique et Trophime. Ces frères prirent les devants et nous attendirent à Troas. Nous-mêmes nous partimes de Philippes après les fêtes de Pâques et, après une traversée de cinq jours, nous les rejoignimes à Troas, où nous passâmes sept jours. Le premier jour de la semaine, comme nous étions réunis pour rompre ensemble le pain, Paul, qui voulait partir le lendemain, s’entretint avec l’assemblée et prolongea son discours jusqu’à près de minuit. Il y avait plusieurs lampes dans la chambre haute où nous étions réunis. Un jeune homme, nommé Eutychus, assis sur le bord de la fenêtre, s’endormit profondément pendant le long discours de Paul, et, emporté par le sommeil, il se laissa tomber du haut du troisième étage en bas. Quand on le releva, il était mort. Mais Paul descendit, se pencha sur lui, le prit dans ses bras : «N'ayez aucune inquiétude, dit-il, son âme est encore en lui.» Ensuite il remonta, il rompit le pain et il mangea, puis il reprit longuement la parole jusqu’au point du jour, où il partit. Quant au jeune garçon, on le ramena plein de vie; ce fut pour tous une immense Joie. Quant à nous, nous avions pris les devants; nous nous étions embarqués pour Assos, où nous devions reprendre Paul; c’est lui qui l'avait ainsi décidé; il préférait faire la route à pied. Quand il nous eut rejoints à Assos, nous le primes à notre bord, et nous nous rendîmes à Mitylène. Partis de là, toujours par mer, nous passions le lendemain en vue de Chios, le surlendemain nous touchions à 1 L’Asiale était l’homme né en Asie; il ne faut pas le confondre avec l’'Asiarque (19, 31), qui était un magistrat de la province d'Asie. LES ACTES DES APÔTRES 401 Samos, et enfin, le jour suivant, nous abordions à Milet. Car Paul avait résolu de dépasser Éphèse sans s’y arrêter, afin de ne pas perdre de temps en Asie. Il se hâtait pour être à Jérusalem, si possible, le jour de la Pentecôte. Cependant, de Milet il envoya à Éphèse et fit appeler les Anciens de l'Église ; quand ils furent réunis auprès de lui, il leur dit : « Vous savez, depuis le premier jour de mon arrivée en Asie, ce que j'ai sans cesse été pour vous; vous m'avez vu servir le Seigneur avec une grande humilité, dans les larmes, et au milieu des épreuves qui me venaient des Juifs et de leurs emhüches; vous savez que je ne vous ai rien caché de ce qui pouvait vous être utile, que je vous ai prêché, que je vous ai instruits en public et en particulier, conjurant Juifs et Grecs de se convertir à Dieu et de croire en notre Seigneur Jésus !, » «Et maintenant voilà que, lié par l'Esprit, je vais à Jérusalem ; je ne sais ce qui m'y arrivera; je sais seulement que, de ville en ville, l'Esprit saint m'avertit et me déclare que des chaînes et des tribulations m'y attendent. Mais peu m'importe; je fais volontiers le sacrifice de ma vie, pourvu que j’achève ma course, que je _ termine le ministère que j'ai reçu du Seigneur Jésus: rendre témoignage à l'Évangile de la grâce de Dieu. » «Ὁ vous tous, au milieu de qui j'ai vécu, annonçant le Royaume, Je sais que vous ne verrez plus mon visage. Je proteste donc au- jourd’hui que je suis innocent de la perte de ceux qui périront. Car je n’ai rien négligé pour vous faire connaître tout le conseil de Dieu.» « Veillez sur vous-mêmes et sur tout le troupeau, au sein duquel l'Esprit saint vous a placés comme Surveillants?; paissez l'Église de Dieu ὁ qu’il a acquise par son sang. Je sais qu'après mon départ des loups rapaces se glisseront parmi vous et n’épargneront pas le 1 Quelques très anciens manuscrits lisent : notre Seigneur Jésus-Christ, 5 Surveillants. Voir note sur 1 Tim. 3, 1. 3 Quatre anciens manuscrits lisent : l'Église du Seigneur ; mais les deux plus anciens et tous les autres lisent : l’Église de Dieu. 26 16, 20 17 18 28 29 21, 90 38 CS 4 σι 402 LE NOUVEAU TESTAMENT troupeau. Du milieu de vous se lèveront des hommes prononçant des discours pervers pour entraîner les disciples à leur suite. Veillez donc, vous souvenant que pendant trois années, nuit et jour, je n'ai cessé d’exhorter chacun avec larmes. » «Et maintenant je vous recommande à Dieu! et à la parole de sa grâce, à lui qui peut vous édifier et vous assurer un héritage parmi {ous ceux qui lui sont consacrés. » «Je n’ai désiré ni l'argent, ni l'or, ni le vêtement de personne. Vous savez que ces mains ont pourvu à mes besoins et à ceux de mes compagnons. Je vous ai toujours montré comment il faut, par le travail, avoir encore de quoi secourir les indigents, et se souvenir des paroles du Seigneur Jésus quand il ἃ dit: «Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir. » Il paria ainsi, puis il se mit à genoux, et 1] pria avec eux tous. On n’entendait qu’un long sanglot. Ils se jetaient à son cou et l’embrassaient. C'était la parole de Paul : « Vous ne verrez plus mon visage», qui les avait le plus aflligés. Ils le conduisirent au bateau. Nous étant enfin séparés, nous reprimes la mer et marchant, vent arrière, nous arrivions bientôt à Cos; le lendemain nous étions ἃ Rhodes, le troisième jour à Patare. Là nous trouvions un navire qui faisait voile pour la Phénicie et qui nous prit à son bord. Bientôt l’île de Chypre était en vue, mais, la laissant sur notre gauche, nous marchions sur la Syrie et nous arrivions à Fyr. C'était là que le navire devait laisser son chargement. Nous allâmes voir les disciples et restèmes sept jours avec eux. Dirigés par l'Esprit, ils disaient à Paul de ne pas monter à Jéru- salem; mais, notre séjour achevé, nous nous mimes en route pour le départ. Tous, avec leurs femmes et leurs enfants, nous condui- sirent hors de la ville; et là, agenouillés sur le sable du rivage, nous priâmes ensemble et nous nous dîimes adieu. 1 Un des plus anciens manuscrits et d'anciennes autorités lisent : au Seigneurs LES ACTES DES APÔTRES 403 Nous montämes ensuite à bord et les frères retournèrent chez eux. Notre traversée se termina par le trajet de Tyr à Ptolémaïde; nous allâmes y saluer les frères et restâmes un jour avec eux; le lendemain nous partions pour Césarée. À notre arrivée, nous nous rendimes chez l’évangéliste Philippe, qui était l’un des sept diacres. C’est chez lui que nous demeurèmes. Il avait quatre filles non mariées, qui étaient prophétesses. Nous y étions depuis plusieurs jours lorsque arriva de Judée un prophète du nom d’Agabus. Il vint à nous, prit la ceinture de Paul et, s'attachant les pieds et les mains, 1] dit : « Voici ce que déclare l'Esprit sant : L'homme à qui appartient cette ceinture sera ainsi lié à Jérusalem par les Juifs et livré par eux aux mains des païens,. » A ces paroles les gens de l'endroit et nous, suppliâmes Paul de ne pas monter à Jérusalem. Mais il nous répondit : «Que faites- vous là 1 à pleurer? et à me fendre le cœur? Je suis prêt, quant ἃ moi, non seulement à me laisser enchaïîner, mais à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus.» Comme nous ne pouvions le persuader, nous n'insistèmes pas davantage et nous dimes : «Que la volonté du Seigneur se fasse ! » . Ces quelques jours passés, nous fimes nos préparatifs de départ, et nous montâmes à Jérusalem. Quelques-uns des disciples de Césarée nous y accompagnèrent et nous conduisirent chez un ancien disciple, un Chypriote, nommé Mnason, qui devait nous donner l'hospitalité. Les frères, à notre arrivée à Jérusalem, nous firent un fort bon accueil. Le lendemain, Paul se rendit avec nous chez Jacques; tous les Anciens s’y étaient rassemblés. On se donna le salut de paix, et Paul raconta en détail ce que Dieu avait fait dans le monde païen 1 Quelques anciens manuscrits lisent : Que faites-vous là, dit-il, à etc, 3 Plus exactement : à sangloter. G Pr À 10 11 16 18 19 21, 90 21 22 23 19 ΠΝ 29 404 LE NOUVEAU TESTAMENT par son ministère. Les Anciens, l’entendant, rendaient gloire à Dieu. Cependant ils lui dirent: «Tu vois, frere, que les Juifs devenus croyants ! se comptent par milliers, et tous sont d’ardents zélateurs de la Loi. Or, on leur a raconté que tu prêches l’apostasie de la Loi de Moïse à tous les Juifs disséminés parmi les païens, les dé- tournant de circoncire leurs enfants et de marcher selon les rites d'Israël, Qu'y a-t-il donc à faire? Il est de toute évidence qu'une foule énorme se rassemblera, car on apprendra ton arrivée ?. Fais ce que nous allons te dire: Nous avons ici quatre hommes qui ont contracté un vœu. Prends-les, purifie-toi avec eux, supporte les frais pour qu'ils puissent se faire raser la tête; chacun saura alors que ce qu’on ἃ raconté de toi n’est rien et que toi aussi tu pratiques la Loi et l’observes. » «Quant aux païens devenus croyants, nous avons décidé (et nous le leur avons fait dire) qu’ils devaient s'abstenir des viandes offertes en sacrifice aux dieux, du sang, des animaux morts par suffoca- tion, et de la fornication . » Paul alors se mit en la compagnie de ces hommes et dès le lendemain il se purifia avec eux, puis il entra dans le Temple pour indiquer d’avance le jour où les rites de purification seraient achevés et où chacun d’eux ferait offrir le sacrifice. Les sept jours allaient expirer, quand les Juifs d'Asie l’aperçu- rent dans le Temple, ameutèrent toute la foule et mirent la main sur lui: «Au secours ! enfants d'Israël! crièrent-ils, le voilà, l’homme qui déclame partout, devant tout le monde, contre le peuple, contre la Loi, contre ce saint Lieu! Il vient de plus d'introduire des païens dans le Temple; c’est un profanateur du sanctuaire ! » — On avait vu, en effet, Trophime d’Éphèse dans la ville avec lui, et on croyait que Paul l'avait introduit dans le Temple. — 1 Un des plus anciens manuscrits lit : Tu vois, frère, que ceux qui sont levenus croyants... etc. 2 Deux très anciens manuscrits et plusieurs anciennes autorités omettent ces mots : Une foule énorme se rassemblera, car. et lisent: Qu'y a-t-il donc ἃ faire? IL est de toute évidence qu'on upprendra ton arrivée. 3 C'est-à-dire des mariages mixtes entre paiïens et chrétiens. LES ACTES DES APÔTRES 405 Toute la ville fut bientôt en émoi; le peuple accourut de tous côtés, on s’empara de Paul, on l’entraîna hors du Temple, dont les portes furent immédiatement fermées, et on se mettait en devoir de le tuer, lorsque le tribun de la cohorte fut informé que Jérusalem tout entière était en émeute. Il prit immédiatement quelques soldats et centurions et descen- dit? en courant vers les Juifs, qui, voyant le tribun et les soldats, cessèrent de frapper Paul. Le tribun s’approcha, le fit saisir, donna ordre de le lier de deux chaînes et demanda qui il était et ce qu'il faisait. Mais les bruits les plus divers se croisaient dans la foule et le tumulte l'empêchant de rien savoir de positif, il donna ordre de mener Paul à la Forteresse ?. Quand ils furent sur l'escalier, la presse était telle que les soldats furent obligés de le porter. Une foule énorme le suivait en criant : «A mort!» Au moment d'entrer dans la Forteresse, Paul dit au tribun: «M'est-il permis de te parler?» — «Tu sais le grec? lui répondit, tu n'es donc pas le Juif d'Égypte qui a dernièrement soulevé et entraîné avec lui au désert quatre mille sicaires?» Paul repartit : «Je suis un Juif de Tarse, je suis citoyen d’une ville importante de Cilicie, permets-moi, je te prie, de parler au peuple.» Le tribun le lui permit. Paul alors, debout sur ies marches de l'escalier *, fit signe au peuple de la main. Un grand silence s’établit et il prononça en langue hébraïque les paroles suivantes : «Mes frères et mes pères, «Ecoutez ce que j'ai maintenant à vous dire pour me justifier » — (quand on l’entendit parler en hébreu, on redoubla d’atten- ion) — il continua : «Je suis un Juif, né à Tarse, en Cilicie, mais 1 «IL descendit» l'escalier qui conduisait directement de la Tour Antonia dans le parvis des Gentils ou cour des païens, la grande cour du Temple. Ce fut sur les marches de cet escalier que Paul se tint pour parler au peuple (verset 40). ? La Forteresse ou la Tour Antonia, où siégeait la garnison romaine de Jéru- salem. 3 Voir note sur le verset 32. 30, 21 99 94 40 1, 22 PR, τ 406 LE NOUVEAU TESTAMENT j'ai été élevé dans cette ville-ci, j'ai fait mes études aux pieds de Gamaliel, dans toute la rigueur de la Loi de nos pères!; j'ai été plein de zèle pour la cause de Dieu, comme vous l’êtes tous aujourd’hui. Cette secte, je lai persécutée à mort; jai chargé de chaines, j'ai jeté en prison hommes et femmes, comme peuvent l’attester le grand-prêtre et le Sanhédrin tout entier. Car c’est d'eux que j'ai reçu des lettres pour nos frères de Damas, et j'y allai pour amener prisonniers à Jérusalem ceux que j'y trouverais et les faire punir. J'étais en chemin et j’approchais de Damas, quand tout à coup, vers midi, une vive lumière venue du ciel brilla autour de moi, je tombai par terre et j'entendis une voix qui me disait : «Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? » — Je répondis : «Qui es-tu, Seigneur?» — La voix me dit : «Je suis Jésus de Nazareth que tu persécutes. » — Ceux qui étaient avec moi avaient vu la lumière, mais n’avaient pas entendu la voix de celui qui me par- lait. Je dis alors : «Que dois-je faire, Seigneur?» et le Seigneur me répondit : «Relève-toi, rends-toi à Damas, et là on te dira tout ce que tu as l’ordre de faire. » — Gomme je n’y voyais pas (la lumière m'avait ébloui), mes compagnons me prirent par la main et me menèrent à Damas. Un certain Hananias, homme pieux et fidèle à la Loi, estimé de tous les résidents juifs, vint se présenter à moi et medit: «Saul, mon frère, regarde », — et immédiatement je le vis. Puis il me dit: «Le Dieu de nos pères t’a prédestiné à con- naître sa volonté, à voir le Juste et à entendre les paroles de sa bouche; car tu seras son témoin auprès de tous les hommes, témoin de ce que tu as vu et entendu. Et maintenant pourquoi tarderais-tu? Lève-toi, reçois le baptême et purifie-toi de tes péchés en invo- quant son nom.» De retour à Jérusalem, comme j'étais en prière au Temple, je tombai en extase, et je le vis qui me disait : « Hâte- toi de partir, sors au plus vite de Jérusalem, car ils n’accepteront pas le témoignage que tu me rends.» Et je lui dis : «Seigneur, il savent eux-mêmes que j'ai fait emprisonner et flageller dans les 1 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation: J'ai été élevé dans cette ville-ci aux pieds de Gamaliel; j'ai fait mes études dans toute la rigueur de la loi de nos pères. LES ACTES DES APÔTRES 407 OM GE - τοῦς τσ δὰν synagogues ceux qui croient en toi, et quand ils ont versé le sang d'Étienne, ton témoin, j'étais là, présent, j’applaudissais, je gar- dais les vêtements des bourreaux» ; et il me dit: « Va, car je t’en- verrai au loin vers les païens....., » On l'avait écouté jusque-là, mais, à ce mot, les clameurs recom- mencèrent: «À mort, cet homme! il ne faut pas lui laisser Ja vie!» Ils vociféraient, ôtaient leurs vêtements, faisaient voler la pous- sière. Le tribun commanda alors de le faire entrer dans la Forte- resse et de le mettre à la question pour savoir la vraie cause de tous ces cris contre lui. Comme on l'avait déjà attaché au poteau pour recevoir les coups de lanières, Paul dit au centurion qui commandait: «Vous est-il permis de flageller un citoyen romain qui n'est pas même condamné? » À ces paroles, le centurion alla en référer au tribun: « Que vas-tu faire? lui dit-il, cet homme est citoyen romain. » Le tribun vint à Paul et lui dit: «Réponds-moi, es-tu citoyen romain?» — «Oui», lui dit Paul. Le tribun repartit: «Moi, j'ai dépensé une somme considérable pour avoir ce titre.» — «Et moi, lui répliqua Paul, je l’ai par ma naissance.» Les exécuteurs s'écartèrent immédiatement, et le tribun commença à avoir peur, voyant qu'il avait fait mettre aux fers un citoyen romain. Le lendemain, voulant savoir positivement quels griefs articu- laient les Juifs, il lui fit ôter les fers et donna ordre de convoquer le haut sacerdoce et le Sanhédrin en entier; puis il amena Paul et le fit comparaître devant eux. Paul, regardant en face le Sanhé- drin, dit: «Frères, - «C'est en toute bonne conscience que je me suis conduit devant Dieu jusqu’à aujourd’hui... » Le grand-prêtre Hananias ordonna alors aux assistants de souffle- ter Paul sur la bouche. «Dieu te frappera à ton tour, muraille 1 Otaient leurs vêtements pour le lapider. 90, 22 29 90 1, 23 23, 6 10 11 14 408 LE NOUVEAU TESTAMENT blanchie!» répondit Paul en se tournant vers lui, «tu sièges pour me juger selon la Loi, et c’est au mépris de la Loi que tu ordonnes de me frapper!» — «Quoi! tu injuries le grand-prêtre de Dieu ! » dirent les assistants. Mais Paul: «Je ne savais pas, frères, que ce füt le grand-prêtre, car 11 est écrit: «Tu n'insulteras pas le chef de ton peuple. 1» Paul, sachant que l'assemblée était composée en partie de Sadducéens, en partie de Pharisiens, s’écria en plem Sanhédrin : «Frères, je suis Pharisien, fils de Pharisiens, c’est pour mon espérance, c’est pour la résurrection des morts qu'on me met en jugement ! » Ces paroles provoquèrent une scission entre les Pharisiens et les Sadducéens et l’assemblée se divisa. En effet, les Sadducéens nient la résurrection, l'existence des anges et des Esprits; les Pha- risiens admettent tout cela. Il s’ensuivit une discussion tumultueuse ; certains Scribes du parti pharisien se levèrent, prirent la défense de Paul et dirent: «Nous ne trouvons rien à reprocher à cet homme... Si un Esprit lui ἃ parlé! un ange, peut-être ? !».… La dispute s’envenimait, et le tribun craignait que Paul ne fût mis en pièces; il donna ordre à une escouade de soldats de descendre dans la salle, d’arracher Paul de leurs mains et de le reconduire à la Forteresse. La nuit suivante, le Seigneur lui apparut et lui dit: «Courage ! comme tu as été mon témoin à Jérusalem, 1] faut aussi que tu sois mon témoin à Rome!» Le lendemain matin, les Juifs formèrent entre eux un complot et s’obligèrent par vœu à ne manger ni boire tant qu'ils n'auraient pas tué Paul. Ils étaient plus de quarante à avoir fait cette conju- ration. Is allèrent trouver les chefs des prêtres et les Anciens et leur dirent: «Nous nous sommes obligés par vœu, sous les plus 1 Exode 22, 28. Cette citation forme dans le texte grec un vers iambique. ? On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : Qui sait si un Esprit ou un ange ne lui a point parlé? 4 Ὶ LES ACTES DES APÔTRES 409 terribles anathèmes, à ne rien manger que nous n'ayons tué Paul. Jntervenez donc, avec le Sanhédrin, auprès du tribun pour obtenir une nouvelle comparution, comme si vous vouliez étudier plus à fond son affaire. Quant à nous, nous sommes prêts; nous le tuerons dans le trajet. » Mais le fils de la sœur de Paul entendit parler de ce guet-apens, se rendit à la Forteresse, y entra et révéla tout à Paul. Celui-ci fit alors appeler un des centurions : « Mène ce jeune homme au tribun, Jui dit-il, il a quelque chose à lui communiquer. » Le centurion l’emmena donc chez le tribun et lui dit: «Le prisonnier Paul m'a fait appeler et m'a prié de t’amener ce jeune homme, qui ἃ quelque chose à te dire, » Le tribun prit le jeune homme par la main, le conduisit à l'écart et lui demanda : «Qu’'as-tu à me communiquer?» — « Les Juifs, répondit-il, sont convenus de te prier de faire comparaître Paul demain devant le Sanhédrin, comme s'ils voulaient étudier plus à fond son affaire. Garde-toi de le faire ; c’est un guet-apens; ils sont plus de quarante qui se sont obligés par vœu à ne manger ni boire avant de l’avoir tué. Ils sont tout prêts ; ils n'attendent que ton consentement.» Le tribun renvoya le jeune homme en lui défendant de parler à personne de ce qu'il venait de lui apprendre. Puis il fit appeler deux centurions : «Tenez prêts, leur dit-il, à partir de la troisième heure de la nuit!, deux cents soldats, soixante-dix cavaliers et deux cents hommes du train? pour aller jusqu'à Césarée, » 1 Neuf heures du soir, 3 Hommes du train. Le mot grec est dexiolabe, c’est-à-dire : celui qui tient dans la main droite. Ce mot ne se trouve chez aucun auteur grec et est inconnu de toute l'antiquité classique. On en est réduit, pour le traduire, à des conjec- tures. On ἃ essayé de le rendre par archer, frondeur ou lancier, parce que ces soldats tenaient leur arme dans la main droite, mais la langue grecque avait des mots pour désigner ces différents corps de troupes, et Luc, qui savait fort bien le grec, ne les ignorait certainement pas. D’ailleurs la garnison à cheval de la forteresse Antonia se composait, dit Luc lui-même, de soixante-dix cava- liers, sans indiquer de quelle arme, et tous accompagnaient Paul. Une seule conjecture est plausible. Lysias, trouvant ce chiffre de soixante-dix cavaliers trop 15, 23 16 19 20 21 t2 re) 23, 2% 95 24, 1 410 LE NOUVEAU TESTAMENT Il commanda aussi de se pourvoir de montures pour Paul, afin de le mener sain et sauf au procurateur Félix. En même temps il écrivit à celui-ci une lettre, dont voici la teneur : « CLAUDIUS LYSrAS À SON EXCELLENCE LE PROCURATEUR FÉLIX. SALUT. «Cet homme a été arrété par les Juifs, et ils allaient le tuer, quand j'arrivai avec la troupe et le leur enlevai ; j'avais appris qu'il était citoyen romain. Voulant connaître le motif de leurs accu- sations, je le conduisis au Sanhédrin ; voici ce que je trouvai: des poursuites sur des questions relatives à leur Loi et aucun grief qui méritdt la mort ou la prison. Mais on m'a dénoncé un complot contre cet homme; je te l'ai donc envoyé sans retard et j'ai prévenu les accusateurs qu'ils eussent aussi à prendre la parole contre lui ? devant 101.» Les soldats exécutèrent ces ordres; ils prirent Paul et le condui- sirent de nuit jusqu'à Antipatris. Le lendemain, ils laissèrent les cavaliers continuer le chemin avec lui et rentrèrent à la Forteresse. Ceux-là, arrivés à Césarée, remirent la lettre au procurateur et lui présentèrent Paul. Il la lut et s’informa de quel pays il était. Apprenant qu'il était de Cilicie : «Je t’entendrai, dit-il, quand tes accusateurs seront arrivés. » Puis il ordonna de le garder dans le prétoire d’'Hérode. Cinq jours après arriva le grand-prêtre Hananias, accompagné de quelques Anciens et d’un avocat, un certain Tertullus ; 115 vinrent dénoncer Paul au procurateur. On le fit appeler, et Tertullus com- mença son accusation en ces termes : faible, leur adjoignit deux cents hommes du train des équipages, les seuls qu’il eut à sa disposition, et Luc les appelle dexiolabes parce que d’ordinaire les sol- dats du train tenaient par la main droite un cheval de rechange non monté. Ils wétaient dans l’escorte de Paul que pour faire nombre et tenir en respect les Juifs qui auraient été tentés de faire un coup de main. 1 Quelques anciens manuscrits omettent sans retwrd, ajoutent formé par euæ et lisent: mais on m'a dénoncé un complot formé par eux contre cet homme, je te l'ai donc envoyé, etc. 9 2 Quelques anciens manuscrits omettent contre lui. LES ACTES DES APÔTRES 411 «Excellent Félix, « Nous jouissons d’une paix profonde, grâce à toi, grâce aussi aux réformes faites au sein de ce peuple, et dues à ta sollicitude en tout et partout; nous en éprouvons une bien vive reconnais- sance!. Mais je ne veux pas te retenir trop longtemps; je te prie seulement de nous écouter un instant avec ta bonté habituelle. Get homme est une peste; il excite des séditions parmi les Juifs dans le monde entier; il est chef de l’hérésie des Nazaréens; nous l'avons trouvé essayant de profaner le Temple; alors nous l'avons arrêté?. Tu peux, en l'interrogeant sur ces faits, apprendre de sa bouche tout ce dont nous l’accusons. » Les Juifs s’associèrent à ces paroles et déclarèrent qu'elles étaient exactes. Sur un signe du procurateur, Paul prit ensuite la parole : «Voilà plusieurs années que tu administres ce peuple, Je le sais; aussi est-ce avec une grande confiance que je viens me défendre moi-même. Tu peux constater: — qu'il n’y ἃ pas plus de douze jours que je suis arrivé à Jérusalem pour y adorer*; — que personne ne m'a vu discuter avec quelqu'un dans le Temple ; — que je n’y ai point fait d'attroupement; — pas davantage dans les synagogues ou dans la ville; — et qu'ils ne peuvent pas prouver ce dont ils m’accusent maintenant *.» 1 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : dues à ta sollicitude; nous en éprouvons. en tout et partout, une bien vive reconnaissance. 2 La phrase qui forme le verset 7 dans les traductions ordinaires du Nouveau Testament manque dans tous les bons manuscrits. Elle est ainsi conçue: Nous avons voulu le juger sekon notre Loi: mais le tribun Lysias, étant survenu, l’a arraché de nos mains avec une grande violence, en ordonnant à ses accusa- teurs de venir devant toi. 3 C'est-à-dire: pour y remplir mes devoirs religieux. Gette expression: adorer, ou plus exactement se prosterner, impliquait l’accomplissement de tous les devoirs qu’un Juif fidèle devait remplir au Temple de Jérusalem. 4 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : Tu peux constater qu'il n'y a pas plus de douze jours que je suis arrivé à Jérusalem pour y adorer. Personne ne m'a vu discuter avec quelqu'un dans le Temple, je n'y αἱ point fait . d’attroupement, pas davantage dans les synagogues ou dans la ville, etils ne peuvent pas prouver ce dont ils m'accusent maintenant. 3, 24 10 13 24, 14 20 Ν " 412 LE NOUVEAU TESTAMENT «Mais voici ce que je t’avoue : Ii y ἃ une doctrine qu’ils appellent une hérésie, et c’est en la suivant: — que j'adore le Dieu de mes pères; — que je crois à tout ce qui est écrit dans «la Loi et les Prophètes 1»; — que j'ai en Dieu l'espérance (et eux aussi ils la partagent) qu'il y aura une résurrection des justes et des injustes. Voilà pourquoi je m'efforce moi-même d’avoir en tout temps une conscience irréprochable devant Dieu et devant les hommes. » «Après une absence de plusieurs années, 16 suis venu faire à mon peuple des aumônes, lui porter des offrandes. C'est alors que certains Juifs d’Asie m'ont trouvé dans le Temple, occupé à des purifications, sans le moindre attroupement, sans le moindre bruit. Ils auraient dù se présenter devant toi et m'accuser, s'ils avaient un reproche à me faire; ou bien, que ceux 1ci présents disent de quel méfait ils m'ont trouvé coupable quand j'ai com- paru devant le Sanhédrin. Serait-ce de leur avoir dit ces mots, les seuls que je leur ai adressés : C’est la question de la résurrec- tion des morts qui me fait juger aujourd'hui par vous?» Félix, qui savait assez exactement de quelle doctrine 1] s'agissait, ajourna la cause, en disant: «Quand Lysias, le tribun, sera ici, j'étudierai votre affaire.» En attendant, il ordonna au centurion de garder Paul, mais de le traiter avec douceur et de n'empêcher aucun des siens de lui rendre des services. Quelques jours après, Félix vint avec sa femme Drusille, qui était juive. Il fit appeler Paul et l’entendit parler de la foi au Christ Jésus ?; et comme il traitait de la justice, de la tempérance, du jugement à venir, Félix eut peur : «En voilà assez pour le mo- ment, dit-il, je te ferai rappeler à la première occasion. » En outre, il espérait que Paul lui donnerait de l'argent, et, dans ce but, il le faisait venir assez souvent et s’entretenait avec lui. Deux années se passèrent ainsi; Félix eut pour successeur Por- 1 «La Loi et les Prophètes». Voir note sur Matth, 22, 40, 2? Quelques manuscrits omettent Jésus. LES ACTES DES APÔTRES 413 cius Festus!, et comme il voulait faire plaisir aux Juifs, il laissa Paul en prison. Trois jours après son arrivée dans sa province, Festus monta de Césarée à Jérusalem. Là, le haut sacerdoce et les autorités juives portèrent plainte contre Paul; ils lui demandèrent avec instance et comme une faveur (mais dans un but hostile) de le faire reve- nir à Jérusalem; 1ls auraient dressé une embuscade pour le tuer dans le trajet. Festus répondit que Paul resterait prisonnier à Cé- sarée et que lui-même y retournerait bientôt. « Que les plus notables d’entre vous, ajouta-t-il, qui voudraient charger cet homme des- cendent avec moi et formulent leur accusation. » Il ne resta avec eux que peu de jours, huit ou dix, puis retourna à Césarée. Dès le lendemain, il siégea sur son tribunal et fit comparaître Paul. A son entrée, les Juifs, descendus de Jérusalem, l’entourèrent, en formulant de nombreuses et graves accusations qu'ils ne pouvaient prouver ; tandis que Paul se défendait, en déclarant qu'il n'avait commis aucune faute ni contre la Loi juive, ni contre le Temple, ni contre l'Empereur ?. Là-dessus, Festus, qui voulait faire plaisir aux Juifs, dit à Paul : « Veux-tu monter à Jérusalem et y être jugé sur tout cela en ma présence?» Paul lui répondit: «C’est devant le tribunal de l'Em- pereur que je comparais; c’est là que je dois être jugé; je n'ai fait aucun tort aux Juifs, et tu le sais fort bien. Si je suis cou- 1 Nommé procurateur par Néron. 2 Grec : contre César. Nous avons traduit ce mot littéralement dans les Évan- giles (Matth. 22, 17; Marc 12, 14; Luc 20, 22), parce que la parole du Christ : Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, est trop connue sous cette forme pour qu'il soit possible de la modifier. Mais Le César était, au temps de Jésus, Tibère et, au temps de saint Paul, Néron; son nom de César doit se traduire : l'Empereur, En français, nous réservons le mot César pour désigner le premier de tous : Jules César, et n’appliquons jamais ce nom à ses successeurs, 10 11 25, 12 16 17 18 41% LE NOUVEAU TESTAMENT pable, si j'ai mérité la mort, je ne demande pas de grâce ; si, au contraire, je n’ai rien fait de ce dont ils m’accusent, personne n’a le droit de me livrer à eux par complaisance. J’en appelle à l’'Em- pereur ! » Festus, alors, s’entretint un moment avec ses assesseurs οἱ répondit : «Tu en as appelé à l'Empereur, tu iras à l’Empe- reur. » Quelques jours plus tard, le roi Agrippa et Bérénice vinrent à Césarée saluer Festus. Ils y restèrent plusieurs jours et Festus exposa au roi l'affaire de Paul. «fl y a ici un homme, lui ditAl, que Félix a laissé prisonnier ; pendant mon séjour à Jérusalem, le haut sacerdoce et les autorités juives ont porté plainte contre lui et m'ont demandé sa condamnation. Je leur ai répondu que la cou- tume romaine ne permet pas de livrer un homme par complai- sance, sans que l’accusé ait été confronté avec ses accusateurs et ait eu toute facilité de se justifier de l'accusation. Ils sont alors venus ici et, sans perdre un moment, dès le lendemain, 16 siégeai sur mon tribunal et je fis comparaître cet homme. Les accu- sateurs qui se sont présentés n'ont relevé contre lui aucun des crimes que je m'attendais à voir établir; il ne s’est agi entre eux que de subtilités relatives à leurs croyances particulières et d’un certain Jésus qui est mort et que Paul dit être vivant. Ne sachant quel parti prendre dans une discussion de ce genre, j'ai demandé à Paul s’il voulait aller à Jérusalem et y être jugé sur tout cela, Mais il en ἃ appelé pour que sa cause fût réservée au jugement de Sa Majesté; j'ai alors ordonné de le garder en prison jusqu’à ce que je l'envoie à l'Empereur. » Agrippa dit à Festus: «Je voulais justement entendre cet homme.» — «Τὰ l’entendras demain », répondit Festus. Le lendemain, en effet, Agrippa et Bérénice vinrent avec une suite brillante et se rendirent à la salle d'audience, accompagnés des ofliciers de l’armée et des principaux personnages de la ville, Sur l’ordre de Festus, Paul fut introduit. Festus prit la parole : LES ACTES DES APÔTRES 415 «Roi Agrippa, et vous tous ici présents, « Vous voyez cet homme à propos duquel tous les Juifs, en masse, et à Jérusalem et ici, sont venus m'importuner; ils me crient que je ne dois pas lui laisser la vie. Moi j'ai compris qu'il n'avait rien fait qui méritât la mort ; lui-même, d’ailleurs, en ἃ appelé à l'Empereur et j'ai décidé de le lui envoyer. Mais je n'ai rien de bien positif à écrire à son sujet au Maître; voilà pourquoi je l’ai fait paraître devant vous, et surtout devant toi, Roi Agrippa, et, après cet interrogatoire, j'aurai quelque chose à écrire. En effet, 16 trouve absurde d'envoyer un prisonnier sans Indiquer les charges qui pèsent sur lui.» — «Je te donne la parole pour ta défense », dit Agrippa à Paul. Celui-ci fit alors un geste de la main et se défendit en ces termes : «Roi Agrippa, «Je m'estime heureux d’avoir aujourd’hui à me disculper devant toi de tout ce dont m’accusent les Juifs, car tu connais parfaitement tous les usages de ce peuple et les questions qui le préoccupent. _ Je te prie donc de m'écouter patiemment. » «Ce qu'a été dès l’origine ma conduite, pendant ma jeunesse, au milieu de mon peuple, à Jérusalem, tous les Juifs le savent ; ils me connaissent d’ancienne date, pour avoir appartenu, s'ils veulent bien en convenir, à la tendance la plus stricte de notre religion ; je veux dire que j'étais Pharisien. Et maintenant me voilà mis en cause pour avoir espéré en la promesse faite par Dieu à nos pères et que nos douze tribus, priant avec instance, nuit et jour, espèrent voir s’accomplir. Et c’est pour cette espérance-là, ὁ Roï, que des Juifs m’accusent! Est-ce que vous trouvez incroyable que Dieu ressuscite des morts ? » «Pour moi, j'avais cru devoir m'opposer de toutes mes forces au nom de Jésus de Nazareth; et c'est ce que j'ai fait à Jérusalem. J'ai fait jeter en prison un*grand nombre de fidèles, m'y étant fait autoriser par les chefs des prêtres, et quand on les mettait à mort, 27 1, 26 Le] ©9 1 (ee 10 26, 11 12 18 19 12 C2 416 LE NOUVEAU TESTAMENT J'y Souscrivais entièrement. Il m'arrivait dans toutes les synagogues de sévir contre eux et de les forcer à blasphémer. J'étais tellement furieux contre eux que je les persécutais jusque dans les villes du dehors. Dans ce but, je partis pour Damas avec de pleins pouvoirs et une autorisation délivrée par les chefs des prêtres, lorsque, en plein jour, sur la route, je vis, ὁ Roi, une lumière venant du ciel, plus brillante que le soleil et nous enveloppant de son éclat, mes com- pagnons de voyage et moi. Tous nous tombâmes par terre et j'en- tendis une voix qui me disait en hébreu : «Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? Il t'est dificile de regimber contre l’aiguillon. » Je répondis : « Qui es-tu, Seigneur?» et le Seigneur dit : «Je suis Jésus que tu persécutes ; mais relève-toi, tiens-toi debout; voici. pourquoi je te suis apparu : pour t'élire serviteur et témoin de ce que tu viens de voir! et de ce que tu verras encore; je te proté- gerai contre ce peuple et contre les païens auxquels je t'envoie, pour leur ouvrir les yeux, pour les convertir des ténèbres à la lumière, de la puissance de Satan à Dieu, pour leur obtenir, par la foi en moi, le pardon des péchés et une part de l'héritage promis à ceux qui lui sont consacrés. » Et alors, Roi Agrippa, je n'ai pas voulu désobéir à cette vision céleste; mais à ceux de Damas d’abord, ensuite à ceux de Jérusalem, puis à tous les habitants de la Judée et aux païens, j'ai prêché de se repentir, de se convertir à Dieu?, de faire des œuvres dignes de la repentance. Voilà Ὁ pourquoi les Juifs se sont emparés de moi dans le Temple et ont essayé de me tuer sur place. Mais, grâce à la protection de Dieu, j'ai vécu jusqu'à aujourd’hui, rendant témoignage aux petits et aux grands, sans rien dire en dehors de ce que «Moïse et les Prophètes » ont prédit devoir arriver; savoir que le Christ de- vait souffrir, et qu'étant le premier des ressuscités, il devait annoncer la lumière au peuple et aux païens.....» 1 Un des plus anciens manuscrits lit : de ce que tu viens de me voir. 2 Ou : de se convertir, de se lourner vers Dieu. 3 Ou: de la conversion. 1 «Moïse et les Prophètes» c’est-à-dire La Loi et les Prophètes. Noir note sur Matth. 22, 40. LES ACTES DES APÔTRES 417 Paul en était là de sa défense quand Festus dit à haute voix : «Tu es fou, Paul; tes longues études t'ont fait perdre l'esprit. » Mais Paul: «Je ne suis pas fou, Excellent Festus, ce sont des paroles vraies et sensées que je prononce. Le roi connaît ces faits, aussi je m'adresse à lui avec confiance, car je suis persuadé qu'il n'en ignore aucun; tout cela ne s’est pas fait en cachette. Crois-tu aux prophètes, Roi Agrippa? Je sais que tu y crois.» Agrippa dit alors à Paul: «Tu vas me persuader bientôt de me faire chrétien!» Et Paul: «Dieu veuille que tôt ou tard non seulement toi, mais tous ceux qui m'écoutent aujourd'hui en viennent à me ressembler... excepté par ces chaînes!» Tous se levèrent, le roi, le procurateur, Bérénice, l'assemblée. En se retirant, ils s’entretenaient ensemble et se disaient que cet homme ne faisait rien qui méritàt la mort ou la prison. «On aurait pu relâcher cet homme, dit Agrippa à Festus, s’il n’en avait pas appelé à l'Empereur. » Lorsqu'il fut décidé que nous partirions pour l'Italie, on remit Paul et quelques autres prisonniers à un centurion de la cohorte Augusta ?, nommé Julius. Montés à bord d’un navire d’Adramyttium qui devait faire escale dans les ports de la province d’Asie, nous primes la mer; un Macédonien de Thessalonique, Aristarque, était avec nous. Le second jour nous arrivions à Sidon, et Julius, qui traitait Paul avec beaucoup de douceur, lui permit d’aller visiter ses amis et de recevoir leurs soins. Partis de là, nous suivimes les côtes de l’île de Chypre, parce que les vents étaient contraires, et, après avoir traversé la mer qui baigne la Cilicie et la Pamphylie, nous abordâmes à Myrra en Lycie. Là le centurion, ayant trouvé un navire alexandrin qui faisait voile pour l'Italie, nous fit monter à son bord. Après plusieurs jours d’une navigation très lente, nous arrivions 1 Exclamation ironique. ? La cohorte Prima Augusta Italica, 2? 1, 27 ε9 PT:DS 10 13 418 LE NOUVEAU TESTAMENT à grand’peine à la hauteur de Cnide. Le vent ne nous permettant pas d'aborder, nous suivimes les côtes de l’île de Crète dans la direction du cap Salmoné. Après l’avoir doublé, non sans diffi- culté, nous arrivâämes à un endroit appelé Les Bons-Ports, près de la ville de Lasæa. Il s'était écoulé un temps considérable, et la navigation devenait dangereuse, l’époque du Grand Jeûne! étant déja passée. Paul alors donna son avis. «Je prévois, dit-il, de sérieuses avaries et de grands dangers, non seulement pour la cargaison et pour le bateau, mais pour nos personnes mêmes, si nous COntinuons notre voyage. » Mais le centurion avait plus de confiance en ce que disaient le capitaine et le pilote qu'en ce que disait Paul. D'ailleurs le port n'était pas bon pour hiverner, et l’avis général fut d’en repartir et de tâcher de gagner, pour y passer l'hiver, Phénix, port de Crète, exposé au sud-ouest et au nord-ouest. Comme 11 soufflait une brise du sud, on crut le moment favo- rable, on leva l’ancre et on se mit à longer de près les côtes de Crète. Mais, tout à coup, un des ouragans, appelés £uraquilon, vint s’abattre sur l’île. Le navire entraîné fut hors d'état de tenir tête au vent; on céda; on fut emporté. Comme nous passions sous une petite île appelée Claudé, nous parvinmes, mais non sans peine, à manœuvrer la chaloupe*. On s'en servit pour prendre quelques précautions et entourer le navire de câbles. Puis, comme on craignait d’être jeté sur les Syrtes, on plia les vergues et on s’abandonna au vent. 1 Ge Grand Jeûne se célébrait à la fête des Expiations, vers la fin de sep- tembre; on était donc à l’'équinoxe d'automne. 2 C'est-à-dire à la mettre à la mer. On profita pour faire cette manœuvre de l'abri momentané qu'offrait l’ilot de Claudé. 5 On s'en servit pour prendre quelques précautions. On traduit d’ordi- naire après l'avoir hissée ou: après l'avoir lirée à nous comme si la cha= loupe était déjà à la mer et en avait été alors retirée. Cette interprétation est inintelligible, Les matelots mirent, au contraire, la chaloupe à la mer; cette manœuvre était absolument nécessaire pour entourer le navire de cäbles, 4 Littéralement : mettre la ceinture au navire. Gette opération, très connue dans l'antiquité, consistait, après avoir entouré le navire de câbles, à placer, entre κι ἢ Ἶ LES ACTES DES APÔTRES 419 Le second jour, la tempête était toujours aussi forte, et on 18, 27 jeta à la mer tout le chargement; le troisième, nous nous débar- 19 rassions nous-mêmes du mobilier du navire. On ne vit pas le soleil, 20 on n'aperçut pas une seule étoile pendant plusieurs jours, et la tempête restant toujours aussi affreuse, tout espoir de salut nous fut dès lors interdit. Comme depuis longtemps personne n’avait pris de nourriture, 21 Paul parut au milieu de tous et dit : «Il aurait fallu écouter mon conseil et ne pas partr de l’île de Crète; vous auriez évité ce désastre et cette perte. Mais maintenant je vous invite à prendre 292 courage; aucun de vous ne périra; le navire seul sera perdu. Car 28 cette nuit m'est apparu un ange du Dieu auquel j'appartiens et que j'adore, et il m'a dit: «Ne crains rien, Paul! tu dois comparaître 24 devant l'Empereur, et Dieu t’accorde la vie de tous ceux qui naviguent avec toi. » Ayez donc bon courage; car j'ai cette foi en 25 Dieu, qu'il en sera comme il m'a été dit. Il faut que nous soyons 96 jetés sur une ile.» La quatorzième nuit que nous étions ainsi ballottés sur l’Adria- 27 tique, vers le milieu de cette nuit, les matelots crurent au voisi- nage de la terre. Ils jetèrent la sonde, et trouvèrent vingt brasses; 28 un peu après ils la jetèrent encore, et trouvèrent quinze brasses : ils craignirent d'aller donner sur des récifs; quatre ancres furent 99 alors jetéès de la poupe et chacun attendit le jour avec anxiété. Comme les matelots cherchaient à s'échapper du navire et 80 mettaient la chaloupe à la mer sous prétexte de jeter les ancres de l’avant, Paul dit au centurion et aux soldats : «Si ces hommes 31 ne restent pas à bord vous ne pouvez être sauvés.» Les soldats 32 coupèrent alors les cordes de la chaloupe et la laissèrent tomber. Paul, en attendant le jour, conseilla à tous de prendre de la 33 nourriture. «C'est aujourd'hui le quatorzième jour, dit-il, que vous passez dans l'attente, à jeun, sans rien prendre. Je vous 34 conseille donc de manger; cela est nécessaire à votre salut; aucun la coque et ces câbles, qui les tenaient, des pièces de bois, sortes de poutres qui renforçaient la coque et lui permettaient de résister aux rochers sur lesquels elle risquait de donner. 21. 28, 90 90 97 98 99 40 4 44 ἀ 420 LE NOUVEAU TESTAMEN! de vous ne perdra un cheveu de sa tête.» En disant cela, il prit du pain, le rompit, en rendant grâces à Dieu devant tous, et se mit à manger. Tous reprirent alors courage et mangèrent aussi. Nous étions en tout deux cent soixante-seize à bord. Quand on eut fini, on allégea encore le navire en jetant tout le blé à la mer. Lorsque le jour parut, personne ne reconnut la terre, mais on entrevoyait une baie avec une plage et on résolut d'essayer d'y mettre le navire à l’abri?. On coupa donc les câbles des ancres qu'on laissa se perdre dans la mer, on lâcha les amarres des gou- vernails, on hissa la voile d’artimon qu'on offrit au vent et on gouverna vers la plage. On tomba sur une langue de terre battue des deux côtés par la mer; là, le navire échoua. La proue, qui s'était enfoncée dans le sable, resta immobile; la poupe, au contraire, se disloquait à chaque coup de mer. Les soldats proposèrent alors de tuer les prisonniers de peur qu'ils ne s’échappassent à la nage. Mais le centurion, qui voulait sauver Paul, les empêcha de le faire; il ordonna à ceux qui sa- vaient nager de se jeter les premiers à l’eau et de gagner Ja terre; aux autres de se mettre sur des planches, sur des épaves de toutes sortes ; et c’est ainsi que tous réussirent à se sauver à terre. | Une fois hors de danger, nous apprimes que cette île s'appelait Malte. Les indigènes nous accueillirent avec une humanité peu ordinaire; ils allumèrent un grand feu et nous y réunirent tous, car la pluie tombait, et il faisait froid. Comme Paul prenait une poignée de bois sec et la jetait dans le brasier, la chaleur en fit sortir une vipère qui s’attacha à sa main, Quand les indigènes virent l'animal qui pendait à sa main, 1 Un des plus anciens manuscrits lit: Nous étions en tout environ soivante= seize à bord. ? Quelques anciens manuscrits lisent : d'y fuire échouer le navire. LES ACTES DES APÔTRES 491 ils se dirent entre eux : «Certainement c’est un meurtrier que cet homme; à peine échappe-t-il à la mer et la Justice divine ne veut pas lui laisser la vie!» Mais lui secoua l’animal dans le feu et ne ressentit aucun mal. Eux s’attendaient à le voir enfler ou tomber mort tout à coup. Pendant longtemps ils attendirent, et voyant qu'il ne lui arrivait rien de fâcheux, ils changèrent d'avis et dé- clarèrent qu’il était un dieu. Il y avait, près de cet endroit-là, des terres appartenant au prin- cipal personnage de l’île, un certain Publius; il nous recueillit et nous traita pendant trois jours avec beaucoup d’hospitalité. Or le père de ce Publius était retenu au lit par des accès de fièvre et la dyssenterie. Paul entra chez lui, fit la prière, lui imposa les mains et le guérit, Là-dessus, tous les autres habitants malades de l’île vinrent aussi et furent guéris. Aussi nous ren- dirent-ils toutes sortes d'honneur et, à notre départ, ils nous four- nirent ce dont nous avions besoin. Trois mois plus tard, nous prenions passage sur un navire alexandrin, à l'enseigne des Dioscures !, qui avait hiverné dans le port de l’île. Puis nous gagnions Syracuse et nous y passions trois jours; de là, longeant toujours la côte, nous touchions à Reggio. Le lendemain le vent du sud se leva, et, en deux jours, nous étions à Pouzzoles. | Nous y trouvâmes des frères qui nous engagèrent à rester une semaine avec eux. Ensuite nous nous mimes en route pour Rome. Les frères de cette ville, qui avaient eu de nos nouvelles, vinrent à notre rencontre jusquà «Forum d’Appius» et jusqu'à «Les Trois Tavernes». A leur vue, Paul rendit grâces à Dieu et prit courage. Quand nous fümes arrivés à Rome, Paul eut la permission de rester seul avec le soldat qui le gardait. 1 Les Dioscures, c’est-à-dire Castor et Pollux, 5, 28 6 10 14 16 492 LE NOUVEAU TESTAMENT 28, 17 Trois jours après, cependant, il convoqua les Juifs de Rome les plus considérés, et quand ils furent réunis, il leur dit: «Mes frères, je n'avais rien fait de contraire à notre peuple et aux institutions de nos pères, lorsqu'on m'a arrêté à Jérusalem et 18 livré entre les mains des Romains. Ceux-c1, après avoir examiné ma cause, voulaient me relâcher, parce que rien ne pouvait moti- 19 ver ma condamnation à mort. Mais les Juifs, s'y étant opposés, Je me vis forcé d’en appeler à l'Empereur, sans cependant vouloir 20 me plaindre de mes compatriotes. Voilà pourquoi je vous ai de- mandés; je voulais vous voir et vous parler, car c’est à cause de l'espérance d'Israël que je porte cette chaîne. » 21 Ils lui répondirent : « Nous n’avons pas reçu de lettres de Judée à ton sujet, et aucun de nos frères n’est venu nous faire de 22 rapport ni nous dire du mal de toi. Cependant nous voudrions bien apprendre de toi ce que tu penses; car, à notre connaissance, ce 93 parti-là rencontre partout de l'opposition, » Alors ils prirent jour ensemble et un plus grand nombre encore vint le trouver chez lui. Du matin au soir il leur exposait ce que c'était que le Royaume de Dieu et les suppliait en leur démontrant par la «Loi et les Prophètes !» tout ce qui concerne Jésus. Les uns se laissèrent convaincre par ses paroles, les autres Lo = restèrent incrédules. 95 Comme ils se séparaient sans avoir pu se mettre d'accord, Paul leur dit ce simple mot: «L'Esprit saint ἃ admirablement parlé 26 quandil a dit à vos pères par le prophète Ésaïe : « Va vers ce peuple et dis-lui : Vos oreilles entendront et vous ne comprendrez pas : Vos yeux regarderont et vous ne verrez pas, 97 Car le cœur de ce peuple s'est endurci ; Ils ont fait la sourde oreille : iis ont fermé les yeux, Pour que leurs yeux ne voient pas, que leurs oreilles n'entendent pas, Que leurs cœurs ne comprennent pas Pour se convertir et que je puisse les quérir ?. » 1 « La Loi et les Prophètes ». Voir note sur Matth, 22, 40. ΐ 2 Esaie 6, 9 et suiv. Ἷ 4 LES ACTES DES APÔTRES 493 «Sachez donc que ce salut de Dieu ἃ été envoyé aux païens ; ceux-là l'écouteront!1» Paul demeura deux ans entiers dans un appartement qu'il avait loué à ses frais; il pouvait y recevoir tous ceux qui venaient le voir; il prêchait le Royaume de Dieu; 1] enseignait ce qui con- cerne le Seigneur Jésus-Christ ? sans difficultés et en toute liberté. 1 Le verset 29 des traductions ordinaires manque dans tous les bons ma- nuscrits. Il est ainsi conçu: Lorsqu'il eut dit cela, les Juifs s’en allèrent, discu- tant vivement entre eux. ? Un des plus anciens manuscrits omet Christ et lit: le Seigneur Jésus sans difficultés, etc. 98, 28 30 91 » PART εὐ κυ - -ς ε ᾿ = : FE 4 ἢ + - γι à 4 Ar: s nd Le . MEN ac £ + A D Æ . - " εῷ * l'E Π AL + { f - 4 1 0} 2 -- τ UP L'ONU? CONTI ENE LES £ { ΙΓ... [ou Ὁ 12. 2) 3 ἘΦ ÉPITRE AUX ROMAINS PRÉFACE Il ne nous reste que treize lettres portant le nom de Paul. Nous savons qu'il en avait écrit davantage. Il fait allusion (1 Cor. 5: 9) à une épître perdue et (Coloss. 4:16) à une missive adressée aux Laodicéens. Il est vrai que l’on identifie souvent celle-ci avec l'Épître aux Éphésiens; mais il est évident que saint Paul ne s’est pas borné, dans sa carrière apostolique, à écrire une quin- zaine de lettres. Sa prodigieuse activité nous est trop connue pour qu'il nous soit possible de l’admettre. Il est probable qu'il entretenait avec ses Églises une vaste np nn à dont les treize lettres parvenues jusqu’à nous ne sont qu’un mince débris. (Voir sur ce sujet la fin de notre Préface à la deuxième Épître aux Thessaloniciens.) La première des lettres de Paul que nous rencontrons dans le Nouveau Testament est l'Épître aux Romains. Elle est aussi la plus importante. Son authenticité n’a jamais été contestée. Elle ne peut pas l'être. Le témoignage unanime de l’Église primitive est aussr explicite que possible et la lettre elle-même nous offre à cha- cune de ses phrases la pensée, le raisonnement, le style du grand apôtre. La date de sa composition n’est pas moins certaine. Paul nous dit clairement qu'il a écrit cette lettre ἃ Corinthe à la fin du séjour de trois mois qu’il y fit, en terminant son troisième voyage 426 LE NOUVEAU TESTAMENT missionnaire (Romains 15: 19-25; Actes 20: 3). Il vient d'achever la collecte dont il s’était chargé, il va en porter le montant à Jéru- salem et se propose ensuite d’aller à Rome. Avant de s’y rendre, il veut préparer le terrain et annoncer sa visite aux fidèles de cette ville. Pour entrer en rapport avec eux, il leur adresse cette épître magistrale où il leur fait connaître le fond même de son Evangile et les caractères distinctifs de son apostolat. La lettre aux Romains a été écrite en mars 58; elle est posté- rieure non seulement aux deux Épîtres aux Thessaloniciens, mais encore aux deux Épîtres aux Corinthiens et à l'Épître aux Galates. Paul, malgré le caractère dogmatique de son Épître, poursuit, en l’écrivant, le même but pratique qu’il se propose dans toutes ses lettres. | Dans les huit premiers chapitres, il traite de la substitution de la foi à la loi comme moyen de salut. 1] développe cette première thèse, en établissant successivement les points suivants : 1° le péché est universel; la grâce de Dieu l’est aussi (1 : 18 à 3 : 51); 2% Abraham a été le précurseur des croyants justifiés par la foi (8 : 31 à ch. 5); 3° par ce salut, l'humanité tombée avec Adam dans le péché et dans la mort est relevée et sauvée (ch. 5) ; 4° cette doctrine de la foi justifiante, loin d'encourager le péché, implique la mort au péché et le véritable affranchissement de l’âme (ch. 6, 7, 8), et il termine par un cantique d’actions de grâces. Dans les chapitres 9, 10 et 11, Paul aborde une seconde thèse qu'il développe avec non moins de force que la première. Il montre que les païens remplacent Israël dans la nouvelle économie reli- gieuse. S'ils sont substitués aux Juifs, c'est parce que ceux-ci rejettent l'Évangile. Ils le rejettent: 1° parce que Dieu l’a ainsi voulu dans ses décrets éternels (ch. 9); 2° parce que les Juifs restent opiniâtrement incrédules et s’ôtent toute excuse (ch. 10); 3° parce que la sagesse de Dieu saura bien faire sortir de cet en- durcissement même le salut final des Juifs et leur faire miséricorde (ch. 11). Telle est la partie dogmatique de l'Épiître; l’apôtre qui l'a com- mencée par la description de la condamnation de l'homme (ch. 1), la termine en affirmant la miséricorde infinie de Dieu (ch. 11). Les exhortations morales viennent ensuite (ch. 12, 13, 14). Paul ÉPÎTRE AUX ROMAINS 497 . y traite diverses questions : la consécration à Dieu, la solidarité et la charité fraternelles (ch. 12), la soumission aux autorités, l'amour mutuel (ch. 13); la tolérance des forts envers les faibles, des fai- bles envers les forts (ch. 14 et 15: 1 à 14). Puis viennent des considérations personnelles, et au verset 33, l’apôtre écrit l’adieu final: Le Dieu de paix soit avec vous tous. Amen. Le chapitre 16 qui vient ensuite est tout entier consacré à des salutations. Celles-ci se terminent par un second adieu final au verset 20: La grâce de notre Seigneur Jésus soit avec vous. Mais quel- ques mots sont encore ajoutés, et les versets 25, 26 et 27 forment une troisième finale, cette fois définitive. Comment expliquer ces trois finales ? Si nous comparons les plus anciens manuscrits, nous remar- quons entre eux d'assez notables différences. Plusieurs insèrent, à la fin du chapitre 14, Les versets 25, 26, 27 du chapitre 16, et ils s’y trouvent, en effet, à une place très naturelle. L'un des plus anciens manuscrits, l’Alexandrinus (voir Appen- dice à l’Introduction, page 26) répète deux fois ces versets; la première fois à la fin du chapitre 14 et la seconde à la fin du chapitre 161. _ Pendant les premiers siècles cireulaient des copies de l'Épître aux Romains, s’arrêtant à la fin du chapitre 14. Marcion, par exemple, ignorait les chapitres 15 et 16. Irénée, non plus, n’en a jamais eu connaissance. Une supposition naturelle, et que font aujourd'hui tous les critiques, se présente alors à l’esprit: Paul, à cause de l’impor- tance de cette lettre, dut en faire faire plusieurs copies et les adressa à diverses Églises. Ces copies s’arrêtaient toutes, soit à la fin du chapitre 14, soit au verset 14 du chapitre 15 ; puis, chacune avait son Post-Scriptum particulier. L’exemplaire envoyé à Rome avait pour Post-Scriptum le chapitre 15, où Paul parle aux Romains de son projet de visite (15, 14 à 33). Le chapitre 16, au contraire, n’a pu faire primitivement partie de l’exemplaire destiné aux Romains. Paul n’était jamais allé à Rome et n’y avait que peu de connaissances. Les nombreuses 1 Ce que fait aussi le manuscrit L. (Voir Introduction, page 27). Bts Mile it : 428 LE NOUVEAU TESTAMENT salutations que renferme ce chapitre 16 s’adressent aux fidèles d’une Église fondée par Paul, où il avait longtemps séjourné, où il comptait de nombreux amis. Cette Église ne peut avoir été que celle d'Éphèse, où l’apôtre venait de passer trois années. Ce n’est pas une supposition, c’est une certitude, car nous voyons mentionnés en tête de la liste les noms de Prisca et d’Aquilas, qui, chassés de Rome, s'étaient précisément établis à Éphèse (Actes 18: 18 et 19). C’est donc aux fidèles d'Éphèse que le chapitre 16 a été adressé. Il se trouvait à la fin de la copie de l’Épître aux Romains destinée aux Éphésiens, et c’est à Éphèse que s’est rendue la diaconesse Phœbé, chargée de porter la lettre de l’apôtre (16, 1). ÉPITRE AUX ROMAINS PauLz, SERVITEUR ! DE JÉSUS-CHRIST, ÉLU APÔTRE, CHOISI POUR PRÊCHER L'ÉVANGILE DE DIEU, (Évangile promis d'avance par ses prophètes dans les saintes Écritures et concernant son Fils né, quant à la chair, de la race de David, et, quant à l'Esprit de sainteté, déclaré avec puissance Fils de Dieu, par sa résurrection d’entre les morts, Jésus-Christ notre Seigneur) ; (Nous avons reçu de sa grâce la mission d'amener en son nom à l’obéissance de la foi tous les païens), (dont vous faites aussi partie, vous élus de Jésus-Christ). À TOUS LES BIENS-AIMÉS DE DIEU, FIDÈLES ÉLUS QUI SONT A Roue. GRACE ET PAIX VOUS SOIENT ACCORDÉES PAR DIEU NOTRE PÈRE . ET PAR LE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST 2. Je commence en rendant grâces pour vous tous à mon Dieu par Jésus-Christ de ce que votre foi est renommée dans le monde entier. Le Dieu, que je sers de toute mon âme en prèchant l'Evan- 1 Grec : esclave. 8 Les mots que nous avons imprimés en lettres majuscules formentW’adresse de l’Épitre et la salutation. Paul commence ainsi toutes ses lettres. Dans celle-ci l'adresse est interrompue par trois parenthèses successives, qui forment une sorte de préface de l’Épitre. Dans la première, Paul dit ce qu'est l'Évangile et définit le Christ; dans la seconde, il expose la mission qu’il a reçue; dans la troisième, il rappelle à ses lecteurs qu’ils font partie de ceux auprès desquels il doit exercer son apostolat. Il est impossible de rendre autrement qu’en une seule et longue phrase cette entrée en matière de l’apôtre. L’Épiître, proprement dite, ne commence qu’au verset 8. 1, 1 12 & © "ἡ: 15 18 19 20 430 LE NOUVEAU TESTAMENT gile de son Fils, m'est témoin que sans cesse Je fais mention de vous dans mes prières, lui demandant toujours que je puisse une fois enfin réussir, par sa volonté, à venir chez vous. J'ai, en effet, le plus grand désir de vous voir, pour vous communiquer quelque don spirituel propre à vous affermir ; je veux dire, pour que, chez vous, nous nous encouragions mutuellement, vous et moi, par la foi qui nous est commune. Je ne veux pas vous laisser ignorer, mes frères, que souvent j’ai formé le projet d'aller chez vous (j'en ai été empêché jusqu’à présent), afin de recueillir aussi quelques fruits parmi vous comme parmi les autres païens. Je me dois aux Grecs et aux étrangers, aux savants et aux ignorants. J'ai donc, pour ma part, grande envie de vous prêcher l’Évan- gile à vous aussi, habitants de Rome! Car je n’ai pas honte de l'Évangile; il est une puissance de Dieu donnant le salut à tout croyant, au Juif d'abord, puis au païen. Il s’y révèle, en effet, une justice de Dieu, qui vient de la foi, qui est accordée à la foi, comme 1] est écrit : «Le juste vivra par la foi 5.» Il y ἃ une colère * de Dieu qui se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute iniquité d'hommes qui méchamment étout- fent la vérité, car ce qu'on peut savoir sur Dieu est à leur portée, Dieu le leur ἃ fait connaitre. En effet, les perfections invisibles de Dieu, son éternelle puissance et sa divinité, éclatent aux yeux depuis la création du monde, pour quiconque sait regarder ses œuvres. De la sorte ils sont inexcu- sables; car enfin, ayant conscience de Dieu, ils ne lui ont ni rendu gloire, ni rendu grâces comme à leur Dieu; au contraire, 1ls se sont 1 Paul entend par «justice de Dieu» la justice que l'homme obtient par le secours de Dieu. Gette justice, ou plutôt cette justification, Dieu l'accorde à ceux qui ont la foi. Il les justifie. 2 Habacuc 2, 4. On peut traduire aussi : Le juste par la foi vivra. 3 C'est-à-dire un châtiment. ÉPÎITRE AUX ROMAINS 431 perdus dans des raisonnements sans valeur; leur cœur inintelligent a été plongé dans les ténèbres. Ils se sont dits sages et ils ont été imsensés, ils ont substitué à la gloire du Dieu immortel des images représentant l’homme mortel, les oiseaux, les quadrupèdes, les reptiles. Voilà pourquoi Dieu les ἃ livrés à toutes les passions de leurs cœurs et à une impureté telle qu'eux-mêmes 115 déshonorent leurs corps. Oui, c’est pour avoir substitué à la vérité de Dieu le men- songe, pour avoir servi, avoir adoré la créature au lieu du Créateur, — (Béni soit-il à jamais! Amen!) —., c’est pour cela que Dieu les a livrés à des passions infâmes : Les femmes ont remplacé les relations naturelles par des actes contre nature ; les hommes de même ont abandonné leurs relations naturelles avec la femme, se sont pris de passions furieuses les uns pour les autres, ont commis entre hommes des infamies et ont reçu en leurs personnes le salaire que mérite leur égarement; et comme ils ne se sont pas souciés de savoir qui était Dieu, Dieu les ἃ livrés à un esprit d'aveuglement, et 115 font ce qu'il ne faut pas faire. Ils ont tous les vices, toutes les méchancetés, toutes les malices, toutes les rapacités !; ne respirant qu'envie, meurtre, discorde, ruse, mauvaise foi; délateurs, calomniateurs, impies?, insolents, orgueilleux, présomptueux, ingénieux au mal, enfants rebelles, inintelligents, parjures, durs, impitoyables. Ces gens-là connaissent le décret de Dieu qui condamne à mort ceux qui commettent de tels actes, et non seulement ils les commettent, mais ils approuvent ceux qui s’y livrent. Donc, tu es sans excuse, ὁ homme, qui que tu sois, de ju- ger autrui; car, en le-jugeant, tu te condamnes toi-même, et, en effet, tout en le jugeant, tu te conduis comme lui; et la sentence de Dieu sur ceux qui se conduisent ainsi est, nous le savons, con- forme à la vérité. 1 Quelques anciens manuscrits lisent : foutes Les méchancetés, toutes les rapa- cités, toutes les malices. ? Littéralement : qui détestent Dieu; le même mot grec, accentué différem- Τὴ ent, signifie aussi : que Dieu déteste. 92 93,1 12 rs 91 92 EE σι © οο 9 10 11 12 15 14 16 17 432 LE NOUVEAU TESTAMENT Penses-tu, toi qui juges ceux qui se conduisent ainsi et qui en fais autant, penses-tu échapper à la sentence de Dieu? Et son inépuisable bonté, et sa tolérance, et sa patience les méprises-tu? Ignores-tu que la bonté de Dieu t'invite au repentir 1? Par ton endurcissement et par l’impénitence de ton cœur, tu t’amasses un trésor de colère pour le jour terrible où se révélera le juste jugement de Dieu « Qui rendra à chacun selon ses œuvres ? » Aux uns qui, en persévérant dans l’œuvre bonne, cherchent la gloire, l’honneur et l’immortalité : la vie éternelle ! Aux autres qui, par esprit de parti, s'opposent à la vérité et se laissent aller à l’iniquité : la colère et l’indignation! Malheur, désespoir sur toute âme d’homme qui fait le mal, sur celle du Juif d’abord, sur celle du païen ensuite! Gloire, honneur et paix à quiconque fait le bien, au Juif d’abord, au païen ensuite ! Car Dieu n’a pas égard aux personnes; tous ceux qui auront péché sans avoir eu de Loi, périront sans avoir eu de Loi, et ceux qui auront péché en ayant eu une Loi, seront jugés par cette Loi. En effet, ce ne sont pas ceux qui entendent lire une Loi qui sont justes aux yeux de Dieu; mais ceux qui la pratiquent seront déclarés justes. Et quand les païens qui n’ont pas de Loi font naturellement ce que la Loi commande, tout en n'ayant pas de Loi, ils sont eux-mêmes leur propre Loi; ils montrent que l’œuvre commandée par la Loi est écrite dans leur cœur, c’est leur conscience qui l’atteste et ce sont leurs pensées qui tantôt les accusent, tantôt même les absolvent ὃ. On le verra le jour où Dieu, selon l'Évangile que je prèche, jugera par Jésus-Christ les actions secrètes des hommes. Toi tu te nommes un Juif, tu te reposes sur la Loi, tu es fier L Au repentir ou : à La repentance, à La conversion. 2 Psaume 62, 13. 3 On peut placer les versets 14 et 15 entre parenthèses. Avec cette ponctuas tion, le verset 16 se trouve continuer directement le verset 13. — On verra, aw jour du jugement, que ceux-là seuls qui auront pratiqué la Loi seront considérés comme justes. ÉPÎITRE AUX ROMAINS 433 de ton Dieu, tu connais sa volonté, instruit par la Loi tu sais peser le pour et le contre, tu te sens capable d’être un guide pour les aveugles, une lumière pour ceux qui sont dans les ténèbres, un directeur pour les ignorants, un maïtre pour ceux qui sont encore enfants, car tu as dans la Loi l'expression de la sagesse et de la vérité; et quand tu instruis ainsi les autres tu ne t’instruis pas toi-même! tu prêches de ne pas voler, et tu voles! tu dis de ne pas commeltre d’adultères, et tu en commets! tu as les idoles en abomination, et tu commets des sacrilèges! tu es fier d’avoir une Loi, et tu outrages Dieu en la violant ! [païiens à cause de vous 1.» «Le nom de Dieu, comme dit l’Écriture, est déshonoré par les La circoncision est utile, sans doute, tant que tu pratiques la Loi; si tu la violes, tu es comme si tu n'étais pas circoncis. Si l'incirconcis observe les ordonnances de la Loi, tout incirconcis qu'il est, ne sera-t-il pas considéré comme circoncis? Et l'incirconcis de naissance qui observe la Loi ne te jugera-t-il pas, toi, qui la violes, possesseur de la lettre de la Loi et de la circoncision 2 ὃ On n’est pas Juif par l'extérieur ; la vraie circoncision n’est pas celle qui se voit sur le corps; mais le vrai Juif c’est celui qui l’est intérieurement, le vrai circoncis l’est dans son cœur, il ne l’est pas à la lettre, il l’est en esprit; voilà le Juif qui est approuvé sinon des hommes, du moins de Dieu! Quelle est donc la prérogative du Juif, ou quelle est l'utilité de la circoncision? Elle est grande à tous les égards : Il y a d’abord ὃ que Dieu ἃ confié aux Juifs ses oracles. Comment donc? s'il en est qui ont manqué de foi, leur mfidélité annulera-t-elle la fidélité de Dieu 4? C’est impossible, il faut que Dieu soit véridique, « Tous les hommes dussent-ils étre des menteurs ὃ,» 1 Ésaïe 52, 5. 3 On peut, d’après une autre ponctuation, lire ce verset sans point d’interro- gation : ef l’incirconcis de naissance qui observe la Loi te jugera, etc. 3 Plusieurs anciens manuscrits ajoutent car et lisent : car il y a d’abord, etc. # On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : Quw’est-ce donc si quel- ques-uns ont manqué de foi? leur infidélité, etc. 5 Psaume 116, 11. 28 29 Q ND = 10 11 434 LE NOUVEAU TESTAMENT comme il est écrit : «Tes paroles doivent étre reconnues justes Et tu dois gagner ta cause quand on te juge !.» Mais de ce que notre injustice met en relief la justice de Dieu, que conclurons-nous? que Dieu sera injuste en laissant agir sa colère? (je parle là comme font les hommes) c’est impossible; autrement comment Dieu jugerait-il le monde ? Et si mon manque” de foi a fait apparaître dans toute sa gloire la véracité de Dieu, pourquoi donc serai-je jugé comme pécheur? et pourquoi (comme nos calomniateurs le répandent et nous accusent de le dire) ne ferions-nous pas le mal pour qu'il en sorte du bien? Je condamne ceux qui parlent ainsi ὃ. Que dire alors? qu'avons-nous à mettre en avant? absolument rien ‘. Nous avons déjà montré que les Juifs comme les Grecs, tous sont sous l’empire du péché, comme il est écrit : QI n'y a pas de juste, pas un seul : Personne n’est intelligent, 1 Psaume 51, 0. 2 Plusieurs anciens manuscrits lisent : 114 en effet, si mon manque, etc. 3 Voici, dans ce passage un peu obscur, quelle est la suite logique du raisonne- ment de l’apôtre : La fidélité ou la justice de Dieu subsiste, malgré linfidélité ou l'injustice des Juifs. Celle-ci fait même ressortir davantage la première ; elle la met en relief. L’injustice des hommes servant ainsi à mettre en relief la justice de Dieu, Dieu aurait-il tort de punir les hommes de leur injustice ? Il serait absurde de le prétendre. En partant d’un tel principe, on ôterait à Dieu ses droits de juge et d’arbitre du monde. Raisonner ainsi, dit Paul, c’est parler à la manière des hommes, c’est-à-dire se mettre à un point de vue entière- ment faux; c’est dire: Dieu m'a promis le salut ; si je le mérite par ma con- duite, il n'y aura aucune gloire pour Dieu à me l’accorder, car il y sera obligé. Je vais donc violer la Loi, pour qu'il ait la gloire de tenir sa parole, sans que je l'y oblige moi-même ; alors éclatera la véracité de ses promesses. Du mal que je ferai sortira le bien, Voilà, dit Paul, les absurdités que mes adversaires m’attri- buent. Certes, les promesses faites par Dieu aux Juifs subsistent, mais elles s'appliquent à l’ensemble de la nation; chaque Juif reste personnellement responsable de sa conduite. 4 L'expression grecque que nous traduisons par absolument rien, peut signifier aussi : non pas absolument, c’est-à-dire nous avons quelque chose à mettre en avant. L’apôtre au verset 1 parle, en effet, des prérogatives du Juif. Il ἃ donc quelque chose à mettre en avant, savoir ses prérogatives; mais la suite de son argumentation, où il déclare que Juifs et Grecs sont également sous l'empire du péché, justifie notre traduction. Malgré ses prérogatives, le Juif n’a absolument rien à mettre en avant, ÉPÎITRE AUX ROMAINS 43 Personne ne cherche Dieu ; Tous se sont fourvoyés et. corrompus ensemble ; I n'y en a pas un qui fasse le bien, pas un seuli. Leur gosier est un sépulcre béant ? ; Leur langue leur sert à tromper ; Le venin de l'aspic est sur leurs lèvres ὃ; Leur bouche est pleine de malédiction et d'amertume ‘; Ils ont le pied léger pour répandre le sang, La désolation et le malheur sont sur leur chemin : La voie de la paix, ils l'ignorent” ; La crainte de Dieu, ils ne l'ont pas devant les yeux.» Or nous savons que tout ce que dit la Loi, elle le dit à ceux qui sont soumis à la Loi, pour que toute bouche soit fermée, et que le monde entier soit sous le coup du jugement de Dieu. Car les œuvres de la Loi « Ne justifient devant lui aucune créature? ; » la Loi ne donne que la connaissance du péché. Mais maintenant il a été révélé une justice de Dieu, indé- pendante de la Loi; la Loi et les Prophètes en parlent. Cette justice qui vient de Dieu par la foi en Jésus-Christ s'adresse à tous les croyants; et cela sans distinction; car tous les hommes ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. Dans sa grâce, ils sont gratuitement justifiés, au moyen de la Rédemption faite par Jésus-Christ. Dieu l'avait destiné à être, par sa mort sanglante, une victime propitiatoire pour ceux qui croiraient 5, ef il ἃ ainsi montré sa 1 Psaume 14, 1-3. 3 Psaume 5, 10. À 3 Psaume 140, 4. 4 Psaume 10, 7. 5 Ésaie 59, 7 et suiv. 5 Psaume 36, 1. 7 Psaume 143, 2. 8 Une justice de Dieu. Nous avons déjà expliqué ce terme. Voir note sur 1, 17. Il s’agit de la justification accordée par Dieu à ceux qui ont la foi,-c’est-à- dire qui sont dans les conditions religieuses et morales qu’il approuve. 9 On peut traduire aussi: Dieu l'avait destiné à être une victime propitia- toire pour ceux qui croiraient en son sang. 4 σι 436 LE NOUVEAU TESTAMENT justice. (Dans son indulgence il n’a pas tenu compte des péchés antérieurs). Il a, dis-je, montré de nos jours sa justice, pour qu'on βὰς qu'il est juste et qu'il justifie celui qui ἃ la foi en Jésus. Où est, après cela, le motif de s’enorgueillir? il est exclu. Par quelle institution? celle des œuvres; non, mais par celle de la foi. Nous pensons donc que l’homme est justifié par la foi mdépen- damment des œuvres de la Loi. Dieu ne serait-il que le Dieu des Juifs? n'est-il pas aussi le Dieu des païens ? Oui, des païens aussi, puisqu'il n’y ἃ qu'un Dieu qui justifiera les circoncis par la foi et les incirconcis par la foi. Est-ce que nous annulons donc la Loi par la foi? Nullement. nous la confirmons au contraire. Quel avantage pouvons-nous dire que notre premier père Abraham a obtenu par lui-même? Si ce sont ses œuvres qui l'ont justifié, il peut être orgueilleux ; mais il ne le peut pas devant Dieu. Que dit l'Écriture : «Abraham eut foi en Dieu, et cela lui fut compté pour justice !. » Or le salaire de celui qui ἃ fait de bonnes œuvres n'est pas considéré comme une grâce, mais comme une dette. Quant à celui qui n’a pas fait de bonnes œuvres, mais qui ἃ foi en Celui qui justifie le pécheur, sa foi lui «est comptée pour Justice». David aussi parle du bonheur de celui que Dieu considère comme juste indépendamment de ses œuvres : «Heureux ceux dont les fautes sont pardonnées Et dont les péchés sont effacés. Heureux celui dont le Seigneur ne porte pas en compte le péché ?.» Cette béatitude ne s’adresse-t-elle qu'aux circoncis? ne s’ap- plique-t-elle pas aussi aux incirconcis ὃ Quand nous disons pour Abraham que «sa foi lui fut comptée 1 Genèse 15, 6. 3 Psaume 32, 1, 2, ÉPÎTRE AUX ROMAINS 437 pour justice,» comment lui fut-elle complée? avant ou après sa circoncision? Ce n’est pas après, c’est avant sa circoncision! Et il a reçu le signe de la circoncision comme le sceau de la justice que sa foi lui avait obtenue quand il n’était pas circoncis; c’était pour qu'il fût le père de tous les incirconcis qui auraient la foi, et qu'elle leur füt comptée pour justice. I devait être aussi le père des circoncis qui non seulement le seraient, mais qui marcheraient sur ses traces, en ayant la foi qu'il avait, lui, notre père Abraham, avant sa circoncision. En effet, ce n'est pas une Loi qui a assuré à Abraham et à ses descendants la possession du monde, c’est la justice que procure la foi. Si c'est une Loi qui assure cette possession, alors la foi est inutile et la promesse est annulée. (La Loi ne produit que la colère, et là où il n'y a pas de Loi, il n’y ἃ pas non plus de violation.) Voici pourquoi la possession vient par la foi: c’est pour qu’elle soit l'effet d’une grâce, et que la promesse soit assurée à tous les descendants, non pas seulement à ceux qui ont reçu la Loi, mais à ceux qui ont eu la foi d'Abraham; il est notre père à tous (ainsi que cela est écrit: «Je ἐ αἱ rendu père de plusieurs peuples!»), il l'est devant le Dieu en.qui il a cru, qui rend la vie aux morts et qui appelle à l'existence ce qui n'existe pas. Contre toute espérance, il ἃ été plein d'espérance, il ἃ cru et il est devenu « le père de plusieurs peuples®» (selon cette parole : « Telle sera ta postérité»). Sa foi n’a pas faibli; il n’a pas fait attention à son extrême vieillesse (il était presque centenaire) ni à l’âge trop avancé de Sarra. Il ne douta pas de la promesse de Dieu; il ne fut pas incrédule ; au contraire, fortifié par sa foi, il donna gloire à Dieu, convaincu que Celui qui a promis est assez puissant pour remplir sa promesse. Voilà pourquoi «elle lui fut comptée pour justice { ». 1 Genèse 17, 5. 2? Genèse 17, 5. 3 Genèse 15, 5. 4 Genèse 15, G. 10, 4 11 13 ἩΤΙ 18 19 9 Co οι 10 438 LE NOUVEAU TESTAMENT Or ce n’est pas pour lui seul que ce mot est écrit: «cela lui fut compté», c’est aussi pour nous; cela doit nous être «compté» également à nous qui croyons en celui qui a ressuscité des morts notre Seigneur Jésus-Christ, lui qui «a été livré à cause de nos péchés!» et a été ressuscité à cause de notre justification. Étant ainsi justifiés par la foi, soyons en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ, qui, de plus, nous ἃ donné, par notre foi, accès à cette grâce que nous possédons; aussi mettons-nous notre orgueil à espérer la gloire de Dieu. Bien plus, nous mettons encore notre orgueil dans les afflictions sachant que l’affliction produit la patience, que par la patience nous supportons l'épreuve, que de l'épreuve naît l'espérance. Or l'espérance ne trompe pas, parce que l'Esprit saint, reçu par nous, fait abonder l'amour de Dieu dans nos cœurs ?. En effet, nous étions encore faibles, et Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. On donnerait diflicilement sa vie pour un juste (oui, il pourrait arriver que l’on consentit à mourir pour un homme de bien), mais la preuve de son amour pour nous Dieu l’a donnée, en ce que Christ est mort pour nous quand nous étions encore pécheurs. À plus forte raison, serons- nous sauvés de la colère par celui dans le sang duquel nous avons été justifiés. En effet, si, quand nous étions ennemis, Dieu nous ἃ réconciliés par la mort de son Fils, à plus forte raison, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. Bien plus, nous avons encore sujet de mettre notre orgueil en Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous ἃ maintenant obtenu la réconciliation. Par conséquent, de même que par un seul homme* le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et que la mort s’est ainsi étendue à tous les hommes, parce que tous ont péché 4. 1 Allusion à Ésaïe 53, 5 et 12. 2 Cest-à-dire la certitude que Dieu nous aime. 3 Adam. t Phrase non achevée. ÉPITRE AUX ROMAINS 439 Avant la Loit, le péché était dans le monde; or, en l’absence de Loi, le péché n’est pas imputé et cependant la mort a exercé son règne depuis Adam jusqu'à Moïse, même sur ceux qui n’avaient point péché dans les mêmes conditions qu’Adam. Adam était l’image de celui qui devait venir 2. Toutefois, il n’en est pas de même de la faute d’une part et du don de la grâce de l’autre. Car si la faute d’un seul homme ἃ entraîné la mort de beaucoup, à plus forte raison la grâce de Dieu et le don de cette grace, le don d’un seul homme, Jésus-Christ, en ont enrichi beaucoup. Il n’en est pas de même non plus des conséquences du premier péché d’une part 1 et du don de l’autre; car la sentence qui suivit une faute unique ἃ entrainé une condamnation, et le don de la grâce qui suivit des fautes nombreuses ἃ entrainé un acquittement. Si, en effet, à la suite d’une seule faute et par le fait d’un seul homme, la mort ἃ exercé son règne, à bien plus forte raison ceux qui reçoivent la grâce immense de Dieu et le don de la justice participeront-ils au Royaume et à la vie par le fait d’un seul homme aussi, Jésus-Christ. Ainsi donc, de même qu'une seule faute a entraîné la con- damnation de tous les hommes, de même un seul acte de justice a entrainé pour tous les hommes la justification qui donne la vie; et de même que la désobéissance d’un seul homme en ἃ rendu pécheurs un grand nombre, de même l’obéissance d’un seul en rendra justes un grand nombre. Quant à la Loi, elle est intervenue pour multiplier les fautes, mais là où le péché ἃ abondé, la grâce ἃ surabondé, et alors, comme le péché ἃ régné par la mort, de même aussi la grâce 1 Littéralement : Jusqu'à la Loi. 3 On peut traduire aussi : Une imuge de ce qui devait arriver. Toutefois, dit ensuite l’apôtre, le parallélisme entre Adam et sa faute, d’une part, et Jésus- Christ et son œuvre, de l’autre, n’est pas absolument rigoureux, et il va le montrer. 3 La faute d'Adam. τ Littéralement : de ce qui vient par un seul pécheur. 16 17 19 20 [δ] (ge) Δ Qt .1 © οὦ 440 LE NOUVEAU TESTAMENT régnera par la justice pour la vie éternelle par Jésus-Christ notre Seigneur. Et maintenant comment conclure? En disant que nous persis- terons à pécher pour faire abonder la grâce? Non, certes. Nous qui sommes morts au péché, comment y vivrions-nous encore ? Ne savez-vous pas que nous tous qui avons été baptisés en Jésus- Christ, c'est en sa mort que nous l'avons été? Nous avons été ensevelis avec lui par le baptème en sa mort, et de même que Christ a été ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous devons vivre d’une vie nouvelle. Si nous sommes étroitement unis à lui par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une même résurrection; nous savons que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que ce corps de péché soit détruit, et que nous ne soyons plus esclaves du péché. Celui qui est mort! est déclaré juste et est délivré du péché. Si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, car nous savons que Christ ressuscité des morts ne meurt plus; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Il est mort, en effet, et c'est à cause du péché qu'il est mort une fois pour toutes; puis il est revenu à la vie, et c’est pour Dieu qu'il vit. De même considérez-vous aussi comme morts au péché et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ. Que le péché ne règne donc pas dans votre corps mortel, n'obéissez pas à ses passions ; ne livrez pas vos membres au péché; n’en faites pas les instruments du vice, mais donnez-vous à Dieu, vous qui étiez morts et qui vivez, consacrez vos membres à Dieu, faites-en des instruments de justice. Le péché n’aura plus de pouvoir sur vous, car vous n'êles pas sous la Loi, mais sous la grâce. Mais quoi? Devons-nous pécher parce que nous ne sommes pas sous la Loi, mais sous la grâce? Oh! nullement. Ne savez-vous pas que si vous vous asservissez à quelqu'un et lui obéissez, vous 1 Celui qui est mort, soit qu'il ne s'agisse ici que de la mort du corps, soit qu'il s'agisse de la mort au péché. Le sens reste douteux. [ ÉPÎTRE AUX ROMAINS 441 devenez ses esclaves? soit du péché qui mène à la mort, soit de la soumission qui mène à la justice. Grâces soient rendues à Dieu de ce qu’autrefois, esclaves du péché, vous vous êtes soumis de cœur au type de doctrine qui vous a été offert! Mais du moment que vous avez été délivrés du péché, vous êtes devenus esclaves de la justice (j'emploie cette expression usuelle : esclaves, à cause de votre faiblesse naturelle) ; de même, veux-je dire, que vous avez mis vos membres au service de l'impureté et de l’iniquité pour violer la Loi, de même vous devez mettre maintenant vos membres au service de la justice pour vous sancüfier. Lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres à l'égard de la justice. Quel avantage en retiriez-vous? Un avantage qui vous fait honte aujourd’hui !; cela vous menait à la mort. Mais maintenant, délivrés du péché et esclaves de Dieu, l'avantage que vous retirez, c'est la sanctification qui mène à la vie éternelle. Le salaire du péché, c’est la mort; mais le don de la grâce de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur. Ignorez-vous, frères (je parle à des personnes connaissant la Loi), que celle-ci tient l’homme en son pouvoir aussi longtemps qu'il est en vie? La femme mariée, par exemple, est liée par une . loi à son mari s'il est vivant; si son mari vient à mourir, le lien légal qui lattachait à lui est rompu. Ainsi elle méritera le nom d’adultère si, du vivant de son mari, elle se donne à un autre; mais, après la mort de son mari, elle est affranchie de toute obli- gation légale, il n'y a plus d’adultère si elle se donne à un autre. Il en est de même de nous, mes frères; nous avons été mis à mort? relativement à la Loi par le moyen du corps du Christ pour appartenir à un autre, à celui qui est ressuscité des morts, afin que nous portions des fruits pour Dieu. Car lorsque nous vivions encore selon la chair, les passions coupables, excitées par la Loi, exer- çaient leur activité dans les membres de notre corps, et nous por- 1 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : L'avantage que vous en retiriez, ne vous fait-il pas honte aujourd'hui? ? Grec : Il en est de même de vous, mes frères; vous avez été mis à mort, etc. ἘΣ 1 1 11 13 20 LS ΠΡῸ 12 LE NOUVEAU TESTAMENT tions des fruits pour la mort. Mais maintenant le lien légal a été rompu; nous sommes morts à cette Loi qui nous retenait captifs, pour que nous servions Dieu dans la nouveauté de l'Esprit et non dans la vétusté de la lettre. Eh bien, comment conclure ? en disant que la Loi c’est le péché? Non certes, mais que par la Loi seule je connais le péché. Par exemple, je n'aurais rien su de la convoitise, si la Loi n’avait dit : «Tu ne convoiteras pas 11» et c’est le péché qui, saisissant l’oc- casion de ce commandement, ἃ fait naître en moi toutes sortes de convoitises, car sans Loi le péché n'existe pas. Je vivais sans Loi autrefois, mais le commandement me fut donné, le péché vint à naître, et moi je mourus. Et il est arrivé ceci : le commandement qui devait me mener à la vie, ce com- mandement-là même m'a conduit à la mort. Oui, le péché ἃ saisi l’occasion du commandement, m'a séduit et m'a tué par ce commandement même. Quant à la Loi, elle est sainte, et le commandement lui-même est saint, juste et bon. Mais alors c’est une bonne chose qui est cause de ma mort? Nullement, c’est le péché; il s’est servi d’une bonne chose pour m'apporter la mort, et alors il a montré ce qu'il était, il est apparu on ne peut plus coupable, ce péché qui se sert ainsi du commandement. Oui, nous savons que la Loi elle-même est spirituelle; mais c'est moi qui suis charnel, vendu et asservi au péché. Je ne sais pas même ce que je fais : car je ne fais pas ce que Je veux ; au con- traire, ce que je déteste, voilà ce que je fais. Et alors si je fais ce que je ne veux pas, Je rends témoignage à la Loi, je la reconnais bonne, et, dans ce cas, ce n’est plus moi qui agis, c’est le péché qui habite en moi. Je sais, en effet, qu'en moi, je veux dire en ma chair, il n’habite rien de bon : vouloir le bien est, il est vrai, à ma portée, mais l’accomplir, non. Car je ne fais pas le bien que je veux, mais le mal que je ne veux pas, voilà ce que je fais. Eh bien, si je 1 Exode 20, 17. ÉPÎTRE AUX ROMAINS 443 fais ce que je ne veux pas, ce n'est plus moi qui agis, mais le péché qui habite en moi. Voici donc la situation où je me trouve : quand ma volonté est de faire le bien, c'est le mal qui est là. Mon être intérieur ! adhère avec joie à la Loi de Dieu; mais je découvre dans mes membres une autre loi en guerre avec la loi de ma rai- son et qui m'asservit à la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux que je suis! qui me délivrera de ce corps de mort?! Grâces soient à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur ! Ainsi je me soumets, moi-même, par la raison, à la Loi de Dieu, mais, par la chair, je suis soumis à la loi du péché. ΠῚ n’y ἃ donc plus maintenant de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ, parce que la Loi de l'Esprit de vie nous ἃ -affranchis, en Jésus-Christ, de la loi du péché et de la mort. Ge qui était impossible à la Loi, la chair lui ôtant toute force, Dieu l’a fait en envoyant son propre Fils, à cause du péché, prendre une chair de péché semblable à la nôtre ; il a condamné le péché dans la chair même, afin que le décret de la Loi s’accomplit en nous, en ceux qui ne marchent pas selon la chair, mais selon l'Esprit. Ceux qui sont selon la chair s’attachent à ce qui est de la chair; ceux qui sont selon l'Esprit, à ce qui est de l'Esprit ; or l’attache- ment pour la chair mène à la mort, l'attachement pour l'Esprit, à la vie et au salut“, parce que l'attachement pour la chair est une inimitié contre Dieu, puisqu'il ne se soumet pas à la Loi de Dieu (et même il ne le peut pas). Ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu; mais vous, vous n'êtes pas dans la chair, mais dans l'Esprit, si toutefois l'Esprit de Dieu habite en vous. — Si quel- qu'un n’a pas l'Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. — Si Christ est en vous, vôtre corps est, il est vrai, soumis à la mort à cause du péché, mais votre esprit l’est à la vie à cause de la 1 C'est-à-dire: ma raison, ? De ce corps de mort, littéralement: du corps de cette mort, c’est-à-dire, cause de cette mort, instrument de cet état de mort. 3 Littéralement {’a affranchi. # Grec: à la paix; mais ce mot signifie souvent dans le grec du Nouveau Testament 16 salut. Voir à ce sujet note sur Évangile de Jean 14, 27. 1 10 16 17 18 ἀλλ LE NOUVEAU TESTAMENT justice. Si l'Esprit de Celui qui ἃ ressuscité Jésus des morts habite en vous, lui qui a ressuscité Jésus des morts donnera aussi la vie à vos corps mortels au moyen de son Esprit qui demeure en vous. Ainsi, mes frères, nous sommes obligés non envers la chair pour vivre selon la chair 1... Si vous vivez selon la chair, vous devez vous attendre à mourir. Si, au contraire, vous tuez par l'Esprit l’activité du corps, vous vivrez, parce que tous ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu, sont fils de Dieu, et que vous n’avez point reçu un esprit de servitude pour craindre encore, mais que vous avez reçu un Esprit d'adoption, par lequel nous nous écrions : Abba! Père ! | Cet Esprit atteste lui-même à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu, et si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers ; héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ, si nous parti- cipons à ses souffrances pour participer aussi à sa gloire. J'estime, en effet, que les souffrances d'à présent ne sont rien en comparaison de la gloire qui doit un jour se révéler pour nous. Car la création attend avec impatience cette révélation ? des fils de Dieu, parce que ce n’est pas de son propre gré qu'elle a été assujettie à la fragilité ; elle l’a été au gré de celui qui l’a assu- jettie, et elle espère être affranchie, elle aussi, de la servitude de la corruption et passer à la glorieuse liberté des enfants de Dieu. Nous savons, en effet, que jusqu'à présent la création tout entière gémit, elle est dans les angoisses de l’enfantement ὃ; et ce n'est pas elle seulement, c’est nous aussi qui avons reçu comme 1 Phrase non achevée. Ω 2? Gelte révélation, sous entendu : glorieuse, c’est-à-dire cette glorification. 3 Le mot gloire que Paul a écrit à la fin du verset 17, l’amène à parler des perspectives glorieuses de la vie à venir. A son avis, les souffrances de la vie présente ne sont rien en comparaison de la gloire à venir. Ge qui le lui fait croire, c’est l’attente impatiente de la création entière qui soupire après la glori= fication de ceux qui sont aujourd'hui enfants de Dieu, et cette attente impatiente de la création vient de ce que son existence présente est essentiellement fragile; elle n'accepte pas volontiers cette fragilité ; c’est Dieu qui l’y ἃ soumise; aussi soupire-t-elle après l’affranchissement. Telle est l'opinion de l’apôtre, ce qu'il estime, et il appuie cette opinion sur ce que chacun sait; chacun sait que la nature entière gémit et passe par les angoisses de l’enfantement., ÉPÎTRE AUX ROMAINS 445 prémices l'Esprit et qui gémissons en nous-mêmes, attendant l'adoption, c’est-à-dire la délivrance de notre corps. Car c’est en espérance que nous sommes sauvés; Or une espérance dont on voit l’objet n'est plus une espérance; ce qu’on voit, pourquoi l'espérer encore? Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, C'esi que nous attendons avec persévérance. De plus, l'Esprit supplée aussi à notre faiblesse ; nous ne savons pas, en effet, ce qu'il faut demander dans nos prières, mais l'Esprit lui-même intercède pour nous par des soupirs et sans paroles. Or, Celui qui scrute les cœurs connait les désirs de l'Esprit, parce que celui-ci intercède pour les fidèles selon les vues de Dieu; et nous savons que tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont élus d’après son décret ; nous savons que ceux qu’il a connus d'avance, ont été aussi prédestinés par lui à repro- duire l’image de son Fils qui sera ainsi l’ainé de plusieurs frères ; et ceux qu'il ἃ prédestinés, il les a aussi appelés; ceux quil ἃ appelés, il les ἃ aussi justifiés; ceux qu'il ἃ justifiés 1] les ἃ aussi glorifiés. Que dire de plus? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré à la mort pour nous tous, comment ne nous donnerait-il pas toutes choses . avec lui? Qui osera accuser les élus de Dieu? Serait-ce Dieu qui les «justifie?» « Qui les condamnera??» Serait-ce Jésus-Christ, qui est mort? plus encore, qui est ressuscité, qui est assis à la droite de Dieu, qui intercède pour nous? ? Qui nous arrachera à l'amour du Christ? Sera-ce la tribulation? ou l’angoisse? ou la persécu- tion? ou la faim ? ou le dénuement ? ou les périls ? ou le glaive? [mort tout le long du jour ; (« À cause de toi» , comme dit l’Écriture, «nous sommes mis à On nous considère comme des brebis pour la boucherie», 1 Ésaïie 50, 8 et suiv. 2 Ibid. 5 On peut traduire aussi: qui osera accuser les élus de Dieu? Dieu les justifie. Qui les condamnera? Jésus-Christ est mort, plus encore il est ressus- cité, il est assis à la droite de Dieu, il intercède pour nous. 4 Psaume 44, 29. 2%, 8 ᾽ [el Qt 90 90 8, 37 38 39 4 οι 1 ᾿ ἀλθ LE NOUVEAU TESTAMENT Mais, dans tous ces combats, nous restons plus que vainqueurs, grâce à Celui qui nous ἃ aimés! Oui, je suis certain que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations !, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, ni les forces d’en haut ni les forces d’en bas, ni une création quelconque ?, ne pourra nous arracher à l’amour de Dieu en Jésus-Christ notre Seigneur ! Je parle en vérité, devant Christ, je ne mens point (ma con- science éclairée par l'Esprit saint me l’atteste) en disant que j'éprouve une grande tristesse, une continuelle peine de cœur et que je voudrais être anathème et séparé du Christ pour mes frères, pour ceux de ma race et de mon sang, je parle des Israélites qui ont eu le privilège de l'adoption, de la gloire promise, des alliances, de la législature, du vrai culte, des promesses, qui ont eu les patriarches et dont est sorti, selon la chair, le Christ qui est au- dessus de tous! (Dieu en soit éternellement béni! Amen.) Je ne veux cependant pas dire que Dieu ait manqué à ses pro- messes. Pour être issu d'Israël, on n’est pas toujours vrai Israélite; pour être de la race d'Abraham, on n'est pas toujours de ses vrais enfants, mais: QC'est d'après Isaac que ta race sera nommée #.» Cela signifie que les enfants par le sang ne sont pas nécessairement les enfants de Dieu, mais que ce sont les enfants par la promesse qui comptent comme la vraie race; car c’est d’une promesse qu'il est question dans ce passage : « Vers ce temps-là je viendrai et Sarra aura un fils 5» ; et ce n’est pas tout, il y a aussi 1.1] s’agit ici des dominations malfaisantes, c’est-à-dire des démons, par oppo- sition aux anges. 2. On peut traduire aussi: ni aucune créature au monde. 3 On peut ponctuer ce verset dans le texte grec de deux autres manières : 4° Mettant un point après Le Christ, la fin du verset se traduit ainsi: Que le Dieu qui est au-dessus de toutes choses en soit éternellement béni. Amen. — 20 En supprimant le point qui est après: au-dessus de tous, la fin du verset devrait alors être traduite ainsi: Le Ghrist qui est au-dessus de tous Dieu éter- nellement béni! Amen. 4 Genèse 21, 12. Ὁ Genèse 18, 10, | ÉPÎTRE AUX ROMAINS 447 Rébecca qui fut enceinte des œuvres d’un seul homme, Isaac, notre père; eh bien, avant que ses jumeaux fussent nés, avant qu'ils eussent fait ni bien, ni mal, — pour que fut bien établi le décret de Dieu basé sur un choix qui ne dépend pas des œuvres, mais uniquement de Celui qui appelle!, — Rébecca apprit que « l'ainé servirait le plus jeune ? », car il est écrit: « J'ai aimé Jacob Et j'ai haï Ésaü 3.» Que faut-il en conclure? qu'il y a de l'injustice en Dieu? c'est impossible, puisqu'il dit à Moïse : » J'aurai pitié de celui dont il me plaira d'avoir pitié et j'aurai compassion de celui dont il me plaira d’avoir compassion “.» Ainsi rien ne sert de vouloir et de s’agiter, c'est Dieu qui fait miséricorde. En effet, l’Écriture dit à Pharaon : « Voici pourquoi je (αἱ suscité : Pour montrer en toi ma puissance el proclamer mon nom sur toute la terre 5. » Aïnsi, il a pitié de qui il veut, il endurcit qui il veut. Tu me diras alors: — pourquoi donc se plaint-il encore? qui donc peut résister à sa volonté? — Mais toi, ὁ homme, qui es-tu donc pour discuter avec Dieu? [fait ainsi ?» « Est-ce que le vase d'argile dit au potier $: Pourquoi m'as-tu Est-ce que le potier n’a pas le droit avec la même masse de _terre de faire deux vases l’un pour un noble usage, l’autre pour un usage vulgaire? Et s'il plait à Dieu de montrer sa colère et de faire connaître sa puissance! Et s’il a eu la grande patience de supporter des vases de colère fabriqués pour la perdition! Et si cela fait ressortir les richesses de sa gloire à l'égard des vases de miséricorde préparés d'avance pour la gloire! Je parle ici de nous qu'il a appelés et parmi les Juifs et même parmi les païens. C’est ce qu'il dit dans Osée : 1 Celui qui appelle, c’est-à-dire Dieu lui-même. ? Genèse 25, 23. 3 Malachie 1, 2 et suiv. 4 Exode 33, 19. > Exode 9, 16. 5 Ésaïe 45, 9, 29, 16. 43 1% 12 Lo 90 91 10,1 2 3 448 LE NOUVEAU TESTAMENT «J'appellerai mon peuple celui qui n'était pas mon peuple, Et bien aimée celle qui n'était pas bien aimée 1. Et là où on leur disait : Vous n'êtes pas mon peuple, On les appellera fils du Dieu vivant ?.» Ésaie s’écrie aussi à propos d'Israël : «Quand le nombre des fils d'Israël serait comme le sable de la mer, Un petit reste seulement sera sauvé, [éerre $ ; ». Car le Seigneur achèvera promptement d'exécuter sa sentence sur la Et comme l'avait déjà dit Ésaïe : «Si le Seigneur des armées * ne nous avait laissé une postérité, Nous serions devenus comme Sodome, Nous aurions été semblables à Gomorrhe 5. » Que faut-il en conclure? que les païens qui ne cherchaient pas la justice ont obtenu la justice, celle qui vient de la foi; et les Israélites qui cherchaient dans la Loi un principe de justice n'y sont pas arrivés; pourquoi donc? parce qu'ils ne le cherchaïent pas par la foi, mais comme devant venir des œuvres de la Loi; ils se sont heurtés à «la pierre d’achoppement ὃν, suivant ce mot de l’Écriture : « Voici je place en Sion une pierre d'achoppement, Une pierre qui fait tomber ; Mais celui qui aura confiance en elle ne sera pas déçu.» Frères, le désir de mon cœur et la prière que j'adresse à Dieu pour eux, c’est qu'ils soient sauvés. Je leur rends le témoignage qu'ils ont du zèle pour Dieu, mais c’est un zèle ignorant, car c'est parce qu'ils ont ignoré la justice de Dieu et qu'ils ont voulu établir leur propre justice qu'ils ne se sont pas soumis à la justice de 1 Osée 2, 25. Osée 2, 1. Ésaïe 10, 22 et suiv. Le mot des armées est en hébreu dans le texte : Sabaoth. 5 Ésaïie 1, 9. ὁ Ésaie 8, 14, 28, 16. 7 Ésaïe 28, 16. + © 1 ÉPÎTRE AUX ROMAINS 449 Dieu. En effet, la fin de la Loi c’est Christ donnant la justice à quiconque ἃ foi en lui. Voici comment Moïse définit la justice obtenue par la Loi: «L'homme qui fera ces choses aura la vie par elles!.» Mais la justice obtenue par la foi parle ainsi: «Ve dis pas en ton cœur : Qui montera au ciel?? » (le dire serait vouloir en faire descendre Christ), ou: «Qui descendra dans l’abime??» (le dire serait vouloir faire remonter Christ de chez les morts); au contraire, que dit-elle : « Tout près de toi est la parole, dans ta bouche et dans ton cœur?» (il s’agit ici de la parole de la foi que nous prêchons); et alors si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé; parce que la foi du cœur mène à la justice, la confession de la bouche mène au salut. L’Écriture dit en effet : «Quiconque aura foi en lui ne sera pas décui.» Ainsi, point de différence entre le Juif et le Grec : tous ont un seul et même Seigneur, riche pour tous ceux qui l’invoquent, car : « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.» Mais comment l’invoqueront-ils s'ils n’ont pas cru en lui? comment croiront-ils s'ils n’en ont pas entendu parler? comment en entendront-ils parler si personne ne le leur prêche? comment _ira-t-on le leur prêcher, s’il n’y a point d’envoyés? Aussi est-il écrit : 1 Lévitique 18, 5. 2 Deutéronome 30, 11-14. 3 Voilà encore un passage très obscur et pour lequel une explication est nécessaire. Paul veut montrer que dans l’Ancien Testament la justice nouvelle, obtenue par la foi, ἃ été décrite, qu’elle y parle elle-même, et il cite deux passages qui sont deux questions que l’on ne doit pas poser. Paul donne, entre parenthèses, l'interprétation de ces questions, Poser la première, ce serait vou- loir faire descendre le Christ sur la terre, comme s’il n’y était pas encore venu. Mais il est venu; il n’a plus à y descendre. Poser la seconde question, ce serait vouloir faire ressusciter le Christ, comme s’il n’était pas déjà ressuscité, Donc, en interdisant de poser ces questions, l’Ancien Testament affirme la venue de Jésus- Christ sur la terre et sa résurrection, c’est-à-dire affirme la justice nouvelle par la foi. 4 Ésaie 28, 16. 5 Joël 2, 32. 29 4, 10 10, 16 17 18 19 11 τ [Se 450 LE NOUVEAU TESTAMENT QQu'ils sont beaux... Les pieds de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles 71 » Mais ils n’ont pas tous voulu écouter la Bonne Nouvelle; aussi Ésaïe dit-il : «Seigneur, qui a ajouté foi à ce que nous avons fait entendre? ? » Donc, la foi se produit après qu'on ἃ entendu, et l’on entend quand la parole de Christ est prêchée. Mais je me dis: Peut-être n’ont-ils pas entendu prêcher? eh bien, c'est tout le contraire : « Dans la terre entière a retentr leur voix, Et jusqu'au bout du monde leurs paroles ?. » Je me dis encore: Peut-être Israël n’a-t-1l pas compris? Eh bien ! Moïse ἃ dit le premier : «Je vous rendrai jaloux d’un peuple de rien; Contre un peuple inintelligent je vous mettrai en colère 4.» Ésaïe va plus loin encore et il dit : «Ils m'ont trouvé ceux qui ne me cherchaient pas ; Ils n'ont découvert ceux qui ne s’informaient pas de moi», tandis qu’en parlant d'Israël 1] dit : «Tout le long du jour j'ai tendu les bras A un peuple désobéissant et récalcitrant S. » Je demande maintenant si «Dieu α rejeté son peuple ?» Non certainement; moi-même suis un Israélite, descendant d'Abraham, de la tribu de Benjamin. «Dieu n'a pas rejeté le peuple? » qu'il ἃ autrefois préféré. Ne savez-vous pas ce que dit l'Écriture dans l’histoire d'Élie, et comme celui-ci se plaint à Dieu d'Israël : «Seigneur, ils ont tué tes prophètes, renversé tes autels, moi seul 1 Ésaie 52, 7. 2 Ésaie 53, 1. 3 Psaume 19, 9. 4 Deutéronome 32, 21. 5 Ésaïe 65, 1. 6 Éisaïe, 65, 2. 7 Allusion à Psaume 94, 14. ' “τ πρόπαν 0 ÉPÎITRE AUX ROMAINS 451 a survécu οἱ ils en veulent à ma vie! 1» Mais que lui dit l’oracle : «Je me suis réservé sept mille hommes qui n’ont pas fléchi le genou devant Baal? » Eh bien! il y a de même aujourd’hui une réserve par suite de l'élection qui est une grâce. Mais, si elle est une grâce, elle nest donc pas le fruit des œuvres, autrement la grâce ne serait plus une grâce. Qu'est-ce à dire? Israël n’a pas obtenu ce qu'il cherche, les élus l'ont obtenu; et le reste s’est endurci selon qu'il est écrit : « Dieu leur a donné un esprit d’'engourdissement, Des yeux pour ne pas voir, Des oreilles pour ne pas entendre jusqu'à aujourd’hui ὁ,» et David dit: « Que leur table leur soit un filet, un piége, Une trappe, un châtiment ; Que leurs yeux soient obscurcis pour ne pas voir, Que leur dos soit à jamais courbé #.» Je demande alors si c’est pour tomber qu'ils ont ainsi bronché ὃ Non certainement, mais leur faute a eu pour résultat l'annonce du salut aux païens de manière à provoquer leur émulation. Si, par leur faute, ils ont enrichi le monde, si, par un moment de retard, ils ont enrichi les païens, que sera leur entrée en masse dans l'Église ? C’est à vous, païens, que je parle : tout en étant apôtre des païens je couvre mon ministère de gloire en m'’efforçant de provoquer l’émulation de ceux de ma race et d’en sauver quelques-uns. Car, si leur rejet a eu pour résultat la réconciliation du monde, que sera leur admission ? ce sera vraiment une résurrection. Si les prémices sont saintes, toute la masse l’est aussi; si la racine est sainte, les rameaux le sont aussi. Si quelques rameaux ont été retranchés, si toi, olivier sauvage, as été greffé à leur place, si tu as été mis en communication avec la racine et la sève de l'olivier, garde-toi bien de t'enorgueillir 1 I Rois, 19, 10. MhRois,v19, 18. 3 Ésaie 29, 10 ; Deutéronome 29, 4. Ésaie 6,9 et suiv. + Psaume 69, 23 et suiv. 4, 11 9 10 11 12 18 459 LE NOUVEAU TESTAMENT aux dépens des branches coupées. Si tu t’enorgueillis, souviens-toi que ce n'est pas toi qui portes la racine, c'est la racine qui te porte. — Mais les rameaux, diras-tu, ont été coupés pour que 16 sois greffé. — D'accord, ils ont été coupés faute de foi; toi tu resles-là par ta foi; garde-toi de te vanter, tremble au contraire; si Dieu n’a pas épargné les rameaux naturels, 1l pourrait ne pas t’épargner non plus. Remarque donc et la bonté et la sévérité de Dieu : sévérité pour ceux qui sont tombés, bonté pour toi, si toute- fois tu te maintiens dans cette bonté, autrement toi aussi tu seras retranché ; et quant à eux, s'ils ne persistent pas dans leur incré- dulité, ils seront greflés; Dieu a bien le pouvoir de les greffer de nouveau, Car si {oi, tu as été coupé sur un olivier sauvage de sa nature et as été greflé, contrairement à ta nature, sur l'olivier franc, à plus forte raison, eux, qui appartiennent à l'olivier franc de sa nature, pourront être greffés sur leur propre tronc. Pour que vous ne preniez pas de vous-mêmes une trop haute opinion, frères, je ne veux pas vous laisser ignorer une chose restée jusqu'ici secrète : l’aveuglement d’une partie d'Israël durera jusqu’à ce que la totalité des païens soit entrée dans l'Église et, après cela, tout Israël sera sauvé, comme il est écrit : «De Sion viendra le Libérateur Et il éloignera de Jacob l’imprété. Telle est l'alliance que je conclurai avec eux, Quand j'effacerai leurs péchés 1.» | A regarder à l'Évangile, ils sont ennemis de Dieu à cause de vous, ἃ regarder à l'élection ils sont des bien-aimés à cause de leurs pères. Dieu ne se repent jamais ni des grâces qu'il accorde ni de l'appel qu'il adresse. De même que vous autrefois vous désobéissiez à Dieu et que maintenant vous avez obtenu miséricorde par suite de leur déso- béissance, eux de même ont maintenant désobéi à cause de la miséricorde qui vous est accordée et afin de l'obtenir maintenant? à leur tour. Car Dieu a enveloppé tous les hommes dans la déso- 1 Esaïe, 59, 20 et suiv.; 27, 9; 31, 33 et suiv. 2 Plusieurs anciens manuscrits omettent maintenant, ÉPÎTRE AUX ROMAINS 453 béissance pour leur faire à tous miséricorde. Ὁ profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu! Que ses juge- ments sont insondables! que ses voies sont impénétrables! car : Qui a connu la pensée du Seigneur ; De qui a-t-il pris conseil?1 » et encore : « De qui est-il l'obligé? Et qui doit recevoir de lui en retour ?? » Tout vient de lui! Tout est par lui! Tout est pour lui! Gloire à lui dans l'éternité ! Amen. Je vous exhorte donc, frères, au nom du Dieu des compassions, à lui offrir vos personnes en sacrifice vivant, saint, acceptable; ce serait de votre part un culte raisonnable. Ne suivez pas les errements de notre siècle ; au contraire, que votre esprit se transforme en se renouvelant, de manière à bien vous pénétrer de ce qu'est la volonté de Dieu: volonté qui est bonne, acceptable, parfaite ὅ. Ainsi je vous dis à tous, m'autorisant de la grâce qui m'a été accordée, de ne pas vous exagérer votre valeur, mais de rester dans les limites d’une juste appréciation, chacun selon la mesure de foi que Dieu lui a départie; car de même que notre corps, qui est un, a plusieurs membres et que tous les membres n’ont pas la même fonction, de même, tous, tant que nous sommes, nous ne faisons qu’un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres, possédant des dons divers chacun selon la grâce qui lui a été accordée; l’un a le don de prophétie, en proportion de sa foi; l’autre a, dans son ministère, le don du diaconat; ici c’est un docteur qui a le don de l’enseignement; là un prédicateur qui a ke don de la parole; le bienfaiteur doit donner avec générosité ; le supérieur, présider avec zèle; celui qui est chargé des œuvres de miséricorde, remplir ses fonctions avec joie. 1 Ésaïe 40, 13. 2. Job 41, 2. 3 On peut traduire aussi : il veut ce qui est bon, acceptable, parfait. 39 36 [Re] 12, 9 19 20 LE NOUVEAU TESTAMENT PS Qt Æ Que votre amour soit sans hypocrisie. Ayez horreur du mal; soyez fermement attachés au bien. Comme des frères, soyez pleins d'affection les uns pour les autres; estimez-vous; ayez des préve- nances réciproques. Ne ralentissez pas votre zèle, ayez de l’ardeur d'âme, mettez-vous au service du Seigneur. Soyez joyeux dans l'espérance, patients dans l’affliction, persévérants dans la prière. Subvenez aux besoins des fidèles. Exercez l'hospitalité avec em- pressement. Bénissez vos persécuteurs!, oui, bénissez, ne mau- dissez pas. Soyez heureux avec les heureux, pleurez avec ceux qui pleurent. Vivez ensemble en bonne intelligence. Gardez-vous de l’orgueil; marchez avec ceux qui sont humbles. «6 vous croyez pas meilleurs que vous ne l’étes?.» Ne rendez à personne le mal pour le mal. «Intéressez-vous à ce qui est bien aux yeux de tous les hommes*. » Autant que possible et, dans la mesure où cela dépend de vous, vivez en paix avec tout le monde. Ne vous vengez pas vous-mêmes, mes bien aimés; laissez faire la colère dont il est écrit: « La vengeance est à moi, ‘c'est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur “.» Aïnsi donc : «δὲ ton ennemi a faim donne-lui à manger, S'il a soif donne-lui à boire; En faisant cela tu entasseras sur sa tête des charbons ardents 5.» Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sache vaincre le mal par le bien. Que tout le monde se soumette aux puissances régnantes ; car il n’y ἃ pas de puissance qui ne vienne de Dieu; les puissances qui existent sont instituées par Dieu; et, de la sorte, celui qui fait de l'opposition aux puissances résiste à l’ordre établi par Dieu, et 1 Plusieurs anciens manuscrits lisent : bénissez les persécuteurs. 2 Proverbes 8, 7. 3 Proverbes 8, 4, 4 Deutéronome 32, 35. 5 Proverbes 25, 21 et suiv. ÉPÎITRE AUX ROMAINS 455 ceux qui résistent ainsi s'attirent un jugement sévère. En effet, ceux qui gouvernent ne sont pas à redouter pour les bonnes actions, mais pour les mauvaises. Veux-tu ne pas avoir à redouter l’auto- rité? Fais le bien et tu recevras ses éloges. Car elle est au service de Dieu pour toi, pour ton bien; mais si tu fais le mal, tremble, car ce n'est pas pour rien quelle porte l'épée; elle est au service de Dieu pour le venger et montrer sa colère à ceux qui font le mal. Il faut donc se soumettre, non seulement par crainte de cette colère, mais par devoir de conscience. Voilà encore pourquoi vous avez des impôts à payer; en effet, ceux qui gouvernent sont des fonctionnaires de Dieu employés particulièrement à remplir l'office qu'il leur a confié. Donnez donc à chacun ce qui lui est dù : à qui l'impôt, l'impôt; à qui la redevance, la redevance; à qui le respect, le respect; à qui l'honneur, l'honneur. Ne contractez de dettes envers personne, sauf la dette de l’amour mutuel. En effet, celui qui aime les autres ἃ accompli la Loi, car les commandements : «Tu ne seras point adultère, tu ne seras point meurtrier, tu ne seras point voleur, tu ne convoiteras point?» ou nimporte quel autre, se résument d’un seul mot, celui-ci : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même.» L'amour ne fait point de mal au prochain; l'amour est donc l’accomplisse- ment de la Loi. Je dis cela, parce que vous savez dans quel temps nous vivons! vous savez que l'heure est venue de nous réveiller du sommeil! car le salut est maintenant plus proche de nous que lorsque nous sommes devenus croyants. La nuit s’avance; le jour approche ; laissons donc là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de la lumière. Marchons honnêtement comme on marche en plein jour; point d'orgies, point d’excès, point d’impuretés, point de débauches, point de disputes, point de jalousies; revêtez, au contraire, le 1 C'est-à-dire par crainte du châtiment. ? Exode 20, 13 et suiv. 5 Lévitique 19, 18. 3. 13 10 11 13 14 14, 1 τ -1 456 LE NOUVEAU TESTAMENT Seigneur Jésus-Christ, et ne vous préoccupez pas de la chair pour ne pas en réveiller les passions. Accueillez celui dont les convictions sont mal affermies, sans discuter ses opinions. Celui-ci ἃ des convictions qui lui permettent de manger de tout; celui-là, mal affermi, ne mange que des légumes. Eh bien, celui qui mange de tout ne doit pas mépriser celui qui ne mange pas de tout, et celui qui ne mange pas de tout Juger celui qui mange de tout, car Dieu l’a aussi accueilli. Qui es-tu toi, pour juger le serviteur d'autrui? s’il marche droit, s’il bronche, c'est l'affaire de son maître; mais il ne bronchera pas car son maître est puissant pour le soutenir. Celui-ci considère, en effet, un jour comme plus sacré qu'un autre, celui-là considère tous les jours comme égaux : que chacun ait ici une conviction bien entière et personnelle. Celui qui fait attention au jour le fait à cause du Seigneur; celui qui mange de tout le fait à cause du Seigneur, puisqu'il rend grâces à Dieu, et celui qui ne mange pas de tout le fait à cause du Seigneur et rend, lui aussi, grâces à Dieu. En effet, aucun de nous ne vit pour lui-même, et aucun ne meurt pour lui-même, car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur; et c'est pour cela que Christ est mort et est ressus- cité, c'est pour être le Seigneur des vivants et des morts. Pourquoi donc, toi, juges-tu ton frère et pourquoi donc, Loi, méprises-tu ton frère, quand nous devons tous comparaître devant le tribunal de Dieu? En effet, 11 est écrit : Aussi vrai que je vis, dit le Seigneur, Devant mor fléchira tout genou Et toute langue louera Dieu ?.» 1 Plusieurs anciens manuscrits omettent en effet. ? Esaïie 45, 29. ÉPÎTRE AUX ROMAINS 457 Par conséquent, chacun de nous rendra compte à Dieu pour soi- même. Ne nous jugeons donc plus les uns les autres, mais décidez plutôt que vous ne placerez jamais devant votre frère une pierre d’achoppe- ment, que vous ne Jui donnerez jamais une occasion de tomber. (Je sais, je suis convaincu en Jésus mon Seigneur que rien n’est impur en soi, sauf cependant si quelqu'un pense que telle ou telle chose est impure, alors pour lui elle est impure). Si prenant telle nourriture tu attristes ton frère, tu n’agis plus avec charité. Ne va pas, à cause de ta nourriture, perdre celui pour lequel Christ est mort; ne faites pas calomnier ce que vous avez de bon. On ne réalise pas le Royaume de Dieu par ce qu'on mange et par ce qu’on boit, mais par la Justice, par la paix, par la joie dans l'Esprit saint. Celui qui sert le Christ de cette manière est agréable à Dieu et estimé des hommes. Recherchons donc tout ce qui peut contribuer à la paix et à l'édification mutuelle. Ne va pas, pour une question de nourriture, ruiner l’œuvre de Dieu. Tout est pur, c'est vrai; mais un homme fait le mal quand, par la nourriture qu'il prend, il devient une cause d’achoppement; et . il fait le bien quand il ne mange pas de viande, quand il ne boit pas de vin, quand il ne fait rien qui risque de faire tomber son frère. Toi tu as ta conviction, garde-la pour toi seul sous le regard de Dieu. Heureux celui qui ne prononce pas son propre jugement par ce qu'il approuve! Celui qui, en ayant des doutes, mange de tout, est condamné, parce qu'il agit sans conviction; tout ce qu’on ne fait pas avec conviction est un péché 1. Nous devons, nous les forts, supporter les faiblesses de ceux qui sont moins forts que nous, et nous ne devons pas n’ävoir de complaisance que pour nous-mêmes. Que chacun de nous tâche de plaire à son prochain pour lui faire du bien et pour l’édifier, car 1 C’est ici que le Codex Alexandrinus insère une première fois les ver- sets 25, 26 et 27 du chapitre 16. Voir la préface à cette Epitre. 9 [he 23 15. 1 10 11 458 LE NOUVEAU TESTAMENT le Christ n’a pas cherché ce qui lui plaisait à lui, mais, comme il est écrit : «Les outrages de ceux qui l'outragent sont tombés sur moi 1.» Or tout ce qui a été écrit d'avance l’a été pour notre instruc- tion, afin que la patience et la consolation que nous puisons dans les Écritures conservent en nous l'espérance. Que le Dieu de patience et de consolation vous donne d’être d'accord entre vous comme le veut Jésus-Christ afin que, d’un seul cœur et d’une seule voix, vous donniez gloire à Dieu le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. | Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu. J'affirme, en effet, que Christ est devenu le serviteur de ceux de la circoncision pour montrer la véracité de Dieu, pour confirmer les promesses faites à leurs pères, et quant aux païens, ils glorifient Dieu de sa miséricorde, comme il est écrit : «C’est pourquoi je te célébrerai parmi les païens Et je louerai ton nom?» ; | et ailleurs il est dit : «Réjouissez-vous, païens, avec son peuple * », el encore : «Louez le Seigneur, vous toutes les nations ; Célébrez-le, vous tous les peuples “.» Ésaïe dit aussi : « 7] paraîtra le rejeton de Jesse, Celui qui s'élèvera pour dominer sur les païens : Les païens espéreront en lui”. » | Que le Dieu de l’espérance vous comble de toute la joie et de toute la paix que donne la foi pour que vous soyez riches d’espé- rance par la puissance de l'Esprit saint. 1 Psaume 69, 10. 2 J[ Samuel 22, 50; Psaume 18, 50. 5 Deutéronome 32, 43. 4 Psaume 117, 1. 5 Ésaie 11, 10. ÉPITRE AUX ROMAINS 459 Je suis convaincu, mes frères, je le suis tout le premier, que vous êtes pleins de bonté, doués de beaucoup d'intelligence, capables de vous avertir les uns les autres. Cependant je vous ai parlé sévèrement dans quelques passages et comme pour raviver vos souvenirs: je l’ai fait en vertu de la grâce que Dieu m'a accordée d’être le ministre de Jésus-Christ auprès des païens, ofli- ciant pour l'Évangile de Dieu, afin que les païens lui soient une offrande agréable, étant sanctifiée par l'Esprit saint. Je puis donc me glorifier en Jésus-Christ de tout ce qui regarde la cause de Dieu. Car je n’oserais jamais parler de choses que Christ n’aurait pas faites par mon ministère pour la soumission des païens, soit par mes paroles soit par mes actes, par la puissance des miracles et des prodiges, par la puissance de l'Esprit de Dieu; c’est au point que j'ai rempli de l'Évangile du Christ le cercle immense qui va depuis Jérusalem jusqu'à l'Illyrie, et je me suis fait un devoir d'honneur de ne pas prêcher l'Évangile là où le nom de Christ avait déjà été prononcé pour ne pas bâtir sur un fondement posé par autrui. Mais, comme il est écrit : « Ceux auxquels il n'avait pas été annoncé le verront, Et ceux qui n’en avaient pas entendu parler le comprendront ?.» C’est pour cela que j'ai été si souvent empêché de venir chez vous; mais aujourd'hui je n’ai plus rien à faire dans ces contrées-ci, et comme j'ai depuis plusieurs années un très grand désir d'aller vous voir et que je dois aller en Espagne, j'espère vous faire une visite en passant, puis vous me fournirez les moyens d'aller là-bas après que j'aurai satisfait, en partie du moins, le besoin que j'ai de vous voir. Pour le moment je vais à Jérusalem porter un secours aux fidèles, car la Macédoine et l’Achaïe ont bien voulu organiser une collecte en faveur des fidèles de Jérusalem qui sont dans la pauvreté; elles l'ont bien voulu, dis-je; mais aussi bien, le leur doivent-elles; car si les païens ont eu leur part de leurs 1 Ésaïe 52, 15. 14, 15 16 21 25 19 1 16, 30 91 to 460 LE NOUVEAU TESTAMENT biens spirituels, elles doivent à leur tour les assister de leurs biens matériels. Quand j'aurai terminé cette affaire et que je leur aurai soigneuse- ment remis la somme, je me rendrai en Espagne en passant par chez vous; et je sais que je viendrai chez vous accompagné des plus riches bénédictions de Christ. Mais je vous demande, frères, au nom de notre Seigneur Jésus- Christ et de l'amour qui unit nos esprits, de lutter avec moi et pour moi dans vos prières à Dieu, afin qu'il me délivre des incré- dules de Judée et que la mission que je vais remplir à Jérusalem soit favorablement accueillie des fidèles. Et alors je pourrai aller chez vous dans la joie et, s’il plaît à Dieu, me reposer avec vous. LE DIEU DE PAIX SOIT AVEC VOUS TOUS. AMEN. Je vous recommande notre sœur Phœbé, diaconesse de l’église de Kenchrées, pour que l'accueil que vous lui ferez en notre Seigneur soit digne des fidèles, et que vous l’assistiez dans toute affaire où elle pourrait avoir besoin de vous. Elle ἃ rendu service à plusieurs personnes, à moi en particulier. Saluez Prisca et Aquilas, mes collaborateurs en Jésus-Christ, qui, pour me sauver la vie, ont exposé la leur, et je ne suis pas [6 seul à les en remercier, mais encore toutes les Églises des païens. Saluez aussi l’Église qui s’assemble dans leur maison. Saluez mon cher Épénète, le premier-né de l'Asie en Christ: Saluez Marie, elle s’est donnée beaucoup de peine pour vous. Saluez Andronicus et Junias, mes parents et mes compagnons de captivité; ils sont distingués entre les apôtres et même ont été en Christ avant moi. Saluez Amplias; il m'est cher dans le Seigneur. Saluez Urbanus, notre collaborateur en Christ, ainsi que mon cher Stachys. Saluez Apellès, qui est un honnête homme en Christ. Saluez les gens de la maison d’Aristobule. ÉPÎTRE AUX ROMAINS 461 Saluez Hérodion, mon parent. Saluez les gens de la maison de Narcisse qui sont au Seigneur, Saluez Triphaina et Tryphosa, ouvrières dans l’œuvre du Seigneur. Saluez ma chère Persis, elle ἃ bien travaillé pour le Seigneur. Saluez Rufus, homme distingué dans le Seigneur, et sa mère que j'appelle ma mère. Saluez Asyncrytus, Phlégon, Hermès, Patrobas, Hermas et les frères qui sont avec eux. Saluez Philologus et Julie, Nérée et sa sœur, Olympas et tous les fidèles qui sont avec eux. Saluez-vous les uns les autres d’un saint baiser. Toutes les Églises du Christ vous saluent. Je vous invite, frères, à prendre garde à ceux qui sèment des divisions et des scandales 1 contre la doctrine que vous avez apprise. Évitez-les; car ces gens-là ne servent pas notre Seigneur Christ, mais leur ventre, et, par leurs flatteries et leurs beaux discours, ils séduisent les cœurs des simples. Votre docilité est maintenant par- tout connue, je me réjouis donc de vous, mais je veux que vous soyez sages pour le bien et innocents devant le mal. Le Dieu de paix écrasera bientôt Satan sous vos pieds. LA GRACE DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS SOIT AVEC VOUS. Timothée, mon collaborateur, vous salue, ainsi que Lucius, Jason, Sosipater, mes parents. Moi, Tertius, qui ai écrit cette lettre?, je vous salue aussi en notre Seigneur. Gaïus, qui me donne l'hospitalité, ainsi qu’à toute l'Église, vous salue. Éraste, le receveur de la ville, et le frère Quartus vous saluent ὃ. 1 Des scandales, c’est-à-dire littéralement : des pièges qui peuvent faire tomber. Voir note sur Matth. 18, 6, 7, 8. 2 Voir note sur Galates 6, 11. 5 Plusieurs manuscrits sans autorité insèrent encore ici une salutation finale ainsi conçue: QUE LA GRACE DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST SOIT AVEC VOUS TOUS. AMEN. Cette phrase forme le verset 24 des traductions ordinaires du Nouveau Testament. 11, 16 16 17 20 19 ι 29 462 LE NOUVEAU TESTAMENT A Celui qui peut vous fortifier dans la foi en mon Évangile et en l’enseignement de Jésus-Christ, conformément à la révélation du mystère caché durant des siècles, mais aujourd’hui dévoilé et publié dans des écrits prophétiques par l'ordre du Dieu éternel, pour amener tous les païens à obéir à la foi, au Dieu qui seul est sage soit gloire par Jésus-Christ à jamais! ! Amen. 1 Littéralement : dans les siècles! Quelques anciens manuscrits lisent: dans les siècles des siècles! . LU Mig LR Sr γέ PTT PREMIÈRE ÉPÎITRE AUX CORINTHIENS PRÉFACE Paul fonda l’Église de Corinthe pendant le séjour d’un an et demi qu'il fit dans cette ville à la fin de son second voyage missionnaire de 53 à 4 (Actes 18 : 11: 2 Cor. 1 : 19). L'Église fut tout de suite nombreuse. Elle s’était surtout recrutée dans les basses classes (1 Cor. 1 : 26; 6: 11; 8: 10; 12 : 13). Après le départ de Paul, Apollos continua l’œuvre commencée ; puis arrivèrent de Jérusalem d’autres missionnaires, dont les uns prêchèrent la doctrine de Pierre, les autres l’enseignement du Christ historique sans se couvrir de l’autorité de tel ou tel apôtre. Divers partis se formèrent alors dans l’Église. Vers la fin du séjour de trois ans que Paul fit à Éphèse, c’est-à- dire vers la Pâque de l’an 57, trois membres de l’Église de Corinthe : Stephanas, Fortunatus et Achaïcus (1 Cor. 16 : 17), tous #trois «de la maison de Chloé » — ou «fils de Chloë» — (1 Cor. 1: 11), lui furent envoyés en députation; ils étaient porteurs d’une lettre de l'Église consultant l’apôtre sur certaines questions, objets des plus vifs débats (mariage et célibat, viandes sacrifiées aux idoles, don des langues, résurrection des corps, ete.). Ces trois messagers apprirent en outre à Paul, de vive voix, que les Corinthiens étaient 464 LE NOUVEAU TESTAMENT divisés en quatre partis, les uns se réclamant de Paul, les autres d’Apollos, les autres de Pierre, d’autres enfin prétendant ne relever que du Christ sans l'intermédiaire d'aucun apôtre. Paul leur écrivit alors notre première épître aux Corinthiens, qui est en réalité la seconde lettre qu’il leur adressait, car il leur avait déjà écrit une lettre d’avertissements qui a été perdue (1 Cor. 5, 9). Il commence par leur parler des partis qui les divisent et 1] assigne à chacun sa vraie place (ch. 1, 2, 8, 4); puis il leur fait de vives remontrances sur un scandale (mariage illicite ou inceste) qu’ils osent tolérer parmi eux. Il passe ensuite aux procès que les chrétiens ont entre eux (ch. 5 et 6). Enfin il répond successivement aux questions qui lui sont posées dans la lettre d’eux qu’il a reçue : le mariage (ch. 7), les viandes sacrifiées aux idoles (ch. 8). Il relève la dignité de son apostolat (ch. 9 et 10). Il insiste sur l’attitude que chacun doit prendre dans l'Église, sur la manière de célébrer la sainte Cène, sur l’unité du corps de l'Église et la diversité de ses membres, sur le don de la charité et sur le don des langues (ch. 11, 12, 13, 14). Il discute les objections faites à la résurrection des corps (ch. 15), et termine en annonçant son prochain départ d'Éphèse et son arrivée à Corinthe (ch. 16). L’allusion à la fête de Pâque, qui se trouve ch. 5, v. 7 et 8, montre bien que c’est au moment de cette fête et, comme nous l’avons dit, en l’an 57, que cette épître a été écrite. Vers la Pen- tecôte, Paul partit, en effet, pour Corinthe en passant par la Macédoine. La première épître aux Corinthiens nous fait pénétrer dans la vie intérieure des Églises apostoliques. Elle nous initie aux dif- cultés que rencontrait l’apôtre Paul et au caractère très particulier des questions qui troublaient les communautés d'alors. L'authenticité de cette épître est absolument certaine et d’ailleurs n’a jamais été attaquée. Il va sans dire que les chrétiens des premiers siècles l’ont toujours rangée au nombre des écrits incon- testés. πεξεε Ὁ CES den à "Τὰν ere peer PE γὰν ARTE μὰ Αι PREMIÈRE ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS PAUL, ÉLU, PAR LA VOLONTÉ DE DIEU, APÔTRE DE JÉsUs-CHRist , ET LE FRÈRE SOSTHÈNES, À L'ÉGuise De Dieu qui Est A CORINTHE, AUX SANCTIFIÉS EN JÉSUS-CHRIST, AUX FIDÈLES ÉLUS, ET À TOUS CEUX QUI INVOQUENT LE NOM DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST DANS TOUT CE PAYS, QUI EST LE NÔTRE COMME LE LEUR !, GRACE ET PAIX VOUS SOIENT ACCORDÉES PAR DIEU NOTRE PÈRE ET PAR LE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. Je ne cesse de remercier Dieu ? de la grâce qu'il vous a accor- dée en Jésus-Christ. Vous avez été, par lui, comblés de richesses ; vous avez reçu beaucoup d'instruction et d'intelligence, et le témoi- gnage du Christ a été bien solidement établi au milieu de vous. Aussi ne vous manque-t-il aucun don de la grâce, à vous qui attendez l’apparition de notre Seigneur Jésus-Christ. Dieu, de son côté, vous fortifiera jusqu’à la fin, et vous serez irréprochables le jour de notre Seigneur Jésus-Christ. Ah! il est fidèle, le Dieu qui vous a appelés à la communion avec son fils Jésus-Christ notre Seigneur. Je vous conseille cependant, mes frères, au nom de notre Sei- gneur Jésus-Christ, d’être tous d'accord dans vos paroles ; qu'il 1 On peut traduire aussi : en tout pays, et leur Seigneur comme le nôtre. ? Plusieurs anciens manuscrits lisent : Je ne cesse de remercier mon Dieu. 30 D νὼ ἀ οι 1 18 19 466 LE NOUVEAU TESTAMENT n’y ait pas de scission entre vous; soyez tous bien unis d’esprit et de sentiment. Qu'ai-je appris, en effet, mes frères, par les fils de Chloé 12 qu'il y a de la discorde parmi vous. Je m'explique : Voici ce qu’on vous entend dire: «Moi, je suis du parti de Paul!» -— « Moi, de celui d’Apollos!» — «Moi, de celui de Képhas?!» — «Moi, de celui de Christ!» — Est-ce que le Christ est divisé ? Est-ce que Paul a été crucitié pour vous? Est-ce que vous avez été baptisés au nom de Paul? Je rends grâces” de n’avoir baptisé aucun de vous — (sauf toutefois Crispus et Caïus) — pour que personne ne puisse dire que vous avez été baptisés en mon nom. J'ai bien baptisé aussi la maison ὁ de Stephanas; à cela près, personne d'autre que je sache. Christ ne m'a pas fait apôtre pour baptser, mais pour prêcher l'Évangile, pour le prêcher sans aucune des habiletés de la philosophie, afin de ne pas rendre inutile la croix du Christ. La prédication de la croix, en effet, est folie pour ceux qui vont périr ; pour nous, les sauvés, elle est une puissance de Dieu, car 1l est écrit : «Je perdrai la sagesse des sages, Et la prudence des prudents je la rendrai vaine *.» Où est le philosophe? où est le docteur de la Loi? où est le rai- souneur mondain? Dieu n’a-t-1l pas changé en folie la sagesse de ce monde ? Puisque Dieu ἃ permis, dans sa sagesse, que le monde ne parvint pas avec sa philosophie à le connaître, il a bien voulu par une prédication appelée folie, sauver les croyants : les Juifs exigent des miracles, les Grecs veulent de la philosophie; nous, nous prêchons Christ crucifié; il est pour les Juifs un scandale ὃ ; 1 Le mot Les fils est sous-entendu dans le texte. On peut traduire aussi : ceux de la maison de Ghloë. Il s’agit de Stephanas, de Fortunatus et d’Achaïcus, qui avaient apporté à Paul, avec une lettre de l’Église, des nouvelles de ce qui se passait à Corinthe. Voir 16, 17. 2 Képhas, c’est-à-dire Pierre. 3 Plusieurs anciens manuscrits lisent : Je rends grâces à Dieu, ete. t La maison ou la famille. Voir note sur Actes 16, 15. 5 Ésaie 29, 14. 6 Voir sur le sens du mot scandale, note sur Matth. 18, 7. PREMIÈRE ÉPITRE AUX CORINTHIENS 467 il est pour les païens une folie; mais pour les appelés, soit Juifs, soit Grecs, il est Christ, puissance de Dieu, sagesse de Dieu. Ah ! cette «folie» de Dieu, elle est plus sage que ce qui vient des hommes; cette «faiblesse» de Dieu, elle est plus forte que ce qui vient des hommes! Voyez, mes frères, comment vous avez été appelés : il n’y ἃ pas parmi vous beaucoup de philosophes, comme on les appelle, ni beaucoup d'hommes influents ou de haute naissance; mais Dieu ἃ choisi ce qui est insensé selon le monde pour confondre les philo- sophes, il ἃ choisi ce qui est faible selon le monde pour confondre les forts; oui, ceux d’une condition inférieure, les méprisés, Dieu les ἃ choisis; ceux qui n'étaient rien pour réduire au néant ceux qui étaient quelque chose, afin qu'aucun être mortel ne puisse s'enorgueillir en sa présence. Par lui, vous appartenez à Jésus-Christ, qui, grâce à Dieu, est devenu notre «philosophie», je veux dire notre justice, notre sanctification et notre rédemption, afin, comme dit l'Écriture, «Que celui qui veut se glorifier se glorifie au sujet du Seigneur !. » Et moi, frères, quand je vins à vous, je ne vins pas vous annon- _ cer le témoignage de Dieu ? avec le prestige de l’éloquence ou de la philosophie. Parmi vous, je n'ai jugé savoir qu’une seule chose: Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. Aussi ai-je passé tout ce temps dans la faiblesse, la crainte, la plus grande humilité. Mes discours, mes prédications ne tiraient pas leur valeur des argu- ments de la philosophie, mais ils la tiraient des démonstrations de l'Esprit et de la puissance divine, afin que votre foi ne reposàt pas sur la philosophie des hommes, mais sur la puissance de Dieu. Nous avons bien notre philosophie, mais nous ne la prêchons qu'aux hommes d'âge mür*, C’est une philosophie qui n'est pas celle de ce siècle, n1 celle des princes de ce siècle qui vont passer. 1 Jérérnie 9, 93. ? Quelques anciens manuscrits lisent : vous annoncer le mystère de Dieu. etc. 3 Littéralement: aux adultes, par opposition aux petits enfants dont Paul parlera plus loin : 3, 1, 29 90 91 τῷ ΠΝ © 10 11 468 LE NOUVEAU TESTAMENT Nous prèchons une philosophie divine, jusqu'ici mystérieuse et cachée, et que Dieu avait décrétée avant les siècles et cela pour notre gloire. Aucun des princes de ce siècle ne l’a connue (s'ils l’eussent connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire), mais, comme dit l'Écriture : «Ce qu'aucun œil n'a vu, ce qu'aucune oreille n'a entendu, Ce qui n’est monté au cœur d'aucun homme, Ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment…. 1 C’est à nous que Dieu ? l’a révélée par son hs car |’ Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu. Quel homme sait ce qui se passe dans un homme? Ce n’est que l'esprit de cet homme qui est en lui-même. De même ce qui est en Dieu, personne ne le sait que l'Esprit de Dieu. Nous, nous n'avons pas reçu l'esprit du monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu (pour que nous sachions les grâces que Dieu nous ἃ faites). Ce qu'il nous révèle, nous ne l’exprimons pas dans les termes qu’enseigne la philosophie humaine, mais dans ceux qu'enseigne l'Esprit; nous sommes attentifs à exprimer ce qui est spirituel en style spirituel. L'homme qui n’a que ses facultés naturelles n'accepte pas les choses de l'Esprit de Dieu. Il les taxe de folie, 1l ne peut les connaître, parce qu’elles demandent à être jugées avec l'Esprit. L'homme spirituel”, au contraire, juge de tout et n'est jugé par personne. «Qui connaît, en effet, la pensée du Seigneur ... Pour l'instruire 2» Nous, nous avons la pensée de Christ. Quant à moi, frères, je n'ai pu vous parler jusqu'à présent comme à des hommes spirituels, mais je vous ai parlé comme à 1 Citation non achevée, Ce fragment de phrase n’est pas dans l'Ancien Testa- ment. Cependant on peut lui trouver quelque analogie avec Ésaïe 64, 3. 2 Un des plus anciens manuscrits et d'anciennes autorités lisent: Gar c'est à nous que Dieu... etc. à 8 L'homme spirituel est le même que l’homme d'âge mûr, l'adulte, dont l’apôtre ἃ parlé 2, G. 4 Ésaïe 40, 43. PREMIÈRE ÉPIÎTRE AUX CORINTHIENS 469 des hommes charnels, comme à de petits enfants en Christ. Je vous ai donné du lait, et non une nourriture solide; vous n’eussiez pu la supporter. Vous ne le pourriez pas encore; vous êtes toujours charnels. Il y ἃ entre vous de la jalousie et des querelles ; n'est-ce pas la preuve que vous êtes charnels et que vous agissez dans des vues purement humaines? Quand vous dites, l’un : «Moi, je suis pour Paul» ; l’autre : « Moi, je suis pour Apollos», n'est-ce pas à la manière des hommes que vous agissez? Qui est donc Apollos ? qui est Paul? Ce sont des serviteurs par lesquels le Seigneur vous a amenés à la foi, chacun selon la tâche qui lui ἃ été confiée. Moi j'ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui ἃ donné la croissance. Celui qui plante n’est rien, celui qui arrose n’est rien, Dieu qui donne la croissance est tout. Celui qui plante et celui qui arrose sont sur la même ligne, et chacun recevra sa propre ré- compense suivant son propre travail. Nous sommes les collabora- teurs de Dieu; vous êtes le champ auquel Dieu travaille; la maison qu'il construit. En architecte prudent et dans la mesure de grâce que Dieu m'a accordée, j'en ai posé le fondement; un autre continue la construction. Chacun doit prendre garde à la manière dont il construit. Quant au fondement, personne ne peut en poser un autre que celui qui est déjà en place, c’est-à-dire Jésus-Christ. Sur ce fondement, que chacun élève sa construction, en or, en argent, en pierres précieuses, en bois, en foin, en paille, son œuvre sera mise en lumière; on la connaîtra, le jour du Seigneur; le feu la révélera; oui, le feu prouvera ce que vaut l’œuvre de chacun. Celui dont l’œuvre, dont la construction restera debout !, recevra son salaire. Celui dont l'œuvre sera consumée, la perdra ; lui-même sera sauvé, mais comme on l’est à travers le feu. Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu et que l'Esprit de Dieu demeure en vous? Si quelqu'un détruit le sanc- tuaire de Dieu, Dieu le détruira lui aussi; car le sanctuaire de Dieu 1 On peut traduire aussi, d’après une autre accentuation : reste debout. Δ οιε © 10 το 470 LE NOUVEAU TESTAMENT est sacré et vous l’êtes, vous aussi. Que personne ne se fasse d'illusion; si l’un d’entre vous croit être ce que notre siècle appelle sage, quil commence par être fou pour devenir sage. Car la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu ; comme il est écrit : «Celui qui surprend les sages dans leurs ruses 1...» el encore : «Le Seigneur connaît les raisonnements des sages ; Il sait qu'ils sont vains ?.» Ainsi, que personne ne mette son orgueil dans des hommes, car tout est à vous, Paul, Apollos ou Képhas, le monde, la vie ou la mort, le présent ou l’avenir, tout est à vous, vous à Christ, Christ à Dieu. On doit donc nous considérer comme ministres de Christ et comme administrateurs des desseins cachés de Dieu. D'ailleurs, ce qu'on demande à des administrateurs, c’est de les trouver fidèles. Pour moi, il m'importe peu d’être jugé par vous ou par un tri- bunal humain. Je m'interdis aussi de me juger moi-même; ma conscience, certes, ne me reproche rien; mais ce n’est pas là ce qui me justifie, mon vrai juge est le Seigneur. Ne portez donc pas de jugement prématuré; attendez que le Seigneur vienne; 11 jettera la lumière sur les choses cachées dans l'ombre ; il mettra en plein jour les volontés des cœurs; alors chacun recevra de Dieu l'éloge qu'il mérite. Si j'ai fait l'application de ces principes à Apollos et à moi- même, frères, c’est à cause de vous; pour que vous appreniez, par notre exemple, à ne pas dépasser de justes limites ὃ et que vous 1 Citation non achevée, Job. 5, 13. Paul ne cite que les mots dont il a besoin. Psaume 94, 11. 3 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : pour que vous appre- niez par notre exemple à pratiquer la maxime : «ne pas dépasser de justes limites ». Paul citerait ici un proverbe familier à ses lecteurs, dont le sens htté- ral est: «rien au delà de ce qui est écrit!» C'est-à-dire : il ne faut jamais dépasser la limite où il convient de s’arrêter, soit qu'il fasse allusion à la Sainte Écriture : N’en faites pas plus que ce que commande l’Écriture elle-même, soit qu'il veuille simplement dire : Sachez garder la mesure; prenez exemple sur nous qui la gardons, τ PREMIÈRE ÉPITRE AUX CORINTHIENS 471 cessiez de vous enfler l’un au-dessus de l’autre et aux dépens d’un tiers. Qui donc t'accorde un privilège? que possèdes-tu que tu n’aies reçu? Si tu as reçu, pourquoi te vanter comme si {u n'avais pas reçu? Vous êtes donc déjà rassasiés! vous êtes donc déjà assez riches! vous êtes donc entrés sans nous dans le Royaume! Ah! que je voudrais que vous y fussiez entrés pour qu'il nous füt pos- sible d'y entrer avec vous! Je pense, en effet, que Dieu a fait de nous autres apôtres les derniers des hommes et, pour ainsi dire, de malheureux condam- nés à mort, puisque nous sommes donnés en spectacle, comme à l’amphithéâtre, au monde, aux anges et aux hommes. Nous sommes des fous à cause de Christ, vous, des sages en Christ! nous sommes faibles, vous êtes forts! vous êtes honorés, nous sommes obscurs! Jusqu'à cette heure, nous souffrons la faim, la soif, le dé- nüment, nous sommes insultés, nous menons une vie errante, nous travaillons sans relâche de nos mains ; on nous maudit, et nous bénissons ; on nous persécute, et nous supportons ; on nous injurie, et nous exhortons ; nous sommes, pour ainsi dire, les balayures du monde, le rebut de tous jusqu'à présent ! Je ne vous écris pas cela pour vous faire honte, mais je vous avertis comme mes enfants bien-aimés. Car eussiez-vous des mil- liers de maitres en Christ, vous n'avez pas plusieurs pères : c’est moi qui suis votre père en Jésus-Christ par la prédication de l’Évan- gile. Je vous en conjure donc, suivez mon exemple; c'est dans ce but que je vous envoie Timothée, qui est mon fidèle et bien-aimé fils dans le Seigneur ; il vous rappellera quelle route je suis en Jésus- Christ?, et comment j'enseigne partout dans toutes les Églises. Cer- taines gens ont eu l’orgueil de prétendre que je ne viendrai plus vous voir. Je viendrai bientôt, au contraire, s’il plait au"Seigneur, et je connaîtrai les orgueilleux, non à ce qu'ils disent, mais à ce 1 Littéralement : au monde, aussi bien anges qu'hommes. Ges deux mots anges et hommes sans article dans le texte résument ce «monde» auquel lPapôtre est donné en spectacle. ? Quelques anciens manuscrits lisent : je suis en Christ. 7, 4 16 17 18 19 [Re 6 472 LE NOUVEAU TESTAMENT qu'ils font. Car le Royaume de Dieu ne se fonde pas avec des pa- roles, mais avec des actes. Que préférez-vous? que je vienne chez vous avec une verge ou avec amour et dans un esprit de douceur? On dit partout qu’il y a chez vous un cas de fornication, et de fornication telle qu'on n’en voit pas parmi les païens : Quelqu'un vivrait avec la femme de son père! Et vous vous laissez enfler d’orgueil! et vous ne portez pas plutôt le deuil! et vous n'avez pas chassé de votre sein celui qui ἃ commis une telle action! Eh bien, moi, absent de corps, mais présent en esprit, j'ai déjà jugé comme si j'étais présent celui qui a péché de la sorte: Au nom de notre Seigneur ! Jésus, vous et mon esprit étant réunis, avec le pouvoir de notre Seigneur Jésus, je livre un tel homme à Satan pour la mortification de sa chair, afin que son esprit soit sauvé au jour du Seigneur Jésus. Il n’est pas beau, votre sujet d’orgueil! Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte? Jetez donc le vieux levain pour être une pâte nouvelle; aussi bien devez-vous être sans levain, puisque notre agneau pascal, Christ, ἃ été immolé. Célébrons donc la fête, non avec du vieux levain, du levain de méchanceté et de perversité, mais avec les pains azymes de la pureté et de la vérité. Je vous ai écrit dans ma lettre? de ne point avoir de relations avec les impurs. Je ne parlais pas absolument des impurs qui vivent dans le monde, ou des rapaces, avares ou idolâtres, çar pour cela il vous faudrait sortir du monde. Mais je vous ai écrit de ne point avoir de relations avec celui qui, se nommant votre frère, serait ou impur, ou rapace, ou idolâtre, ou calomniateur, ou ivrogne, ou avare, de ne pas même vous mettre à table avec un homme pareil! Est-ce à moi de juger les gens du dehors? Ce sont ceux du dedans, n'est-ce pas, que vous avez à juger? Ceux du 1 Quelques anciens manuscrits lisent: au nom du Seigneur. 5. Une première lettre aux Corinthiens qui n’est pas parvenue jusqu’à nous. À ; ͵ TNVd INIVS 44 SH9VAOA SA ALUVI *10498qU9SIT SIA SIC ‘10Jde3S ‘up 18d ‘per ‘juoweyso JL ΠΌΘΛΤΟΝ ‘AT A dE a, FOHON LD A Whavsnuar À 7090 2 | yreptese) .m ἤ és 4 Fa) . seue(] Ο vos le ᾿ de à DO oo 1 das - αὶ syodI1%= τ x 299/p0D > Li a12n8/9 0 à ΘηΌΟΙ3 πο a! E/4 nt δ : g — Ὧν EXO AUS 9 Ὧ Le £ τ Ἶ = PREMIÈRE ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS 473 dehors Dieu les jugera. «Retranchez le coupable du milieu de vous !/1» | Osez-vous bien, quand vous avez une affaire entre vous, en appeler au jugement des païens et non à celui des fidèles? Ne savez-vous pas que les fidèles jugeront le monde? Et si le monde doit être jugé par vous, seriez-vous incapables de rendre des juge- ments de moindre importance? Ne savez-vous pas que nous juge- rons des anges? Et nous ne jugerions pas des questions d'intérêt ! Quand vous avez entre vous des questions d'intérêt, vous vous adressez à ceux que l’Église méprise; et vous les constituez Juges ?! Ainsi, je le dis à votre honte, 1] n'y ἃ pas parmi vous un seul homme intelligent qui soit capable d’être juge entre ses frères! Mais un frère est en procès avec un-frère et cela devant des infidèles! C'est déjà un bien grand dommage que vous ayez des procès entre vous. Pourquoi ne souffrez-vous pas plutôt l'injustice? Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt dépouiller? mais c’est vous-mêmes qui êtes injustes, spoliateurs, et cela envers des frères! Ne savez-vous donc pas que les injustes ne seront point héritiers du Royaume de Dieu? Ne vous y trompez pas: n1 impurs, ni idolâtres, ni adultères, ni débauchés efféminés et infâmes, ni voleurs, ni rapaces, ni ivrognes, ni Calomniateurs, ni avares ne seront héritiers du Royaume de Dieul Et cela vous l’étiez, quelques-uns, mais vous avez été purifiés; mais vous avez été sanctifiés; mais vous avez été justifiés, au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l'Esprit de notre Dieu! «Tout m'est permis ἢ», — mais tout n’est pas opportun. «Tout m'est permis», — mais, mOi, je ne me laisserai dominer par rien. 1 Deutéronome 17, 7. ᾿ 2 On peut traduire aussi: Adressez-vous aux plus humbles de l'Eglise et constituez-les luges. 3 «Tout nest permis ». Paul cite ici une parole qu’il avait prononcée devant les Corinthiens et que ceux-ci répétaient, y trouvant l’excuse de leurs excès. ςο ά 0 -- 10 1 [2] CO 0 ΠΡ “1 μ᾿" LE NOUVEAU TESTAMENT Les aliments sont pour l'estomac et l'estomac pour les aliments, mais Dieu mettra fin à l’un comme aux autres. Le corps n'est pas pour l’impureté, mais pour le Seigneur et le Seigneur pour le corps. Dieu a ressuscité le Seigneur et il nous ressusèitera aussi par sa puissance. Ne savez-vous pas que vos corps sont membres de Christ? Arra- cherai-je donc les membres du Christ, pour en faire les membres d'une prostituée? À Dieu ne plaise! Ne savez-vous pas que celui qui s’unit à une prostituée est un même corps avec elle? car il est dit: «/ls seront deux dans une chair.» Celui qui s’unit au Seigneur est un même esprit avec lui. Fuyez l’impureté! Tout autre péché que l’homme commette, se fait hors du corps; celui qui se livre à l’impureté pèche contre son propre corps. Ne savez-vous pas que vos corps sont le temple du saint Esprit qui est en vous, et que vous tenez de Dieu, et que vous n'êtes plus à vous-mêmes 5 ἢ Car vous avez été achetés à un grand prix. Glorifiez donc Dieu dans vos corps. Voici ma réponse * aux divers sujets de votre lettre : L'homme fait bien de renoncer au mariage “. Cependant, pour évi- ter tout dérèglement, que chaque homme ait sa femme, que chaque femme ait son mari; que le mari remplisse ses devoirs envers sa femme, et la femme envers son mari. Le corps de la femme ne lui appartient pas, il est à son mari. De même le corps du mari ne lui appartient pas, il est à sa femme. Ne refusez pas d’être l’un à l’autre, sauf d’un commun accord et momentanément pour vaquer à la prière ; puis retournez ensemble, de peur que Satan ne se serve de votre incontinence pour vous tenter. En parlant ainsi, je vous 1 Genèse 2, 24.. 2 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : ef que vous tenez de Dieu? Et vous n'êles plus à vous-mêmes. j 3 Ces mots : voici ma réponse, sont sous-entendus dans le texte. 4 Littéralement : de ne pas Loucher de femme. H s’agit ici du mariage. PREMIÈRE ÉPITRE AUX CORINTHIENS LE 5 οι fais une concession, je ne vous donne pas d'ordre. Je voudrais ! que tous les hommes fussent comme moi : mais chacun reçoit de Dieu son don particulier, l’un celui-ci, l’autre celui-là. Je dis aux hommes non mariés et aux veuves : il est bon que vous restiez ainsi, comme moi. Mais si vous ne pouvez vous astreindre à la continence, mariez-vous. Car il vaut mieux se marier que de brüler. À ceux qui sont mariés, j'ordonne ceci (non pas moi, mais le Seigneur) : que la femme ne se sépare point de son mari (si elle s'en trouvait séparée, qu'elle reste sans se remarier ou qu’elle se réconcilie avec lui); que le mari ne répudie point sa femme. Aux autres je dis (moi, non le Seigneur) : si un frère ἃ pour femme une païenne et qu'elle consente à vivre avec lui, qu'il ne divorce pas. Et si une femme ἃ pour mari un païen et qu'il con- sente à vivre avec elle, qu'elle ne divorce pas. Car la femme a rapproché des fidèles son mari païen; le frère a rapproché des fidèles sa femme païenne; si cela n’était pas, vos enfants seraient hors de l'Église, tandis qu'ils sont au nombre des fidèles. Si la partie païenne veut se séparer, qu'elle se sépare! dans ce cas, le frère ou la sœur ne sont pas liés, quoique Dieu vous ? ait appelés à vivre en paix. Sais-tu, en effet, femme, si tu ne sauveras pas ton mari? Sais-tu, mari, si tu ne sauveras pas ta femme? En général, chacun doit garder la part que le Seigneur lui ἃ faite, rester là où il était quand Dieu l’a appelé. C'est à ce que j'ordonne dans toutes les Églises. As-tu été appelé circoncis? ne dissimule pas ta circoncision; as-tu été appelé incirconcis? ne te fais pas circoncire. La circoncision n'est rien, l'incirconcision n'est rien, mais l'observation des commandements de Dieu #.… Chacun doit rester là où il était quand 1] ἃ été appelé. As-tu été appelé esclave? ne t'en soucie pas, et alors même que tu 1 Littéralement : Je veux que tous les hommes soient comme moi. 2 Plusieurs anciens manuscrits lisent: nous. 3 Phrase inachevée, Paul veut dire sans doute l'observation des commande- ments de Dieu est tout. 7, 1 10 11 16 26 tQ “1 476 LE NOUVEAU TESTAMENT pourrais te libérer, reste plutôt esclave, car l’esclave appelé au Seigneur est l’affranchi du Seigneur, et de même, l’homme libre appelé est l’esclave de Christ. Vous avez été achetés un grand prix; ne devenez pas esclaves des hommes, et que chacun, mes frères, reste devant Dieu là où il était quand il a été appelé. Pour ceux ou celles qui sont vierges, je n’ai point reçu d'ordre du Seigneur; mais je donne mon opinion comme étant, par la miséricorde du Seigneur, digne de confiance. Je crois qu'il vaut mieux, puisque la crise finale est imminente, oui, je crois qu'il vaut mieux pour l’homme rester comme il est. Es-tu engagé avec une femme? ne cherche pas à rompre; n’as-tu aucun engagement? ne cherche point de femme. Si cependant tu te maries, ce n’est pas un péché; et si une vierge se marie, ce n'est pas un péché. Mais ceux qui font cela auront des souffrances dans cette vie, et moi je voudrais les leur épargner. Je vous assure, frères, que le temps est court; voici ce qui reste à faire : que ceux qui ont des femmes soient comme n'en ayant pas; ceux qui pleurent comme ne pleurant pas; ceux qui se réjouissent comme ne se réjouissant pas; ceux qui achètent comme ne possé- dant pas; ceux qui usent de ce monde, comme n'en usant abso- lument pas; car la figure de ce monde passe! 1 Je voudrais que vous n’eussiez pas de soucis mondains : or, l’homme non marié a le souci des affaires du Seigneur; il cherche à plaire au Seigneur. L'homme marié a le souci des affaires de ce monde ; il cherche à plaire à sa femme. Il y a la même différence entre la femme mariée et la vierge : la vierge a le souci des affaires du Seigneur, afin d’être sainte de corps et d’esprit?; mais la femme mariée a le souci des affaires de ce monde; elle cherche à plaire à 1 La figure de ce monde passe, expression devenue proverbiale, qui signifie ici: le monde visible va bientôt passer. Paul vient de parler de la crise finale qui est imminente et du temps qui est court jusqu'à l'avènement de Jésus-Christ. 2 On peut lire aussi, d’après quelques anciens manuscrits et une autre ponc= tuation : il cherche à plaire à sa femme et il est partagé. La femme non ma riée et la vierge ont le souci des affaires du Seigneur, afin d'être saintes de corps et d'esprit. = PREMIÈRE ÉPITRE AUX CORINTHIENS 477 son mari. Je vous dis cela dans votre intérêt, non pour vous tendre un piège; je vous le dis en vue des convenances et de ce qui est le plus propre à vous attacher sans distraction au culte du Seigneur. Si cependant quelqu'un pense qu’il y a des inconvénients pour sa fille à passer l’âge du mariage, et s'il croit devoir agir en con- séquence, qu’il fasse ce qu'il voudra! Ce n'est pas un péché, qu'on se marie! Mais celui qui a pris dans son cœur une résolution inébranlable sans subir aucune contrainte, maître de faire ce qu'il veut, oui, qui ἃ décidé dans le fond de son cœur de garder sa fille vierge, fait bien. Ainsi celui qui marie sa fille fait bien, celui qui ne la marie pas fait mieux. Une femme est liée aussi longtemps que son mari est vivant. Si le mari vient à mourir, elle est libre de se remarier avec qui elle veut, seulement que ce soit dans le Seigneur. Cependant elle est plus heureuse si elle reste comme elle est; c’est mon opinion; et je crois!, moi aussi, avoir l'Esprit de Dieu. Sur la question des viandes offertes en sacrifice aux idoles, tous, nous le savons, nous sommes éclairés. (Ëtre éclairé rend orgueil- leux, c’est l’amour qui édifie ?); — si quelqu'un s’imagine être éclairé sur quelque chose, il n’est pas encore éclairé comme 1] faudrait l'être, mais si quelqu'un ἃ de l’amour pour Dieu, Dieu est éclairé sur Jui —).. | Ainsi donc sur la question : Peut-on manger des viandes offertes en sacrifice aux idoles? nous savons qu'il n’y a pas d’idoles au monde, et qu'il n y a qu'un seul Dieu, qu'il n y en ἃ pas d'autre. Il y a bien de prétendus dieux qui seraient les uns au ciel, les autres sur la terre, et il y aurait ainsi plusieurs dieux et plusieurs seigneurs, mais nous n'avons qu'un seul Dieu, le Père, d’où tout 1 Un des plus anciens manuscrits lit : car je crois, etc. 2 On traduit d'ordinaire: la science enfle, l'amour (ou la charité) édifie; traduction passée en proverbe, qui est littérale sans doute, mais inexacte, L’apôtre n’a point condamné la science. En employant le verbe étre éclairé, nous croyons rendre exactement sa pensée dans ce passage. 96 27 38 99 40 "1 10 ΕΘ ῶτ 478 LE NOUVEAU TESTAMENT vient et pour lequel nous sommes; nous n'avons qu'un seul Seigneur Jésus-Christ, par lequel tout existe et, nous aussi, nous sommes par lui. Mais tous ne sont pas éclairés; quelques personnes ont gardé leurs anciennes idées sur l’idole; elles croient manger d’un sacrifice fait à une idole réelle, et, par suite de cette faiblesse, leur conscience perd sa pureté. Or, ce n’est pas la manière dont nous nous nour- rissons qui nous rendra agréables à Dieu; que nous mangions de ceci, que nous ne mangions pas de cela, nous n’y perdons, nous n'y gagnons rien; mais prenez garde que votre force mème ne soit la pierre d’achoppement des faibles; si l’on te voit, toi qui es éclairé, à table dans un temple païen, celui dont la conscience est faible ne sera-t-il pas porté à manger de la viande sacrifiée aux idoles? et il se perd alors, parce que toi tu es éclairé, cet homme faible, ce frère pour lequel Christ est mort! En étant ainsi cou- pables envers des frères, en blessant leur conscience qui est faible, vous vous rendez coupables envers Christ lui-même. Voilà pour- quoi, si la viande que je mange scandalise 1 mon frère, je renoncerai pour toujours à manger de la viande, afin de ne pas scandaliser mon frère. | Ne suis-je pas libre? ne suis pas apôtre? n'ai-je pas vu Jésus notre Seigneur? N'êtes-vous pas mon œuvre dans le Seigneur? Si pour d’autres je ne suis pas apôtre, au moins le suis-je pour vous, Car le sceau de mon apostolat c'est vous qui l’êtes dans, le Seigneur, et mon apologie auprès de ceux qui me mettent en cause, la voila. N’aurions-nous pas le droit de manger et boire à vos frais? N'aurions-nous pas le droit de mener partout avec nous une femme sœur comme les autres apôtres, comme les frères du Seigneur, comme Képhas? Barnabas et moi, sommes-nous seuls à ne pas avoir le droit de nous dispenser de travailler? Qui a jamais fait son ser- 1 Sur le mot scandalise, voir note sur Matth. 18, 0, 7, PREMIÈRE ÉPITRE AUX CORINTHIENS 479 vice militaire à ses propres frais? Plante-t-on une vigne pour n’en pas manger le fruit? Fait-on paître un troupeau sans se nourrir de son lait? Est-ce que je ne vous indique là que les usages du monde? La Loi même ne dit-elle pas la même chose? Dans la Loi de Moïse 1] est écrit : « Tu ne muselleras pas le bœuf qui foule le blé.» Est-ce que Dieu s'occupe des bœufs? Ne dit-il pas cela exclusivement pour nous? Oui, c’est pour nous que cette parole a été écrite. Elle signifie que celui qui laboure la terre et celui qui bat le blé doivent le faire avec l'espérance d’en avoir leur part. Nous avons semé chez vous la semence spirituelle, serait-ce beaucoup de cueillir quelque chose de votre temporel? Si d’autres se sont donné ce droit sur vous, ne l’aurions-nous pas à plus forte raison? Eh bien, nous n'avons pas usé de ce droit; au contraire, nous supportons tout pour ne créer aucun obstacle à l'Évangile du Christ! Ignorez-vous que ceux qui font le service sacré sont nourris par le Temple? que ceux qui sont occupés à l'autel sont les com- _mensaux de l’autel? De même le Seigneur ἃ ordonné à ceux qui annoncent l'Évangile de vivre de l'Évangile. Eh bien, moi, je n’ai usé d'aucun de ces droits. Je n'écris pas cela pour que vous m'en fassiez jouir désormais, car j'aimerais mieux mourir que de me laisser enlever ce sujet de . gloire. En effet, ce n’est pas prêcher l'Évangile qui est mon sujet de gloire. C’est une obligation qui m'est imposée et malheur à moi si je ne prêche pas l'Évangile! Ah! si je le prêchais de mon propre mouvement, j'aurais un mérite, mais si Je le prèche par ordre, c’est un ministère qui m'est confié. Quel est alors mon mérite? c'est qu'en évangélisant je prèche l'Évangile gratis, de sorte que je n'use pas des droits que j'ai au nom de l'Évangile. Étant libre de tous, je me suis fait esclave de tous, pour en gagner un plus grand nombre. Je me suis fait Juif pour les Juifs, afin de gagner les Juifs; à ceux qui sont sous l'autorité de la Loi, je me suis présenté comme étant sous l'autorité de la Loi (quoique je ne fusse pas sous cette autorité), afin de gagner ceux qui sont 1 Deutéronome 25, 4. 10 16 20 27 480 LE NOUVEAU TESTAMENT sous l’autorité de la Loi. Avec ceux qui ne sont pas sous l’autorité de la Loi, j'ai été sans Loi (quoique je ne fusse pas hors de la vraie Loi de Dieu, étant dans la Loi de Christ), afin de gagner ceux qui ne sont pas sous l’autorité de la Loi. Pour les faibles, j'ai été faible afin de gagner les faibles. J’ai été tout à tous pour en sauver un certain nombre de toutes les manières. Et tout cela je le fais à cause de l'Évangile, afin d'en avoir ma part. Ne savez-vous pas que dans les courses du stade tous courent, mais qu'un seul remporte le prix? Courez de manière à le rem- porter. Ceux qui doivent concourir aux jeux s'imposent de rigou- reuses abstinences ; et c’est pour recevoir une couronne périssable ; nous, faisons de même pour une couronne impérissable. Pour moi, voici comment je cours: je ne vais pas à l’aventure; voici comment je me bats: je ne frappe pas dans le vide; mais je meurtris mon corps et je le rends esclave, de peur qu'après avoir fait le héraut pour les autres je ne sorte de la lice rejeté. Je ne veux pas vous laisser ignorer, frères, que nos pères ont tous été sous la nuée, qu'ils ont tous passé à travers la mer, que tous, en Moïse, ont reçu le baptême dans la nuée et dans la mer, que tous ont mangé du même aliment spirituel, que tous ont bu du même breuvage spirituel (en effet ils buvaient à un rocher spi- rituel qui les suivait, ce rocher c'était le Christ). Cependant la plupart d’entre eux ne furent point agréables à Dieu, puisque le désert était jonché de leurs corps. Ces événements sont des figures prophétiques pour nous afin que nous ne convoitions point le mal, comme eux l’ont convoité. Ne devenez pas idolâtres comme quelques-uns d’entre eux, ainsi qu'il est écrit : « Le peuple s’assit pour manger et boire et ls se levèrent pour danser.» Ne vous adonnez pas à l’impureté, comme quelques-uns d’entre eux s’y sont adonnés, et, en un seul jour, il en tomba vingt-trois mille. Ne tentez pas le Seigneur, comme quelques-uns d’entre eux l'ont tenté, et les serpents les 1 Exode 32, 6. se τ ανιολδη) μὴ, -c. 5. + PIE «À ΚΑ nid "7 » PREMIÈRE ÉPITRE AUX CORINTHIENS 481 firent périr; ne murmurez pas comme quelques-uns d’entre eux ont murmuré et l’exterminateur les fit périr. Ces événements sont des figures prophétiques, ils ont été écrits pour notre instruction à nous qui vivons à la fin du monde. Que celui donc qui croit être debout, prenne garde de tomber! Vous n'avez été exposés à aucune épreuve surhumaine, et Dieu est fidèle, il ne permettra pas que vous soyez éprouvés au delà de vos forces, mais, avec l'épreuve, il vous enverra le moyen d'en sortir et de pouvoir la supporter. Pour ces raisons, mes biens- aimés, fuyez l'idolâtrie. Je vous parle comme à des personnes raisonnables, Jugez vous- mêmes de ce que je dis. La coupe de bénédiction que nous bénis- sons n'est-elle pas une communion avec le sang du Christ? Le pain que nous rompons n'est-il pas une communion avec le corps du Christ? Il n’y ἃ qu’un seul pain; de même, si nombreux que nous soyons, nous ne formons qu'un seul corps; car tous nous avons notre part de ce seul pain. Voyez chez le peuple d'Israël; ceux qui mangent des victimes sacrifiées sont, n'est-ce pas, en communion avec l'autel? Que veux-je dire? que la viande sacrifiée aux idoles ait quelque valeur? que l'idole ait quelque valeur? . Certes non, mais les sacrifices des païens ! «Sont faits aux démons et non à Dieu? », et je ne veux pas que vous soyez en communion avec les démons. Vous ne pouvez pas boire à la fois à la coupe du Seigneur et à la - coupe des démons; vous ne pouvez prendre part à la table du Seigneur et à la table des démons. Voudrions-nous irriter le Sei- gneur ? Sommes-nous plus forts que lui? «Tout est permis» Ὁ, mais tout n'est pas opportun; «tout est permis», mais tout n'édifie pas. Que personne ne cherche son 1 Les mots des paiens sont sous-entendus dans le texte; ils se trouvent d’ail- leurs exprimés dans quelques anciens manuscrits. 2 Deut. 32, 17. 3 Toul est permis. Voir note sur 6, 12. 51 10, 10 13 14 47 18 19 23 24 10, 95 4 σι 482 LE NOUVEAU TESTAMENT propre intérêt, mais celui d'autrui. Tout ce qu’on vend à la bou- cherie, mangez-le sans faire d'enquête par motif de conscience, car «La terre et tout ce qu’elle contient sont au Seigneur »1.: Si un des païens vous invite et que vous vouliez y aller, tout ce qui vous est offert, mangez-le sans faire d'enquête par motif de conscience. Mais si quelqu'un vous dit : «Ceci a été offert en sacrifice », alors n’en mangez pas à cause de celui qui vous avertit, et aussi à cause de la conscience : la conscience, dis-je, non la vôtre, mais celle d'autrui. — Mais pourquoi ma liberté serait-elle critiquée par une autre conscience que par la mienne? Si je mange avec actions de grâces, pourquoi serais-je blämé pour une chose dont je rends grâces?? — Soit donc que vous mangiez, que vous buviez, que vous fassiez quoi que ce soit, faites tout à la gloire de Dieu. Ne scandalisez ni les Juifs, ni les Grecs, ni l'Église de Dieu; comme moi qui, en tout, m'accommode à tout le monde, ne cherchant pas ce qui m'est agréable à moi, mais ce qui l’est au plus grand nombre, afin qu'ils soient sauvés. Imitez mon exemple, comme moi celui de Christ. Je vous loue de ce que vous vous souvenez de moi en toutes choses, et de ce que vous observez les instructions que je vous ai transmises. Cependant je veux que vous sachiez ceci : Le chef de tout homme, c’est le Christ; le chef de la femme, c'est l’homme; le chef du Christ, c'est Dieu. Tout homme qui prie ou prophétise la tête couverte, déshonore son chef, et toute femme 1 Psaume 24, 1. 2? Paul se pose ici à lui-même deux questions qui sont deux objections à ce qu'il vient de dire. La réponse, qu’il ne donne pas, n’est pas douteuse. En théorie, Ja liberté chrétienne n’est génée par rien. « Tout est permis »; mais en pratique, et en face d’une conscience timorée, le devoir envers le prochain prime tout. 3 La tête couverte, déshonore son chef. I n’y a en grec qu'un seul mot pour désigner la tête (partie du corps) et le chef (le supérieur). Le chef de tout homme, c’est le Ghrist; dit Paul, Le chef de la femme, c’est l’homme; le chef du Christ, c’est Dieu; et pour dire Le chef il a employé le mot La tête dont ila besoin quand il recommande ensuite à l’homme de prier La tête découverte et à la femme de prier la têle voilée. PREMIÈRE ÉPITRE AUX CORINTHIENS 483 qui prie ou prophétise la tête sans voile, déshonore son chef; c’est exactement comme si elle était rasée. Si une femme ne met pas de voile, alors qu'elle se coupe aussi les cheveux; et s’il est honteux pour une femme de se couper les cheveux ou de se raser la tête, qu'elle mette donc un voile! L'homme ne doit pas se voiler la tête, parce qu'il est l’image et la gloire de Dieu; mais la femme est la gloire de l’homme. L'homme n'a pas été tiré de la femme, mais la femme de l’homme, et l'homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l’homme. Voici pourquoi la. femme doit porter sur la tête la marque de sa dépendance : à cause des anges. Néanmoins, dans le Seigneur, la femme n'existe pas sans l'homme, ni l’homme sans la femme. Car si la femme ἃ été tirée de l’homme, l’homme naît de la femme, et tout vient de Dieu. Jugez-en vous-mêmes; est-il convenable qu'une femme prie Dieu sans être voilée? Un sentiment naturel ne vous enseigne-t-il pas qu'il est honteux à l’homme de laisser croître ses cheveux? tandis que si la femme les laisse croître c’est un honneur, car la cheve- lure lui ἃ été donnée en guise de voile. Si quelqu'un aime ces sortes de discussions, nous n'avons pas cette habitude, et les Églises de Dieu non plus. En vous faisant cette recommandation, je ne vous loue pas non plus ! de ce que vos réunions, loin de vous faire du bien, vous font du mal. D'abord, on me dit que lorsque vous vous réunissez en assemblée, il y ἃ des divisions parmi vous. Je le comprends jusqu’à un cer- tain point; il faut bien qu'il y ait divers partis parmi vous, pour qu’on reconnaisse ceux d’entre vous qui tiennent bon. Mais quand vous vous réunissez, ce n'est pas le vrai repas du Seigheur que vous prenez; quand vous vous mettez à table, chacun commence par prendre la nourriture qui lui appartient, et alors l’un souffre de la faim et l’autre mange avec excès. N’avez-vous pas vos maisons, 1 Deux anciens manuscrits lisent : Je vous fais cette recommandation en ne vous louant pas non plus, etc. 6, 11 1 © ὦ 16 17 18 19 20 21 12 [ne 12,41 [Se] ζ 484 LE NOUVEAU TESTAMENT s'il ne s’agit que de manger et de boire? ou bien méprisez-vous l'Église de Dieu? voulez-vous insulter les indigents? que dois-je vous dire? faut-il vous louer? sur ce point-là je ne vous loue pas. Pour moi, j’ai reçu, de la part du Seigneur, ce que je vous ai transmis, savoir que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain et, qu'après avoir rendu grâces, il le rompit et dit: «Ceci est mon corps qui est pour vous, faites ceci en mémoire de moi.» Après le repas il prit, de même, la coupe, en disant : «Gette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, faites ceci, toutes les fois que vous boirez, en mémoire de moi.» Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne. C’est pour- quoi celui qui mangerait le pain ou boirait la coupe du Seigneur indignement, se rendrait coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Que chacun s’examine donc soi-même et qu'ensuite il mange du pain et boive de la coupe; car celui qui mange et qui boit, mange et boit son propre jugement s’il ne reconnaît pas le corps du Seigneur. Voilà pourquoi il y a parmi vous beaucoup de gens débiles et malades, et que plusieurs personnes meurent. Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés; Mais les jugements du Seigneur sont des châtiments qui nous préservent d’être condamnés avec le monde. Ainsi donc, mes frères, quand vous vous réunissez pour un repas, attendez-vous les uns les autres. Si quelqu'un a faim, qu'il mange chez lui, afin que vos réunions ne tournent pas à votre condamnation. Je réglerai le reste à mon arrivée, Sur la question de l'inspiration, je ne veux pas. frères, vous laisser dans l'ignorance. Vous savez que, lorsque vous étiez païens, vous vous laissiez entrainer, comme au hasard, vers les idoles muettes. Je vous apprends donc que personne, dirigé par l'Esprit de Dieu, ne dit: «Maudit Jésus», et personne ne peut dire : «Seigneur Jésus» que par l'Esprit saint. PREMIÈRE ÉPÎITRE AUX CORINTHIENS 485 Il y ἃ différents dons de la grâce, mais l'Esprit est le même. I] y ἃ différentes fonctions, mais le même Seigneur. Il y a différentes manières d'agir, mais c’est le même Dieu qui opère tout en tous. En chacun l'Esprit se manifeste par le don le plus utile à tous. En effet, à l’un l'Esprit donne une parole de sagesse; à l’autre le même Esprit donne une parole de science; le même Esprit donne à un autre la foi; à un autre le même Esprit accorde le don de guérison; un autre opère des miracles; un autre prophétise; un autre distingue les esprits; l’un parle certaines langues; l’autre interprète ces langues. Tout cela est l'ouvrage d’un seul et même Esprit, distribuant à chacun ses dons comme il lui plaît. Il y ἃ un seul corps et plusieurs membres, et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu'un corps; eh bien, il en est de même pour le Christ. Car nous avons tous été baptisés d’un seul et même Esprit pour ne former qu'un corps. Juifs ou Grecs, esclaves ou libres, c’est un seul et même Esprit qui ἃ étanché notre soif. Or le corps n’est pas formé d’un seul membre, mais de plusieurs. Si le pied disait: comme je ne suis pas une main, je ne fais pas partie du corps, en ferait-il moins partie pour cela? Et si l'oreille disait : comme je ne suis pas un œil, je ne fais pas partie du corps, en ferait-elle moins partie pour cela? Si le corps entier était l'œil, où serait l’ouïe? s’il était l’ouïe, où serait l’odorat? Mais Dieu ἃ disposé les membres dans le corps, chacun comme il ἃ voulu. Si le tout ne formait qu'un membre, y aurait-il un corps? Il ÿ ἃ donc plusieurs membres et un seul corps. L’œil ne peut dire à la main: je n’ai pas besoin de toi; ni la tête aux pieds: je n’ai pas besoin de vous. Il y ἃ plus : les membres que l’on croit les plus faibles sont très nécessaires. Ceux que l’on croit les moins respectables, sont au fond ceux que nous respectons le plus; ceux qui ne sont pas décents, sont le plus décemment traités; ceux qui sont décents par eux-mêmes, n’en ont pas besoin. Dieu ἃ ainsi arrangé le corps, faisant respecter davantage ce qui n'est pas respectable en soi, 10 1 13 12 13, 25 26 27 30 91 [Se] 486 LE NOUVEAU TESTAMENT pour éviter les divisions entre les membres et leur donner un souci réciproque les uns des autres. Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui; si un membre reçoit des honneurs, tous les membres en ont de la joie. Vous, vous êtes le corps de Christ et, chacun pour sa part, un de ses membres; et ceux que Dieu a placés dans l’Église sont premièrement les apôtres, secondement les prophètes, troisième- ment les docteurs, ensuite ceux qui font des miracles, puis ceux qui ont le don de guérison, le don des œuvres de charité, des soins administratifs, ou le don de parler en langues de toutes sortes. Tous sont-ils apôtres ? tous prophètes? tous docteurs? tous font-ils des miracles? tous ont-ils le don de guérison? tous parlent-ils en langues étrangères! tous savent-ils les interpréter? Ambitionnez les plus grands de tous les dons! Je vais, cependant, vous montrer un chemin qu'il faut suivre de préférence. Quand je parlerais toutes les langues des hommes, quand je parlerais même toutes celles des anges, si je n’ai point l'amour, je ne suis qu'un airain sonnant ou une Cymbale retentissante. Quand j'aurais le don de prophétie, quand je connaîtrais tous les mystères, quand je posséderais toute science, quand j'aurais la foi parfaite pour transporter les montagnes, si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien ! Je distribuerais tous mes biens, je livrerais mon corps aux flammes ?, si je n’ai pas l'amour, cela ne me sert de rien! L'amour est patient; l'amour est bienveillant; l’amour ne con- naît ni l'envie, ni la présomption, ni l’enflure ; il n’est pas malhon- nête; il n’est pas égoïste; il ne s'irrite pas ; 1l ne pense pas à mal; il ne se plaît pas à l'injustice; il se plaît au contraire à la vérité; il souffre tout; 1l croit tout; il espère tout; 11 supporte tout. L'amour n’a pas de décadence. Les prophéties? elles dispa- raîtront ; les langues? elles cesseront; la science? elle disparaîtra ; 1 Etrangères, voir note sur 14, 2. 2 Trois des plus anciens manuscrits et d’ancien nes autorités lisent: Je livrerais mon corps afin d'en tirer gloire... ete. = PE ET NS να, À ni Li r LE ΣΟ M CN PREMIÈRE ÉPITRE AUX CORINTHIENS 487 car notre science est limitée et notre don de prophétie est limité et quand le parfait viendra, ce qui est limité disparaîtra. Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant; quand je suis devenu homme, J'ai laissé là les façons de l'enfant. Aujourd’hui, nous voyons au moyen d’un miroir 1, confusément; alors, nous verrons face à face. Aujourd'hui, ma science est limitée; alors, je connaîtrai .comme j'aurai été connu. En somme, il reste la foi, l'espérance, l'amour, trois grandes choses: mais la plus grande des trois est l'amour ; proposez-vous l’amour ! Ambitionnez aussi les dons spirituels, surtout le don de pro- phétie. Celui qui parle en langue étrangère? ne parle pas aux hommes, mais à Dieu, car personne ne le comprend; par l'inspiration de l'Esprit, il dit des mystères; tandis que celui qui parle comme prophète s'adresse aux hommes, il les édifie, les exhorte et les console. _ Celui qui parle en langue étrangère n’édifie que lui-même, tandis que celui qui parle comme prophète édifie l'Église. Je veux bien que vous parliez tous en langues étrangères, mais je préfère que vous parliez comme prophètes. Le prophète est plus grand que celui qui parle en langues étrangères, sauf le cas où celui-ci s’in- terprète lui-même, pour que l'Église soit édifiée. En quoi vous serai-je utile si, par exemple, je viens chez vous, freres, et que je vous parle en langues étrangères sans vous parler d'après une révélation comme prophète ou selon mon savoir 1 Ou: à travers un miroir. ? Langue étrangère. Le mot étrangère ne se trouve pas dans le texte et l’ex- pression que nous adoptons faute de mieux : parler en langue étrangère, ne rend que très imparfaitement ce que l’apôtre entend par : parler en langue. Il s’agit ici d’un don spécial qui semble avoir consisté soit à pousser des exclama- tions, soit à prononcer des mots, soit enfin à dire des phrases entières, mais qui wétaient pas intelligibles sans interprétation. Il ne faut pas confondre ce : «parler en langue» ou: «en langues » avec le don des langues dont il est question au chapitre 2 des Actes des Apôtres. HO σι 14, 7 10 11 488 LE NOUVEAU TESTAMENT comme docteur? Il en est comme de ces instruments de musique inanimés, la flûte, la cithare; s'ils ne rendent pas un son distinct, comment reconnaître ce qui est joué sur la flûte de ce qui est joué sur la cithare? Et si la trompette rend un son confus, qui se préparera au combat? De même, si votre langue ne donne pas de sons nettement articulés, comment savoir ce que vous dites? vous ne ferez que frapper l'air ! Il y a, on le dit du moins, tant de langues différentes dans le monde, et pourtant chacune ἃ sa signification; mais si je ne sais pas le sens de tel idiome, je serai un étranger pour celui qui le parle, et celui qui le parle sera un étranger pour moi. Il en est de même de vous, puisque vous ambitionnez le don d'inspiration, cherchez à y exceller pour l'édification de l’Église. Celui donc qui parle en langue étrangère doit prier pour qu’il lui soit donné de s’interpréter; car si je prie en langue étrangère, je prie par une inspiration de l'Esprit, mais mon bon sens reste stérile. Que ferai-je alors? Je prierai par l'inspiration de l'Esprit, je prierai aussi avec mon bon sens; je chanterai par l'inspiration de l'Esprit, je chanterai aussi avec mon bon sens. Si tu rends gloire à Dieu par l'inspiration de l'Esprit, comment veux-tu que celui qui occupe la place du simple auditeur réponde Amen à ton action de grâces, puisqu'il ne sait pas ce que tu dis? Ton action de grâces est sans doute excellente, mais les autres n'en sont pas édifiés. Je parle plus de langues étrangères que vous tous, et j'en bénis Dieu, mais, dans l'Église, j'aime mieux dire cinq paroles avec mon bon sens pour instruire les autres que dix mille paroles en langues étrangères. ' Mes frères, ne soyez pas enfants dans vos jugements, ne restez enfants que s’il s’agit du mal; dans vos jugements, soyez virils. Il est écrit dans la Loi : «C’est dans d'autres langues, C'est par la bouche d'étrangers Que je parlerai à ce peuple, Et, même ainsi, ils ne m'écouteront pas, dit le Seigneur 1.» 1 Ésaie 28, 11, 12. PREMIÈRE ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS 489 Il s'ensuit que les langues étrangères ne sont pas un signe pour les croyants, mais pour les incrédules, et que la prophétie n’en est pas un pour les incrédules, mais pour les croyants. Si, par exemple, l'Église est tout entière réunie dans le même endroit, et que tous parlent en langues étrangères, les simples curieux ou les incrédules qui entreront ne vous croiront-ils pas tous fous? Si, au contraire, tous prononcent des prophéties, l’incrédule ou le simple curieux qui entre se voit repris par tous, jugé par tous; les secrets de son cœur sont dévoilés; il se jettera la face contre terre, 1] adorera Dieu, et il avouera que «Dieu est certainement au milieu de vous» ?. Que faire alors, mes frères? Quand vous êtes réunis, vous avez l’un un cantique, l’autre une leçon, l’autre une révélation, l’autre une langue étrangère, l’autre une interprétation; eh bien que tout se fasse pour l'édification. S'agit-il d’une langue étrangère? que deux frères, trois au plus, prennent la parole et l’un après l’autre, ensuite qu’un seul interprète. S'il n'y ἃ pas là d’interprète, que les frères se taisent dans l'assemblée, qu'ils se parlent à eux-mêmes et à Dieu. De même pour les prophéties : que deux ou trois prennent la parole et que les autres jugent. . Cependant si un frère, assis à sa place, reçoit une révélation, celui qui parle doit se taire. Vous pouvez tous prophétiser, mais chacun _à son tour, pour que tout le monde soit instruit et tout le monde édifié. Le prophète est maître de l'esprit prophétique qui l'anime; Dieu n’est pas le Dieu du désordre, mais le Dieu de la paix. Que vos femmes gardent le silence en public, comme cela se fait dans toutes les communautés des fidèles ὃ; elles n’ont pas la per- 1 Cette phrase est difficile à comprendre. L’apôtre, en disant que les langues étrangères sont un signe pour les incrédules, semble contredire cesqu'il ἃ dit plus haut et ce qu’il va dire immédiatement après. 2 Zaccharie 8, 23. 3 On peut traduire les versets 31, 32, 33, 34 de deux autres manières, d’après deux autres ponctuations : 1° pour que tout le monde soit instruit et tout le monde édifié — (le prophète est maître de l'esprit prophétique qui l'anime; Dieu n’est pas le Dieu du désordre, mais le Dieu de la paix), — comme cela se fait dans toutes les communautés des fidèles. Que vos femmes gardent le silence 26 28 29 30 31 32 34 14, 35 15, 1 90 40 [2 10 490 LE NOUVEAU TESTAMENT mission de parler; elles doivent rester soumises, comme dit la Loi. Si elles désirent s’instruire sur quelque détail, qu’elles interrogent leurs maris chez elles; il n’est pas convenable qu’une femme parle en public. Est-ce de chez vous que la parole de Dieu est partie, ou bien n'est-elle parvenue qu'à vous seuls? Si quelqu'un croit être un prophète ou un homme inspiré, il doit reconnaître que ce que je vous écris là est un commandement du Seigneur !. Si quelqu'un veut l’ignorer, qu'il l'ignore! En résumé, mes frères, ambitionnez le don de prophétie et n’empêchez pas qu’on parle en langues étrangères, mais que tout se passe convenablement et avec ordre. Je vous rappelle, mes frères, l'Évangile que je vous ai prêché, que vous avez aussi accepté, dans lequel vous avez aussi persévéré, et qui aussi vous sauvera si vous le retenez dans les termes mêmes où je vous l'ai prêché; autrement votre foi aurait été vaine. Car je vous ai transmis avant tout ce que J'ai reçu, savoir que Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, qu'il a été enseveli, qu'il est ressuscité le troisième jour, conformé- ment aux Écritures, qu'il est apparu à Képhas, ensuite aux douze. Ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart vivent encore aujourd'hui, et quelques-uns sont morts; ensuite il est apparu à Jacques; ensuite à tous les apôtres; enfin après eux tous, il m'est apparu à moi comme à l’avorton ! Car, moi, je suis le moindre des apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que J'ai persécuté l'Église de Dieu. Mais, par la grâce de Dieu, je suis ce que je suis, et la grâce qu'il n'a faite n’a pas été stérile; au contraire, j'ai plus travaillé qu'eux tous; non pas moi cependant, mais la grâce de Dieu qui est avec en public, elles n'ont pas la permission de parler, ete. 2 Dieu n’est pas le Dieu du désordre, mais le Dieu de la paix; il en est ainsi dans toutes les com= munautés des fidèles. Que vos femmes gardent le silence en PURE, elles n'ont pas la permission. etc. 1 Plusieurs anciens manuscrits omettent commandement et lisent : est du Seigneur. PREMIÈRE ÉPÎITRE AUX CORINTHIENS 491 moi. Ainsi donc, que ce soit moi, que ce soit eux, voilà ce que nous prêchons, et voilà ce que vous avez cru. Eh bien, si l’on prêche que Christ est ressuscité des morts, comment certains d’entre vous disent-ils qu'il n’y a pas de résur- rection des morts? S'il n’y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n'est pas ressuscité, et si Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre prédication, vaine votre foi!, Il se trouve même que nous sommes de faux témoins à l’égard de Dieu, car nous avons témoigné contre lui en disant qu'il a ressuscité le Christ qu’il n’a pas ressuscité puisque, en effet, les morts ne ressuscitent pas. Si les morts ne ressuscitent pas, Christ non plus n’est pas ressuscité. Si Christ n'est pas ressuscité, votre foi est illusoire, vous êtes encore dans vos péchés et, par suite, ceux qui se sont endormis en Christ ont péri. Si notre espoir dans le Christ ne dépasse pas la vie présente, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, le premier de ceux qui se sont endormis. Eu effet, par un homme est venue la mort, par un homme aussi la résurrection des morts; car de même qu'en Adam tous - sont mortels, de même dans le Christ tous recouvreront la vie; mais chacun à son rang: le premier, le Christ, puis ceux du Christ à son apparition; ensuite il y aura la fin, quand il remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir anéanti toute domination, toute autorité, toute puissance. Il doit régner, en effet, «Jusqu'à ce qu'il ait mis tous les ennemis sous ses pieds ?.» Le dernier ennemi anéanti sera la mort, car QIl αἰ tout mis sous ses pieds». Mais quand il dira que tout est soumis, il faudra évidemment excepter Celui qui lui aura tout soumis; et quand tout lui sera 1 Deux très anciens manuscrits lisent : vaine notre foi. 2 Psaume 110, 1. 3 Psaume 8, 7. 11, 15 15, 29 30 31 32 99 38 39 41 492 LE NOUVEAU TESTAMENT amsi soumis, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, pour que Dieu soit tout en tous. Autrement que feraient ceux qui se font baptiser pour les morts? Si, en tout cas, les morts ne ressuscitent pas, pourquoi se font-ils baptiser pour eux? et pourquoi nous, nous exposons- nous à tout moment? Tous les jours je vois la mort en face, aussi vrai, mes frères, que vous êtes mon sujet de gloire en Jésus-Christ notre Seigneur! Si j'ai lutté contre des espèces de bêtes fauves à Éphèse, à quoi cela me sert-il? Si les morts ne ressuscitent pas, «Mangeons et buvons, car demain nous mourrons 31} Ne vous y trompez pas : «Les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs *.» Revenez à votre bon sens, sérieusement, et ne péchez pas. Car certains d’entre vous sont dans l'ignorance sur Dieu, je le dis à votre honte! — Mais, dira quelqu'un, comment les morts ressusciteront-ils? Avec quel corps reviendront-ils#? — Insensé, ce que tu sèmes n’est vivifié qu'après avoir traversé la mort. Ce que tu sèmes n'est pas le corps qui sera un jour, mais un simple grain, par exemple de froment ou de n'importe quelle plante. Puis Dieu lui donne le corps qu'il lui ἃ plu de lui donner, et à chaque semence un corps particulier, Toute chair n’est pas une même chair; autre est la chair des hommes, autre la chair des bêtes, autre la chair des oiseaux, autre des poissons. Il y a des corps célestes et des corps terrestres; autre est la gloire des célestes, autre des terrestres; autre est la gloire du soleil, autre la gloire de la lune; autre la gloire des étoiles; une étoile même diffère en gloire d’une autre étoile. 1 Allusion à une coutume dont parlent aussi quelques Pères de l'Église : si un catéchumène mourait avant d’avoir reçu le baptême, un des fidèles était rebaptisé à son intention. 2 fisaïie 22, 43. ἱ 8. Cette phrase forme dans le texte grec un vers iambique. L’apôtre cite sans doute ici un auteur inconnu. 4 Ces verbes sont au présent dans le texte : ressuscitent-ils? reviennent-ils? PREMIÈRE ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS 493 Il en est de même de la résurrection des morts: semé corrup- tible, le corps ressuscite incorruptible; semé humble, il ressuscite glorieux; semé faible, 1l ressuscite fort; semé corps matériel, il ressuscite corps spirituel; s'il Υ ἃ un corps matériel, il y a aussi un corps spirituel; c'est ainsi qu'il est écrit: «Le premier homme Adam devint une âme vivante !», le dernier Adam est devenu un esprit vivifiant. Mais ce n’est pas le corps spirituel qui existe d’abord, c’est le corps matériel; ensuite le spirituel. Le premier homme était « de terre, de poussière ?», le second homme est du ciel. Tel celui qui est «de poussière », tels ceux qui sont de poussière; et tel celui qui est du ciel, tels seront ceux du ciel; et comme nous avons porté l’image de celui qui est «de poussière », nous porterons aussi l’image de celui qui est du ciel. Voici ce que j'aflirme, mes frères : la chair et le sang ne peuvent avoir en héritage le Royaume de Dieu, ta corruption n’a pas en héritage l’incorruptibilité. 48 vais vous dire une chose restée jusqu’à présent secrète : Tous nous ne MOurrons pas, mais tous nous serons transformés, en un . instant indivisible, en un clin d'œil, au son de la dernière trom- pette. Car la trompette sonnera, les morts ressusciteront incorrup- tibles, et nous, nous serons transformés. Il faut, en effet, que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité et que ce corps mortel revête l’immortalité; et quand ce corps corruptible aura revêtu l'incorruptibilité # et que ce corps mortel aura revêtu l'immortalité, alors s’accomplira ce qui est écrit : «La mort a été absorbée dans la victoire“! Où est, 0"mort, ta victoire ? Où est, 6 mort, ton aiguillon ὃ ? 1 Genèse 2, 7. 2 Ibid. 3 Quelques très anciens manuscrits omettent ce corps corruptible aura revêtu l’incorruptibilité et lisent après revête l’immortalité: ΕἸ quand ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, etc. 4 Ésaïe 25, 8. 5 Osée 13, 14. 50 Ὁ] σι EE 15, 56 16, 1 τ τ © 8 9 10 11 49% LE NOUVEAU TESTAMENT (l’aiguillon de la mort c’est le péché, et la puissance du péché, la loi). Rendons grâce à Dieu qui nous a donné la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ. Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, faites sans cesse des progrès dans l’œuvre du Sei- gneur, sachant que votre peine n’est pas vaine dans le Seigneur. Pour la collecte en faveur des fidèles, vous suivrez, vous aussi, les indications que j'ai données aux Églises de Galatie; le premier jour de chaque semaine, chacun de vous mettra quelque chose de côté chez lui, et réunira ainsi ce qu'il peut donner pour que la vollecte ne se fasse pas seulement à mon arrivée. Quand je serai là, j’enverrai au moyen d’une lettre ! ceux que vous aurez choisis porter vos offrandes à Jérusalem? ; s’il convient que j'y aille moi-même, ils feront le voyage avec mor. Je viendrai chez vous en passant par la Macédoine; je ne ferai, en effet, que la traverser, mais chez vous 1] est possible que Je n'arrête et même que je passe l'hiver pour que vous me conduisiez là où j'irai. Je ne veux pas, cette fois, vous voir seulement en passant, et J'espère rester quelque temps avec vous, s’il plaît au Seigneur. Mais je resterai ὃ à Éphèse jusqu’à la Pentecôte, car une porte d'activité s’y est ouverte pour moi toute grande, et les oppo- sants sont nombreux. | Si Timothée vient, ayez soin qu'il n'ait rien à craindre au milieu de vous, car il travaille à l’œuvre du Seigneur, tout comme moi. Que personne donc ne le méprise, et reconduisez-le en paix pour qu'il vienne auprès de moi, car je l’attends avec les frères. Quant à notre frère Apollos, je l’ai vivement engagé à aller chez vous avec les autres frères; mais il ne veut décidément pas aller maintenant; 1] ira quand il en aura le loisir. 1 D'une lettre qui les recommande. ? On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation: Quand je serai là, j'en- verrai ceux que vous aurez choisis par lettre, porter vos offrandes à Jérusalem. 9. On peut lire aussi, d’après une autre accentuation : mais je reste à Ephèse, etc. PREMIÈRE ÉPITRE AUX CORINTHIENS 4935 Veillez, soyez fermes dans la foi, soyez virils, soyez forts. Faites 1344, 16 tout dans un esprit d'amour. ᾿ Encore une prière, mes frères! Vous connaissez la famille de 15 Stephanas; elle est la première de l’Achaïe qui ait cru, elle s’est dévouée au service des fidèles; eh bien, ayez de la déférence pour 46 des personnes semblables et pour quiconque agit et travaille avec elles. Je suis heureux de la visite de Stephanas, de Fortunatus et 17 d’Achaïcus; ils ont suppléé à votre absence; car ils ont tran- 18 quillisé mon esprit et le vôtre. Sachez apprécier de tels hommes! Les Eglises d'Asie vous saluent. 19 Aquilas et Prisca vous envoient bien des salutations dans le Seigneur ainsi que l'Eglise qui s’assemble dans leur maison. Θ Tous les frères vous saluent. 20 Saluez vous les uns les autres d’un saint baiser. Je vous salue en écrivant moi-même : 21 Pau !. Si quelqu'un n'aime pas le Seigneur, qu'il soit anathème! 99 Maran athà 3. LA GRACE DU SEIGNEUR JÉSUS SOIT AVEC VOUS. 93 Je vous aime tous en Jésus-Christ ©. 94 1 Voir note sur Galates 6, 11. ? Ces deux mots sont en langue syriaque et signifient : Le Seigneur vient. 115 servaient aux chrétiens à se reconnaître entre eux. était un signe de rallie- ment. Ils s’adressaient ces courtes paroles les uns aux autres pour s’encourager dans leurs espérances. - 5 Cette courte phrase forme un post-scriptum venant après la salutation d'usage que nous avons imprimée en caractères majuscules. SECONDE ÉPITRE ΠΧ CO Τ ET ENS PRÉFACE * Paul écrivit la seconde Epître aux Corinthiens de Philippes vers le mois de septembre de l’an 57 (2 Cor. 2: 12 et 13; 8: 1; 7:22). | Notons succinctement les faits qui s’étaient passés entre notre pre- mière et notre deuxième lettre. Stéphanas, Fortunatus et Achaïcus étaient partis porteurs de notre première épître. Timothée les avait suivis de près (1 Cor. 16 : 10), et, revenu auprès de Paul, l'avait informé que les Corinthiens n’étaient pas pacifiés et méconnais- saient l’autorité de l’apôtre. _ Celui-ci leur envoie immédiatement Tite, qui était très pro- bablement porteur d'une épître aujourd’hui perdue. Paul, en effet, dans notre deuxième aux (Corinthiens (qui serait, en réa. lité la quatrième) fait allusion à une lettre écrite dans l’angoisse et les larmes (2 Cor. 2: 4), à une lettre qu’il a regretté un instant d’avoir écrite (2 Cor. 7: 8), à une lettre où 1] craint d’avoir été trop loin dans ses reproches. Or ces allusions ne se rapportent en rien à notre première aux Corinthiens. Il n’y a donc aucune témérité à supposer une lettre très sévère après le départ de 32 498 LE NOUVEAU TESTAMENT laquelle Paul était resté troublé et impatient du retour de Tite. Ne le voyant pas revenir, il va au-devant de lui, il le rencontre à Philippes. Les nouvelles qu’il lui donne sont excellentes. La lettre sévère a produit l'effet voulu; les Corinthiens sont rentrés dans l’ordre (2 Cor. 2: 12-13; 1 : 4-7; 2: 14; 7 : 5-7). La majorité est redevenue fidèle à l’apôtre; une minorité seule garde son hostilité. Paul écrit alors notre deuxième aux Corinthiens qui se divise en deux parties bien tranchées : la première (ch. 1 à ch. 10), où il s'adresse à la majorité de l’Église et se montre envers elle plein de sollicitude, d’affection, de ménagements. La seconde (ch. 10 à la fin), où il parle avec une vivacité extrême et une mordante ironie à la minorité restée rebelle. Le passage (6: 14 à 7: 2), — nous le faisons remarquer dans une note, — est d’un ton tout à fait étranger au reste de l’épître et rompt le fil du discours de Paul. Cette page est probablement quelque feuillet détaché d’une autre lettre perdue qu’un copiste inattentif aura intercalé dans la nôtre. Comme la première aux Corinthiens, la seconde est d’une authen- ticité indéniable et indéniée. Les Églises des premiers siècles l’ont toujours considérée comme incontestée. | Aucune autre lettre de l’apôtre ne nous le fait mieux com- prendre et mieux aimer. Il se montre à nous avec la sublime originalité de son puissant génie et les émotions si tendres et si profondes de son cœur, au milieu même des luttes les plus tra- giques et des épreuves les plus douloureuses de son apostolat. SECONDE ÉPÎTRE ΓΕ ΧΕ ΝΟ EH T'E NS PAUL, APÔTRE DE JÉSUS-CHRIST PAR LA VOLONTÉ DE DIEU, ET LE FRÈRE TIMOTHÉE, A L'EGLISE DE DIEU QUI EST À CORINTHE ET A TOUS LES FIDÈLES QUI SONT DANS L'ACHAÏE ENTIÈRE, GRACE ET PAIX VOUS SOIENT ACCORDÉES PAR DIEU NOTRE PÈRE ET PAR LE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, Père des miséricordes et Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos afflictions, pour que nous puissions, à notre tour, consoler les autres dans toutes leurs afilictions, les consolant comme Dieu nous a consolés. Car si les souffrances du Christ débordent sur nous, par le Christ aussi déborde notre consolation. Sommes-nous affligés ? c’est pour votre consolation et votre salut ; sommes-nous consolés ? c’est aussi pour votre consolation que vous trouvez en supportant patiemment des souffrances semblables à nos souffrances, et notre espérance à votre égard est inébranlable 1, 1 Les meilleures éditions critiques de ce verset ὁ diffèrent sur la place de plusieurs mots, ainsi que sur leur insertion ou leur omission. Le désordre des manuscrits est tel qu’il est impossible de reconstruire un texte satisfaisant, Nous avons suivi pour ce passage la leçon adoptée par Tischendorf, qui se borne à reproduire les deux plus anciens manuscrits. 1,1 O2 (æ] 10 11 13 14 15 16 17 18 19 20 500 LE NOUVEAU TESTAMENT Nous savons qu'ayant votre part de souffrances, vous aurez aussi votre part de consolations. Nous ne vous laisserons pas ignorer, frères, que nous avons été persécutés en Asie; nous avons été absolument accablés; nos forces étaient à bout, au point que nous désespérions même de conserver la vie. Nous en avions fait à part nous le sacrifice pour apprendre à ne pas nous confier en nous-mêmes, mais en Dieu qui ressuscite les morts. C’est lui qui nous a arrachés à ce grand danger de mort; il nous y arrachera encore, oui, nous l’espérons, il nous y arrachera à l'avenir. Vous aiderez à cette délivrance par vos prières; ainsi, plusieurs personnes nous auront obtenu ce bienfait, et plusieurs personnes en feront l’objet de leurs actions de gràces,. Notre gloire à nous c'est le témoignage que nous rend notre conscience de nous être conduits dans le monde, et surtout à votre égard, avec la sainteté et la sincérité que Dieu demande, nullement par la sagesse mondaine, mais par la grâce de Dieu.. Nous ne vous écrivons pas autre chose que ce que vous lisez et connaissez ; et j'espère que vous reconnaîtrez jusqu’à la fin (une partie d’entre vous l’ont déjà reconnu) que nous faisons votre orgueil et que vous ferez le nôtre le jour du Seigneur Jésus. Dans cette conviction, je voulais aller d’abord chez vous pour vous faire une double faveur: je me serais rendu de chez vous en Macédoine; puis de Macédoine je serais revenu chez vous, et vous m'auriez aidé pour le voyage de Judée. Ai-je pris cette réso- lution avec légèreté? est-ce que, dans mes projets, je n’écoute que mes caprices? est-ce que je dis tantôt oui, tantôt non? Ah! je le déclare, par la fidélité de Dieu, la parole que nous vous avons adressée n’a pas été tantôt oui, tantôt non; le Fils de Dieu, Jésus- Christ, que nous vous avons prêché, Sylvanus, Timothée et moi, n’a pas été tantôt oui, tantôt non; mais il ἃ été oui. Toutes les promesses de Dieu sont oui en Jésus-Christ et nous prononçons 1 Quelques anciens manuserits lisent: pour vous faire un double plaisir. SECONDE ÉPIÎITRE AUX CORINTHIENS 501 x par lui le mot Amen à la gloire de Dieu. Celui qui nous rend ainsi, vous et nous, fermes pour le Christ, et qui nous a oints, c’est Dieu. Il nous ἃ aussi marqués de son sceau, et il ἃ mis, à titre d’arrhes, son Esprit dans nos cœurs. Mais si je ne suis pas revenu à Corinthe, j'en prends Dieu à témoin, sur mon âme, c'est pour vous épargner; non que nous dominions sur votre foi; mais nous voulons contribuer à votre Joie; quant à la foi, vous y restez fermes! Je me suis donc décidé à ne pas revenir une seconde fois chez vous pour vous attrister (car si je vous attristais, que deviendrais-je, n'ayant pour m'égayer que celui que j'aurais attristé?); et je vous ai écrit!. Je vous ai écrit pour qu'à mon arrivée ceux qui devaient me donner de la joie ne me fissent pas de chagrin; j'étais convaincu, et cela de vous tous, que ma joie est aussi la vôtre à tous. J'étais profondément affligé, j'avais le cœur serré, je pleurais en vous écrivant, non que je voulusse vous faire de la peine, mais vous montrer l’amour sans bornes que j'ai pour vous. Si l’un de vous en particulier a été une cause de tristesse, ce n’est pas moi personnellement, non je ne veux pas l’accabler, c’est vous tous, en un sens, qu'il a attristés. Ce blâme général est pour lui un châtiment suffisant; aussi vous faut-il au contraire lui accorder sa grâce et le consoler de peur qu'il ne succombe à un trop grand chagrin. Prenez donc, je vous prie, une décision chari- table à son égard; car j'avais un but en vous écrivant, je voulais vous mettre à l'épreuve et voir si vous m'obéissiez en toutes choses. Si vous lui accordez sa grâce, il a aussi la mienne; et, quant à moi, si je l'accorde, c’est à cause de vous, c’est en présence du Christ que je l'accorde, et pour que nous ne fassions pas les affaires de Satan dont les desseins nous sont bien connus. J'étais allé à Troas pour annoncer l'Evangile du Christ, le Seigneur m'y ouvrait une porte, et cependant je n'y ai pas eu l'esprit en repos parce que je n’y ai pas rencontré mon frère Tite, 1 Paul fait ici allusion à une lettre qui n’est pas parvenue jusqu’à nous. Voir la préface. 10 11 19 16 17 [Re] οι 502 LE NOUVEAU TESTAMENT aussi ai-je pris congé des frères, et suis-je parti pour la Macé- doine. Grâces soient à Dieu qui nous fait sans cesse triompher en Christ et qui, en tout lieu, répand par nous sa connaissance comme on répand un parfum. Car le parfum de Christ c’est nous qui le sommes pour Dieu et parmi les sauvés et parmi ceux qui vont périr; pour ceux-ci cette odeur vient de la mort et va à la mort, pour ceux-là elle vient de la vie et va à la vie; — (à cette tâche qui sufira?) — nous ne sommes pas, en effet, comme le grand nombre, nous ne frelatons pas la parole de Dieu, mais c'est avec sincérité, mais c’est telle qu’elle vient de Dieu, c'est devant Dieu, c’est en Christ que nous la prêchons. Nous recommençons, n'est-ce pas, à faire nous-mêmes notre éloge ? Aurions-nous peut-être besoin, comme certains individus, de lettres de recommandation pour vous ou de votre part? notre lettre, c’est vous; écrite dans nos cœurs, reconnaissable et lisible pour tout le monde; on sait bien que vous êtes une lettre de Christ rédigée par nous, écrite non à l'encre, mais par l'Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur vos cœurs |. Une pareille assurance en Dieu, c’est du Christ que nous la tenons; par nous-mêmes nous sommes incapables de rien conce- voir, de rien tirer de notre propre fonds, toute notre capacité vient de Dieu, qui nous a rendus capables d’être ministres d’une Nou- velle Alliance, qui n’est pas de lettre, mais d'esprit; car la lettre tue, et l'esprit vivifie. Si le ministère de la mort, gravé en lettres sur la pierre, a été si entouré de gloire que les enfants d'Israël ne pouvaient fixer le 1 Sur vos cœurs. Paul ἃ dit tout à l'heure: dans nos cœurs, parce que, comparant l’Église de Corinthe à une Lettre, il emploie cette image successive ment sous deux formes : 19 cette lettre, lui servant de recommandation, est écrite dans son cœur; elle lui ἃ été remise en quelque sorte par les Gorinthiens, et 2 c’est lui l’apôtre qui a écrit cette lettre de Christ dans le cœur des Corin- thiens, lorsqu'il leur a annoncé l'Évangile. SECONDE ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS 509 visage de Moïse, tellement 11] resplendissait d’un éclat maintenant anéanti, combien le ministère de l'Esprit ne sera-t-il pas plus glorieux? Si le ministère de la condamnation a été glorieux, le ministère de la justice sera beaucoup plus glorieux encore; on peut même dire, dans un sens, que ce qui ἃ été glorifié autrefois ne l’a pas été, en comparaison d’une gloire supérieure. Si, en effet, ce qui est anéanti a été glorieux, à plus forte raison ce qui est éternel sera glorieux. Cette espérance que nous avons nous remplit de hardiesse et nous ne faisons pas comme Moïse «qui se voilait la face!» pour cacher aux regards des enfants d'Israël la fin d’un éclat périssable. Leur intelligence s’obscurcit. et aujourd'hui encore ce voile est là quand on leur lit l’Ancienne Alliance; ils ne voient pas avec évi- dence que le Christ seul l’abolit. Oui, aujourd’hui encore, quand on leur lit Moïse, il y ἃ un voile sur leur cœur. «Lorsqu'ils se conver- tissent au Seigneur, ce voile est enlevé? ». C'est le Seigneur qui est l'Esprit; là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté; et nous tous qui, le visage découvert, contemplons dans un miroir la gloire du Seigneur, nous nous transformons à son image; sa gloire devient la nôtre, comme cela doit se faire par l’Esprit du Seigneur “. Voilà pourquoi, chargés par la miséricorde de Dieu d’un pareil ministère, nous ne faiblissons pas; au contraire nous repoussons bien loin tout procédé secret et honteux, nous ne recourons pas à la ruse, nous ne falsifions pas la parole de Dieu, mais nous publions ouvertement la vérité, et ainsi nous nous recommandons nous- mêmes à toute conscience d'homme, et cela à la face de Dieu. (S'il reste encore un voile sur notre Évangile, c’est pour ceux qui vont périr que ce voile existe, pour les incrédules dont le dieu 1 Exode 34, 99. 3 Exode 34, 34. 3 Sa gloire devient la nôtre. La traduction ordinaire : nous nous transfor- mons à son image de gloire en gloire est fautive. 4 On peut traduire aussi : comme cela doit se faire de la part du Seigneur de l'Esprit. 10 1 12 19 14 17 18 σι (=) 10 1 10 50% LE NOUVEAU TESTAMENT de ce monde ἃ aveuglé les pensées, afin qu'ils ne soient point illuminés des splendeurs du glorieux Évangile du Christ, qui est l’image de Dieu.) Car nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, mais Jésus-Christ le Seigneur; et nous-mêmes nous sommes vos serviteurs ! à cause de Jésus. En effet, le Dieu qui ἃ dit: « Que des ténèbres jailhisse la lumière? », ἃ fait aussi jaillir la lumière dans nos cœurs, pour que nous fassions resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ. Nous portons ce trésor dans des vases d'argile pour prouver que la puissance débordante de sa vertu vient de Dieu et non pas de nous; nous sommes toujours surchargés, jamais écrasés; tour- mentés, jamais désespérés; persécutés, jamais vaincus; jetés à terre, jamais morts; nous portons partout dans notre corps le martyre de Jésus, pour que, dans notre corps, se montre aussi sa vie. Nous sommes toujours livrés vivants à la mort à cause de Jésus pour que, dans la mort de notre chair, se montre aussi sa vie. Ainsi la mort exerce son pouvoir sur nous et la vie agit en vous. Nous avons le même Esprit de foi que dans ce passage de l'Écriture : | «J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé #. » Nous croyons, nous aussi, voilà pourquoi nous parlons, sachant que celui qui ἃ ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera avec Jésus et nous fera paraître avec vous devant lui. Tout cela à cause _de vous et afin que la grâce de plus en plus abondante multiplie les actions de grâces d’un plus grand nombre d’entre vous pour la gloire de Dieu. Aussi nous ne faiblissons pas; au contraire, si notre être extérieur tombe en ruines, notre être intérieur se renouvelle 1 Grec : Vos esclaves. 2 Allusion à Genèse 1, 3. 3 (’est-à-dire pour que nous éclairions la face de Christ de telle sorte que les hommes voient briller sur elle la gloire divine et reconnaissent Jésus-Christ pour leur Sauveur. 4 Psaume 116, 10. οι SECONDE ÉPITRE AUX CORINTHIENS 50 de jour en jour; car un moment de légères afflictions nous vaut 147, 4 une somme immense, incalculable de gloire éternelle, à nous qui 18 ne regardons pas aux choses visibles, mais aux invisibles, parce que les choses visibles ne durent qu'un temps, les invisibles sont éternelles. Nous savons, en effet, que si notre maison sur la terre, si notre 1,5 tente vient à être détruite, nous avons un édifice fait par Dieu, une maison que la main de l’homme n'a point construite, qui est éternelle, qui est dans les cieux. Et alors nous soupirons dans cette demeure-ci, ayant un immense désir de revêtir celle qui vient du ciel, par-dessus l'autre!, si toutefois nous avons déjà 3 un vêtement, si ce n'est pas? dans la nudité que nous sommes trouvés ὅ. Oui, nous qui vivons dans une tente, nous soupirons, nous [Re] 4 sommes accabiés, parce que nous ne voulons pas être dépouillés de notre vêtement, mais mettre l’autre par-dessus “, afin que tout ce qui est mortel soit absorbé par la vie. Celui qui nous ἃ formés à cet avenir c’est Dieu, et il nous a 5 donné, à titre d'arrhes, l'Esprit. Nous sommes donc, en tout 6 temps, pleins de courage (nous savons bien que demeurant dans le corps, nous demeurons loin du Seigneur, car nous marchons 7 par la foi et non par la vue); nous sommes, dis-je, pleins de 8 courage, et nous aimerions mieux sortir du corps et aller demeurer près du Seigneur. Voilà encore pourquoi nous faisons tous nos 9 efforts, que nous en sortions, que nous y restions, pour lui être agréables. Nous tous, en effet, devons comparaître devant le 10 tribunal du Christ pour y recevoir, chacun ce qu’il a mérité, d’après ce qu'il ἃ fait, — pendant qu'il avait un corps, — soit en bien, soit en mal. 1 Littéralement : de survétir celle qui vient du ciel. 2 On peut traduire aussi : puisque nous aurons déjà un vêtement et que ce n’est pas dans la nudité que nous serons trouvés. 3 Saint Paul parle dans la supposition où le jour du Seigneur trouverait les chrétiens de son temps encore vivants, et il veut dire : si le jour de l’avènement du Christ nous trouve vêtus de notre domicile terrestre, de notre corps, c’est-à- dire encore vivants, alors arrivera ce qu’il souhaite au verset 2 : nous revêtirons par-dessus notre corps, c’est-à-dire sans mourir, le domicile céleste. 4 Littéralement : éfre survétus. 5, ἬΠῚ 14 15 10 18 19 21 506 LE NOUVEAU TESTAMENT Sachant ainsi qu'il faut craindre le Seigneur, nous cherchons à en persuader les hommes; quant à Dieu, il nous connaît bien, et J'espère que, au fond de vos consciences, vous nous connaissez bien aussi. Nous ne voulons pas vous recommencer notre éloge, mais vous fournir l’occasion de faire valoir notre mérite et d’avoir à répondre à ceux pour lesquels l'apparence est tout et la réalité n'est rien !; (si, en effet, nous sommes des «exaltés?», c'est pour glorifier Dieu; si nous sommes pleins de bon sens, c'est pour votre bien;) ce qui nous retient ?, c’est l’amour du Christ; étant d'avis que si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts, et lui il est mort pour tous afin que les vivants ne vivent plus pour eux- mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. Aussi ne connaissons-nous plus personne selon la chair; si nous avons connu un Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus . aujourd'hui; de plus, si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature; les vieilles choses sont passées ; voyez, tout est devenu nouveau; et tout cela vient de Dieu qui nous ἃ réconciliés 4 avec lui par Christ et nous ἃ confié le ministère de la réconciliation; et. en effet, Dieu a réconcilié le monde avec lui en Christ, en ne tenant plus compte des péchés des hommes et en nous chargeant de prêcher la réconciliation. C’est donc pour Christ que nous remplissons les fonctions d’ambassadeurs, comme si Dieu lui-même vous exhortait par nous; c’est pour Christ que nous vous prions : réconciliez-vous avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, il l’a fait péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. 1 Littéralement : qui se glorifient dans ce qui est visage et non dans ce qui est cœur. 2 Ce reproche d’exallation était fait à l’apôtre par ses adversaires. Voir plus loin 11, 1. 3 Ce qui nous retient, c’est-à-dire ce qui nous empêche de nous faire valoir nous-mêmes. La traduction ordinaire: L'amour du Ghrist nous presse est fautive. 4 On peut lire aussi d’après une autre ponctuation: de plus, si quelqu'un est une nouvelle créature en Christ, les vieilles choses sont passées. Voici, toutes ces choses nouvelles sont venues de Dieu qui nous a réconciliés, etc, L SECONDE ÉPIÎITRE AUX CORINTHIENS 507 Nous sommes ses collaborateurs; aussi vous exhortons-nous à ne pas recevoir inutilement cette grâce de Dieu; (car il dit : «Au temps favorable, je l'ai exaucé, Au jour du salut, je t'ai secouru !» : eh bien, le voici ce temps particulièrement « favorable», le voici ce «jour du salut.») Nous tâchons de ne jamais scandaliser personne et dene donner aucune prise à la critique dans notre ministère; au contraire nous nous faisons respecter comme ministres de Dieu par une grande patience dans les afflictions, dans les détresses, dans les angoisses, sous les coups, dans les cachots, dans les émeutes, dans les fatigues, dans les veilles, dans les jeûnes; par la pureté, la science, la bienveillance, la douceur, un esprit saint, un amour sincère, une prédication véridique, une puissance de Dieu! nous servant des armes offensives et défensives de la justice; tantôt honorés, tantôt vilipendés; tantôt diffamés, tantôt consi- dérés; tenus pour imposteurs bien que véridiques; pour obscurs quoique bien connus; pour mourants et voilà que nous vivons; pour gens que Dieu châtie et pourtant nous ne mourons pas; pour tristes, nous qui sommes toujours dans la joie ; pour pauvres, nous qui enrichissons les autres; pour dénués de tout, nous qui possé- dons tout! Notre bouche s’est ouverte pour vous, Corinthiens, notre cœur s'est élargi; vous tenez une grande place dans ce cœur, et vous ne nous en faites aucune dans le vôtre! Ah! rendez-nous la pareïlle (je vous parle comme à mes enfants), faites-nous une large place! (Ne marchez pas de concert avec les incrédules?; la justice peut-elle s’accorder avec l’iniquité? la lumière s'entendre avec les 1 Ésaïe 49, 8. 2 Ce passage 6, 14-7, 2 rompt l’unité de la pensée de Paul; le 2e verset du chapitre "77 continue le 13° verset du chapitre 6. Faites-nous une large place! accueillez-nous. Nous plaçons donc entre parenthèses et à part la fin du cha- pitre 6 et le 1er verset du chapitre 7. 19 Qt 10 14 18 τ 4 σι ». 508 LE NOUVEAU TESTAMENT ténèbres? le Christ peut-il s'unir à Béliar!? le croyant partager avec l’incrédule? un temple de Dieu peut-il frayer avec des idoles? car nous sommes, nous, un temple du Dieu vivant, selon cette parole de Dieu : «J’habiterai au milieu d'eux, et j'y marchera, je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple ?. » C’est pourquoi «Sortez du milieu d'eux et séparez-vous, dit le Seigneur; Ne touchez pas à ce qui est impur EE moi je vous recevra ?. Je serai donc pour vous un Père Et vous serez pour moi des fils et des filles, Dit le Seigneur tout-puissant “.» Ayant de pareilles promesses, bien-aimés, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l'esprit, achevant notre sanctifica- tion dans la crainte de Dieu.) Ν Accueillez-nous; nous n'avons fait tort à personne; nous n'avons nui à personne; nous n'avons exploité personne; je ne dis pas cela pour vous faire un reproche, car, je l'ai déjà dit, vous êtes dans nos cœurs à la vie et à la mort. J'ai une grande confiance en vous; je suis tout fier de vous; je suis extrêmement consolé, je nage dans la joie, si grandes que soient nos afflictions. En effet, à notre arrivée en Macédoine, nous n'avons pas eu un moment de repos, nous étions éprouvés de toutes manières : combats au dehors, inquiétudes au dedans. Mais le Dieu qui relève ceux qui sont abattus nous a relevés par l’arrivée de Tite, par son arrivée et surtout par le bien qu’il avait reçu de vous; car il nous ἃ parlé de votre ardeur, de votre chagrin, de votre zèle pour moi; et j'en ai eu une immense joie. Si ma lettre vous ἃ fait de la peine, je ne le regrette pas; Je τ Béliar, mot dénaturé par les copistes. Paul ἃ dû écrire: Bélial; c'était, dans la théologie juive de ce temps-là, l’un des noms du Diable. 2? Lévitique 26, 11 et suiv. et Jérémie 9, 33. 8 Ésaie 52, 11. Soph. 8, 19 et suiv. 4 Jérémie 31, 9 et 38, II Samuel 7, 14. . Γ , _ SECONDE ÉPITRE AUX CORINTHIENS 509 l’avais d’abord regretté (je vois bien que ma lettre vous ἃ fait de la peine, du moins momentanément) ; aujourd'hui je suis heureux, non certes de votre chagrin, mais du repentir qu’il a produit. Vous avez été attristés selon Dieu, pour que nous ne vous causions aucun tort. La tristesse selon Dieu produit une repentance qui conduit au salut et qu'on ne regrette jamais; la tristesse selon le monde amène la mort. Voyez plutôt: Votre tristesse selon Dieu, quel empressement elle a provoqué en vous; bien plus, quelles excuses, quelle indignation, quelle crainte, quelle ardeur, quel dévouement, quelle sévérité! De toutes façons, vous avez tenu à vous montrer vous-mêmes innocents dans cette affaire. Du reste, si je vous ai écrit à ce sujet, ce n’était ni à cause de l’offenseur, ni à cause de l’offensé, c'était afin que votre dévoue- ment pour nous éclatät parmi vous à la face de Dieu. Voilà ce qui nous a consolés. À cette consolation s’est ajoutée une immense joie : la vue de la joie de Tite; vous lui avez tous mis l'esprit en repos. Si je vous avais un peu vantés devant lui, je n'ai pas eu à le regretter; vous savez que nous vous avons toujours dit la vérité; eh bien, l’éloge de vous que j'avais fait à Tite s’est trouvé de même être la vérité. Son affection pour vous est d’autant plus grande qu'il se souvient de votre déférence à tous et de la modestie respectueuse de votre accueil. Je suis heureux de l’entière confiance que je puis avoir en vous. Nous voulons vous informer, frères, de la grâce que Dieu a accordée aux Églises de Macédoine : très éprouvées et afiligées, d’une extrême pauvreté, elles ont, avec une profonde joie, répandu à profusion les richesses de leur libéralité. Selon leurs moyens, j'en suis témoin, même au dela de leurs moyens, spontanément, allant jusqu'aux supplications pour recevoir de nous la faveur de les laisser participer à ce service destiné aux fidèles, et, dépassant notre attente, elles se sont données elles-mêmes au Seigneur d'abord, puis à nous par la volonté de Dieu. Aussi avons-nous engagé Tite à aller achever chez vous, comme 9, 7 10 11 10 20 510 LE NOUVEAU TESTAMENT il l'avait commencée, cette œuvre de charité. D'ailleurs, vous êtes partout les premiers, par la foi, par l’éloquence, par la science, par l’ardeur du zèle, par l’amour que vous nous témoignez |; soyez aussi les premiers dans cette œuvre de charité. Ce n’est pas un ordre que Je vous donne, je vous cite seulement ie zèle des autres pour éprouver la sincérité de votre amour. — (Car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ qui, étant riche, s'est fait pauvre pour vous, afin de vous rendre riches par sa pauvreté.) — C’est donc un simple avis que je vous donne, et vous n'avez pas besoin d'autre chose, vous qui avez non seule- ment commencé l’œuvre les premiers, mais qui, les premiers, l’avez décidée, et cela dès l’année dernière, Maintenant donc, achevez votre œuvre, et apportez à la terminer, selon vos moyens, l’ardeur que vous avez mise à la vouloir. Quand on donne de bon cœur, on est bien venu: d’après ce qu'on ἃ, non d’après ce qu'on n’a pas; car il n’est pas question de se mettre dans la gêne pour mettre les autres à l'aise; la règle c’est l'égalité. Aujourd'hui votre superflu servira à leurs besoins ; et un jour leur superflu servira à son tour à vos besoins, ainsi s’établira l'égalité, comme il est écrit : « Celui qui avait beau- coup ne surabondait pas, et celui qui avait peu ne manquait de rien ?.» Grâces soient rendues à Dieu d’avoir mis au cœur de Tite le mème empressement pour vous; Car il a accueilli ma prière. Son zèle, du reste, est plus ardent encore, et il part de lui-même pour aller vous voir. Avec lui, nous envoyons un frère, loué par toutes les Églises de ce qu'il a fait pour l'Évangile, bien plus, délégué par elles pour nous accompagner dans notre voyage avec le produit de la collecte que nous avons faite pour la gloire du Seigneur lui-même et aussi de bon cœur. Nous tenons à éviter qu'on puisse dire du mal de nous à propos de l’abondante collecte que nous venons de faire. ‘ Un des plus anciens manuscrits lit: que nous vous témoignons. ? Exode 16, 18. SECONDE ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS 511 «Vous voulons étre irréprochables non seulement Devant le Seigneur, mais aussi devant les hommes !. » Avec eux, nous envoyons aussi un autre de nos frères, dont nous avons éprouvé le zèle plusieurs fois, en diverses occasions, et qui en ἃ d'autant plus aujourd’hui qu'il est plein de confiance en vous. Quant à Tite, 1l est mon collègue et mon collaborateur auprès de vous; quant à nos frères, ils sont les envoyés des Églises, la gloire de Christ. Prouvez donc et votre charité et l’éloge que j'ai fait de vous; prouvez-les à la face des Églises! Quant au secours destiné aux fidèles, il est bien superflu que je vous en écrive?; car je sais votre bonne volonté, et je m'en fais gloire auprès des Macédoniens : « L’Achaïe, leur dis-je, est prête depuis l’année dernière», et votre zèle ἃ été un stimulant pour la plupart. Et maintenant je vous envoie les frères pour que l’éloge que j'ai fait de vous ne reçoive pas en cela un démenti, et que vous soyez prêts comme je l'ai dit. Car enfin, si les Macédoniens arrivent avec moi et ne vous trouvent pas prêts, quelle honte pour nous (et permettez-moi d'ajouter, pour vous) qu'une telle confiance! J'ai donc jugé nécessaire de prier les frères de prendre les devants auprès de vous, pour vous faire organiser d'avance la libéralité annoncée, qu'elle soit prête, qu'elle soit une vraie libéralité et non une lésinerie. Écoutez ceci : Celui qui sème chichement, récoltera chichement et celui qui sème libéralement, récoltera aussi libéralement. Que chacun donne ce qu'il a décidé en son cœur de donner, sans chagrin, sans contrainte; « Dieu aime celui qui donne joyeusement * ». Dieu peut vous combler de toutes ses grâces, de sorte qu'ayant 1 Proverbes 3, 4. ? Ce verset, dont le sens est d’ailleurs très clair, est cependant incompréhen- sible; on ne s'explique pas comment Paul qui vient de parler longuement du «secours destiné aux fidèles », déclare, comme s’il n’en avait encore rien dit, qu’il lui est «superflu d'en écrire ». 5 Proverbes 22, 9 (voir aussi Exode 25, 2). 10, 10 11 19 = 512 LE NOUVEAU TESTAMENT toujours et en tout votre suflisance, vous ayez encore du superflu pour toutes les bonnes œuvres, selon qu'il est écrit : QI a répandu, il a donné aux pauvres, Sa justice demeure à toujours 1, » Celui qui fournit La semence au semeur, Et le pain dont il se nourrit ?» vous fournira, vous multipliera la semence et augmentera «les fruits de votre justice 5.» Vous serez ainsi comblés de richesses pour de grandes libéra- lités qui nous feront rendre, à nous, des actions de grâces à Dieu. Car l’accomplissement de cette œuvre sainte n’aura pas seulement pour effet de subvenir aux besoins des fidèles, mais encore il y aura un excédent qui consistera en ferventes actions de grâces rendues à Dieu. Ils le glorifieront parce que ce secours leur aura prouvé votre soumission, votre adhésion à l'Évangile du Christ, votre libéralité, votre communion avec eux et avec tous. Ils prieront pour vous, ils éprouveront de l'affection pour vous en voyant les grâces dont Dieu vous a comblés! Ah! grâces à Dieu pour son ineffable don ! C’est moi Paul qui vous demande au nom de la douceur et de la bonté du Christ, — oui, moi qui ai, «chez vous, des dehors si modestes» et qui, «de loin, suis si hardi avec vous *», — c’est moi qui vous prie de ne pas m'obliger, à mon arrivée, de vous traiter avec la ferme hardiesse dont je me propose d’user envers certaines gens qui pensent que nous nous conduisons d’après des considéra- tions charnelles,. Sans doute nous vivons dans une chair mortelle, mais notre combat n’est pas charnel, nos armes de guerre ne sont pas 1 Psaume 112, 9. 2 Ésaie 55, 10, 3 Osée 10, 12. { Paul cite ici les paroles de ses adversaires. | SECONDE ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS 913 charnelles; au contraire elles sont divinement puissantes pour détruire des forteresses, pour renverser des raisonnements, pour abattre toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu, pour assujettir toute pensée au joug du Christ, et nous sommes prêts à punir toute désobéissance, aussitôt que votre obéissance à vous sera parfaite. Ah! ce sont les dehors que vous regardez? Eh bien, si quel- qu'un croit être du parti de Christ, qu'il soit bien persuadé d’une chose : s’il est du parti de Christ, nous en sommes nous aussi! Et quand j'aurais été un peu trop fier du pouvoir que nous tenons du Seigneur (pour vous édifier, non pour vous ruiner), je n'aurais pas à en rougir, pour ne pas avoir l'air de vouloir vous «effrayer par mes lettres». — «Ses lettres, dit-on, sont sévères, sont énergiques, mais, quand il est là, c’est un homme faible, et sa parole est bien peu de chose.» — Que celui qui parle ainsi soit bien convaincu de ceci: le langage que nous tenons de loin dans nos lettres, nous le tiendrons de près dans nos actes. - Nous ne sommes pas assez osés pour nous confondre ou nous comparer avec certaines gens qui font leur propre éloge. Ceux-là se mesurent à leur propre mesure, ils se comparent à eux-mêmes ; . ils sont peu intelligents. Nous, nous ne nous vanterons pas sans mesure; nous resterons dans le ressort, dans le champ d’action dont Dieu nous a tracé la limite et qui nous ἃ permis, entre autres, de parvenir jusqu'à vous. Nous n’étendons pas trop notre domaine, comme nous le ferions si nous n’étions pas arrivés jusqu'à vous, car c'est Jusque chez vous que nous sommes allés prècher l'Évangile du Christ. Nous ne nous vantons pas sans mesure en nous parant des travaux d'autrui; nous espérons, au contraire, que votre foi se développera assez pour que nous puissions agrandir considérablement notre domaine en partant de chez vous et en suivant toujours nos limites; et alors nous irons évangéliser au dela de chez vous, sans jamais nous vanter du champ d'action d’un autre et des travaux qu'il ἃ terminés. 33 19 14 10 10, 17 18 PS ot "1 9 δ14 LE NOUVEAU TESTAMENT «Celui qui veut se glorifier doit se glorifier dans le Seigneur 1.» Ce n’est pas celui qui se loue lui-même, qui aura bien soutenu l'épreuve, mais celui que le Seigneur loue. Ah! que je voudrais vous voir supporter un moment mes «folies ?»; mais, oui, vous me supportez, parce que je vous aime avec jalousie, avec une sainte jalousie; et je vous ai fiancés à un seul époux, au Christ, pour vous présenter à lui comme une vierge pure. Mais j'ai bien peur que, semblables à Eve séduite par les ruses du serpent, vos pensées ne soient corrompues et n'aient perdu leur candeur pour Christ. Si, en effet, on vient vous prêcher un autre Jésus que le nôtre, si on vous fait accepter un Esprit différent de celui que vous avez reçu, où un Évangile différent de celui que vous avez accueilli, vous supportez cela parfaitement! Je crois, cependant, que je ne suis nullement au-dessous de ces archi- apôtres? ! Si je parle comme un homme du peuple, je ne suis pas sans instruction; et je vous l’ai bien montré en tout et pour tout. Aï-je fait une faute en m'humiliant moi-même pour vous élever, je veux dire en vous annonçant l'Évangile de Dieu gratis? J'ai dépouillé d’autres Églises, j'ai accepté d’elles un salaire pour pouvoir vous servir et quand j'étais chez vous, m'étant trouvé dans la gène, je ne vous en ai pas importunés; ce sont les frères venus de Macédoine qui m'ont donné ce qui me manquait. Je me suis gardé jusqu’au bout de vous être à charge, et je m'en gardera à l'avenir. Je prends Christ à témoin que cette gloire-là ne me sera pas enlevée dans les pays d’Achaïe! Pourquoi? parce que Je ne vous aime pas? Ah! Dieu le sait! Mais j'agis et j'agirai toujours ainsi pour Ôter tout prétexte à ceux qui ne veulent qu'un prétexte pour se dire mes égaux dans ce détail auquel ils tiennent tant! 1 Jérémie 9, 29, 2 Terme employé par les adversaires de Paul. 3 Archiapôtres; expression ironique dont Paul se sert pour désigner ceux qui prétendaient avoir plus de titres que lui à l’apostolat. 4 Ces hommes-là ce sont de faux apôtres, des ouvriers trompeurs, 18, ΤΊ ils se déguisent en apôtres de Christ; ce n’est pas étonnant; Satan 44 se déguise bien en ange de lumière, il n’est donc pas surprenant 15 que ses ministres se déguisent en ministres de justice; leur fin sera digne de leurs œuvres. Je le répète, personne ne doit me croire «fou»; ou bien, conve- 16 nons-en, Je suis « un fou », alors laissez-moi chanter un peu ma gloire. Ce que je vais dire, je ne le dirai pas selon le Seigneur, je parlerai 17 comme «ἀπ fou»; J'ai la prétention de chanter ma gloire; il y 18 en ἃ tant qui chantent la leur, chantons aussi la nôtre! Vous qui êtes si sages, vous savez être indulgents pour les 19 fous; vous avez une étonnante palience avec ces gens qui vous 90 asservissent, qui vous mangent, qui vous pillent, qui vous regardent de haut en bas, qui vous frappent au visage ! Je suis 91 honteux de le dire, mais nous nous sommes montrés bien faibles. Si ces gens-là se mettent en avant, moi, dans «ma folie», je le fais comme eux; ils sont Hébreux? moi aussi je le suis; 22 ils sont Israélites? moi aussi je le suis; ils sont de la race d'Abraham? moi aussi j'en suis. Ils sont ministres de Christ? 93 (ici « ma folie» dépasse toute mesure), je suis bien plus; oui, bien plus qu'eux par mes immenses travaux, par les innombrables Coups que j'ai reçus, par mes emprisonnements multüpliés, par les mille morts que j'ai souffertes. Cinq fois les Juifs m'ont appliqué 94 leurs «quarante coups moins un»; trois fois j'ai été bâtonné, une 9; fois j'ai été lapidé, trois fois j'ai fait naufrage; j'ai passé toute une nuit et un jour dans l’abime; et les voyages sans nombre, et les 90 dangers en passant les fleuves, et les dangers du côté des voleurs, et les dangers du côté des Juifs, et les dangers du côté des païens, et les dangers dans les villes, et les dangers dans la solitude, et les dangers sur mer, et les dangers chez les faux frères, et leslabeurs, 97 et les fatigues, et les veilles répétées, et la faim, et la soif, et les jeûnes prolongés, et le froid, et le dénûment! Et, sans parler du 98 reste, mes préoccupations quotidiennes! le souci de toutes les Églises! Qui vient à faiblir que Je n’en souffre? Qui vient à tomber 929 sans que J'en aie la fièvre ! SECONDE ÉPIÎTRE AUX CORINTHIENS 515 11, 12, 90 4 Qt 10 11 516 LE NOUVEAU TESTAMENT S'il faut me vanter, c'est de mes souffrances que je me van- terai : Le Dieu et Père du Seigneur Jésus (Béni soit-il à jamais!) sait que je ne mens pas. À Damas, le gouverneur du roi Arétas faisait garder la ville pour m'’arrêter, et c'est par une fenêtre, dans un panier, qu'on me fit descendre le long des murailles, et c’est ainsi que je parvins à m échapper. Me vanter! ah! j'ai tort; cependant j'en viens aux visions et aux révélations du Seigneur: Je connais un homme en Christ qui, il y a de cela quatorze ans (est-ce avec son corps, est-ce hors de son Corps, je n'en sais rien, Dieu le sait), fut enlevé jusqu’au troisième ciel; et je sais que cet homme (avec son corps ou sans son corps, je n'en sais rien, Dieu le sait) fut enlevé jusqu'au paradis et entendit des choses ineffables, qu’un homme ne doit pas répéter. Je me vanterai de cet homme-là; mais de moi-même je ne me vanterai pas, sauf toutefois de mes souffrances; et cependant si je voulais me vanter, je ne serais nullement «fou», je dirais la vérité; mais je m'en abstiens pour que personne ne me pense supérieur à ce qu’il voit et entend quand je suis présent. D'ailleurs, pour que l'extraordinaire grandeur de ces révélations ne me jetât pas dans l’orgueil, il m'a été donné une écharde enfoncée en ma chair, c’est un ange de Satan, occupé à me souffleter, pour m'empêcher de w’enorgueillir. Trois fois j'ai prié le Seigneur de l’éloiÿner de moi, et il m'a dit : «Ma grâce te suflit, car la grandeur de ma puissance se montre surtout dans l'infirmité.» Je me vanterai donc bien plus volontiers de mes souffrances !, afin que la puissance du Christ repose sur moi. C'est pourquoi je me complais dans les souffrances, dans les insultes, dans les « nécessités, dans les persécutions, dans les angoisses pour Christ, car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ! Je viens de faire le fou; vous m'y avez forcé; c’est vous qui auriez dù faire mon éloge. En rien je n'ai été inférieur aux archiapôtres?, et cependant je ne suis rien. 1 Au lieu de: de mes souffrances, un des plus anciens manuscrits lit: des souffrances. 2? Archiapôlres. Voir note sur 11, ὃ, κ᾿ \ 1 SECONDE ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS 51 Les signes de l’apôtre, miracles, prodiges, actes de puissance surnaturelle, je les ai opérés dévant vous, avec une patience qui ne s'est Jamais lassée. En quoi avez-vous été moins favorisés que les autres Eglises, si ce n’est que je ne vous ai pas importunés de mes besoins? Pardonnez-moi cette injustice-la. Voici Ja troisième fois que je suis sur le point de venir chez vous, et cette fois-ci encore Je ne vous importunerai pas. Ge que je recherche, ce ne sont pas vos biens, c'est vous-mêmes. Ce ne sont pas les enfants qui doivent thésauriser pour les parents, ce sont les parents pour les enfants. Quant à moi, je dépenserai volontiers tout ce que j'ai, et je me dépenserai moi-même pour le bien de vos âmes, quand même vous m'aimeriez d'autant moins que je vous aime davantage. — «D'accord», dit-on, je ne vous ai pas été «directement à charge», mais comme je suis «un fripon», je vous ai «pris de l'argent par ruse». — Est-ce que je vous ai fait exploiter par aucun de ceux que je vous ai adressés? J'ai prié Tite d'aller chez vous, et j'ai envoyé avec lui le frere que vous savez; est-ce que Tite vous aurait exploités? n’avons-nous pas marché selon le même esprit et dans les mêmes traces? Vous croyez toujours que nous voulons vous faire notre éloge !; c’est devant Dieu, c'est en Christ que nous parlons; et tout cela, . mes bien-aimés, pour votre édification. Ah! je crains bien qu'à mon arrivée Je ne vous trouve pas tels que je voudrais, et que vous, vous ne me trouviez tel que vous ne voudriez pas. Je crains qu'il n'y ait parmi vous des disputes, des jalousies, des colères, des rivalités, des calomnies, des bavardages, de l’insolence, du désordre; je crains qu'a mon arrivée, mon Dieu ne m'humilie encore à votre sujet, et que Je n'aie à pleurer sur plusieurs de vous qui auront été pécheurs et qui ne se seront pas repentis de l’im- pureté, de la corruption, des débauches auxquelles ils se seront livrés. Pour la troisième fois j'arrive chez vous. « Sur la déposition de deux ou de trois témoins se décidera toute affaire?.» À mon second 1 On peut, d’après une autre ponctuation, mettre cette phrase sous forme interrogative : Croyez-vous toujours que nous voulons vous faire notre éloge? 2 Deutéronome 19, 15. 42, 12 15 17 18 19 193, 10 518 LE NOUVEAU TESTAMENT séjour j'ai déclaré, et aujourd’hui, de loin, je déclare de nouveau à ceux qui ont péché et à tous que si je viens encore à vous, je serai sans pitié. Puisqu'il vous plait de tenter si c'est vraiment Christ qui parle en moi, vous verrez que, pour vous, il n'est pas faible, et qu’au contraire il fait éclater sa puissance parmi vous. Sans doute il ἃ été crucifié dans sa faiblesse, mais il est vivant par la puissance de Dieu, et nous, de même, nous sommes faibles comme lui, mais nous vivrons avec lui et pour vous par la puissance de Dieu. Examinez-vous vous-mêmes pour voir si vous êtes dans la foi, mettez-vous vous-mêmes à l'épreuve; peut-être ne reconnaissez- vous pas que Jésus-Christ est en vous? Mais alors l'épreuve tourne contre vous! J'espère en tout cas vous amener à reconnaître qu'elle ne tourne pas contre nous! Cependant nous demandons instamment à Dieu que vous ne fassiez rien de mal, car nous ne tenons pas à montrer que l'épreuve tourne pour nous !; nous dési- rons seulement que vous fassiez le bien, dût-on nous considérer comme manquant à notre devoir?! Car nous n'avons aucun pouvoir contre la vérité, nous n’en avons que pour la vérité, et nous sommes joyeux de passer pour faibles, si vous, vous êtes forts. Aussi demandons-nous ceci à Dieu : que vous arriviez à la perfection. Si je vous écris tout cela de loin, c’est parce que je ne veux pas avoir, de près, à sévir et à user du pouvoir que je tiens du Seigneur (pour vous édifier et non pour vous ruiner). : Enfin, frères, soyez joyeux, tendez à la perfection, acceptez les exhortations, soyez tous d'accord, vivez en paix, et le Dieu d'amour et de paix sera avec vous. 1 C'est-à-dire que la puissance de Jésus-Christ est en nous pour nous donner la force de sévir contre vous. Paul demande avant tout que les Gorinthiens se conduisent bien et que lui nait pas à sévir, dût-on trouver qu'il manque à son devoir, dût-on dire qu’il est faible, que Jésus-Christ n’est pas en lui et que l'épreuve, l'examen intérieur tourne contre lui. 2 Ou plus exactement : comme vaineus dans l'épreuve ! : sh ᾿ + +1 , ἐν» ΩΝ ῃ ‘he à , ᾿ SECONDE ἘΡΙΤΒΕ AUX CORINTHIENS 519 CT | _ Saluez-vous les uns les autres d’un saint baiser. 49, 13 Tous les fidèles vous saluent. _ QUE LA GRACE DU SEIGNEUR Jésus-Cnrisr, L'AMOUR DE DIEU 43 ET LA COMMUNION DU SAINT-ESPRIT SOIENT AVEC VOUS TOUS. d dt ν Φ ΨΥ τ» 4 FT ÉPITRE AUX GALATES PRÉFACE L'’épître aux Galates n’est pas adressée, comme les autres lettres de Paul, à une seule Église, mais à plusieurs, à toutes les commu- nautés de la Galatie. La province romaine qui portait ce nom comprenait la Lycaonie, la Pisidie et une partie de la Phrygie. C’est là que se trouvaient les Églises de Derbé, de Lystre, d’Iconium, d’Antioche de Pisi- die, et c’est à elles que notre épître a été écrite. Paul Les avait fondées dans son premier voyage missionnaire (Actes 13 et 14). Il les visita une seconde fois au début de son second voyage (Actes 16: 1-7). Ces communautés étaient soumises à la parole de l’apôtre qui leur enseignait qu'il n'était pas nécessaire de passer par le Judaïsme pour devenir disciple du Christ et que, ni la circoncision, ni l'observation de la Loi ne leur étaient demandées. L'assemblée de Jérusalem (Actes 15) venait précisément d'approuver cette doctrine. Mais Paul, de retour à Antioche, avait eu une dispute avec Pierre (Galates 2: 11 et suiv.) sur cette question même. Barnabas s'était mis du côté de Pierre. Des émissaires venus de Jérusalem avaient encouragé et fortifié l'opposition contre Paul, et celui-ci était resté isolé. Ces émissaires, pour ruiner l'autorité de l’apôtre, se hâtèrent de se rendre en Galatie, et y organisèrent 559) LE NOUVEAU TESTAMENT une contre-mission dont le succès fut prodigieux. Les Galates crurent naïvement que Paul avait une prédication incomplète, qu'il n’était pas l'héritier direct de la pensée du Christ, qu'il fallait se faire juif en se faisant chrétien. C’est dans ce courant d'idées que Paul trouva les Galates lorsqu'il les visita pour la troisième fois (Actes 18 : 23). Partout, il se sent personnellement accusé. Sa dogmatique est condamnée; son apostolat est décrié. Il essaye de ramener ses anciens disciples; il échoue. Alors il retourne à Éphèse et, à peine arrivé, dicte pour eux (ou écrit lui-même, voir note sur 6 : 11) la lettre foudroyante qu'on va lire. Avec elle, nous entrons dans le vif de la question débattue, et, par elle, nous connaissons à fond les luttes engagées. ΠῚ s’agit de la circoncision. Paul déclare que, si on la pratique, le Christ ne sert plus de rien. Dans ses autres lettres il débute par des actions de grâces, ici, dès les premiers mots, il exprime son indignation et sa douloureuse surprise. Sa lettre a trois parties. Dans la première, il relève ses droits à l’apostolat, car on les conteste tout d’abord (ch. 1 à ch. 3, 6). Dans la deuxième, il montre qu’il n’est pas en contradiction avec l’An- cien Testament, comme on l’en accuse (ch. 8, 6 à ch. 5). Dans la troisième enfin, il montre que son Évangile n’est pas immoral et n’ouvre pas une voie au péché, comme on le prétend, car la liberté chrétienne a pour mobile intérieur l'amour qui est la vraie obéis- sance à la loi de Dieu (ch. 5 et 6). Quel fut l’effet produit par cette lettre? Nous ne le savons pas exactement. Cependant le passage 1 Cor. 16 : 1 nous montre Paul accepté de nouveau en Galatie, car il y organise une collecte pour les pauvres. L'Épiître aux Galates fut écrite en 54, au commencement du séjour de trois ans que Paul fit à Éphèse. Elle à toujours été incontestée. Il en est d’elle comme des Épîtres aux Romains et aux Corinthiens; son authenticité est d’une certitude historique indiscu- table. ÉPITRE AUX GALATES PAUL, APÔTRE (NON PAR LA GRACE DES HOMMES Οὐ PAR UNE INSTITUTION HUMAINE, MAIS PAR LA GRACE DE JÉSUS-CHRIST ET DE Dieu LE PÈRE QUI A RESSUSCITÉ JÉSUS D'ENTRE LES MORTS) ET TOUS LES FRÈRES QUI SONT AVEC MOI, AUX ÉGLISES DE GALATIE. GRACE ET PAIX VOUS SOIENT ACCORDÉES PAR DIEU LE PÈRE ET PAR NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST !, — QUI S'EST DONNÉ LUI-MÊME POUR NOS PÉCHÉS AFIN DE NOUS DÉLIVRER DE CE MONDE PERVERS OÙ NOUS VIVONS, CONFORMÉMENT A LA VOLONTÉ DE NOTRE DIEU ET PÈRE, AUQUEL SOIT LA GLOIRE AUX SIÈCLES DES SIÈCLES! AMEN. — J’admire que si vite vous vous détourniez de celui qui vous ἃ appelés par la grâce de Christ, pour adopter un autre Évangile ! Un autre! il n’y en ἃ point; il n'y ἃ que certains brouillons qui veulent pervertir l'Évangile du Christ?! Eh bien, écoutez : Si jamais quelqu'un, füt-ce moi, füt-ce un ange du ciel, venait vous évangéliser autrement que je ne l'ai fait, qu’il soit anathème! Je viens de le dire, et je vous le répète : Si quelqu'un prêche autre chose que ce que vous avez appris, qu'il soit anathème ! 1 Quelques anciens manuscrits lisent : par Dieu notre Père et par le Sei- yneur Jésus-Christ. 2 On peut lire aussi d’après une autre ponctuation: Un autre! il n'y en a point, il n'y a que..... (phrase inachevée). Quels sont ces brouillons qui veulent pervertir l'Évangile du Christ ? 4,1 τ 4 [SL ] at 12 524 LE NOUVEAU TESTAMENT Est-ce la faveur des hommes que je cherche ou celle de Dieu? Est-ce aux hommes que je veux plaire? Ah! si j'en étais encore à plaire aux hommes, je ne serais pas serviteur! de Christ! Je vous déclare, mes frères?, que l'Évangile qui vous ἃ été prêché par moi n’est pas d'origine humaine. Ce n'est pas même des hommes que je l’ai reçu ou appris, c’est d’une révélation de Jésus-Christ. Vous avez entendu parler de ma vie passée, quand j'étais dans le Judaïsme. Vous savez que je persécutais à outrance l'Église de Dieu, que je la ravageais. Vous savez que je surpassais dans mon Judaïsme bon nombre de ceux de mon âge et de ma race; j'étais plus que fanatique de mes traditions nationales. Mais quand Celui qui m'a choisi dès le sein de ma mère et qui m'a appelé par sa grâce, jugea bon de me révéler intérieurement son Fils, pour que je fusse son évangéliste parmi les païens, sur-le- champ, sans prendre conseil de personne ὃ, sans aller à Jérusalem, auprès de ceux qui étaient apôtres avant moi, je-me relirai en Arabie, puis je revins à Damas. Ensuite, trois années plus tard, j'allai, 1l est vrai, à Jérusalem, pour faire la connaissance de Képhas“; et je passai quinze jours auprès de lui; mais je ne vis aucun des autres apôtres, si ce n’est Jacques, le frère du Seigneur. Ce que je vous écris, j'aflirme en présence de Dieu que ce n’est pas un mensonge! Je me rendis ensuite dans les provinces de Syrie et de Gilicie; mais j'étais personnellement inconnu des Églises de Christ qui sont en Judée; elles avaient seulement entendu dire ceci ΡΣ «Notre ancien persécuteur prêche maintenant la foi que naguère il voulait détruire»; — et on rendait gloire à Dieu à mon sujet. Ensuite, quatorze années plus tard, je montai de nouveau à Jéru- salem, avec Barnabas; je pris aussi Tite avec moi. {Ὑ montai sur 1 Grec : Esclave. 2 Quelques anciens manuscrits lisent : Je vous déclare, en effet, mes frères. 3 Littéralement : «Sans m'adresser à ce qui est de chair et de sang ». Naim Matth. 16, 17. 4 Képhas, c’est-à-dire l’apôtre Simon Pierre, ÉPÎITRE AUX GALATES 595 une révélation ; je leur communiquai l'Évangile tel que je le prêche aux païens. J’eus des entretiens particuliers avec les plus consi- dérés d’entre eux, de peur que mes courses passées ou présentes ne fussent inutiles. Eh bien, on n'exigea pas même que Tite qui m'accompagnait, et qui était Grec, se fit circoncire. Cependant, par égard pour les intrus, les faux frères qui s'étaient glissés parmi nous pour espionner la liberté dont nous jouissons grâce à Jésus- Christ et qui voudraient nous remettre en esclavage 1... Nous ne leur avons pas cédé, nous ne nous sommes pas soumis un seul instant, afin que la vérité de l'Évangile fût maintenue pour vous. Quant à ceux que l’on considérait comme des personnages (ce qu'ils étaient jadis peu m'importe, Dieu ne fait pas acception de personnes)... ceux, dis-je, qui étaient considérés comme des per- sonnages ne m'apprirent rien de plus. Au contraire, voyant que l'évangélisation des non-circoncis m'était confiée, comme l'était à Pierre celle des circoncis (car Celui qui a donné à Pierre la force d'être apôtre des circoncis m'a donné aussi à moi la force d’être apôtre des païens), connaissant, dis-je, la grâce qui m'avait été accordée, Jacques, Képhas et Jean, qui passaient pour les colonnes de l'Église, nous donnèrent la main, à Barnabas et à moi, en signe d'union, afin que nous fussions, pour les païens, ce qu'ils étaient pour les circoncis. Ils nous prièrent seulement de nous souvenir des pauvres; aussi me suis-je empressé de le faire. Quand Képhas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu'il avait évidemment tort. En effet, avant l’arrivée de certains indi- vidus, envoyés par Jacques, il mangeait avec les païens; après leur arrivée, il se tint à l'écart, il s’isola, parce qu'il avait peur des partisans de la circoncision. Les autres Juifs firent les hypocrites 1 Phrase restée inachevée. On peut supposer cependant une parenthèse s’ouvrant au verset 2 après ces mots : J’y montai sur une révélation, et se fer- mant à la fin du verset 3, après les mots : Se fit circoncire. Paul reprendrait alors au commencement du verset 4 la suite de sa phrase: Cependant, si je Mmontai à Jérusalem, ce fut par égard pour les intrus....., ete. Avec cette ponctuation, la phrase est achevée. Æ ©? 10 13 16 :9 δο0 LE NOUVEAU TESTAMENT avec lui, si bien que Barnabas lui-même fut entrainé dans cette hypocrisie. Alors, quand je vis qu'ils ne marchaient pas dans le droit chemin de la vérité de l'Évangile, je dis à Képhas devant tout le monde: «Si toi qui es Juif, tu agis comme les païens et non comme les Juifs, comment peux-tu obliger les païens à faire comme les Juifs? Nous autres, nous sommes Juifs de naissance; nous ne sommes pas des pécheurs ! comme tous ces païens….? » Sachant cependant que l’homme n’est pas justifié par les œuvres de la Loi, mais qu'il l’est uniquement par la foi en Jésus-Christ, nous avons cru en Jésus-Christ pour être justifiés par cette foi. Ce n’est pas par les œuvres de la Loi, parce que les œuvres de la Loi «Ne justifient aucune créature.» S'il se trouve alors que nous, qui cherchons notre justification en Christ, nous sommes aussi des pécheurs, Christ aura été (ce qu'à Dieu ne plaise) un ministre de péché! Si je rebâtis ce que j'avais abattu, je me constitue moi-même prévaricateur! Pour moi, c'est par égard pour la Loi que je suis mort à la Loi, afin de vivre à Dieu. J'ai été crucifié avec Christ; je ne vis plus, c’est Christ qui vit en moi. Le reste de vie que je traîne en la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu “ qui m'a aimé et s’est livré pour moi. Je ne veux pas anéantir la grâce de Dieu, et si la justice s'obtient par la Loi, alors Christ est mort pour rien! O Galates insensés! qui est-ce donc qui vous a ensorcelés, vous sous les yeux desquels on ἃ fait passer l’image de Jésus-Christ crucifié ! : Je ne vous poserai qu'une question: Est-ce pour avoir 1 Pécheurs. Voir note sur Matth. 9, 10, 2 Paul cite ici les paroles qu’il a adressées naguère à Pierre, puis il reprend la rédaction de sa lettre, mais il est impossible de dire où se termine sa citation. Nous l’arrêtons ici, mais nous aurions pu tout aussi bien l'arrêter plus loin, à la fin d’une des phrases qui suivent. 3 Expression empruntée à Psaume 143, 2. : Quelques anciens manuscrits lisent : dans La oi en Dieu et en Christ qui m'a aimé... etc, σι 19 1 ÉPITRE AUX GALATES observé la Loi que vous avez reçu l'Esprit, ou est-ce pour avoir entendu prêcher la foi? Que vous êtes donc fous! Vous avez com- mencé par l'Esprit, et puis vous finissez par la chair! Tant d’expé- riences pour rien! Et encore si c'était pour rien! Celui qui vous confère l’Esprit-et qui fait des miracles parmi vous, agit-il ainsi parce que vous observez la Loi ou parce que vous avez entendu prècher la foi? Souvenez-vous qu'Abraham «eut foi en Dieu et cela lui fut compté pour justhice!». Sachez donc que ceux qui ont la foi pour principe sont fils d'Abraham. L'Écriture a prévu que Dieu Justifierait les païens par la foi, et elle a d'avance annoncé cette bonne nouvelle à Abraham : «Toutes les nations seront bénies en toi?.» Ainsi ceux qui ont la foi sont bénis avec Abraham le croyant. Ceux qui en restent aux œuvres de la Loi sont sous le poids d’une malédiction, car il est écrit: «Maudit est quiconque n'observe pas tout ce qui est écrit dans le Livre de la Loi de manière à le pratiquer *.» De plus, 11 est bien évident que personne n’est justifié devant . Dieu par la Loi, puisque : «Le juste vivra par la foi.» Or la Loi ne se base pas sur la foi, mais : «Celui qui pratiquera ces commandements aura la vie par eux.» Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi, en devenant malédiction pour nous, (puisqu'il est écrit: « Maudit est quiconque est pendu au boisS»), afin que la bénédiction accordée à Abraham passât aux païens par Jésus-Christ, et que nous obtenions par la foi l'Esprit promis. Mes frères, quand un contrat est passé en bonne forme (je parle 1 Genèse 15, 0. 5. Genèse 12, 3. 3 Deut. 27, 26. 4 Habacuc 2, 4. On peut traduire aussi : Le juste par la foi vivra. D, Lévit. 18, 5. 6 Deut. 21, 23. #00 ot 10 11 13 14 19 528 LE NOUVEAU TESTAMENT des usages du monde), personne ne peut l’annuler ou le modifier par addition. Or, c’est à Abraham que les promesses ont été faites et à sa postérité. Il n’est pas dit: «ef à ses postérilés», comme s'il s'agissait de plusieurs personnes, mais, Comme pour parler d’une seule: «et à ta postérité.» Il s’agit de Christ. Eh bien, je dis ceci: Dieu ayant passé un contrat en bonne forme, la Loi venue quatre cent trente ans plus tard, ne peut le casser; elle ne peut annuler la promesse. Si on obtient l'héritage par une Loi, 1] ne vient plus d’une promesse. Or ce qu’Abraham ἃ reçu de Dieu, 1l l'a reçu par une promesse. Alors, pourquoi la Loi? elle a été ajoutée à la promesse à cause des transgressions, jusqu’à la venue de «la postérité» au sujet de laquelle les promesses avaient été faites. Elle a été promulguée par des anges et par le ministère d’un médiateur. Or, un média- teur ne dépend pas d’un seul parti. Dieu au contraire est un?. Y aurait-il alors une contradiction entre la Loi et les pro- messes ? Pas le moins du monde. Ah! sans doute, s'il avait été donné une Loi capable de produire la vie, alors la justice viendrait de la Loi. L'Écriture a au contraire tout enfermé sous le péché, afin que la promesse füt réalisée, pour les croyants, par la foi en Jésus-Christ. Avant la venue de la foi, la Loi nous tenait prisonniers et nous gardait; nous attendions la foi qui devait être révélée. La Loi a été pour nous ce qu'est un pédagogue; elle nous ἃ conduits au Christ, pour que nous fussions justifiés par la foi. Maintenant que la foi est venue, nous ne sommes plus soumis au pédagogue. Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus- Christ. Oui, vous qui avez tous été baptisés pour être à Christ, vous êtes revêtus de Christ, Il n'y ἃ plus là ni Juif, ni païen; ni esclave, ni libre; ni homme, ni femme; vous êtes tous un en Jésus- Christ. Et si vous êtes à Christ, vous êtes par conséquent de la famille d'Abraham, vous héritez en vertu de la promesse. 1 Genèse 22, 18 et suiv. 2 Voici le sens probable de cette phrase : Un médiateur suppose deux partis entre lesquels il est placé. Comme ces partis peuvent se contredire, une loi don née par un médiateur est imparfaite, tandis que la promesse qui a précédé la loi vient de Dieu seul, volonté unique ; elle est done au-dessus de la loi. I ÉPÎTRE AUX GALATES 590 Eh bien, voici ce que j'aflirme : tant que l'héritier est mineur, il ne diffère en rien de l'esclave, Il possède tout l'héritage, et cependant 1l est sous des tuteurs et des administrateurs jusqu’au temps marqué par le père. De même nous, tant que nous étions mineurs, nous étions esclaves des prescriptions du monde. Quand le temps fut accompli, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sous la Loi, pour racheter ceux qui étaient sous la Loi, et pour que nous jouissions des privilèges de fils. Et c'est parce que vous êtes fils, que Dieu ἃ envoyé en nos cœurs l'Esprit de son Fils, s’écriant : Abba! c’est-à-dire Père! Vous n'êtes donc plus esclaves, vous êtes fils, et si vous êtes fils, vous êtes aussi héritiers, grâce à Dieu 1. Autrefois, ne connaissant pas Dieu, vous serviez des êtres qui ne sont pas dieux, mais maintenant que vous connaissez Dieu, bien mieux ! que vous êtes connus de Dieu, comment retournez-vous à ces pauvres et misérables commencements, dont vous voulez de nouveau devenir esclaves? Vous observez certains jours, et les lunaisons, et les époques des fêtes, et certaines années?! ah! j'ai bien peur pour vous de n'avoir travaillé chez vous en pure perte! Faites comme moi; Car moi, j'ai fait comme vous; frères, Je vous en supplie, jusqu'ici vous ne m’aviez fait aucun tort. Vous savez comme j'étais malade la première fois que je vous ai annoncé l'Évangile ; et vous ne m'avez pas méprisé, vous ne m'avez pas repoussé, quand ma chair passait ainsi par l’épreuve; au contraire, vous m’avez reçu comme un ange de Dieu, comme Jésus-Christ ! Qu'est devenue votre joie d'alors? Je vous rends témoignage que, si vous l’aviez pu, vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner. Et me voilà devenu votre ennemi, parce que je vous ai dit la vérité ! Il y a des gens pleins de zèle pour vous, mais non en vue du 1Grec: Tu n’es donc plus esclave, tu es fils, et si tu es fils, tu es aussi héritier, grâce à Dieu. ? On peut aussi, d’après une autre ponctuation, mettre ce verset sous forme Interrogative : Observez-vous… etc. ? 3 4 Qt 16 17 20 D τῷ 19 + 12 ἰϑὉ) 230 LE NOUVEAU TESTAMENT bien; ce qu'ils veulent c’est vous détacher de moi, pour que vous les aimiez seuls. S’aimer en vue du bien, c’est une belle chose; mais il faut que cela dure, et ne pas seulement m'aimer quand je suis là. Oh! mes enfants, vous que j'enfante de nouveau dans la dou- leur jusqu'à ce que Christ soit formé en vous, que je voudrais être près de vous dans ce moment, et changer de langage, car je suis bien inquiet de vous! Dites-moi, vous qui voulez être sous la Loi, n'entendez- vous pas la lecture de la Loi? Il y est écrit qu'Abraham avait deux fils, l’un de sa servante, l’autre de sa femme libre. Celui de la servante était né selon l’ordre de la nature, celui de la femme libre à la suite de la promesse. Tout cela est allégo- rique: ces femmes sont deux alliances, l’une, celle du mont Sinaï, a enfanté pour la servitude; c’est Agar. (Le mot Agar désigne, en effet, le mont Sinaï en Arabie.) Elle correspond à la Jérusalem actuelle qui est en servitude avec ses enfants. Mais la Jérusalem d’en haut est libre, c’est notre mère à nous. Il est écrit, en effet : « Réjouis-tor, femme stérile, qui n'as point enfanté! [douleurs maternelles, Pousse des cris de joie, élève la voix, toi qui n'as pas senti les Car les enfants de la femme abandonnée sont plus nombreux Que ceux de la femme mariée 1.» Et nous, mes frères, nous sommes? les vrais descendants d'Isaac, les enfants de la promesse. Mais comme alors le fils né selon l’ordre de la nature persécutait celui qui était né selon l'Esprit, il en est encore ainsi aujourd'hui. Mais que dit l'Écriture : «Chasse la servante et son fils, car le fils de la servante ne doit pas hériter avec le fils de la femme libre*.» Ainsi, mes frères, nous ne sommes pas enfants de la servante, mais de la femme libre. 1 Ksaïie 54, 1. 2 Quelques anciens manuscrits lisent : Æ££ vous, mes frères, vous êtes. ete: 3 Genèse 21, 10, ÉPITRE AUX GALATES D31 Christ nous a libérés; restez fermes dans cette liberté et ne reprenez pas le joug de l'esclavage. C’est moi, Paul, qui vous le dis: Si vous vous faites circoncire, Christ ne vous servira de rien. Je déclare encore une fois à tout homme qui se fait circoncire que cet acte l’oblige à observer toute la Loi. Vous êtes absolument séparés de Christ, vous tous qui cherchez la justification dans la Loi; vous êtes déchus de la grâce. Nous, par l'Esprit, nous atten- dons de la foi l'espérance de la justification. Car, en Jésus-Christ, peu importe circoncision Ou non-circoncision; ce qui importe c’est la foi devenant active par l'amour. Vous couriez si bien! Qui donc vous a arrêtés, détournés de la vérité? Ah! ce conseil ne vient pas de Celui qui vous ap- pelle!..... Un peu de levain fait lever la pâte tout entière. .... J’ai la con- fiance — dans le Seigneur — que vous reviendrez à penser comme Ms: 24. Quant à celui qui vous trouble, il portera la peine de tout ceci, quel qu'il soit..... Et moi, mes frères, je n'ai qu’à prêcher la circoncision, on ne me persécutera plus! mais alors la croix et son scandale sont anéantis!..... Ah! Je les voudrais plus que circoncis, ceux qui vous troublent !1.... Vous, mes frères, c'est à la liberté que vous avez été appelés; mais que cette liberté ne vous entraîne pas vers la chair. Vous devez, en vous aimant, vous servir les uns les autres. Toute la Loi se résume d’un seul mot: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ?.» Et si, les uns les autres, vous vous mordez et vous dévorez, prenez garde, les uns par les autres vous vous perdrez. 1 Nous séparons ces dernières phrases par des points de suspension, parce qu’elles ne se relient pas logiquement les unes aux autres. Brèves et décousues, elles attestent une grande rapidité de rédaction. ?-Lévitique 19, 18. Qt 11 4 92 LE NOUVEAU TESTAMENT Marchez, vous dis-je, sous la direction de l'Esprit et résistez aux passions de la chair. La chair, en effet, conspire contre l'Esprit, et l’Esprit contre la chair; tous deux sont en lutte pour que vous ne fassiez pas ce que vous voudriez faire. Mais si l'Esprit vous conduit, vous n'êtes plus sous le joug de la Loi. Les œuvres de la chair sont faciles à reconnaître; c’est la fornication, l’impureté, la débauche, lidolâtrie, la sorcellerie, les haines, les disputes, l'envie, la colère, les querelles, les factions, l’esprit de parti, les jalousies, l'ivresse, les orgies et autres choses semblables, et, je vous le déclare d’avance (je vous en ai déjà prévenus), ceux qui agissent ainsi n'auront pas en héritage le Royaume de Dieu. Le fruit de l'Esprit, au contraire, est l’amour, la Joie, la paix, la pa- tience, l’indulgence, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance. Pour ceux qui vivent ainsi, il n'y a pas de Loi. Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs. Si nous vivons par l'Esprit, marchons aussi avec l'Esprit. Ne devenons pas vains et vaniteux en nous provoquant les uns les autres, et en nous portant mutuellement envie. Mes frères, lors même que vous surprenez un homme en faute, vous qui êtes dirigés par l'Esprit, corrigez-le avec douceur; veille sur toi-même, que tu ne sois pas tenté, toi aussi. Supportez mutuellement le poids de vos fautes et accomplissez ainsi la loi du Christ; car s’imaginer valoir quelque chose, quand on n'est rien, c’est se faire illusion à soi-même. Que chacun examine ses propres actes, et alors il gardera ses motifs de vanité pour lui seul, et il ne les gardera plus pour autruit. Chacun, en effet, aura son propre fardeau à porter. Celui à qui l’on enseigne la Parole de Dieu, doit faire part de tous ses biens: à celui qui enseigne. Ne vous y trompez pas, on ne se moque pas de Dieu; ce que l’homme sème, il le récolte. Celui qui sème dans sa chair, récol- tera ce que produit la chair: la mort; celui qui sème dans 1 (C'est-à-dire il n’en parlera pas à autrui, il lès gardera pour lui, il renoncera à s’en vanter, ÉPITRE AUX GALATES 639 l'Esprit, récoltera ce que produit l'Esprit: la vie éternelle. Ne nous lassons pas de faire le bien et, le moment venu, nous récolterons, si nous avons tenu bon. Maintenant que nous en avons l’occasion, faisons du bien à tout le monde, et surtout à nos frères dans la foi. Remarquez ces grands caractères, ils sont de ma main! Des gens qui veulent plaire par la chair, voilà ceux qui vous forcent à vous faire circoncire, et seulement pour n'être pas per- sécutés au nom de la croix du Christ. Car ces circoncis n’observent pas la Loi, mais ils veulent vous faire circoncire pour tirer gloire de votre chair, Pour moi, Dieu me garde de me glorifier, sauf de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ. Par lui le monde est cru- cifié pour moi, comme je le suis pour le monde. Il ne s’agit ni d’être circoncis, ni de ne pas l'être, mais d’être créé à nouveau. Sur tous ceux qui observeront cette règle, paix et miséricorde, ainsi que sur l’Israël de Dieu! Qu'’à l'avenir personne ne me fasse de la peine, car je porte sur mon corps les stigmates de Jésus. LA GRACE DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST SOIT AVEG VOTRE ESPRIT, FRÈRES. AMEN. 1 D’ordinaire, Paul dictait ses lettres. Nous savons même quel nom portait le secrétaire qui écrivit l’ Épitre aux Romains, il s'appelait Tertius (Romains 16, 22). L’apôtre a-t-il fait une exception pour l'Épitre aux Galates? L’a-t-il rédigée tout entière de sa main, ou n’a-t-il pris la plume que vers la fin? La question reste douteuse. En tout cas, il traça lui-même les mots de ce verset 11 et sans doute aussi les phrases suivantes, et fit des lettres plus grandes que celles de son secrétaire habituel. De là cette expression : «remarquez ces grands caractères ; ils sont de ma main. » On a supposé que Paul, ayant été élevé à Jérusalem, Phari- sien rigide, c’est-à-dire opposé à tout ce qui était grec, n'apprit pas dans son enfance et sa jeunesse à écrire le grec, et plus tard éprouva quelque peine à former les caractères de eette langue. Ge serait Jà le motif qui lui faisait dicter ses Épiîtres, et lorsqu'il ajoutait quelques mots de sa main, à la fin de la lettre, il était obligé, à cause de son inhabileté, de faire ses lettres un peu grandes. Quoi qu’il en soit, son écriture se distinguait par quelque trait qui lui était spécial. C'est ainsi que, 2 Thess. 3, 17, il signe lui-même et fait remarquer que c’est son écriture. De même, à la fin de la première Épître aux Corinthiens (16, 21), il salue et signe lui-même, et la dernière phrase : Je vous aime tous en Jésus- Christ, venant après l’adieu ordinaire : Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec vous, est sans doute un post-scriptum qu’il ajouta de sa main. -τ--ο-«-Ὸ-ς-.----- 10 17 18 οὐ fr ARTE ἱ ἐν ΠΗ ΠῚ ΟΝ ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS PRÉFACE Ce titre : Épître aux Éphésiens, n’est pas exact. Les mots du pre- mier verset: à Éphèse (nous le remarquons dans une note), ne se trouvent pas dans les deux plus anciens manuscrits et quelques écri- vains ecclésiastiques, comme Origène et Basile le Grand, nous in- forment qu'ils manquaient dans leurs exemplaires de l’épître. De plus, la lecture de la lettre montre qu’elle est encyclique. Il n’y est nulle part fait mention de l’ Église d’ Éphèse: pas une seule salutation à la fin; pas une seule de ces allusions personnelles si fréquentes dans les autres épîtres. Paul s’adresse à des chrétiens qui ne l’ont jamais vu. 1] ἃ seulement entendu parler d’eux (1 : 15); or, les Éphésiens l'avaient vu; il avait passé trois ans à Éphèse. Notre épître est donc une lettre encyclique ou catholique destinée à plu- sieurs Églises d'Asie. Il nous est resté quelques copies de l’exem- plaire conservé par la communauté d’Éphèse. Celles-là portent les mots : à Éphèse. Quant à nos deux plus anciens manuscrits, ils ont été copiés sur des exemplaires autres que celui des Éphésiens. Tout lecteur attentif de cette épître dite aux Éphésiens est frappé des étonnantes ressemblances qu’elle offre avec l’Épître aux Colossiens. Ce sont les mêmes idées, les mêmes développements et parfois les mêmes mots. Ces deux épîtres sont deux sœurs jumelles et ont été écrites à quelques jours seulement de distance. Elles offrent cependant quelques différences. L'Épître aux Colossiens ἃ un caractère polémique que n’a pas l'Épître aux Éphésiens. Dans celle-ci l’apôtre insiste surtout sur l'Église, dans celle-là sur la 536 LE NOUVEAU TESTAMENT personne du Christ. Quant aux conseils pratiques, ils sont les mêmes dans les deux lettres, parce que Paul s'adresse à deux catégories identiques de lecteurs. Le style de l’apôtre dans ces deux épîtres n’est pas le même que celui de ses autres lettres. Les phrases ici sont longues et diffuses. Le premier chapitre des Éphésiens, en particulier, est semé d’incidentes, rempli de parenthèses, chargé de conjonctions, qui embarrassent la marche de la pensée et déroutent le lecteur. Aussi les deux Épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens, surtout la première, tout en ne renfermant point de passages obscurs, offrent cependant de grandes difficultés de traduction. Comme la plupart des lettres de Paul, la lettre aux Éphésiens ἃ deux parties, l’une dogmatique, l’autre morale. Celle-ci commence au verset 17 du chapitre 4, après une conclusion à la première partie renfermée dans les 16 premiers versets de ce quatrième chapitre. Le lecteur remarquera que, dans la partie dogmatique, Paul ne prend plus son point de départ dans la conscience humaine, comme il le fait dans les Épîtres aux Romains, aux Corinthiens et aux Galates; mais qu’il prend ce point de départ en Dieu lui-même et en son décret éternel. C’est une conception nouvelle qui atteste le déve- loppement graduel de la pensée de l’apôtre. Déjà certains passages de l’Épître aux Romains (ch. 9, 10, 11) nous montraient la pensée de Paul s’élevant peu à peu jusqu’à embrasser le plan tout entier des révélations divines. Il a mis d’abord en opposition la Loi et l'Évangile, le judaïsme et le paganisme, maintenant il voit un plan de Dieu qui se développe dans l’histoire, et il nous montre l’unité dernière de ses révélations. L'Épître aux Éphésiens offre quelque ressemblance avec la pre- mière lettre de Pierre. Nous en parlerons dans notre préface à cette dernière épître. Elle ἃ été écrite par Paul dans sa prison de Césarée en 99 ou 60. (Voir, pour de plus amples détails sur la date de sa composition et sur l’endroit où elle a été rédigée, nos préfaces aux Épîtres aux Colossiens et à Philémon.) ARTE ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS PAUL, APÔTRE DE JÉSUS-CHRIST PAR LA VOLONTÉ DE DIEU, AUX FIDÈLES ET AUX CROYANTS EN JÉSUS-CHRIST QUI SONT [A ÉPHÈèsE]| 1. GRACE ET PAIX VOUS SOIENT ACCORDÉES PAR DIEU NOTRE PÈRE ET PAR LE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, car il nous a comblés par Christ et dans les cieux de toutes sortes de bénédictions spirituelles; 11 nous ἃ élus en lui avant la création du monde, pour nous sanctifier et nous rendre irréprochables devant lui. Dans son amour?, il a décidé d'avance que nous serions ses enfants par Jésus-Christ; tel ἃ été son bon plaisir, telle sa volonté. Honneur en soit à la grâce magnifique qu'il nous a faite en son bien-aimé ! C’est en lui, par son sang, que nous avons la Rédemption, la rémission des péchés, tant est riche sa grâce, celle qu'il ἃ répandue sur nous, en nous donnant toute sagesse et toute intel- ligence ; il nous ἃ dévoilé le secret de sa volonté, ce dessein qu'il avait formé à part lui (et qu'il devait faire éclater le moment venu) de-tout réunir en Christ, seul chef, ce qui est sur la terre, comme ce qui est dans le ciel. 1 Ces mots, que nous plaçons entre crochets, ne se trouvent pas dans les deux plus anciens manuscrits et étaient déjà rejetés par des autorités plus anciennes. 2? On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : ….irréprochables devant lui, dans l'amour. Il a décidé d'avance que... etc. 1, t co 0 “Ὁ τ ET 14 2.119 D38 LE NOUVEAU TESTAMENT C’est aussi par le Christ que nous appartenons à Dieu, dé- signés à cela d'avance, prédestinés par Celui qui fait tout à son gré et à sa volonté, pour que nous servions à le louer et à le glo- rifier, nous qui les premiers avons espéré en lui. C’est aussi par le Christ que vous avez entendu la parole de vérité, l'Évangile qui vous sauve; enfin c’est par lui que vous avez cru et que vous avez été marqués du sceau de l'Esprit saint promis, gage de notre héri- tage futur et de la Rédemption de ceux qui appartiennent à Dieu. Honneur en soit à sa gloire! Voilà pourquoi, moi, qui ai entendu parler de votre foi au Seigneur Jésus et de votre amour? pour tous les fidèles, je ne cesse de rendre grâces pour vous et de vous nommer dans mes prières. Je demande au Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, au Père de gloire, de vous donner un esprit de sagesse et de révélation ; que vous appreniez à le connaître; qu'il éclaire les yeux de vos cœurs; que vous sachiez à quelle espérance il vous appelle; quelle est la richesse et la gloire de l'héritage offert par lui aux fidèles ; quelle est la grandeur, l’immensité de la puissance qu’il exerce en nous les croyants, quand il fait agir la vertu de sa force. Il ἃ fait agir cette force en Christ, en le ressuscitant des morts, en le plaçant à sa droite dans les cieux, au-dessus de toute autorité, puissance, pouvoir, souveraineté, ou de tout autre titre à donner, non seulement dans ce monde, mais aussi dans l’autre ; «En mettant tout à ses pieds ἡ.» en le donnant comme chef suprême à l'Église, qui est son corps, qui est le tout, qu'il remplit partout et de toutes manières. Vous aussi, vous étiez morts par les fautes, par les péchés aux- quels vous vous êtes autrefois livrés sous l'influence de notre siècle 1 Littéralement : que nous avons été faits héritiers. 2 Quelques anciens manuscrits omettent de votre amour et lisent : votre foi au Seigneur Jésus el envers tous les fidèles; appliquée aux fidèlès, la foi dait alors signifier la confiance. 3 Psaume 8, 7. ÉPÎTRE AUX ÉPHÉSIENS 999 mondain, sous l'influence de celui qui commande aux puissances qui sont dans l'air, je parle de cet Esprit qui agit aujourd'hui dans les hommes rebelles. Oui, nous tous, nous cédions autrefois à nos passions charnelles, nous obéissions à tous les caprices de la chair et des sens, et nous étions naturellement enfants de colère ! comme les autres hommes. Mais Dieu, dans la richesse de sa miséricorde et au nom du grand amour dont il nous aimait, nous ἃ fait revivre avec le Christ, nous que nos fautes avaient déjà fait mourir (c’est par grâce que vous êtes sauvés); il nous a ressuscités, et nous a assigné une place dans les cieux par Jésus-Christ. Ainsi montre-t-il à tous les âges à venir l'extraordinaire richesse de sa grâce, par la bonté qu’il a eue pour nous en Jésus-Christ; car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, au moyen de la foi; et cela ne vient pas de vous, c'est un don de Dieu. Ce n'est pas l'effet de vos œuvres, et personne n’a à s’en glorilier; car nous sommes son ouvrage ; nous avons été créés en Jésus-Christ pour faire de bonnes œuvres, et Dieu nous a rendus d'avance capables de les pratiquer. Souvenez-vous donc qu'autrefois, vous, païens de naissance, ceux qui s’appelaient les circoncis, parce qu'ils l’étaient de main d’homme dans leur corps, vous appelaient les incirconcis ; sou- venez-vous, dis-je, que vous étiez alors sans Christ, privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances et aux promesses, n'ayant ni espérance ni Dieu dans le monde. Maintenant, au contraire, étant en Jésus-Christ, vous qui étiez autrefois éloignés, vous vous êtes rapprochés par le sang du Christ. Car c’est lui qui est notre paix ; il a réuni les deux peuples, il a abattu le mur de séparation, il ἃ fait disparaître leur inimitié en anéantissant par sa mort?, la Loi, les ordonnances, les commandements ; de la sorte il æformé en 1 On peut traduire aussi : ef nous, enfants par naissance, étions soumis ἃ la colère comme les autres hommes. Paul, par cette expression, enfants par naissance, désignerait spécialement les Juifs, 2 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : il ὦ fait disparaître leur inimitié par sa mort, en anéantissant la Loi, les ordonnances. etc. C9 15 2, 10 18 49 [he] Ὁ Ὁ) (9) 9 540 LE NOUVEAU TESTAMENT lui-même, avec les deux hommes, un seul homme nouveau, il a fait la paix, et, tous deux, réunis en un seul corps, il les ἃ réconciliés avec Dieu par la croix, sur laquelle il fit mourir en sa personne leur inimitié. [Il est venu vous annoncer «La paix» à vous «qui étiez au loin comme à ceux qui étavent près». Car, grâce à lui, nous pouvons avoir, tous les deux, accès auprès du Père dans un même Esprit. Vous n'êtes donc plus nt étrangers, ni intrus, vous êtes concitoyens des saints et membres de la famille de Dieu; vous avez été édifiés sur le fondement posé par les apôtres qui sont aussi prophètes?, fondement dont la pierre angulaire est Jésus-Christ. L'édifice entier, solidement élevé sur elle, deviendra un saint temple dans le Seigneur; et c’est sur elle que vous aussi avez été élevés pour servir à Dieu d'habitation spirituelle. Voilà pourquoi, moi Paul, prisonnier de Jésus-Christ, pour vous païens “.. Vous savez quelle charge Dieu, dans sa grâce, m'a conférée auprès de vous, et comment c’est une révélation qui m'a initié au mystère; je viens de vous en dire quelques mots. Vous pouvez comprendre, en les lisant, l'intelligence que j'ai de ce mystère du Christ. Dans les autres âges, les hommes ne l’ont pas connu, tel que l'Esprit vient de le révéler aux saints apôtres du Christ5, qui sont aussi prophètes. Le voici: les païens héritent avec nous, ils font partie avec nous du même corps; ils ont leur part de la même promesse faite en Jésus-Christ et par l'Évangile, et j'en ai été fait ministre; c’est un don de la grâce de Dieu qui m'a été accordé par sa puissante intervention. Oui, cette grâce m'a été faite, à moi le moindre des fidèles, d'annoncer aux païens l’inson- dable richesse du Christ, et d'éclairer tout le monde sur la vraie 1 Isaïe 57, 19. 2 Le mot prophète est certainement pris ici dans le sens de prédicateur, évan- séliste. 3 Quelques anciens manuscrits omettent Jésus et lisent: prisonnier du Christ. 4 Phrase inachevée. | 5 On peut mettre une virgule après saints et lire: aux saints, apôtres du Christ... etc. Ὁ 4 k : δε. ÉPÎTRE AUX ÉPHÉSIENS 541 nature du mystère caché de toute éternité en Dieu, créateur de l'univers. Il faut que maintenant les puissances et les pouvoirs qui règnent dans les cieux apprennent de l'Église à connaître l’infinie sagesse de Dieu. C’est là l'éternel dessein que Dieu avait formé en Jésus-Christ notre Seigneur. C’est en lui, c’est par la foi en lui que nous nous approchons de Dieu avec courage et confiance. Voilà pourquoi ! je vous prie de ne pas perdre courage à cause des tribulations que j'endure pour votre bien. Elles sont plutôt pour vous un sujet de gloire. Voila pourquoi aussi je me mets à genoux devant le Père (qui donne son nom à tout ce qui est famille, soit dans le ciel, soit sur la terre ?), pour qu'il vous accorde, dans sa glorieuse richesse, d’être puissamment forüufié par son Esprit dans votre être intérieur; qu'il fasse que le Christ habite dans vos cœurs, par la foi; que vous preniez racine dans l'amour; qu’en lui, vous ayez votre fondement; que vous arriviez à comprendre, avec tous les fidèles, quelle en est la largeur, la longueur, la profondeur, la hauteur ; que vous connaissiez l'amour du Christ qui dépasse toute connaissance, et qu'enfin vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu. A celui qui peut faire, pour nous, beaucoup plus, infiniment plus que tout ce que nous demandons et comprenons, grâce à sa puis- sance qui agit en nous, à lui soit gloire dans l'Église et en Jésus- Christ de génération en génération et aux siècles des siècles. Amen. Je vous exhorte donc, moi qui suis prisonnier dans le Seigneur, à vivre d’une manière digne de l’appel qui vous a été adressé, avec une entière humilité, avec douceur, avec patience; supportez- vous avec amour les uns les autres, efforcez-vous de conserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix. 1 Il est possible que par ces mots: voilà pourquoi, Paul reprenne et conti- nue la phrase imachevée du verset 1, et alors les versets 2 à 13 ne seraient qu'une vaste parenthèse. 2 En grec, le mot patria, famille, vient de pater, père. 3 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : habite dans vos cœurs, Par la foi et avec amour; que vous preniez racine en lui; qu’en lui, vous ayez votre fondement, etc. 10 10 17 19 LE NOUVEAU TESTAMENT σι ra ὋΣ ΠΠ n’y ἃ qu'un corps, qu'un Esprit, comme il n'y ἃ qu'une espe- rance, celle de l’appel qui vous ἃ été adressé. Il n’y ἃ qu'un Seigneur, qu'une foi, qu'un baptême, qu'un Dieu, Père de tous, au-dessus de tous, qui agit par tous, qui est en tous. Mais à chacun de nous a été donnée la grâce selon la mesure de la libéralité du Christ. Voilà pourquoi 1] dit : «ll est monté dans les hauteurs, Il a emmené des captifs, Il a fait des présents aux hommes.» Que suppose ce mot: «il est monté»? Que d'abord il était descendu dans des régions inférieures, sur la terre. Celui qui est descendu est le même que celui qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin de tout remplir. C’est lui aussi qui ἃ donné aux uns d’être apôtres; à d’autres, d'être prophètes ; à d’autres, d’être évan- gélistes; à d’autres, d’être pasteurs et docteurs, et leur ministère doit servir aux progrès des fidèles, à l'édification du corps du Christ, jusqu’à ce que nous soyons tous arrivés à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à une virile maturité, à la hauteur de la parfaite stature du Christ. Il veut que nous ne soyons plus des enfants, entraînés par tous les courants, emportés par tout vent de doctrine, joués par les hommes, trompés par leurs ruses qui égarent. Il veut que fidèles, avec amour, à la vérité, nous grandissions à tous égards, pour attemdre celui qui est la tête, le Christ. C’est de lui que le corps entier bien proportionné, bien lié, solidement pourvu de nom- breuses jointures, tire son développement, chaque membre selon ses forces, pour s'édifier lui-même et croître dans l'amour. J Voici donc ce que je vous demande, ce dont je vous conjure au nom du Seigneur : ne vivez plus comme vivent les païens dont la raison est égarée, dont l'intelligence est obscurcie, qui sont étran- gers à la vie de Dieu, par suite de l'ignorance où ils sont, et de l’endurcissement de leur cœur. Is ont perdu tout sens moral, ils 1 Psaume 68, 19. Je Le 7 Léo Pen ns A bas ÉPÎTRE AUX ÉPHÉSIENS 543: se sont livrés à la débauche, à la pratique de toute sorte d'impureté et à l’avarice. Mais vous, ce n’est pas ainsi qu'on vous ἃ enseigné le Christ, puisque vous en avez entendu parler et qu'on vous ἃ appris à son école (et c’est la vérité en Jésus) à vous défairef, comme l'exige votre conduite passée, du vieil homme corrompu par de trompeuses passions, à renouveler votre esprit, votre intelli- gence, à revêtir le nouvel homme créé à l’image de Dieu dans une . justice et une sainteté inséparables de la vérité. Ainsi donc renoncez au mensonge; «Que chacun dise la vérilé à son prochain ?», car nous sommes membres les uns des autres. «Dans la colère ne péchez pas * » ; que le soleil ne se couche pas sur votre colère ; n'offrez aucune prise au Diable. Que le voleur ne commette plus de vol, qu'il occupe plutôt ses mains à quelque bon travail pour qu'il puisse donner à celui qui est dans le besoin. Que votre bouche ne prononce jamais de mauvaises paroles, mais, à l’occasion, dites quelques bonnes paroles édifiantes qui fassent du bien à ceux qui les entendent. N’attristez pas le saint Esprit de Dieu, dont vous avez reçu le sceau pour le jour de là délivrance. Que tout ce qui est amertume, violence, colère, crierie, médi- sance, soit banni d’entre vous, et aussi tout ce qui est méchanceté. Soyez bons les uns pour les autres, pleins de tendresse, par- donnez-vous mutuellement, comme Dieu vous a pardonné en Christ. Devenez donc imitateurs de Dieu, comme des enfants bien- aimés; et appliquez-vous à l’amour à l'exemple du Christ qui vous a aimés et qui s’est lui-même livré pour nous“ «o/ffrande et sacri- fice, parfum d'une odeur agréable à Dieuÿ ». 1 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : ef qu'on vous a appris à son école quelle est la vérité en Jésus, savoir à vous défaire. etc. ? Zacharie 8, 16. 3 Psaume 4, 5, Ὁ Un des plus anciens manuscrits et d’anciennes autorités lisent: pour vous. 5 Exode 29, 18. 29 =] 20 D44 LE NOUVEAU TESTAMENT Que ni la débauche, ni une impureté quelconque, ni l’avarice ne soient même nommées parmi vous, comme il convient à des fideles. Point de paroles indécentes, point de niaiseries, point de plaisanteries, ce n’est pas convenable. Prononcez plutôt des actions de grâces. Vous savez, en effet, vous reconnaissez que ni débauché, ni impur, ni avare (l'avare est un idolâtre), ne possèdent d’héritage dans le Royaume du Christ et de Dieu. Que personne ne vous trompe par de vaines paroles: c'est bien à cause de ces vices que la colère de Dieu frappe les hommes rebelles. N'ayez donc rien de commun avec eux. Car autrefois vous étiez ténèbres, aujourd’hui vous êtes lumière dans le Seigneur. Vivez comme des enfants de lumière. (Le fruit de la lumière c'est tout ce qui est bonté, justice, vérité.) Examinez ce qui est agréable au Seigneur, ne vous associez pas aux œuvres stériles des ténèbres; faites mieux : condamnez-les ouvertement. Ce que les païens font en secret, on a honte mème de le dire. Mais tout ce que l’on condamne ouvertement est dévoilé, mis en pleine lumière, car tout ce qu’on dévoile, on le met en pleine lumière. C’est pour cela qu'il dit: «Réveille-toi, toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ l'éclairera®.» Veillez donc avec le plus grand soin sur votre conduite; n’agissez pas en insensés, mais en hommes sages, profitant des occasions, car les temps sont mauvais. Ainsi ne devenez pas déraisonnables, et comprenez ce que veut le Seigneur. £ « Ne vous enivrez pas?» ..... le vin mène à l'intempérance; soyez au contraire remplis de l'Esprit. Parlez-vous en psaumes, en hymnes, en chants spirituels, chantez et psalmodiez du fond du cœur au Seigneur. Rendez toujours grâces de tout au nom de notre Seigneur Jésus-Christ à Dieu notre Père. 1 Ce passage ne se trouve pas dans l'Ancien Testament. ? Allusion à Proverbes 28, 31. L _ 40 ἡ « ÉPÎITRE AUX ÉPHÉSIENS 545 Soumettez-vous les uns aux autres dans la crainte de Christ. Que les femmes soient soumises, chacune à son mari, comme au Seigneur. Car le mari est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l'Église, lui, le Sauveur du corps; de même que l'Église est soumise au Christ, de même les femmes doivent se soumettre en tout à leurs maris. Vous, maris, aimez vos femmes, comme le Christ a aimé l'Église et s’est lui-même livré pour elle, pour la sanctifier par sa parole après l'avoir purifiée et lavée dans l'eau, afin de faire paraître à ses yeux cette Église, brillante de beauté, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et sans défaut. De même aussi, les maris doivent aimer leurs femmes, car elles font partie d'eux-mêmes !, et celui qui aime sa femme s'aime lui-même. Per- sonne ne se met à haïr son corps; on le nourrit au contraire; on en prend soin, et c'est ainsi que le Christ en use envers l’Église, envers nous qui sommes les membres de son corps. «A cause de cela l’homme laissera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et ils seront deux dans une chair ?.» Ce passage est bien mysté- rieux; moi, je l'explique en l’appliquant à Christ et à l'Église. En tout cas, chacun parmi vous doit aimer sa femme comme soi- même, et la femme doit respecter son mari. Vous, enfants, obéissez à vos parents selon le Seigneur; c’est justice : «Respecte ton père et ta mère!» Voilà un commandement capital à cause de cette promesse : «afin d’étre heureux et de vivre longtemps sur la terre.» Et vous, qui êtes pères, n'irritez pas vos enfants, mais élevez- les en les instruisant et les avertissant selon le Seigneur. Vous, qui êtes esclaves, obéissez à ceux qui sont vos maîtres sur la terre, dans la crainte, dans l'humilité, dans la droiture de votre cœur, comme au Christ, et non pas seulement quand ils ont 1 Littéralement : Les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. ? Genèse 2, 24. 5 Exode 20, 12. 35 90 31 [2] ὡϑ 13 18 216 LE NOUVEAU TESTAMENT l'œil sur vous, comme si vous n’aviez à satisfaire que des hommes, mais, esclaves de Christ, faites la volonté de Dieu de toute votre âme. Servez-les avec affection !, comme s’il s'agissait du Seigneur et non pas d'hommes, et sachez, que chacun sera récompensé par le Seigneur selon le bien qu'il aura fait, qu'il soit esclave ou qu'il soit libre. Et vous, maîtres, agissez de même envers eux, laissez là les menaces, Car vous savez que leur maitre et le vôtre est dans les cieux, et qu'il n’a pas égard à la condition des personnes. Enfin, cherchez votre force dans le Seigneur, dans sa vertu, dans sa puissance. Revèêtez l’armure de Dieu afin de pouvoir résister aux manœuvres du Diable. Car nous avons à combattre, non contre des adversaires de chair et de sang, mais contre les chefs, les souverains, les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les mauvais Esprits des régions célestes. Prenez donc l’armure de Dieu afin de pouvoir résister dans les mauvais jours et rester debout après avoir triomphé de tout. Tenez ferme; «Que la vérité soit la ceinture de vos reins ?. » «Que la justice soit votre cuirasse*.» [gile de paix.» « Que vos pieds aient pour chaussures la préparation à suivre lÉvan- Par-dessus tout, prenez le bouclier de la foi; avec lui vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Malin”. Saisissez aussi «le casque du salut $» et «l'épée de l'Esprit?», c'est-à-dire la Parole de Dieu. Priez Dieu ardemment, suppliez-le en toute occasion et par l'Esprit. Montrez là de la vigilance, beaucoup de persévérance; priez 1 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : faites La volonté de Dieu : Servez-les de toute votre âme, avec affection, etc. 2 Ésaïe 11, 5. 3 Ésaie 59, 17. 4 Lsaïe 52, 7. Ὁ Grec: du Mauvais, du Méchant, c’est-à-dire du Diable, Voir Matth. 6, 18, 6 Ésaïe 59, 17. 7 saïe 49, 2. γ΄ pour tous les fidèles, ainsi que pour moi; qu'il me soit donné, 19, 6 0 quand j'ouvre la bouche, de parler courageusement, de faire connaître le mystère de l'Evangile ! (moi, son ambassadeur, et qui 20 suis aux fers); oui, que j'en parle avec assurance, comme je le dois. ÉPÎTRE AUX ÉPHÉSIENS οι PS 1 Pour que vous sachiez, vous aussi, où j'en suis et ce queje fais, 91 le bien-aimé frère Tychique, un fidèle ministre du Seigneur, vous dira tout. Je vous l'envoie dans ce but; vous saurez par lui où 22 nous en sommes, et 1] consolera vos cœurs. La paix soit avec les frères, et l'amour, uni à la foi, accordé par 23 Dieu notre Père et par le Seigneur Jésus-Christ. LA GRACE SOIT AVEC TOUS CEUX QUI AIMENT NOTRE SEIGNEUR 24 JÉSUS-CHRIST ΝΕ MANIÈRE INALTÉRABLE. 1 Quelques anciens manuscrits omettent de l'Evangile. δ τ γα ΟΝ νὰ» ἃ: ei. 3 Ὥ: δ γ | ; ‘4 ᾿ 6. Σ at ΛΗ RUE: re ἐξ 1) 4 al st 174 # Le Σ 22 À tr i ὦ : ss; = ἢ ᾿ ; fard Ὡς CR ! site) ΒΝ DEN LOT οι ati y ἢ «Ὁ Frey. ΤΗΣ F4 IKNE Se Ν᾽ ‘à ἘΞ L< Are TORN ΜΕ HER τὰ ἔ ἥ Me PT I RU TA LS D! υ1ὺ f AUX EL € LE) |. A : ὶ DE 2 ἢ ᾿ Ὶ - ; + . À ÉPITRE AUX PHILIPPIENS PRÉFACE Cette lettre est une des dernières de Paul qui nous soient par- venues. Il l’a écrite de Rome pendant cette captivité de deux années dont parle Luc à la dernière phrase du livre des Actes (28 : 30 et 31), en l’an 62 ou 65. Son authenticité est hors de toute contestation. Le but de l’apôtre, en écrivant ces quelques pages, était de remercier les Philippiens du secours qu'ils lui avaient fait parvenir par un des leurs, Épaphrodite (2: 25; 4: 10). Celui-ci, après un long séjour auprès de l’apôtre, séjour pendant lequel 1] avait été gravement malade (2: 27), retourne à Philippes, porteur de notre lettre. Paul n’y donne pas d'instructions dogmatiques. Il laisse parler son cœur ef témoigne à ses chers Philippiens, dans un langage d’une grande simplicité, sa tendre et profonde, affection. Il leur exprime sa reconnaissance ; il leur expose tour à tour ses craintes et ses espérances; ses tristesses et ses joies. Cette épître est un entretien suprême de l’apôtre se montrant à ses amis avec toutes 165 richesses de sa pensée et les incomparables délica- tesses de son cœur. Les deux premiers chapitres (1, 1 à 3: 2) forment comme 550 LE NOUVEAU TESTAMENT une première épître où, après avoir décrit sa situation à Rome et les progrès qu'y fait l'Évangile, l’apôtre parle de lui-même et de son espoir d'obtenir un prompt élargissement. Puis il s'adresse aux Philippiens eux-mêmes, 11 leur propose pour modèle le Christ «qui s'est soumis jusqu'à mourir, mourir même sur une croix!» et termine par quelques détails sur Timothée et sur Épaphrodite. Ces détails semblent indiquer que la lettre va finir. Ils rappellent ceux que Paul insère d'ordinaire en ache- vant ses épîtres. Mais il reprend ensuite sa lettre et la complète par de nouveaux développements (3: 2 et suiv.). Il commence cette seconde partie par des avertissements d’une sévérité extrême adressés aux partisans de la circoncision ; puis, revenant à lui-même, il affirme l'assurance de son salut, repo- sant sur ce fait unique que Jésus-Christ s’est emparé de lui. Nous reconnaissons dans cette page admirable l’apôtre de la justification par la foi. La lettre se termine -enfin par des conseils directs adressés à quelques membres, hommes ou femmes, de la commu- nauté de Philippes et, dans les dernières lignes, Paul revient à l'expression de sa reconnaissance pour le don qu’il ἃ reçu. Il est remarquable qu’il emploie ici des termes assez recherchés, les uns tirés de la langue poétique et dont les poètes seuls se servaient, les autres empruntés à la terminologie spéciale du commerce et de la banque. (Voir sur la fondation de l'Église de Philippes : Actes 16 : 11 à 40.) d | λ ᾿ À ÉPÎTRE AUX PHILIPPIENS Pauz ET TIMOTHÉE, SERVITEURS ! DE JÉSUS-CHRIST, A TOUS LES FIDÈLES EN JÉSUS-CHRIST QUI SONT A PHILIPPES AINSI QU'AUX CONDUCTEURS DE L'ÉGLISE? ET AUX DIACRES. GRACE ET PAIX VOUS SOIENT ACCORDÉES PAR DIEU NOTRE PÈRE ET PAR LE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. Je rends grâces à mon Dieu chaque fois que je me souviens de vous. Sans cesse, dans toutes mes prières, je le prie pour vous tous avec joie, parce que vous êtes restés fidèles à l'Évangile depuis le premier jour jusqu'à maintenant. Je suis persuadé que celui qui ἃ commencé cette bonne œuvre en vous la mènerà à bonne fin jusqu’au jour de Jésus-Christ. En pensant ainsi de vous tous, je ne fais que vous rendre Justice, car je vous porte dans mon cœur. Que je sois en prison, que je défende et prêche l'Évangile, vous prenez tous une si vive part à la grâce qui m'est faite! Dieu m'est témoin que j'éprouve pour vous tous la tendresse de Jésus-Christ! Et je demande ceci: que votre amour aille toujours en grandissant, et qu'il vous donne de l'intelligence et toute sorte de discernement, que vous appréciez toutes choses à leur juste valeur, que vous arriviez purs et irréprochables à la 1 Grec : esclaves. f 2 Conducteurs de l'Église. Nous avons traduit ailleurs le même mot du texte original par Surveillants (Actes 20, 28). Voir note sur I Tim. 8, 1. 1 [he D OÙ à ὧδ 1 10 18 19 552 LE NOUVEAU TESTAMENT journée de Christ, riches des fruits de la justice qui viennent de Jésus-Christ, à la gloire et à la louange de Dieu. Je veux que vous sachiez, mes frères, que ma position ἃ été plutôt un avantage pour l'Évangile. En effet, on ἃ parfaitement su dans tout le prétoire et dans le public que j'étais prisonnier pour la cause de Christ, et la plupart de nos frères rassurés, grâce au Seigneur, sur ma détention, ont plus de hardiesse, moins de crainte pour annoncer la parole de Dieu. Il en est, sans doute, qui prèchent le Christ par jalousie et pour faire de la polémique, mais d’autres le font dans des dispositions bienveillantes. Ceux-ci sont pleins d'affection, parce qu'ils savent que je suis chargé de défendre l'Évangile; ceux-là ont un esprit de parti, ils annoncent le Christ sans loyauté; ils pensent aggraver ma situation de prisonnier. Qu'importe après tout? Avec ou sans arrière-pensée, Christ est de toutes manières annoncé, et je m'en réjouis et m'en réjouirai toujours. Car je sais que « Cela tournera à mon salut ᾽ν, grâce à vos prières et au secours de l'Esprit de Jésus-Christ. J'ai la conviction, j'ai le ferme espoir de n'être en rien confondu ; au contraire, je serai plein de hardiesse, et, maintenant comme toujours, mon corps, que je vive ou que je meure, servira à la gloire de Christ. Pour moi, Ghrist est ma vie et mourir est un avantage | Si, d’un autre côté, ma vie se prolonge, je verrai fructifier mon œuvre; aussi ne sais-je lequel préférer. Je suis arrêté entre deux désirs contraires : d’un côté celui de partir et d'être avec Christ, c’est de beaucoup ce que je préférerais ; de l’autre, celui de rester dans cette vie, et à cause de vous c’est nécessaire. Aussi ai-je la confiance, la certitude que je resterai, que je resterai avec vous {ous pour vos progrès dans la joie et dans la foi; et ainsi mon retour auprès de vous vous fournira l’occasion de rendre gloire à mon sujet à Jésus-Christ. 1 Job 13, 16. _ ÉPITRE AUX PHILIPPIENS 553 Seulement que votre conduite soit digne de l'Évangile du Christ ; que je vienne vous voir ou que je reste absent, il me faut apprendre que vous restez fermes, tous dans le même esprit, luttant d’un commun accord pour la foi de l'Évangile, ne vous laissant inti- mider en rien par les adversaires; celte fermeté sera un signe évident de ruine pour eux, de salut pour vous, et cela de la part de Dieu. Car 1] vous aura fait la grâce, à propos de Christ, non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui et de soutenir le même combat que vous m'avez vu soutenir et que, vous le savez, je soutiens encore. S'il y ἃ donc quelque consolation en Christ, s'il y ἃ quelque encouragement à s'aimer, si c'est quelque chose que la communion d'esprit, quelque chose que la tendresse et la compassion, mettez le comble à ma joie, en vivant en bonne intelligence, en étant animés du même amour, en ne faisant qu'un cœur et qu’une âme. N’agissez jamais par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l’un, en toute humilité, regarde l’autre comme lui étant supérieur et que chacun, au lieu de songer à son propre intérêt, songe à celui des autres. Ayez les sentiments qui animaient Jésus-Christ: il était dans la même condition que Dieu et il n’a pas considéré cette égalité avec Dieu comme un butin à garder pour lui, mais il s’est dépouillé lui-même, il ἃ pris la condition de l’esclave; il est devenu semblable aux hommes, 11 s’est montré homme dans toute son apparition; il s’est humilié lui-même, il s’est soumis jusqu'à mourir, mourir même sur une croix! Aussi Dieu l’a-t-il élevé bien haut et lui a-t-il donné un nom qui l'emporte sur tous les noms, afin qu’au nom de Jésus «Fléchissent tous les genoux» dans le ciel, sur la terre, sous la terre et que « Toute lañgue con- fesse! » que Jésus-Christ est le Seigneur pour la gloire de Dieu le Père! 1 Allusion à Ésaïe 45, 23. 10 1 554 LE NOUVEAU TESTAMENT “τς = — = — --.-.-..- Mes bien-aimés, vous avez toujours été soumis; travaillez donc à votre salut avec crainte et en tremblant, et non seulement comme lorsque j'étais au milieu de vous, mais plus encore aujourd’hui que je suis absent. Car c'est Dieu qui fait naître en vous et la volonté et l’action, suivant son bon plaisir. Faites tout sans mur- murer et sans hésiter, pour devenir irréprochables et purs, des «enfants de Dieu parfaits...» au milieu «... d’un siècle dépravé et corrompu... !»; vous y apparaissez comme les astres dans le monde, retenant la parole de vie, et je serai fier à la journée de Christ, car je n'aurai pas inutilement parcouru ma carrière, et je n'aurai pas «...travaillé inutilement ?». Si même 16 dois verser mon sang et être offert en sacrifice pour le service de votre foi, je dis: «Quelle joie! quelle joie!» avec vous tous; vous aussi dites : «Quelle joie! quelle joie!» avec moi. J'espère cependant, avec l’aide du Seigneur Jésus, vous envoyer bientôt Timothée, pour avoir de vos nouvelles et être, moi aussi, un peu tranquillisé. Je n’ai personne ici qui pense comme moi et qui puisse s'intéresser sérieusement à ce qui vous concerne. Tous songent à leurs propres intérêts et non à ceux de Jésus-Christ. Quant à lui, vous savez qu’il a été mis à l'épreuve et qu’il s’est con- sacré avec moi au service de l'Évangile, comme un fils avec son père. J’espère vous l'envoyer aussitôt que je verrai quelle tournure prennent mes affaires. J'ai de plus la confiance qu'avec l’aide du Seigneur j'arriverai moi-même incessamment. En attendant, j'ai cru nécessaire de vous envoyer Épaphrodite, mon frère, mon collaborateur, mon compagnon de luttes qui est venu, député par vous, pourvoir à mes besoins. D'ailleurs il désirait ardemment vous revoir tous, et il était désolé que 1 Expressions qui se retrouvent dans le cantique de Moïse. Deut. 32, 5. 2 Ésaie 49, 4. ÉPIÎITRE AUX PHILIPPIENS QT vous eussiez appris sa maladie. Il ἃ été malade, en effet, et a vu la mort de près. Mais Dieu ἃ eu pitié de lui, et non seulement de lui, mais aussi de moi, pour que je n’eusse pas tristesse sur tristesse. Je vous l'envoie donc avec d'autant plus d’empressement que vous aurez la joie de le revoir et que moi, J'aurai un chagrin de moins. Ainsi, accueillez-le dans le Seigneur avec une joie entiere, et rendez honneur à des hommes comme lui, car c'est pour l’œuvre de Christ ! qu'il ἃ été à la mort; il a exposé sa vie pour prendre votre place dans les services que vous ne pouviez me rendre, étant absents. Enfin, mes frères, soyez joyeux dans le Seigneur; cela ne m'ennuie pas de vous répéter la même chose, et pour vous c'est plus sûr. Attention aux chiens?! attention aux mauvais ouvriers! atten- tion à tous ces mutilés! c’est nous qui sommes les vrais circoncis, nous qui adorons selon l'Esprit de Dieu, qui tirons notre gloire de Jésus-Christ et ne mettons pas notre confiance dans des distinctions charnelles; et cependant je pourrais le faire si je le voulais! Des distinctions charnelles!.j'en ai plus que personne, moi, circoncis le huitième jour, de la race d'Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d'Hébreux, pratiquant la Loi jusqu'à être Pharisien, acharné jusqu’à persécuter l’Église, irréprochable observateur des justices légaies ! C’étaient là pour moi des titres; mais je suis arrivé, à cause du Christ, à les considérer comme rien. Oui, tout cela n’est plus rien pour moi, quand je songe à toute l'importance qu'il y ἃ à connaitre Jésus-Christ, mon Seigneur. À cause de lui, j'ai tout perdu; pour gagner Christ, j’ai tenu tous mes avantages pour des ordures; pour m'unir à lui, j'ai renoncé à ma Justice légale ; j'ai la justice que donne la foi en Christ, justice selon Dieu fondée sur la foi; mon but est de le connaitre lui et toute 1 Deux anciens manuscrits lisent : l’œuvre du Seigneur. ? Aux chiens de circoncis; Paul va les appeler : «ces mutilés ». 97, 2 [Re] 9 10 [he] 556 LE NOUVEAU TESTAMENT la valeur de sa résurrection; mon but est de participer à ses souffrances; j'ai pris sur moi l'image de sa mort, espérant atteindre, moi aussi, à la résurrection d’entre les morts ! Ce n’est pas que je me sois encore emparé du prix, que je sois déjà arrivé à la perfection; mais je le poursuis, espérant aussi 1 m'en emparer, car Jésus-Christ s’est emparé de moi. Non, mes frères, je ne prétends pas, moi, m'être emparé du prix; seule- ment, j'oublie ce qui est en arrière, je m'élance vers ce qui est devant moi, je cours au but, pour remporter le prix auquel Dieu m'a appelé d’en haut en Jésus-Christ. Tels doivent être les sentiments des plus avancés?; et si sur quelque détail vous étiez d’un autre avis, Dieu vous l’expliquera. Mais du point où nous sommes arrivés, allons toujours en avant. Imitez-moi, mes frères, et regardez ceux qui marchent en me prenant pour modèle. Il y en a plusieurs dont Je vous ai souvent parlé, — et je vous en reparle les larmes aux yeux, — qui marchent en ennemis de la croix du Christ. Ils finiront par la perdition; leur Dieu c’est leur ventre; ils se vantent de leurs infamies; ils ne pensent qu'aux choses de la terre. Pour nous, notre patrie est dans les cieux, d’où nous attendons, pour Sauveur, notre Seigneur Jésus-Christ; 1l transformera notre misérable corps et le rendra semblable à son corps glorieux, car il possède le pouvoir de se rendre maître de tout. Ainsi done, mes frères, mes bien-aimés que je chéris, vous, ma Joie et ma couronne, restez fermement attachés au Seigneur, mes bien-aimés. Je demande à Evodia et à Syntyché de vivre en bonne intelli- gence sous le regard du Seigneur. Et quant à toi, mon vrai col- lègue ὃ, je te supplie de les supporter. Elles ont lutté pour l’Évan- 1 Un des plus anciens manuscrits omet aussi. 2 Des plus avancés ; littéralement des adultes, des hommes mûrs. Voir I Gorin- thiens 2, 6. 3 En grec: Syzyge, ce mot est peut-être un nom propre. Dans ce cas, Paul s’adresserait à un nommé Syzyge, et luirappellerait que son nom signifie collègue. Il fait de même dans sa lettre à Philémon, verset 11, rappelant que Onésime signifie utile. _ «. κ ÉPITRE AUX PHILIPPIENS 597 ns το PRE gile avec moi, et aussi avec Clément et mes autres collaborateurs, dont les noms sont dans le livre de vie. Soyez toujours joyeux dans le Seigneur, je le répète: soyez Joyeux. Que tout le monde connaisse votre douceur. Le Seigneur est proche!; ne vous inquiétez de rien, mais, pour tout, priez; priez en rendant grâces et en exposant vos besoins à Dieu, et la paix de Dieu, qui surpasse toute com- préhension, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ. Enfin, mes frères, tout ce qui est vrai, tout ce qui est respec- table, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui est honorable, tout ce qui est une vertu, tout ce qui est un éloge doit être l’objet de vos pensées. Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous m'avez entendu dire, ce que vous m'avez vu faire, mettez-le en pratique, et le Dieu de paix sera avec vous. J'ai été extrêmement heureux dans le Seigneur de cette reflo- raison tardive de votre amitié? et de ce qu'enfin vous avez pu penser à moi. Vous y songiez bien, mais vous n’aviez pas d’occa- sion. Si je dis cela, ce n’est pas pour parler de ma pauvreté ; j'ai appris à me contenter de ce que j'ai. Je sais être dans le besoin; je sais aussi avoir du superflu. Je suis initié à tout et partout ; à être rassasié comme à avoir faim, à avoir le superflu comme à manquer du nécessaire. Je puis tout en Celui qui me fortifie. Vous n’en avez pas moins bien fait de prendre votre part de ma détresse. D'ailleurs vous savez, vous, les Philippiens, qu'au commencement de l’évangélisation, quand j'ai quitté la Macé- doïine, il n’y eut aucune Église, sauf la vôtre, qui se mit 1 C'est-à-dire : Le retour de Jésus-Christ est imminent, mais on peut traduire aussi : Le Seigneur est près, c’est-à-dire : Le Seigneur se tient près de vous, ne vous inquiétez de rien. 2 Allusion au don de l’Église de Philippes qu'Épaphrodite avait porté à l’apôtre. (Voir 2, 25). 4, 4 Qt 10 DD8 LE NOUVEAU TESTAMENT en rapport avec moi et m'ouvrit un compte courant !. Ainsi, à Thessalonique, vous m'avez envoyé une fois, deux fois même, ce dont j'avais besoin. Ce n’est pas que je recherche les présents ; mais Je recherche le profit qui en résulte pour vous?. J'ai tout ce qu'il me faut, je surabonde même, je suis riche depuis que j'ai reçu ce que vous m'avez envoyé par Épaphrodite, délicieux parfum, sa- crifice accepté et approuvé de Dieu! Mon Dieu, selon sa richesse, pourvoira glorieusement et en Jésus-Christ à tous vos besoins. Qu’à notre Dieu et Père soit la gloire aux siècles des siècles ! Amen. Saluez en Jésus-Christ tous les fidèles. Les frères qui sont avec moi vous saluent. Tous les fidèles vous saluent, particulièrement ceux de la maison de l'Empereur *. LA GRACE DU SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST SOIT AVEC VOTRE ESPRIT. 1 Un compte-courant; littéralement ; Un compte de Doit et Avoir. Paul em- ploie ici un terme technique, emprunté à la langue des affaires; nous sommes obligé, pour être exact, de nous servir dans notre traduction du terme français correspondant. ? Qui en résulte pour vous; littéralement : abondant pour votre compte. Cette phrase est presque intraduisible. Le terme le profit ne rend pas la pensée de Paul, qui emploie en grec un mot signifiant le fruit. Voici ce qu'il veut dire: Les Philippiens lui ont ouvert un compte courant. Il reçoit d’eux des biens matériels; eux reçoivent de lui la nourriture spirituelle. Lorsque les Philippiens font à l’apôtre un présent, celui-ci en est heureux. Ge n’est pas 4} recherche les cadeaux; mais les recevoir est pour lui une preuve que les Philippiens sont riches en biens spirituels, que l'Évangile a porté des fruits parmi eux, et que ces biens spirituels, ces fruits abondent à leur compte. 5. L'Empereur. Voir note sur Actes 25, 10. ÉPITRE AUX COLOSSIENS PRÉFACE La ville de Colosses (ou Colasses) était en Phrygie. Paul l'avait visitée dans son troisième voyage missionnaire (Actes 18: 23; 19 : 1), mais il n’avait fait que la traverser. Le vrai fondateur de l'Église avait été Épaphras (Coloss. 1 : 7; 4: 12) et la plupart des fidèles de Colosses n'avaient jamais vu l’apôtre (Coloss. 2: 1). Épaphras venait d'apporter à Paul dans sa prison d'excellentes nouvelles de l'Église (Coloss. 1 : 4, 8). Cependant quelques faux docteurs l’inquiètent. Ce sont des sortes d’Esséniens, des ascètes, scrupuleux dans les observances pharisaïques et rendant un culte aux anges. Ils divisent ceux-ci en classes; ils se livrent sur leur hiérarchie à des spéculations sans fin et qui ne reposent sur rien. Ils croient cette science supérieure à celle des apôtres, et l’opposent à la foi des simples... L'apôtre se préoccupe du danger que court la doctrine de la personne même du Christ, dont l'importance risque de dispa- raître, et il écrit aux Colossiens une lettre où 1] insiste sur tout ce qui concerne cette doctrine. Le Christ réalise la plénitude de la vie divine; cette vie se continue sur la terre par l’Église qui est unie au Christ, comme le corps l’est à l’âme. Ici, comme ailleurs, l’apôtre traite successivement les questions 60 LE NOUVEAU TESTAMENT dogmatiques et les questions morales. Il aborde celles-ci au cha- pitre 3, mais, en les traitant, il continue ses développements dog- matiques et combat toujours l’ascétisme. L’authenticité de l’Épître aux Colossiens n’a jamais été con- : Ρ IE testée dans l’Église antique, pas plus que celle de l’Épître aux Ephésiens. Nous avons montré, dans notre préface à cette dernière P ; à ᾽ les étroits rapports qu'offrent ces deux lettres, et comment elles ont été écrites ensemble. Les mêmes messagers les ont portées, Tychique et Onésime, ce dernier chargé de la lettre à Philémon. Ces trois épîtres (aux Éphésiens, aux Colossiens et à Philémon) ont été écrites par Paul pendant sa captivité de deux ans à Césarée, et non pas pendant celle de Rome. La ville de Colosses ayant été détruite par un tremblement de terre en 60 ou 61 au plus tard, nos trois lettres sont nécessairement antérieures à cette date, et il faut les placer soit en l’an 59, soit au commencement de l’an 60. Or il est impossible de faire arriver Paul à Rome avant le printemps de l’an 61; la lettre aux Colossiens, et par suite les deux autres, sont donc certainement parties de Césarée. ÉPITRE AUX COLOSSIENS' PAUL, APÔTRE DE JÉSUS-CHRIST, PAR LA VOLONTÉ DE DIEU, Er LE FRÈRE TIMOTHÉE AUX FRÈRES EN CHRIST, FIDÈLES ET CROYANIS, QUI SONT ἃ COLOSSES 2. GRACE ET PAIX VOUS SOIENT ACCORDÉES PAR DIEU NOTRE PÈRE. Nous rendons sans cesse des actions de grâces pour vous au Dieu et” Père de notre Seigneur Jésus-Christ dans nos prières; car on nous ἃ raconté votre foi en Jésus-Christ et l’amour que vous éprouvez pour tous les fidèles, votre espérance enfin qui sera récompensée dans le ciel. On vous a parlé autrefois de ces choses quand on vous ἃ annoncé la vérité évangélique. L'Évangile est au milieu de vous, comme, du reste, dans le monde entier. Il y porte des fruits, 1l y gagne du terrain comme il l’a fait chez vous depuis le jour où vous avez appris à connaître la vérité, c’est-à-dire la grâce de Dieu. C’est Épaphras, notre bien-aimé compagnon de service, qui vous a instruits; ce fidèle ministre du Christ auprès de nous“ nous ἃ fait connaître les sentiments d'amour que l'Esprit vous inspire. Et alors nous, depuis le jour où nous avons appris tout cela, nous ne cessons de prier 1 Plusieurs des plus anciens manuscrits lisent : aux Colassiens. 2 Plusieurs des plus anciens manuscrits lisent : à Colasses. 3 Plusieurs anciens manuscrits omettent ef et lisent : à Dieu, au Père, etc. + Plusieurs anciens manuscrits lisent : auprès de vous. 36 D νὼ 1, 10 13 14 15 16 17 18 20 562 LE NOUVEAU TESTAMENT pour vous; nous demandons à Dieu que vous appreniez à con- naître tout à fait sa volonté, avec cette entière sagesse et cette intelligence que donne l'Esprit. Vous vivrez ainsi d'une manière digne du Seigneur, vous le satisferez entièrement. Vous porterez toute espèce de bons fruits, vous ferez des progrès dans la connaissance de Dieu. Vous serez admirablement fortifiés par sa glorieuse puissance; vous serez remplis de patience, de persévérance, de joie. Vous rendrez des actions de grâces! à notre Père qui vous ἃ mis à même d’avoir un jour votre part? de l'héritage des fidèles dans la lumière, qui nous ἃ arrachés au pouvoir des ténèbres, qui nous ἃ transportés dans le Royaume de son Fils bien-aimé; car par lui nous sommes rachetés, délivrés de nos péchés. Il est une image du Dieu invisible, 1l est né le premier de tous les êtres créés; c’est en lui, en effet, que tout ἃ été créé, tout ce qui est dans le ciel, tout ce qui est sur la terre, ce qui est visible et ce qui est invisible, les trônes, les seigneuries, les autorités, les puissances, tout a été créé par lui et.pour lui. Il est avant toutes choses et toutes choses subsistent en lui. Il est la tête du corps, c’est-à-dire le chef de l’Église; il est le principe; il est le premier-né d’entre les morts, afin d’être partout à la pre- mière place. En effet, c’est en lui que Dieu ἃ voulu que sa pléni- tude entière résidàt; c’est par lui qu'il ἃ voulu tout réconcilier avec lui-même, et ce qui est sur la terre et ce qui est dans le ciel; par lui# 1] ἃ rétabli la paix au moyen du sang versé sur la CrOIX. Autrefois vous lui étiez étrangers, vous étiez ses ennemis par vos pensées et vos mauvaises œuvres; aujourd'hui le Christ vous ἃ réconciliés par la mort de son corps, de sa chair, pour vous faire comparaître devant lui, saints, sans tache et sans reproche; si du 1 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : Vous serez remplis de patience et de persévérance; vous rendez avec joie des actions de grâces, ete. 2 Quelques anciens manuscrits lisent : qui nous a mis à mêmé d’avoir un jour notre part. 5 Plusieurs anciens manuscrits omettent par lui. a 4 λα ci. "ARE à "3 + A ÉPÎTRE AUX COLOSSIENS 563 moins vous restez attachés à la foi, fermes, inébranlables, sans vous écarter de l'espérance apportée par l'Évangile que vous avez entendu, Évangile prêché à toute créature sous le ciel, et dont moi, Paul, je suis devenu le ministre. Je suis maintenant dans la joie en souffrant pour vous; et ce qui manquait encore aux souffrances du Christ, je le complète moi- même pour le bien de son corps, je veux dire de l’Église dont je suis devenu le ministre. C’est Dieu qui m'a confié cette charge; Je dois vous annoncer le plein accomplissement de la parole de Dieu, le mystère caché de tout temps! et à tous les peuples, mais qu'il ἃ aujourd'hui révélé à ses fidèles. Dieu ἃ voulu leur faire connaître toute la glorieuse richesse de ce mystère à l'égard des païens, c’est-à-dire: Christ en vous, l'espérance de la gloire : Nous le prêchons; nous exhortons, nous instruisons chaque homme avec une entière sagesse, pour présenter à Dieu chaque homme devenu parfait eu Christ, C’est à cela que je travaille, pour cela que je lutte, grâce à sa force qui agit puissamment en moi. Je tiens à ce que vous sachiez toute la grandeur de ce combat que je livre pour vous, pour les Laodicéens, pour tous ceux qui ne me connaissent pas de vue, j'y tiens pour réconforter leurs cœurs, pour que l’amour les unisse, pour qu'ils aient une intel- hgence riche et complète, qu'ils connaissent le mystère de Dieu, de Christ?, où sont «..... cachés tous les trésors? » de la sagesse et de la science. Je vous dis cela pour que personne ne vous trompe par de spécieux raisonnements. Si je suis absent de corps, je suis cepen- dant avec vous en esprit, heureux de voir votre bon ordre et la. fermeté de votre foi en Christ. Comme vous avez appris à 1 Paul entend par «onystére» dans ses diverses épîtres, ce que nous appelons un secret, c’est-à-dire une chose qui reste plus ou moins longtemps cachée, inconnue . 2 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : du Dieu Christ. 3 Allusion à Ésaïe, 45, 3. 10 11 16 18 564 LE NOUVEAU TESTAMENT conuaître le Christ, Jésus, le Seigneur, vivez ainsi en lui, greffés, édifiés sur lui, affermis dans la foi, telle qu'on vous l’a enseignée, et montrez beaucoup de reconnaissance. Faites attention à celui qui voudrait vous accaparer avec de la philosophie, trompeuse illusion, enseignement purement humain, tout élémentaire et mondain, qui n’est pas selon Christ. Car c’est en lui que réside réellement toute la plénitude de la divinité. Et vous, vous êtes remplis de lui, le chef de toute autorité et de tout pouvoir. En lui aussi vous avez été circoncis; je ne parle pas de la circoncision que font les hommes, mais de celle du Christ, du dépouillement de votre corps charnel. Vous avez été ensevelis avec lui au moyen du baptême, où vous êtes aussi ressuscités avec lui, par la foi en la puissance de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts. Vous étiez morts par vos péchés, et par votre incirconcision charnelle, et il vous a fait revivre avec lui; il nous ἃ pardonné tous nos péchés, il a effacé l’acte qui était contre nous, dont les clauses nous étaient contraires, il l’a mis de côté en le clouant sur la croix, il ἃ dépouillé les autorités et les puissances, 1} les a victorieusement données en spectacle, il ἃ triomphé d'elles par le Christ ! | | Que personne ne vienne donc vous critiquer pour un mets, une boisson, un jour de fête, de nouvelle lune ou pour des sabbats, tout cela n’est que l’ombre de ce qui devait venir; la réalité est en Christ. Ne vous laissez pas enlever votre prix par ceux qui font les humbles, rendent un culte aux anges, spéculent sur des rêveries, que leurs idées charnelles remplissent d’un vain orgueil, et qui ne s’attachent pas au chef, dont le corps entier pourvu de nerfs et de muscles, et soutenu par eux, prend le développement que Dieu lui donne. Si vous êtes morts avec Christ aux enseignements élémentaires et mondains, pourquoi, comme si vous viviez encore dans le monde, vous faites-vous des règlements: «Ne touche pas ceci, ÉPITRE AUX COLOSSIENS 565 ne goûte pas cela; n’approche pas de ceci; tout cela te souillera si tu en fais usage. » « Ce sont les hommes qui enseignent et commandent ces choses !. » Elles ont sans doute un certain air de sagesse, c’est un culte volontaire, plein d’humilité et de dureté pour le corps, mais elles n’ont aucune valeur et ne servent qu'à satisfaire les sens. Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses qui sont en haut, où le Christ est « Assis à la droite de Dieu ? ; » pensez aux choses qui sont en haut et non à celles qui sont sur la terre, car vous êtes morts et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu; et quand, un jour, le Christ qui est votre vie* aura paru, vous, vous apparaitrez avec lui dans la gloire. Mortifiez donc vos membres, ceux qui sont de la terre, la débauche, l’impureté, la luxure, les passions coupables et l’ava- rice (elle est une idolâtrie). Voilà ce qui attire la colère de Dieu, et voilà ce que, vous aussi, vous avez fait autrefois; oui, vous avez vécu dans ces désordres. Mais aujourd'hui vous devez vous défaire de tout ce qui est colère, emportement, méchanceté, médisance ; ne prononcez plus de mots inconvenants; ne vous dites pas de mensonge l’un à l’autre; débarrassez-vous du vieil homme et de ses œuvres, et revêtez-vous du nouvel homme, qui se renouvelle à l’image de son Créateur et arrive à comprendre l'état où il n’y ἃ ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni étranger ni barbare, ni esclave ni homme libre, mais où Christ est tout et en tous. Vous, les élus de’ Dieu, les fidèles, les bien-aimés, montrez des cœurs pleins de pitié, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres; pardonnez-vous mutuellement quand l’un de vous ἃ à se plaindre de son prochain; faites comme 1 Ésaïe 29, 13. 2 Psaume 110, 1. 3 Quelques anciens manuscrits lisent : notre vie. 23 19 ot 10 1 19 16 17 Le) εθ 566 LE NOUVEAU TESTAMENT le Seigneur! qui vous ἃ pardonné. Par-dessus tout, montrez de l'amour ; c’est lui qui réunit toutes les perfections. Que dans vos cœurs règne la paix du Christ; vous y avez été appelés pour ne former qu’un seul et même corps. Soyez reconnaissants. Que la parole du Christ demeure en vous dans toute sa richesse. Instruisez-vous, avertissez-vous les uns les autres avec une grande sagesse. Que des psaumes, des hymnes, des chants ἜΡΙΝ montent à Dieu de vos cœurs reconnaissants ? Quoi que vous fassiez, que vous PE que vous agissiez, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâces par lui à Dieu le Père. Vous, femmes, soyez soumises à vos maris, comme il convient quand on est au Seigneur. Vous, maris, aimez vos femmes et ne vous irritez pas contre elles. Vous, enfants, obéissez en tout à vos parents, car cela est agréable au Seigneur. Vous, pères, ne tourmentez pas vos enfants, de peur qu'ils ne se découragent. Vous, esclaves, obéissez en tout à ceux qui sont vos maitres sur la terre; ne les servez pas seulement quand ils vous voient, comme si vous n’aviez à plaire qu'a des hommes; mais servez-les en toute simplicité de cœur et en craignant le Seigneur. Dans tout ce que vous faites, travaillez de toute votre âme, comme s'il s'agissait du Seigneur et non des hommes. Vous savez que vous recevrez du Seigneur en récompense l'héritage céleste. Soyez les esclaves de Christ le Seigneur. Celui qui aura fait le mal sera puni pour ce mal; il n'y aura point d’acception de personnes. 1 Quelques anciens manuscrits lisent : comme le Ghrist:; un des plus anciens lit: comme Dieu. 2 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : Que la parole du Ghrist demeure en vous dans toute sa richesse et avec une grande sagesse; instruisez- vous, averlissez-vous les uns les autres par des psaumes, des hymmes et des chants spirituels pleins de reconnaissance, chantant à Dieu dans vos cœurs. se ss ms ÉPITRE AUX COLOSSIENS 557 Vous, maitres, fournissez à vos esclaves ce qui est juste, équitable; vous savez que vous avez, vous aussi, un maître au ciel. Dans vos prières montrez de la persévérance, de la vigilance, de la reconnaissance. En même temps, priez pour nous, que Dieu nous ouvre une porte, que nous parlions, que nous prêchions le mystère du Christ. C’est pour lui que je porte la chaîne; demandez que 16 le fasse connaître comme 16 dois l’annoncer. Conduisez-vous avec prudence envers ceux du dehors, et pro- fitez bien des moments opportuns. Que vos paroles soient toujours aimables, pleines de saveur, de manière à savoir répondre à chacun comme il faut. Vous apprendrez tout ce qui me concerne personnellement par Tychique, mon bien-aimé frère, mon aide fidèle, mon collègue! dans l’œuvre du Seigneur. Je vous l’envoie tout exprès pour cela, pour que vous sachiez où en sont nos affaires, et qu'il console vos cœurs. Avec lui est notre fidèle et bien-aimé frère, Onésime, l’un de vos compatriotes. Ils vous informeront de tout ce qui se passe [ΟἹ]. Vous avez les salutations d’Aristarque, mon compagnon de prison, et celles de Marc, le cousin de Barnabas (vous avez reçu des avis à son sujet; quand 11 viendra vous voir, faites-lui bon accueil), celles de Jésus dit Justus. Ce sont les seuls circoncis qui aient travaillé avec moi pour le Royaume de Dieu ; ils ont été pour moi une véritable force. Vous avez aussi les salutations de votre compatriote Épaphras ; c’est un serviteur ? de Jésus-Christ ; il lutte sans cesse pour vous dans ses prières, pour que vous persistiez dans votre parfaite et entière soumission à toute la volonté de Dieu. Je lui rends le témoignage qu'il est plein de sollicitude pour vous ainsi que pour les frères de Laodicée et de Hiérapolis. 1 Grec: esclave avec moi. 2 Grec: esclave. 1, 4 10 11 13 4, 11 16 17 268 LE NOUVEAU TESTAMENT Vous avez les salutations de mon bien-aimé Lue, le médecin, et celles de Démas. Nous saluons nos frères de Laodicée ainsi que Nymphas et l'Église qui s’assemble dans leur maison 1. Quand vous aurez lu cette lettre, ayez soin qu'elle soit lue aussi de l'Église de Laodicée et lisez à votre tour celle qu’on vous enverra de Laodicée. Dites à Archippe: Prends garde de bien remplir le ministère que tu as reçu de la part du Seigneur. Je vous salue en écrivant moi-même : PAUL. N'oubliez pas que je suis en prison. LA GRACE SOIT AYEC VOUS. 1 Quelques anciens manuscrits lisent: dans sa maison. PREMIÈRE ÉPITRE AUX THESSALONICIENS PRÉFACE Les deux lettres aux Thessaloniciens sont les premières de Paul qui nous aient été conservées, celles qu’il faudrait chronologique- ment placer en tête de sa correspondance. L’apôtre avait fondé l’Église de Thessalonique dans son second _ voyage missionnaire (Actes 17 : 1 à 10). IL avait été obligé d’aban- donner très promptement cette jeune communauté et de la laisser encore mal affermie. Les Thessaloniciens avaient à souffrir de la part des Juifs de la synagogue de leur ville qui attaquaient le ministère de l’apôtre; de plus, leur doctrine était encore incom- plète et leur vie chrétienne peu développée. Ceux qui étaient _ sortis du paganisme n'avaient pas accepté dans toute sa rigueur la discipline évangélique. (I Thess. 4: 3 à 9). D'autre part, l’attente de la venue prochaine du Christ détournait les Thessalonigeiens du travail (4: 11); la mort de quelques-uns d’entre eux, survenue avant ce retour impatiemment attendu, avait troublé leur foi (4: 13). Paul savait ces choses, et pendant son séjour à Athènes (Actes 17 : 15 et suiv.), inquiet de ne recevoir aucune nouvelle des Thessaloniciens, il leur avait envoyé Timothée (1 Thess. 3: 1), puis il était parti pour Corinthe (Actes 18: 1). 570 LE NOUVEAU TESTAMENT Timothée l’y rejoignit, lui donna des nouvelles et confirma l’apôtre dans la pensée qu'il était nécessaire d'écrire aux Thessa- loniciens. Paul leur adressa immédiatement la lettre suivante, écrite rapidement, sans plan logique, où il ne traite aucune question de dogmatique. Cette lettre peut nous donner une idée assez nette de ce qu'était la prédication orale de l’apôtre à cette époque. La première aux Thessaloniciens a donc été écrite de Corinthe en l’an 53. Le style de Paul dans cette lettre est le même que dans ses grandes épîtres aux Romains, aux Corinthiens, aux Ga- lates, et elle a toujours fait partie, dans l’Église primitive, des livres incontestés du Nouveau Testament. PREMIÈRE ÉPITRE AUX THESSALONICIENS PAUL, SILVANUS ET TIMOTHÉE À L'EGLISE DES THESSALONICIENS EN DIEU LE PÈRE ET EN JÉSUS-CHRIST LE SEIGNEUR. GRACE ET PAIX VOUS SOIENT ACCORDÉES. Nous rendons constamment grâces à Dieu pour vous tous ; nous vous nommons dans nos prières ; et nous rappelons sans cesse, en présence de Dieu notre Père, les œuvres de votre foi, les travaux de votre charité et la persévérance de votre espoir en notre Seigneur Jésus-Christ. Nous savons, frères bien-aimés de Dieu, que vous avez été élus ; car nous ne Vous avons pas évangélisés seulement avec des paroles, mais avec une vraie puissance, avec l'Esprit saint, avec une forte conviction. Vous savez bien ce que nous avons été au milieu de vous et pour votre bien, et vous êtes devenus nos imitateurs et ceux du Seigneur, en accueillant sa parole dans un moment de grande affliction avec la joie que donne l'Esprit saint. Aussi êtes-vous devenus un modèle pour tous les croyants de la Macédoine et de l’Achaïe. Car c’est de chez vous que la parole du Seigneur s’est fait entendre; et ce n’est pas seulement en Macédoine et en Achaïe, c'est partout que votre foi en Dieu ἃ été connue; aussi n'avons-nous pas besoin d'en parler. Chacun 4 [Re] - 19 4 "1 572 LE NOUVEAU TESTAMENT raconte en parlant de nous comment vous nous avez reçus à notre arrivée, comment vous vous êtes convertis à Dieu, aban- donnant les idoles pour le servir, lui, le Dieu vivant et vrai, et pour attendre du haut des cieux son Fils qu'il a ressuscité des morts, Jésus, celui qui nous délivre de la colère à venir. Vous savez bien vous-mêmes, frères, que notre arrivée chez vous n’a pas été stérile: après avoir été persécutés, après avoir été insultés à Philippes, vous le savez, nous avons eu une grande confiance en notre Dieu, et nous vous avons prêché son Évangile au milieu de bien des luttes. C’est que notre prédication ne reposait ni sur l'erreur, ni sur des motifs impurs, ni sur la fraude; mais Dieu nous ayant jugés dignes de nous confier l'Évangile, nous par- lons non pour plaire aux hommes, mais à Dieu qui sonde nos cœurs. Jamais, en effet, nous n’avons employé la flatterie en vous par- lant, vous le savez ; jamais non plus nos motifs n’ont été intéressés, Dieu nous en est témoin. Nous n'avons pas recherché non plus les honneurs des hommes, ni chez vous, ni chez d’autres, et cependant, étant apôtres de Christ, nous aurions pu nous imposer à vous. Eh bien, au contraire, nous avons été pleins de douceur au milieu de vous. Comme une mère qui soigne tendrement ses enfants, nous étions disposés, dans notre affection pour vous, à vous donner non seulement l'Évangile de Dieu, mais nos vies elles-mêmes, tellement vous nous étiez devenus chers. Vous vous rappelez, frères, nos efforts et nos peines; c’est en travaillant nuit et jour pour n'être à charge à aucun de vous que nous vous avons prêché l'Évangile de Dieu. Vous êtes témoins, et Dieu aussi, de la piété, de l'équité et de l'intégrité avec lesquelles nous avons agi envers vous, croyants; comme un père le ferait pour ses enfants, nous vous avons, vous le savez, exhortés, encouragés, conjurés de vivre d’une manière digne de Dieu qui vous appelle à son Royaume et à sa gloire. Voilà aussi pourquoi nous rendons sans cesse grâces à Dieu de ce que, recevant de nous, de notre bouche, la parole de Dieu, vous l’avez acceptée, non comme une parole d'hommes, mais, ce qu'elle est réellement, comme une parole de Dieu; et elle se montre eflicace en vous, les croyants. one ὃς hd, δ, PREMIÈRE ÉPITRE AUX THESSALONICIENS 573 En effet, vous êtes devenus, frères, les imitateurs des Églises de Dieu qui, en Judée, sont à Jésus-Christ; car vous avez eu à souffrir de la part de vos compatriotes ce qu’elles ont eu à souffrir de la part des Juifs, de ceux qui ont aussi mis à mort le Seigneur Jésus et les prophètes, qui nous ont persécutés, qui déplaisent à Dieu, sont ennemis de tous les hommes, qui nous empêchent de parler aux païens pour les sauver, et qui mettent sans cesse le comble à leurs péchés; mais la colère de Dieu les a atteints, et définitivement. Quant à nous, frères, privés de votre présence pendant quelque temps, mais près de vous par le cœur, nous avons ardemment, immensément désiré revoir vos visages. Nous avons voulu une ou deux fois revenir chez vous (je parle de moi Paul), et Satan s’y est opposé. — (Qui, eu effet, est notre espérance, qui, notre Joie, qui, la couronne dont un jour nous serons fiers? n'est-ce pas vous ? vous aussi, ne serez-vous pas tout cela en présence de notre Seigneur Jésus, lors de son apparition? Oui, c'est vous qui êtes notre gloire et notre joie!) — Aussi nous n'y tenions plus; nous nous sommes alors décidés à rester seuls! à Athènes, et à vous envoyer Timothée, notre frère, qui est ministre de Dieu dans l'Évangile du Christ, pour vous fortifier, pour vous engager, dans l'intérêt de votre foi, à ne pas vous laisser ébranler par les épreuves de ce temps-ci. Vous savez vous-mêmes que nous y sommes destinés. Quand nous étions chez vous, nous vous avons, en effet, prédit qu'il nous fallait être éprouvés et, vous le savez, c’est ce qui est arrivé. Voilà pourquoi, n’y tenant plus, j'ai envoyé savoir des nouvelles de votre fidélité; je craignais que le Tentateur ne vous eût tentés, et que notre peine n'eüt été perdue. Mais Timothée vient d'arriver de chez vous, et il nous a apporté de bonnes nouvelles de votre foi et de votre amour; 11 nous ἃ dit le bon souvenir que vous con- 1 Paul emploie ici le pluriel, mais il ne s’agit que de lui seul. 14, 2 16 17 19 1 © Oo 10 13 1 LE NOUVEAU TESTAMENT ὧτ —1 Re servez de nous et votre désir de nous revoir, désir qui est aussi le nôtre. Aussi votre foi nous a-t-elle fortifiés, frères, au milieu de nos afflictions et de nos épreuves. Dans ce moment, nous ne vivons que parce que vous êtes attachés au Seigneur. Comment pouvons-nous assez remercier Dieu de toute la joie que vous nous faites éprouver devant lui, nous qui lui demandons instamment, jour et nuit, de faire que nous vous revoyions et que nous allions compléter ce qui manque encore à votre foi! Veuille Dieu notre Père et le Seigneur Jésus aplanir le chemin qui mène chez vous; et veuille le Seigneur augmenter et faire abonder votre amour les uns pour les autres et pour tous les hommes (comme aussi le nôtre pour vous), pour que vos cœurs se fortifient et soient d’une irrépro- chable sainteté, en présence de Dieu notre Père, à l'apparition de notre Seigneur Jésus au milieu de tous ses saints 1! Enfin ?, frères, nous vous demandons, nous vous prions, au nom du Seigneur Jésus, de faire toujours plus de progrès (vous en faites déjà), car vous avez appris de nous comment on doit se conduire pour plaire à Dieu. Vous savez quels préceptes nous vous avons donnés de la part du Seigneur Jésus. Ce que Dieu veut, c’est votre sanctification; que vous vous absteniez de toute impureté ; que chacun de vous sache avoir sa femme à lui, purement et honnêtement et sans les passions désor- données des païens qui ne connaissent pas Dieu. în affaires, ne faites aucun tort, ne causez aucun préjudice à votre frère; car le Seigneur fait justice de tout cela, comme nous vous l'avons dit et certifié autrefois. Dieu ne nous ἃ pas appelés à l’impureté, mais à la sanctification. Celui donc qui repousse ces paroles ne repousse pas un homme, mais Dieu qui vous ἃ donné à vous son Esprit saint ÿ. l Quelques anciens manuscrits ajoutent Amen. kR 2 Plusieurs anciens manuscrits ajoutent donc et lisent : Enfin donc. frères. ὁ Quelques anciens manuscrits ajoutent aussi et lisent: qui vous a donné ἃ vous «ussi son Esprit saint. PREMIÈRE ÉPÎTRE AUX THESSALONICIENS Ὁ Quant à l'amour fraternel, vous n’avez pas besoin qu’on vous en écrive, car vous-mêmes vous ayez appris de Dieu à vous aimer les uns les autres; et vraiment vous le faites, pour tous les frères, dans la Macédoine entière. Nous vous exhortons, frères, à le faire de plus en plus, à tenir à honneur de vivre en paix, à vous occuper de vos propres affaires, à travailler de vos mains, comme nous vous l'avons recommandé, pour que votre conduite soit respectée par ceux du dehors, et que vous n’ayez besoin de personne. Nous ne voulons pas, frères, vous laisser dans l'ignorance tou- chant ceux qui se sont endormis, afin que vous ne soyez pas tristes comme les autres qui n'ont pas d'espérance. Si nous croyons que Jésus est mort et qu'il est ressuscité, de même nous devons croire que Dieu ramènera les morts par Jésus et avec lui. Nous vous disons ceci d’après une parole du Seigneur : Nous qui vivons, qui sommes réservés pour voir l'apparition du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis. Car le Seigneur lui- même, à un signal donné, à la voix d’un archange et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel; alors ceux qui sont morts en Christ ressusciteront d’abord. Puis, nous, les vivants, les réservés, nous serons enlevés en même temps qu'eux, vers les nues, pour aller à la rencontre du Seigneur dans l'air; et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. Fortifiez-vous donc les uns les autres dans ces pensées-là. Quant à l’époque, à la date, vous n'avez pas besoin, frères, qu'on vous en écrive. Vous savez parfaitement vous-mêmes que le jour du Seigneur doit arriver comme un voleur qui vient la nuit. C’est au moment où les gens diront : «paix! sécurité ! » qu'une ruine subite les surprendra, comme les douleurs de l’en- fantement surprennent une femme enceinte, et ils n’échapperont pas. Mais vous, frères, vous n'êtes pas dans les ténèbres, et ce jour ne vous surprendra pas comme nous surprend un voleur. Vous 9, 4 10 11 19 10 17 σι ο 10 11 οι "1 σὺ LE NOUVEAU TESTAMENT êtes tous des fils de lumière, des fils du jour ; nous ne le sommes ni de la nuit ni des ténèbres. Ne dormons donc pas comme font les autres, mais soyons vigilants et sobres. Ceux qui dorment, dorment pendant la nuit; ceux qui s’enivrent, s’enivrent pendant la nuit. Quant à nous, fils du jour, vivons sobrement, «mettons la cuirasse » de la foi et de l'amour «et le casque» de l'espérance «du salut». Dieu ne nous ἃ pas destinés à la colère, mais à l'acquisition du salut par notre Seigneur Jésus-Christ, mort pour nous, afin que, veillant ou dormant, nous vivions toujours avec lui. Fortifiez-vous donc les uns les autres; édifiez-vous réciproquement, et d’ailleurs vous le faites déjà. Nous vous demandons encore, frères, d’avoir des égards pour ceux qui travaillent parmi vous, qui vous dirigent dans ce qui est du Seigneur et qui vous avertissent. Montrez-leur une affection toute particulière à cause de leurs fonctions. Vivez en paix entre vous. | Nous vous engageons, frères, à avertir ceux qui se laissent aller au désordre, à relever les découragés, à soutenir les faibles, à être patients envers tous. Prenez garde à ce que personne ne rende le mal pour le mal, mais appliquez-vous toujours à ce qui est bien, soit entre vous, soit avec tout le monde. Soyez toujours dans la joie; priez sans cesse ; soyez reconnais- sants de tout : voilà ce que Dieu veut de vous en Jésus-Christ. N'éteignez pas l'Esprit; ne dédaignez pas les inspirations pro- phétiques. Examinez tout; retenez ce qui est bien. Abstenez-vous de toute espèce de mal. Que le Dieu de paix lui-même vous sanctifie parfaitement; que votre esprit, votre âme, votre corps, tout votre être se conserve irréprochable pour l'apparition de notre Seigneur Jésus-Christ. Il est fidèle, Celui qui vous appelle ; 1l fera cela. 1 Ésaie 59, 17; voir Éphésiens 6, 14, 17. PREMIÈRE ÉPÎTRE AUX THESSALONICIENS 077 = Frères, priez pour nous. τς Saluez tous les frères d’un saint baiser. Je vous conjure, au nom du Seigneur, de faire lire cette lettre L r x τὰ tous les frères. LA GRACE DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST SOIT AVEC VOUS. 37 ENT 28 SN et Da — NO σι LS ὸ LS Pre Ἐν 4 | ST EE M NE EME RER πα PAS pus ὅσον... ἂν CRE . ἱ ᾿ ᾿ ἐφ runs #igé LA AS Es er À ST EMI ge | È ΣΡ αν Ma Lib ΝΜ TAN δ᾽ 1198 ΒΩ ἈΝ ΒΗ ER ! ἩΥΨΏΖ 7 fur (ἢ ἘΣ TRUE ei La δι) ἡ δι τ! ᾿ 4 Ἵ τ ' Ἰ re atre Fat! ἢ LT Fée ai | | ὲ D y SECONDE ÉPITRE AUX THESSALONICIENS PRÉFACE Cette seconde lettre suivit de près la première. Dans celle-ci Paul avait insisté sur le prochain retour de Jésus-Christ (1 : 10; 2:12; 19; 3: 13 et surtout 4: 13 à 5: 4). IL en était résulté un malentendu. Les Thessaloniciens avaient conclu des paroles de l’apôtre que tout travail était devenu inutile, puisque les derniers jours étaient arrivés. Paul apprit ces nouvelles et il écrivit sa deuxième Épiître aux Thessaloniciens, toujours de Corinthe et vers le temps de sa com- parution devant Gallion (Actes 18 : 12 à 18; II Thess. 3: 2). Un seul passage de cette lettre renferme quelques obscurités (2: 3-13). Il faut y voir une description de ce qui doit arriver dans les derniers temps. Les expressions: L'homme de l’iniquité, le fils de la perdition (2: 3) désignent l’Antéchrist, personnage qui, d’après la théologie juive de ce temps, devait paraître avant 16 Christ. Or, dit Paul, sa venue est retardée; il ne paraîtra qu'après la destruction de l’empire romain. Ce qui l'empêche de paraître (2: 6), c’est l’empire romain qui subsiste toujours. Celui qui l'arrête encore (2: T), c’est l’empéreur 580 LE NOUVEAU TESTAMENT de Rome. L’Antéchrist ne viendra donc qu'après la fin de l’em- pire; et, après l’Antéchrist, paraîtra le Christ qui anéantira l’Antéchrist. Que les Thessaloniciens ne croient donc pas que l'apparition de Jésus-Christ soit imminente. Le reste de la lettre n'offre aucune difficulté d’interprétation. Paul nomme dans la suscription ses deux compagnons, Silvanus (ou Silas) et Timothée. L’un d’eux lui servit sans doute de secré- taire; car ce n’est qu’à la fin (3: 17) que Paul prit la plume pour signer, donnant ainsi à ses lecteurs un spécimen de son écriture, attestant l’authenticité de sa lettre. Le style de cette épître est le même que celui de la première, et elle a toujours été incontestée dans l’Église primitive. Remarquons ce mot de Paul : Je signe ainsi toutes mes lettres. Or il ne nous reste de lui, antérieurement au jour où 1] traçait ces lignes, qu’une seule épître : la première aux Thessaloniciens. Nous avons là la preuve évidente que l’apôtre écrivait ou plutôt dictait beaucoup de lettres, et qu’une faible partie de sa correspondance est seule parvenue jusqu’à nous. SECONDE ÉPITRE AUX THESSALONICIENS Pau, SILVANUS ET TIMOTHÉE A L'EGLISE DES THESSALONICIENS EN DIEU NOTRE PÈRE ET EN JÉSUS-CHRIST LE SEIGNEUR. GRACE ET PAIX VOUS SOIENT ACCORDÉES PAR DIEU NOTRE PÈRE 1 ET PAR LE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. Nous devons sans cesse rendre grâces à Dieu à votre sujet; frères, ce n’est que juste, car votre foi s'accroît beaucoup, et votre amour les uns pour les autres augmente tellement que nous nous félicitons de vous auprès des Églises de Dieu; nous leur parlons de votre patience et de votre foi dans toutes les persécutions et les afilictions que vous avez eues à supporter. Il y a là comme un présage du juste jugement de Dieu; un jour vous serez jugés dignes de son Royaume pour lequel vous souffrez. Car enfin 1l est juste devant Dieu qu'il fasse souffrir à leur tour ceux qui vous font souffrir, et qu'il vous donne du repos avec nous à vous qui souffrez. Ὁ Cela sera quand le Seigneur Jésus descendra du ciel avec les anges de sa puissance ; «Entouré de flammes de feu, il fera justice ?» 1 Deux anciens manuscrits omettent notre et lisent : Dieu le Père. 2? Esaïe 66, 16. M 10 11 12 ΌΘ ἀ 582 LE NOUVEAU TESTAMENT de ceux qui méconnaissent Dieu et qui n’obéissent pas à l'Évangile de notre Seigneur Jésus. Leur châtiment sera la destruction éter- nelle, «Loin de la face du Seigneur Et de son éclatante puissance !», quand il viendra pour être, en ce jour-là, glorifié au milieu de ses fidèles et admiré par tous ceux qui auront été croyants; car vous avez cru à notre témoignage. Voilà aussi pourquoi nous prions sans cesse pour vous; nous demandons que notre Dieu vous trouve dignes de son appel; qu'il vous remplisse, dans sa puissance, de bonnes dispositions et d'œuvres de foi?. C’est ainsi que le nom de notre Seigneur Jésus- Christ sera glorifié en vous, et vous en lui, par la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus-Christ. Quant à l'apparition de notre Seigneur Jésus-Christ et à notre réunion à lui, frères, nous vous en supplions, n'allez pas vite vous monter l’imagination, ne vous laissez pas troubler par de fausses inspirations, ou par des paroles ou par de prétendues lettres de nous, vous annonçant que nous sommes arrivés au jour du Seigneur. Ne vous laissez tromper par rien ni par personne : il n'arrivera rien avant qu'ait eu lieu la grande apostasie et que se soit révélé l’homme de l’iniquité, le fils de la perdition, le grand adversaire «s’élevant au-dessus de tout ce qu'on appelle Dieu*» et qu'on adore, jusqu'à s'installer dans le temple de Dieu et se présenter comme étant Dieu lui-même. - Ne vous souvenez-vous pas que je vous disais cela quand j'étais encore auprès de vous? Vous savez bien ce qui l'empêche de 1 Ésaie 2, 10. Ge membre de phrase se retrouve dans ce passage de l'Ancien Testament (traduction des Septante) avec le sens que nous lui avons donné. Cependant on peut traduire d’une autre manière la phrase de Paul et lire après les mots: destruction éternelle : «par un effet de la présence du Seigneur et de son éclatante puissance.» À ? On peut traduire aussi : Qu'il accomplisse dans sa puissance, ses bonnes dispositions à votre égard et l’œuvre de la foi. 3 Voir les trois passages suivants : Ésaie 14, 14; Daniel 11, 36; Ézéchiel 28, 2. SECONDE ÉPIÎITRE AUX THESSALONICIENS 583 paraître et pourquoi 1] ne se révélera que lorsque son heure sera venue. L'iniquité exerce déjà sa mystérieuse action; elle éclatera quand celui qui l’arrête encore aura disparu. Alors se révélera l'impie que le Seigneur Jésus «Tuera du souffle de sa bouche!» et anéantira par l'éclat de son apparition. Quant à l'apparition de l’impie, elle se fera par la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes, de prodiges menteurs et une foule de séductions coupables pour les hommes qui vont périr, qui n'ont pas voulu accepter et aimer la vérité qui les eût sauvés. Voilà pourquoi Dieu leur envoie un formidable penchant pour l'erreur qui les fait croire au mensonge, afin que tous ceux qui n’auront pas cru à la vérité et se seront complus dans le mal tombent sous son jugement. Quant à nous, frères chéris du Seigneur, nous devons rendre à Dieu, pour vous, de continuelles actions de grâces de ce qu'il vous a choisis depuis le commencement pour vous sauver par la sancti- fication de l'Esprit et par la foi en la vérité; il vous a ? appelés à cet état par notre prédication de l'Évangile, afin que vous prissiez part à la gloire de notré Seigneur Jésus-Christ. Restez donc fermes, frères, el retenez les enseignements que nous vous avons donnés soit de vive voix, soit dans notre lettre. Que notre Seigneur Jésus-Christ lui-même et que Dieu notre Père, qui nous ἃ aimés et nous ἃ donné dans sa grâce une conso- lation éternelle et une douce espérance, consolent vos cœurs et vous affermissent en toute bonne œuvre et en toute bonne parole. Enfin, priez pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur se répande, qu'elle soit partout glorifiée comme chez vous, et que nous soyons délivrés des hommes intraitables et méchants; car tous n'ont pas la foi. 1 Ésaie 11, 4. 5. On peut, d'après quelques anciens manuscrits, ajouter le mot œussi et lire ΠῚ vous a aussi appelés, 9 10 13 14 16 17 D 2 0 10 11 13 14 16 δά LE NOUVEAU TESTAMENT Le Seigneur est fidèle; il vous forufiera et vous préservera du Malin!. Nous avons la confiance en vous dans le Seigneur, que vous faites et que vous ferez ce que nous vous recommandons. Veuille le Seigneur former vos cœurs à l'amour de Dieu et à la patiente attente du Christ! Nous vous recommandons, frères, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ?, de vous éloigner de tout frère qui se conduit d’une manière déréglée et ne suit pas l’enseignement que vous avez reçu de nous?. Vous savez vous-mêmes ce qu'il faut faire pour nous imiter, Car nous n'avons pas vécu parmi vous d'une manière déréglée; nous n’avons mangé gratis le pain de personne, mais nous avons jour et nuit péniblement et laborieusement travaillé pour n'être à charge à aucun de vous; et ce n'était pas parce que nous n’en avions pas le droit, mais c'était pour vous donner un exemple à imiter. Quand nous étions au milieu de vous, nous vous donnions cette règle : celui qui refuse de travailler ne doit pas non plus manger. Nous apprenons, en effet, qu'il y a parmi vous des personnes qui se conduisent d’une manière déréglée, qui ne tra- vaillent point et perdent leur temps à des futilités. Nous invitons et nous exhortons ces personnes-là par notre Seigneur Jésus- Christ à travailler paisiblement et à manger un pain qui soit le leur. Pour vous, frères, ne vous lassez pas de faire le bien. Si quelqu'un ne se soumet pas à ce que nous vous disons dans cette lettre, notez-le, n'ayez point de rapport avec lui #, pour qu'il soit couvert de honte. Cependant ne le traitez pas comme un ennemi, mais avertissez-le comme un frère. Que le Seigneur de paix vous donne lui-même la paix, toujours, de toutes manières. 1 C'est-à-dire du Diable. Voir note sur Évangile de Matthieu 6, 13. 2 Deux anciens manuscrits lisent : du Seigneur Jésus-Christ. 3 Plusieurs anciens manuscrits lisent : qu'il a reçu de nous. t Quelques anciens manuscrits lisent: nolez-le pour n'avoir point de rap- porl...etc. L L'an ce AM LEE: LS SECONDE ÉPÎITRE AUX THESSALONICIENS 585 _ Que le Seigneur soit avec vous tous. Je vous salue en écrivant moi-même : 47,3 PauL. _ Je signe ainsi toutes mes lettres; c’est mon écriture. LA GRACE DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST SOIT AVEC vous 18 TOUS. 1 Voir note sur Galates 6, 11. : LE] # “Ἢ εἰ: ΤῊ ΤΉ: si ee ὦ 112,54: ie itir ANSE LES DEUX ÉPIÎTRES A TIMOTHÉE ET L'ÉPITRE À TITE PRÉFACE On donne aux trois lettres que nous insérons ci-après ce nom commun : les Pastorales, parce qu’elles s'adressent à des hommes chargés de conduire des Églises et leur indiquent les devoirs qu'ils ont à remplir auprès d’elles. Ces trois lettres ont toujours été attribuées à Paul par l’Église antique. Elles étaient éncontestées. Les hérétiques seuls les reje- taient, mais pour aucune raison critique sérieuse; ils ne les condamnaient que pour des motifs dogmatiques. Les Pastorales ont laissé au second siècle, däns les écrits des Pères d’alors, des traces de leur existence; 115. n’en font cependant aucune citation formelle, sauf Polycarpe quig dans son Épître aux Philippiens, reproduit, mais sans indiquer le passage, 1 Tim. 6: 7-10. Il est donc certain qu'entre 130 et 150, nos trois épîtres étaient partout répandues et lues dans les assemblées chré- tiennes. Nous ne pouvons leur assigner une place dans le cadre connu de la vie de Paul. Quand les a-t-il écrites? à quel moment de son DS88 LE NOUVEAU TESTAMENT ministère les placer? Cette question restera, croyons-nous, tou- jours sans réponse. Les données nécessaires pour la résoudre manquent entièrement. Dans ces trois lettres, dont la parenté intime est évidente, et qui ne peuvent être que d’un seul et même auteur, nous trouvons des conseils semblables sur la manière dont Timothée et Tite doivent se conduire dans l’Église. Dans la première à Timothée, Paul recommande d’abord à son disciple de s'opposer aux fausses doctrines (1 : 3 à 12) et de garder la foi traditionnelle (1 : 12 à 2). Il lui donne ensuite des direc- tions relatives à la vie ecclésiastique (ch. 2), à la conduite des pasteurs et des diacres (chap. 3) et sur la répression des hérésies (ch. 4). Le chap. 5 est consacré à la conduite des pasteurs envers les vieillards, les veuves, les Anciens, les esclaves, et le dernier à des avertissements sur les faux docteurs et à des exhortations personnelles. Dans la seconde à Timothée, après avoir rappelé à son disciple l'Évangile dont il ne doit pas avoir honte et s’être proposé à lui en exemple (chap. 1), l’apôtre lui donne de nouveau des conseils sur son ministère et sa conduite dans l’Église (ch. 2). Il lui prédit des épreuves pour l’Église, lui annonce sa mort prochaine et lui dit qu’il attend impatiemment sa visite (ch. 3 et 4). On peut appeler cette seconde lettre à Timothée le testament de Paul. Des pas- sages comme ch. 1: 5 à 17 et 4: 6 à 22 portent la marque indé- niable de leur origine. Paul seul a pu tenir un tel langage, et ces lignes ont été tracées par lui bien peu de temps avant sa mort. Dans l’Épître à Tite, Paul reprend les sujets qu'il ἃ déjà traités dans les deux lettres à Timothée. Il commence par des conseils sur le choix des Anciens (ch. 1), puis donne à son disciple des directions sur les devoirs à remplir envers les vieillards, les jeunes gens, les esclaves (ch. 2), et termine (ch. 3) par des exhortations pratiques d’un caractère général. PREMIÈRE ÉPITRE A TIMOTHÉE PauL, APÔTRE DE JÉSUS-CHRIST, PAR ORDRE DE DIEU NOTRE SAUVEUR ET DE JÉSUS-CHRIST NOTRE ESPÉRANCE, A TIMOTHÉE, MON VÉRITABLE ENFANT DANS LA FOI. GRACE, MISÉRICORDE ET PAIX TE SOIENT ACCORDÉES PAR DIEU NOTRE PÈRE ET PAR JÉSUS-CHRIST NOTRE SEIGNEUR. Comme je t’ai recommandé, à mon départ pour la Macédoine, de rester à Éphèse afin d’ordonner à certaines gens de ne pas enseigner de fausses doctrines, de ne pas s'occuper de contes et d’intermi- nables généalogies qui provoquent les discussions au lieu de favo- riser le plan de Dieu basé sur la foi... Le but de cet ordre c’est l'amour venant d’un cœur pur, d’une bonne conscience, d’une foi sincère. Certaines gens s’en sont détournés et se sont perdus dans ce qui n’est que du bavardage. Ils veulent être docteurs de la Loi, sans comprendre ni ce qu'ils disent ni ce qu'ils affirment. Nous ne nions pas que la Loi ne soit bonne, mais pour celui qui sait en faire usage, qui est convaincu qu’elle n’est pas faite pour le juste, mais pour ceux qui n’en veulent pas, qui la rejettent, pour ceux qui sont impies et pécheurs, irréligieux et profanes, parricides, meurtriers, impurs, débauchés infâmes, qui commettent des rapts; menteurs, parjures, ou qui violent d’une manière quelconque la saine instruction. 1 Phrase non achevée. DO + 10 16 17 18 290 LE NOUVEAU TESTAMENT Voilà ce qu'enseigne le glorieux Evangile du Dieu bienheu- reux, Evangile que je suis chargé de prècher. Je remercie celui qui m'a donné ma force, Jésus-Christ notre Seigneur, de ce qu'il m'a jugé digne de confiance, de ce qu'il m'a appelé au ministère, moi l’ancien blasphémateur, l’ancien per- sécuteur, l’ancien insulteur. Mais 11 ἃ eu pitié de moi parce que j'étais un ignorant, j'avais agi dans l’incrédulité, et la grâce de notre Seigneur ἃ surabondé ainsi que la foi et l'amour pour Jésus- Christ. Il est un fait certain et absolument digne de foi, c'est que Jésus- Christ est venu au monde pour sauver les pécheurs, dont je suis, moi, le premier. Mais voici pourquoi il ἃ eu pitié de moi: Jésus- Christ voulait montrer en moi tout le premier sa grande patience, il voulait que je servisse d'exemple à ceux qui croiront en lui et obtiendront la vie éternelle. Au Roi de l’univers, immortel, invi- sible, au Dieu unique, soient honneur et gloire aux siècles des siècles ! Amen. Voici la recommandation que je t’adresse, Timothée, mon enfant, m'autorisant des prophéties dont tu as été l’objet: accomplis-les en faisant en bon soldat cette belle campagne, ayant confiance et bonne conscience. Certains l’ont perdue et leur foi a fait naufrage. Parmi eux se trouvent Hyménée et Alexandre, que j'ai livrés à Satan, pour leur apprendre à ne pas blasphémer. Je t’exhorte, avant tout, à faire faire des prières, supplications, intercessions, actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois, pour {ous ceux qui sont au pouvoir, afin que nous puissions vivre paisiblement, tranquillement, en toute piété et honnêteté. C’est une bonne chose et qui est agréable à Dieu, notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. ἘΠ) I n'y a, en effet, qu'un seul Dieu; il n’y ἃ aussi qu'un seul ὶ 4 Ὶ PREMIÈRE ÉPITRE A TIMOTHÉE 291 médiateur entre Dieu et les hommes, un homme, Jésus-Christ, qui s'est donné en rançon pour tous; ce fait s’est passé au temps marqué. Quant à moi, j'ai été désigné pour en être le héraut et l'apôtre (je dis la vérité, je ne mens pas) et pour enseigner aux païens la foi et la vérité. Je veux donc que, partout, les hommes prient, qu'ils lèvent au ciel des mains pures, sans colère, sans arrière-pensées. Les femmes, de même; et qu’elles aient une tenue convenable ; qu'elles se fassent une parure de leur pudeur et de leur modestie; ni tresses, n1 or, ni perles, ni vêtements coûteux, mais seulement de bonnes œuvres; voilà ce qui convient à des femmes qui font profession de piété. La femme doit se laisser instruire en silence et avec une entière soumission. Je ne permets à la femme ni d’en- seigner, ni de s’émanciper de l’autorité de l’homme; qu'elle garde le silencé. Car c’est Adam qui fut créé le premier, puis ce fut le tour d'Eve; et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme qui s’est laissé séduire et a commis la faute. Cependant elle sera sauvée par la maternité, si elle persiste sagement dans la foi, dans la charité, et dans la sanctification. Il est un fait certain : si quelqu'un ? aspire à la charge de con- ducteur d’une église ὅ, il convoite une belle tâche. Eh bien, il faut que le conducteur d’une église soit irréprochable; qu'il ne soit le mari que d’une femme; qu'il soit sobre, modéré, modeste, hospi- talier, capable d'enseigner; qu'il n'aime ni le vin, ni les querelles; au contraire, qu'il soit doux et pacifique; qu'il ne tienne pas à 1 On peut traduire aussi, d’après une autre ponctuation : qu’ils lèvent, purs, les mains au ciel, etc. 2. On peut, d’après une autre ponctuation, lire ainsi la fin du chapitre 2 et le commencement du chapitre 3 : dans la foi, dans la charilé et dans la sanctifi- cation : c’est un fait certain. Si quelqu'un aspire, etc. 5 Conducteur d'une église, littéralement Surveillant. Nous avons rendu ce mot littéralement dans le passage: Actes 20, 98, et par Conducteur de l’église: Philippiens 1, 2 et Tite 1, 7 (dans le passage I Pierre 2, 95, où il a un sens spé- cial, nous l’avons traduit par gardien). Ce terme désignait probablement celui qui était à la tête du troupeau, et que nous appelons aujourd’hui le pasteur. 14 16 592 LE NOUVEAU TESTAMENT l'argent; qu'il dirige bien sa propre maison; que ses enfants soient obéissants et parfaitement élevés (si on ne sait pas diriger sa propre maison, comment se charger du soin de l’église de Dieu!); qu'il ne soit pas nouvellement converti, de peur que l’orgueil ne le fasse tomber au pouvoir du Diable. Il faut encore qu'il jouisse de la considération de ceux du dehors, de peur qu'il ne donne prise aux reproches, et ne tombe dans le piège du Diable. Les diacres de même doivent être respectables; qu'ils ne soient point de mauvaise foi; qu'ils ne se livrent pas à des excès de boisson; qu'ils ne soient pas bassement intéressés; qu'ils gardent dans une conscience pure le mystère de la foi. Qu'on commence par les prendre à l'essai; ensuite qu’on les admette comme diacres, s’il ne s’est élevé aucune plainte. Les femmes?, de même, doivent être respectables, non médi- santes, sobres, fidèles en toutes choses. Les diacres ne doivent être maris que d’une femme; bien diriger leurs enfants et leurs propres maisons. Ceux qui ont été de bons diacres finissent par arriver à un rang honorable et par acquérir beaucoup d'assurance dans la foi en Jésus-Christ. Je t’écris tout cela — et cependant j'espère aller bientôt te trouver — parce que, si je tardais, je veux que tu saches la con- duite que tu dois tenir dans la maison de Dieu, qui est l’église du Dieu vivant, la colonne et le fondement de la vérité. Il est grand, sans contredit ὅ, le mystère de la piété : «Celui qui ἃ été manifesté en chair, A été légitimé par l'Esprit, A été vu des anges, 1 « Aujugement du Diable », dit le texte, c’est-à-dire au jugement que le Diable amène sur ceux qui tombent en son pouvoir. 2 Les femmes c'est-à-dire évidemment ici: leurs femmes, les femmes des diacres, 3 On peut traduire aussi, d’après une autre ponctuation : Qui est l’église du Dieu vivant. Il est la colonne et le fondement de la vérité, et il est grand, sans contredit, Le mystère de la piété, etc. PREMIÈRE ÉPIÎITRE À TIMOTHÉE 593 À été prêché aux païens, A été cru dans le monde, À été élevé dans la gloire !. » L'Esprit dit clairement que, dans les derniers temps, un cer- tain nombre abandonneront la foi pour s'attacher à des Esprits séducteurs et à des doctrines de démons, d’hypocrites menteurs, qui portent sur leur conscience même la marque de la flétrissure, qui proscrivent le mariage, qui ordonnent de s'abstenir d’aliments créés par Dieu pour être pris avec actions de grâces par les croyants qui ont reconnu la vérité. En effet, tout ce que Dieu a créé est bon; on ne doit renoncer à aucun aliment, pourvu qu'on le prenne avec actions de grâces, car alors la parole de Dieu et la prière le sanclifient. C’est en exposant ces choses aux frères que tu seras un bon ministre de Jésus-Christ, nourri des paroles de la foi et de la bonne doctrine que tu as suivie jusqu'à présent. Quant aux contes profanes et aux radotages, repousse-les. Exerce-toi à la piété; les exercices du corps ont peu d'utilité, mais la piété est utile à tout, puisqu'elle a la promesse de la vie présente et celle de la vie à venir. C’est là un fait certain et absolument digne de foi. Si, en effet, nous nous donnons tant de peine et si nous livrons un si rude combat c’est que nous avons placé notre espérance en un Dieu vivant qui est le Sauveur de tous les hommes, surtout des croyants. Voilà ce que tu dois prescrire et enseigner. Que personne ne te méprise à cause de ta Jeunesse; au contraire, sois un modèle pour les croyants par tes paroles, par ta conduite, par.ta charité, par ta foi, par ta chasteté. En attendant que j'arrive, occupe-toi de la lecture?, de la 1 Ce passage est très-probablement une citation; c’est pourquoi nous le plaçons entre guillemets. Sa forme rhythmique permet de supposer que nous avons là un fragment de cantique. Paul en rappellerait le contenu à Timothée. 2 La lecture des saintes Écritures. 4, 4 [Se] © 9 10 11 1 4 Qt I Q 10 594 LE NOUVEAU TESTAMENT prédication, de l’enseignement. Ne néglige pas le don de la grâce que tu possèdes, que tu as reçu quand les Anciens prophétisaient et t’imposaient les mains. Occupe-toi de ces choses, donne-toi à ces choses, afin que tout le monde soit frappé de tes progrès. Veille sur toi-même et sur ton enseignement. Mets-y de la per- sévérance, car en agissant ainsi tu te sauveras toi-même et tu sauveras Ceux qui t’écoutent. Ne te montre pas dur pour l’homme âgé; au contraire, exhorte-le comme un père, les jeunes gens comme des frères, les femmes âgées comme des mères, les jeunes femmes comme des sœurs, avec une parfaite pureté. Aie des égards pour les veuves; je parle de celles qui sont réellement veuves. Mais quant à une veuve qui ἃ des enfants ou des petits-enfants, c'est à ceux-ci à apprendre les premiers à s'acquitter envers leur famille de leurs devoirs de piété filiale et à payer leurs parents de retour; car cela est agréable à Dieu. La femme qui, au contraire, est réellement veuve, absolument seule au monde, a appris à mettre son espérance en Dieu et ne cesse ni la nuit ni le jour ses prières et ses supplications, tandis que celle qui court après les plaisirs est une vivante qui est morte. Rappelle- leur ces choses pour qu’elles soient à l’abri de tout reproche. Si quelqu'un néglige les siens, et, en particulier, les membres de sa famille, 1} a renié la foi et il est pire qu'un incrédule. Une veuve, pour être mscrite sur le registre, doit être âgée de soixante ans au moins, n'avoir eu qu'un mari, se recommander par quelques œuvres excellentes, comme d’avoir élevé des enfants, exercé l'hospitalité, lavé les pieds des fidèles, secouru les malheu= reux, pratiqué toutes sortes de bonnes actions. Quant aux veuves encore jeunes, ne les admets pas, car lorsque Pattrait du plaisir les détache du Christ, elles veulent se remarier, et elles s'exposent au reproche de manquer à leur pre- mier cogagement. En même temps elles prennent l'habitude de ne rien faire, de courir les maisons et non seulement de ne rien. ἶ PREMIÈRE ÉPÎITRE A TIMOTHÉE 595 faire, mais de jaser, de s'occuper de tout, de dire ce qu'il ne faut pas dire. | ) Je veux donc que les jeunes veuves se remarient, qu’elles aient des enfants, une maison à diriger, et ne donnent aucune prise aux médisances de l'adversaire, car déjà quelques-unes ont déserté pour suivre Satan. Si donc, parmi les croyants, un homme, une femme a dans sa famille des veuves, il doit les secourir; celles-ci ne doivent pas être à la charge de l’Église, qui doit se consacrer aux veuves abso- lument seules au monde. Juge dignes d'un double honneur les Anciens qui ont bien rempli leurs devoirs, en particulier ceux qui se chargent de la prédication et de l’enseignement. L'Écriture dit en effet: «Tu ne muselleras point le bœuf qui foule le blé», et l’ouvrier mérite son salaire 2, N’accueille point d'accusation contre un Ancien, sauf dans le cas où il y aurait «deux ou trois témoins ὁ». Reprends devant tout le monde ceux qui sont en faute, pour inspirer aussi de la crainte aux autres. Je te conjure devant Dieu, devant Jésus-Christ et devant les anges élus de suivre ces conseils sans préjugé, sans rien faire par esprit de parti. Ne te décide pas trop vite à imposer les mains à quelqu'un, et ue te rends pas solidaire des torts d'autrui; toi-même reste pur. Renonce à ne boire que de l’eau; prends au contraire un peu de vin à cause de ton estomac et de tes fréquentes indispositions. Certaines personnes sont si évidemment en faute qu'on les juge tout de suite; d’autrés ne se dévoilent que plus tard. Il en est de même des bonnes œuvres; elles sont en évidence, et celles qui ne sont pas telles tout de suite ne peuvent pas resler cachées. 1 Deutéronome 25, 4. 5 Cette parole est peut-être üne citation tirée de l’enseignement de Jésus- Christ (Matth. 10, 10 et parall.). 3 Deutéronome 19, 15. 14, 5 16 17 ι9 CSS OO J (© © 10 13 596 LE NOUVEAU TESTAMENT Ceux qui portent le joug de la servitude doivent considérer leurs maîtres comme dignes de tout respect afin qu’on ne calomnie ni le nom de Dieu, ni notre enseignement. Ceux qui ont des maitres croyants ne doivent pas les mépriser sous prétexte qu'ils sont leurs frères, mais les servir d'autant mieux que ceux qui reçoivent leurs bons soins sont des croyants, sont des bien-aimés. Tels seront tes enseignements et tes exhortations. Si quelqu'un enseigne d’une autre manière et s’écarte des saines doctrines de notre Seigneur Jésus-Christ et de l’enseignement qui favorise la piété, c’est un orgueilleux, c’est un ignorant, il ἃ la maladie des discussions oiseuses et des disputes de mots, d’où naissent les jalousies, les querelles, les calomnies, les soupçons injustes, les interminables discussions de gens à l'esprit faux, qui sont toujours à côté de la vérité, et considèrent la piété comme une affaire d'argent. Oui, sans doute, la piété est une affaire et une excellente affaire pour celui qui est content de son sort. Car nous n'avons rien apporté dans le monde, et nous n'en pouvons rien emporter. Sachons nous contenter d’avoir de quoi nous nourrir et nous couvrir. Ceux qui veulent devenir riches se laissent tenter, tombent dans le piège et ont une quantité de désirs déraisonnables et pernicieux qui entraînent les hommes à leur ruine et à leur perte. Car la racine de tous les maux c’est l’amour de l'argent ; quelques-uns s’y sont abandonnés, se sont détournés de la foi et se sont créé à eux-mêmes de cruels remords. Pour toi, homme de Dieu, fuis ces choses, et recherche la jus- tice, la piété, la foi, l'amour, la patience, la douceur. Combats le bon combat de la foi, empare-toi de la vie éternelle en vue de laquelle tu as reçu ta vocation, et tu as fait ta belle déclaration devant de nombreux témoins. Je te recommande !, en présence du Dieu qui donne la vie à l Quelques anciens manuscrits omettent {e et lisent : Je recommande... ete: +" PREMIÈRE ÉPÎTRE A TIMOTHÉE 597 toutes choses et de Jésus-Christ, qui a rendu témoignage devant Ponce-Pilate dans une si belle déclaration, d'observer ces com- mandements sans tache et sans reproche jusqu'à la venue de notre Seigneur Jésus-Christ que nous montrera, au temps marqué, le bienheureux et unique Souverain, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le seul Être immortel, Celui qui habite une lumière inaccessible, que personne n'a vu ni ne peut voir; à lui soit à jamais honneur et puissance. Amen. Aux riches de ce monde tu recommanderas de ne pas être orgueil- leux, de ne pas compter sur des richesses instables, mais sur Dieu qui nous fournit largement tout ce dont nous avons besoin. Recom- mande-leur de faire du bien, de s'enrichir de bonnes œuvres, d’être généreux, charitables, économisant ainsi un beau fonds pour l'avenir afin d'acquérir la véritable vie. Timothée, garde bien ton dépôt, évite les discussions inutiles et profanes, les objections de ce qu’on appelle à tort science. Certaines gens, en affectant de s’y adonner, se sont éloignés de la foi. LA GRACE SOIT AVEC VOUS. 16 ΤΑΙ} TER (77 4" oi L'"r'OR Li TEL ge ᾿ ἐδ: HO rh ἜΝ “Ὁ ὉΠ Ἢ “Ὁ ΤΠ Π Ἷ 0 ΠΩ ," [ΠῚ Ὺ-: « DE [TAN ii tee | “ht F ἰαξν it's “ΠῚ LE AR nées te SECONDE ÉPIÎTRE À TIMOTHÉE PAUL, APÔTRE DE JÉSUS-CHRIST PAR LA VOLONTÉ DE DIEU, POUR ANNONCER LA PROMESSE DE LA VIE QUI EST EN JÉSUS-CHRIST, A TIMOTHÉE SON ENFANT BIEN-AIMÉ. GRACE, MISÉRICORDE, PAIX TE SOIENT ACCORDÉES PAR DIEU NOTRE PÈRE ET PAR JÉSUS-CHRIST NOTRE SEIGNEUR. Je rends grâces au Dieu que je sers, comme mes ancêtres, avec une conscience pure (car je te nomme sans cesse, nuit et Jour, dans mes prières! et. ‘quand je me souviens de tes larmes, J'ai un ardent désir de te revoir, ce serait pour moi le comble de la joie), me rappelant combien ta foi est sincère. Cette foi animait autrefois {a grand’mère Loïs, puis ta mère Eunice; je suis convaincu qu’elle t’anime aussi. Voilà le motif pour lequel je te recommande d'entretenir le don que Dieu t'a fait dans sa grâce, quand je t'ai imposé les mains; car Dieu ne nous ἃ pas donné un esprit de timidité, mais de force, d'amour, de sagesse. . N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notres Seigneur, ni de moi, prisonnier pour lui; sache souffrir avec moi pour l'Évangile par la puissance que Dieu te donne; lui qui nous ἃ 1 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation: car je te nomme sans cesse dans mes prières, quand je me souviens de tes lurmes, j'ai, nuit et jour, un ardent désir... etc. D] = Δ σι 1 19 -- 4 699 LE NOUVEAU TESTAMENT sauvés et nous ἃ adressé un saint appel. Ge n'est pas à cause de nos œuvres; C'est une décision de sa liberté, une grâce qu'il nous a accordée en Jésus-Christ de toute. éternité et qui s’est montrée de nos jours par l’apparition de notre Sauveur Jésus-Christ, qui ἃ anéanti la mort et mis en pleine lumière la vie et l'im- mortalité par l'Évangile, dont j'ai été fait le héraut, l’apôtre et le docteur !. Voilà encore le motif pour lequel je souffre ce que Je souffre, mais sans en avoir honte; car je sais en qui j'ai cru et je suis per- suadé que Celui-là a le pouvoir de garder mon dépôt jusqu'au grand jour. Conserve dans l'esprit de foi et d'amour qui s'inspire de Jésus-Christ le modèle des saines instructions que tu m'as entendu te donner. Garde le précieux dépôt avec l’aide de PEsprit saint qui demeure en nous. Tu sais que tous ceux d'Asie, entre autres Phygelles et Hermo- gène, m'ont abandonné. Que le Seigneur fasse descendre sa grâce sur la famille d’Onési- phore, car il m'a souvent fortifié et n’a pas eu honte de la chaîne que je porte. Au contraire, dès son arrivée à Rome, 1l s’est mis avec empressement à ma recherche et a fini par me trouver. Que le Seigneur lui donne de rencontrer sa grâce au grand jour! Et tous les services qu'il ἃ rendus à Éphèse, tu les connais mieux que personne. Pour toi, mon enfant, cherche la force dans la grâce qui est en Jésus-Christ; et ce que tu m'as entendu dire en présence de plu- sieurs témoins, transmets-le à des croyants, à des hommes qui soient capables à leur tour d'en enseigner d’autres. Prends ta part de souffrances comme un bon soldat de Jésus- Christ. Personne, partant pour la guerre, ne va s’embarrasser des affaires de la vie civile, s'il veut plaire à celui qui l’a enrôlé; et jamais athlète ne remporte la couronne, qui n’a pas lutté suivant 1 Plusieurs anciens manuscrits ajoutent des paiens et lisent : Le docteur des paiens. SECONDE ÉPÎTRE A TIMOTHÉE 601 les règles. Le laboureur doit commencer par travailler pour un jour faire la moisson. Pense bien à ce que je dis là, et c’est le Seigneur qui te donnera de tout comprendre. Souviens-toi de Jésus-Christ, ressuscité des morts, descendant de David, d’après mon Évangile, Évangile pour lequel j'endure de telles souffrances que je suis enchaîné comme un malfaiteur; mais la parole de Dieu n’est pas enchaïînée! Voici pourquoi je supporte tout: c'est à cause des élus, c’est pour qu'ils obtiennent le salut qui est en Jésus-Christ, avec une gloire éternelle. Un fait est certain : si nous mourons avec lui, nous vivrons aussi avec lui; si nous persévérons, nous serons dans son Royaume avec lui; si nous le renions, lui aussi nous reniera; si nous sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même. Voilà ce que tu dois rappeler en conjurant, en présence de Dieu, de renoncer aux disputes de mots, qui ne servent à rien et sont la ruine de ceux qui les entendent. Fais des efforts pour te montrer à Dieu ouvrier éprouvé, qui n’a point à rougir, qui suit fidèlement la parole de la vérité. Évite les conversations vaines et profanes; car, avec elles, on fera d'énormes progrès dans l'impiété, et la parole devien- dra une vraie gangrène qui étendra partout ses ravages. Voilà ce qui est arrivé à Hyménée et à Philète: ils se sont détournés de la vérité, ils disent que la résurrection a déjà eu lieu, et ils détruisent la foi d’un certain nombre de personnes. Cependant l'édifice dont Dieu a posé l’inébranlable fondement se dresse portant cette inscription : «Le Seigneur connaït les siens l»; et: «Quiconque invoque le nom du Seigneur? doit se détourner de l'iniquité ». Dans une grande maison, il n’y a pas seulement des vases d’or et d'argent, il y en a aussi de bois et de terre; les uns ont un noble usage, les autres en ont un vulgaire. Eh bien, celui qui veille sur sa pureté, qui s'éloigne de ces gens-là, sera un vase destiné à 1 Nombres 16, 5. 2 Lévit. 24, 16. 18 19 20 21 9 (Sp) 10 11 602 LE NOUVEAU TESTAMENT un noble usage, sanctifié 1, utile à son maitre, propre à toute bonne œuvre. Fuis les passions de la jeunesse, recherche la justice, la foi, la charité, la paix avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur. Repousse les questions absurdes et déraisonnables, tu sais qu’elles engendrent des querelles. Or, le serviteur? du Seigneur ne doit pas être querelleur, mais au contraire doux envers tout le monde, savoir enseigner, savoir supporter le mal, savoir ramener par la douceur ceux qui le contredisent, dans l'espoir que Dieu leur donnera de changer d'avis, de reconnaitre la vérité, de revenir à leur bon sens, d’échap- per aux pièges du Diable qui les tient esclaves et leur fait faire tout ce qu'il veut. Sache bien que, pendant les derniers jours, il y aura des moments très difficiles. Les hommes seront égoïstes, avares, prétentieux, arrogants, médisants, rebelles à leurs parents, ingrats, irréligieux, durs, déloyaux, calomniateurs, intempérants, impitoyables, indiffé- rents, traîtres, emportés, vaniteux, aimant moins Dieu que leurs plaisirs, se donnant des airs de piété et reniant tout ce qui fait la force de la piété. Évite ces gens-là. Il y a, entre autres, ceux qui se glissent dans les familles, qui s'emparent de misérables femmes, chargées de péchés, travaillées par toutes sortes de passions, voulant toujours apprendre et ne pouvant jamais arriver à connaître la vérité. De même que Jannès et Jambrès s’opposèrent à Moïse, de même ces hommes s'opposent à la vérité, ils ont l'esprit faux, et leur foi ne résiste pas à l'épreuve. Mais ils n'iront pas plus loin, car leur folie sera bientôt évidente pour tout le monde, comme l'a été celle de ces deux imposteurs. | Toi, tu m'’es attaché par l’enseignement, la conduite, les projets, la foi, la patience, l'amour, le support, les persécutions, les 1 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : sera un vase sanetifié pour un noble usage, utile à son maitre, ete, 2 Grec: esclave. SECONDE ÉPÎITRE A TIMOTHÉE 693 souffrances, telles que je les ai endurées à Antioche, à Iconium, à Lystres! Que de persécutions j'ai eu à subir! et chaque fois le Seigneur m'a délivré ! Tous ceux qui voudront mener une vie pieuse en Jésus-Christ seront persécutés. Quant aux méchants et aux charlatans, 115 tom- beront toujours plus bas, aussi bien les séducteurs que les égarés. Toi, persévère dans ce que tu as appris et reconnu certain, n'oublie pas qui t’a instruit et que, depuis ton enfance, tu connais les saintes Écritures qui peuvent, par la foi en Jésus-Christ, te faire comprendre le salut. Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour! enseigner, pour avertir, pour corriger, pour former à la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre. Je te conjure, en présence de Dieu et de Jésus-Christ qui doit juger les vivants et les morts, et au nom de son avènement et de son Royaume, de prêcher la parole, d’insister à propos et hors de propos, de reprendre, d'exhorter, de censurer, toujours avec patience et toujours en instruisant; car il viendra un temps où on ne supportera plus une saine instruction, mais chacun suivra son goût particulier, ou s’entourera en quantité de ces docteurs qui savent chatouiller agréablement les oreilles, et alors on se détour- nera de la vérité et on s’attachera à des fables. Pour toi, sois sobre de toutes ces choses, apprends à souffrir, remplis tes devoirs d’évangéliste, donne-toi complètement à ton ministère. Quant à moi, je suis bien près du sacrifice, je touche au moment du départ; j'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi. Il ne me reste plus qu’à recevoir la couronne de la justice; le Seigneur, le juste juge, me la donnera au grand jour, et. non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui @nt désiré son avènement. Tâche de me rejoindre bientôt, car Démas m'a abandonné par 1 On peut encore traduire : Toute Écriture, inspirée de Dieu, est aussi utile pour, etc. 16 47 (Re) “1 604 LE NOUVEAU TESTAMENT amour pour le monde; il est allé à Thessalonique, Crescens en 4,11 Galatie!, Tite en Dalmatie. Luc seul est avec moi. Prends Marc et amène-le avec toi, car il m'est utile dans mon 12 ministère. Quant à Tychique, je lai envoyé à Éphèse. 15 Lorsque tu viendras, apporte-moi le manteau que j'ai laissé à Troas chez Carpus; les livres aussi; surtout les parchemins. 14 Alexandre, le forgeron, m'a témoigné une très grande malveil- 15 lance; que le Seigneur « Lui rende selon ses œuvres!? » Garde-toi aussi de lui; il s’est montré très opposé à mes paroles. 16 Lors de mon premier plaidoyer personne n'est venu à mon aide; ils m'ont tous abandonné (qu’il ne leur en soit pas tenu 17 compte!); mais le Seigneur m'a soutenu et m'a donné des forces ; j'ai pu prêcher d’une manière très complète; les païens m'ont tous 18 entendu, et j'ai été délivré «de la queule du lion». Le Seigneur me délivrera de toute fâcheuse affaire et me sauvera dans son céleste Royaume; à lui soit la gloire aux siècles des siècles. Amen. 19 Salue Prisca, Aquilas et la famille d’Onésiphore. 20 Éraste est resté à Corinthe; j'ai laissé Trophime malade à Milet. 21 Tâche de venir avant l'hiver. Eubulus te salue, ainsi que Pudens, Linus, Claudie, et tous les frères. 99 Le Seigneur soit avec ton esprit. LA GRACE SOIT AVEC VOUS. τ Au lieu de en Galatie, quelques anciens manuscrits lisent : en Gaule. 2 Allusion à Psaume 28, 4. 3 Daniel 6, 20. ÉPITRE À TITE PAUL, SERVITEUR ! DE DIEU, APÔTRE DE JÉSUS-CHRIST, — POUR ANNONCER LA FOI DES ÉLUS DE DIEU, POUR FAIRE CONNAITRE LA VÉRITÉ CONFORME Α LA PIÉTÉ ET DONNER L'ESPÉRANCE DE LA VIE ÉTERNELLE, PROMISE DEPUIS UN TEMPS IMMÉMORIAL? PAR LE DIEU VÉRIDIQUE, RÉVÉLÉE AU TEMPS MARQUÉ PAR SA PAROLE DONT IL A DONNÉ L'ORDRE DE ME CONFIER LA PRÉDICATION, LUI, NOTRE DIEU SAUVEUR, — A TITE, MON VÉRITABLE ENFANT DANS LA FOI QUI NOUS EST COMMUNE. GRACE ET PAIX TE SOIENT DONNÉES PAR DIEU NOTRE PÈRE ET PAR JÉSUS-CHRIST NOTRE SEIGNEUR. Voici pourquoi je tai laissé en Crète: pour que tu règles ce qui reste à régler et que, dans chaque ville, tu installes des Anciens aux conditions que je t'ai indiquées: être sans reproche, mari d’une seule femme, avoir des enfants croyants, qui ne soient ni indisciplinés, ni accusés de vivre dans le désordre. Oui, le conducteur d’une Église ὃ doit être sans reproche, étant l’intendant de Dieu; il ne doit être ni insolent, ni colèré; n’aimer ni le vin ni les querelles; ne pas être bassement intéressé; mais 1 Grec : esclave. 3 JLittéralement : avant les temps éternels, expression hyperbolique pour dire: de tout temps. 3 Littéralement : Le Surveillant. Voir note sur 1 Timothée 8, 1, 4,1 [Se LE 10 41 10 6 7 606 LE NOUVEAU TESTAMENT être hospitalier, aimer à faire le bien; être modéré, juste, pieux, sobre, attaché à la parole authentique, conformément à la doctrine reçue, pour être capable, lui aussi, d’exhorter par un sain enseignement et de réfuter les contradicteurs. Car ils sont nombreux, surtout parmi les circoncis, les indisci-" plinés, les bavards, les trompeurs auxquels il faut fermer la bouche. Ces gens-là mettent le désordre dans des familles entières, enseignant ce qu'il ne faut pas enseigner et cela par honteux intérêt. Un des leurs ἃ été leur propre prophète quand il a dit: «..Crétois, toujours menteurs, vilaines bêtes, ventres paresseux...» Voilà un jugement mérité; voilà le motif de les reprendre sévère- ment, pour qu'ils aient une foi saine, qu'ils ne s'occupent pas de contes judaïques et de commandements d'hommes abandonnant la vérité. Tout est pur pour ceux qui sont purs; quant aux corrompus et aux incrédules, rien ne leur est pur; leurs pensées et leurs consciences sont corrompues. Ils prétendent connaître Dieu, et leurs œuvres le renient; ils sont abominables, rebelles, incapables de rien faire de bien. Mais, toi, prèche comme le demande un sain enseignement : Que les hommes d’un âge mür doivent être sobres, mesurés, sérieux, sains dans leur foi, leur charité, leur patience. Que les femmes âgées doivent aussi avoir un extérieur respectable, n'être ni médisantes, ni adonnées à la boisson; qu’elles doivent être bonnes conseillères; qu’elles apprennent aux Jeunes femmes à aimer leurs maris et leurs enfants, à être sérieuses, chastes, bonnes ména- gères?, soumises, chacune à son mari, pour qu'on ne dise point de mal de la parole de Dieu. Exhorte aussi les jeunes gens à être sérieux, et donne toi-même à tous égards le modèle de toutes les vertus, de la pureté dans 1 L'apôtre cite ici un vers hexamètre du poète Épiménide de Grète. 2 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation: chastes, ménagères, bonnes, etc. 3 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation: à être sérieux à tous égards, el donne toi-même le modèle de toutes Les vertus... ete. ÉPÎTRE A TITE 607 l’enseignement, de la dignité, d’une prédication saine et irré- prochable, et l'adversaire aura la confusion de ne pouvoir dire aucun mal de nous. Aux esclaves tu diras d’être soumis à leurs maîtres, qu’en tout ils cherchent à leur plaire !, qu'ils ne les contredisent pas; qu'ils ne détournent rien, mais qu'ils se montrent en tout parfaitement fidèles, et ainsi ils feront honneur en tout à la doctrine de Dieu notre Sauveur. Car la grâce de Dieu qui sauve tous les hommes ἃ été révélée; elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux plaisirs du monde, à vivre sagement, justement et pieusement dans le monde présent, et à attendre la réalisation de notre bienheureuse espérance, l’appa- rition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ. Il s'est lui-même donné pour nous afin de nous racheter de tout péché et «de se créer un peuple particulier?» et zélé pour les bonnes œuvres, Voilà ce que tu dois dire, enseigner, recommander avec une pleine autorité; que personne ne te méprise. Rappelle aux fidèles qu'ils ont à se soumettre aux autorités, aux puissances, à leur obéir, à être prêts à faire le bien; à ne dire de mal de personne, à être paisibles, indulgents, à se montrer doux envers tout le monde. Nous aussi étions autrefois insensés, désobéissants, égarés, esclaves de toutes sortes de plaisirs et de passions, vivant dans la méchanceté et la jalousie, ne méritant que la haine et nous haïssant les uns les autres. Mais quand ἃ paru la bonté, l'amour pour les hommes de Dieu notre Sauveur, nous avons été sauvés, non parce que nous avions accompli des œuvres de justice, mais parce qu'il est miséricordieux; il nous a purifiés, régénérés, renouvelés par l'Esprit saint qu'il ἃ libéralement répandu sur nous par Jésus-Christ notre Sauveur. C'est ainsi que justifiés 1 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : {uw diras d’être en lout soumis à leurs maîtres, qu'ils cherchent à leur CRUE . fc. 2 Ézéchiel, 37, 23; Exode, 19, 5 etc. 10 13 14 9 © je bu 10 11 13 14 608 LE NOUVEAU TESTAMENT par sa grâce, nous devenons, en espérance, héritiers de la vie éternelle. Le fait est certain, et je veux que tu les en persuades, afin que ceux qui ont cru en Dieu se mettent à faire de bonnes œuvres. Voilà ce qui est bon et utile aux hommes. Quant aux sottes questions, aux généalogies, aux querelles et aux discussions sur la Loi, écarte-les; tout cela est frivole et inutile. Tu rompras après deux avertissements avec celui qui fomente des divisions; ces gens-là, sache-le, sont coupables, pervertis et se condamnent eux-mêmes. Dès que je t’aurai envoyé soit Artémas, soit Tychique, tâche de me rejoindre à Nicopolis, car je me suis décidé à y passer l’hiver. Tu auras bien soin de Zénas, le docteur de la Loi, et d’Apollos, quand ils partiront; qu'il ne leur manque rien. Les nôtres aussi doivent apprendre, dans les cas urgents, à pratiquer de bonnes œuvres et ainsi à ne pas rester stériles. Tous ceux qui sont avec moi te saluent. Salue les croyants qui nous aiment. LA GRACE SOIT AVEC VOUS TOUS. ÉPITRE A PHILÉMON PRÉFACE L'adresse de cette lettre nous apprend qu’elle a été écrite à un nommé Philémon; or, nous comprenons, d’après Coloss. 4: 9-17, que Philémon devait être un riche personnage de Colosses ou des environs immédiats de cette ville. Très zélé à répandre l'Évangile (Ép. à Philém., verset 5), il avait une église dans sa maison, c’est-à- dire que celle-ci servait de centre à une congrégation chrétienne. Appia était sans doute la femme de Philémon. Quant à Archippe, il était (Coloss. 4: 17) un des ministres ou des diacres de l’Église de Colosses et devait faire partie de la famille de Philémon; peut- être était-il son fils. Paul avait rencontré en prison un esclave fugitif qui venait d’être arrêté. Cet esclave avait volé son maître en s’enfuyant. Il s'appelait Onésime. Or il se trouva que cet Onésime appartenait à Philémon et que c'était de chez Philémon qu'il s’était enfui. Paul l'avait converti au christianisme et lui avait persuadé de œetourner auprès de son maître. Notre épître est la lettre de recommandation dont Onésime était porteur pour Philémon. Elle nous montre Paul dans l'intimité. Ce n’est plus le lutteur et le dogmaticien qui nous ÿ apparaît, mais l'ami ne parlant que de ce qui lui tient à cœur au moment même. Ce billet devrait être placé dans le Nouveau Testament immé- 39 Le 2? | 4 610 LE NOUVEAU TESTAMENT diatement après la lettre aux Colossiens. Tychique était porteur de celle-ci comme Onésime de celui-là, et tous deux partirent ensemble de Césarée pour Colosses (Coloss. 4: 7-10). Nous disons de Césarée, car Paul écrivit ces lettres, comme celle aux Éphé- siens, pendant ses deux années de captivité à Césarée en 59 ou 60 au plus tard. L’attitude prise par l’apôtre en face de l'esclavage est très nette. Lorsqu'un esclave devient chrétien, il n’est pas affranchi de fait. Son maître, même un maître chrétien, a encore des droits légaux sur lui. Mais l’esclave et le maître sont frères « δὲ selon la nature et selon le Seigneur » (verset 17). Par suite, le maître chrétien, tout en ayant le droit strict de garder son esclave, doit cependant l’affranchir. Je suis certain, dit Paul (verset 21), que tu iras au delà de ce que je te demande, c’est-à-dire que tu l’affranchiras. | L’épître à Philémon a toujours fait partie, dans l’Église des premiers siècles, du recueil incontesté des lettres de Paul. ÉPITRE À PHILÉMON PAUL, PRISONNIER DE JÉSUS-CHRIST, ET LE FRÈRE TIMOTHÉE A PHILÉMON, NOTRE BIEN-AIMÉ ET NOTRE COLLABORATEUR, A NOTRE SOEUR APPIA, A ARCHIPPE, NOTRE COMPAGNON D'ARMES, ET A L'ÉGLISE QUI S'ASSEMBLE DANS TA MAISON 1. GRACE ET PAIX VOUS SOIENT ACCORDÉES PAR DIEU NOTRE PÈRE ET PAR LE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. Je rends sans cesse grâce à mon Dieu quand ton souvenir se présente à moi dans mes prières. J'apprends, en effet, ta foi au Seigneur Jésus et ton amour pour tous les fidèles, et je demande que ta foi se communique et porte des fruits et que tu saches ce qui pour nous ? est le bien, en vue de Christ! Ton amour, en effet, nous ἃ causé beaucoup de joie et de consolation, car les cœurs des fidèles ont été tranquillisés par toi, frère. Aussi aurais-je le droit en Christ de te prescrire en toute con- fiance ce que tu dois faire; mais je préfère m'adresser à toi au nom de cet amour, et en mon nom, au nom de Paul, un vieillard, et, dans ce moment, un prisonnier de Jésus-Christ. Je l'adresse donc une prière pour mon fils, que j'ai engendré dans les fers, pour Onésime. Il s'appelle Utileë, et il ne te servait 1 Ta maison, la maison de Philémon. ? Quelques anciens manuscrits lisent : pour vous. 3 Le mot Onésime signifie en grec : utile. D À D ὧ À 1] 9 10 11 612 LE NOUVEAU TESTAMENT à rien autrefois. À l’avenir il nous servira beaucoup à tous les deux. Je te le renvoie, lui, c’est-à-dire la meilleure partie de moi-même. Je voulais le retenir auprès de moi, pour qu’au lieu de te servir, il me servit pendant que je suis prisonnier pour l'Évangile; mais je n’ai rien voulu faire sans ton avis, afin de ne pas t’obliger à lui faire du bien, et de te laisser entièrement libre. Peut-être n’a-t-il été séparé de toi un moment qu'afin que tu le retrouves à jamais non plus comme esclave, mais comme frère bien-aimé au lieu d’esclave; oui, bien-aimé de moi d’abord et plus encore de toi et selon la nature et selon le Seigneur ! Si donc tu me considères comme ton ami, reçois-le comme moi-même. S'il t'a fait quelque tort, s’il te doit quelque chose, passe-le à mon compte. Moi, Paul, — j'écris ceci de ma main — je te rembourserai, sans te rappeler que tu es mon débiteur et que tu l'es de ta propre personne. Allons, frère, fais-moi ce plaisir dans le Seigneur! Tranquillise mon cœur en Christ! Je t’écris convaincu de ton obéissance, certain même que tu iras au delà de ce que je te demande. En même temps, prépare-toi à me recevoir; Car J'espère vous être rendu, grâce à vos prières. Épaphras, mon compagnon de chaînes en Jésus-Christ, te salue ainsi que Marc, Aristarque, Démas, Luc, mes collaborateurs. LA GRACE DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST SOIT AVEC VOTRE ESPRIT. ÉPÎTRE AUX HÉBREUX PRÉFACE A Le but de l’auteur de l’épître aux Hébreux est de montrer la supériorité de la nouvelle Alliance sur l’ancienne. Il commence par comparer les organes dont Dieu s’est servi pour établir et pour maintenir l’une et l’autre de ces Alliances, et montre que ceux de la nouvelle sont plus grands que ceux de l’ancienne (ch. 1 à ch. 8). Voici comment il développe cette première partie: Dieu s’est révélé par les prophètes, maintenant par son Fils. Ce Fils est supérieur aux anges. Si donc le transgresseur de la Loi, transmise par les anges, est puni, à bien plus forte raison le sera celui qui n'aura pas accepté 16 salut apporté par le Fils. Si celui-ci a été abaissé, c’est pour notre salut (ch. 1 et 2). Le Fils est aussi supérieur à Moïse; il faut donc ne pas endurcir son cœur à sa voix et demeurer ferme dans la foi en lui (ch. 3, 4, 5:1à 11). Ici l’auteur, pensant que ses lecteurs, si peu avancés qu'ils soient, doivent apprendre cependant de plus hautes vérités, leur parle de la sacrificature éternelle de Jésus selon l’ordre de Melchisédek (5 : 11 à ch. 8). Le Fils, grand-prêtre selon l’ordre de Melchisédek, est supérieur au grand-prêtre selon l’ordre de Lévi; donc, le sacerdoce lévitique est abrogé (ch. 7). 614 LE NOUVEAU TESTAMENT Dans sa seconde partie, qui commence au chapitre 8, l’auteur met en parallèle les deux Alliances elles-mêmes. Il développe les raisons de la supériorité du ministère du Fils sur le ministère des Lévites (ch. 8: 1 à 10 : 19). Jusqu'ici il n’a traité que des questions dogmatiques. Cependant il a parfois interrompu ses développements pour adresser à ses lecteurs des avertissements et des exhortations (2 : 1 à 18; 3: Τὰ 4::13;: 5: 11:à 6:20). À partirode 10: 19, il me wtraiteranels que des questions morales. Que les fidèles demeurent fermes dans leur attachement au Fils, grand-prêtre de la nouvelle Alliance; leur foi a déjà été celle des croyants de l’ancienne Alliance (ch. 11); qu'ils y persévèrent au milieu des souffrances, redoutant l’incrédulité et servant Dieu dans la crainte (ch. 12). L'auteur termine enfin par des conseils d’un caractère spécial (ch. 13). Telle est cette épître. Nous compléterons l’analyse que nous venons d’en faire par des notes qui éclairciront encore les obscu- rités du texte et permettront à nos lecteurs de s'orienter facilement dans l’étude de ces quelques pages. Qui les a écrites? L'Église primitive a été fort divisée sur cette question. Le second siècle ne parle que de treize épîtres de Paul. ΤΙ connaît l'Épître aux Hébreux, mais ne l’attribue pas à l’apôtre des Gentils. Irénée et Hippolyte déclarent qu’elle n’est pas de Paul. Tertullien la croit de Barnabas. Clément d'Alexandrie admet bien que Paul l’a écrite, mais en hébreu et c’est Luc qui l'aurait traduite. Origène ne se prononce pas. Dieu seul, dit-il, sait qui l’a écrite. Eusèbe la croit rédigée par Paul, mais il admet aussi que c'était en hébreu, et, d’après lui, c’est Clément de Rome qui l'aurait traduite. Α partir du quatrième siècle l’Église l’attribue décidément à l’apôtre Paul. De nos jours, tous les doutes sont levés. L’épître aux Hébreux ne peut pas avoir été écrite par Paul. Rédigée certainement en grec et non en hébreu, elle est d’une langue beaucoup plus pure et plus correcte que celle de l’apôtre des Gentils. Si quelques-unes des idées de son auteur ne sont pas sans analogie avec celles de Paul, d’autres offrent au contraire avec celles-ci des différences caractéristiques. D'ailleurs, l’auteur dit formellement qu'il appar- tient à la seconde génération chrétienne (2: ὃ: 18: 7). Paul qui déclarait tenir son Évangile d’une révélation directe du Christ et HN ÉPÎTRE AUX HÉBREUX 615 qui s’écriait: Ce n'est pas des hommes que je l'ai appris! (Ga- lates 1 : 12), n'aurait jamais écrit: Le salut, annoncé d’abord par le Seigneur, nous fut ensuite confirmé par ceux qui l'avaient entendu de lui (Hébreux 2 : 3). Cette preuve est sans réplique. L'auteur était un Juif «de la dispersion »; il a connu les écrits de Philon dont il reproduit parfois les idées. Il était, vraisemblable- ment, alexandrin. Ils n’est pas possible de préciser davantage. Ajoutons cependant que le nom d’Apollos est celui qu’on peut prononcer avec le plus de probabilité. L'idée que nous nous faisons de l’écrivain de notre épître répond assez, en effet, au portrait d’Apollos, tel que nous le donne Luc (Actes 18: 24-28). Le lieu de la composition est inconnu. La date est facile à fixer approximativement. Les principaux apôtres sont morts, dit claire- ment l’auteur (13 : 7); l’épître a donc été rédigée après l’an 64, car, avant cette année, Pierre et Paul vivaient encore; mais le Temple de Jérusalem subsiste toujours (9 : 1 et suiv.). Il faut donc placer la rédaction de cette lettre avant l'an 10, et c’est entre 64 et 70 que l'Épître aux Hébreux ἃ été écrite. A "Ἢ . * a pm s' 44 ΓΛ ru PE: vil Ÿ RARE à DR DURE | à Fetes hi γιμοκιρνῷ, bem 2 ἢ τσ vice in SRE LE ἂν " ἘΣ ΙΝ ΔΊΑ: dou ἡ ET OI Δ} So RAA tfôrh of ΠΕ ΒΨ apr 4 ξ sou Css 2 à ut LL »- «+ , ΄ + ï LA - | fi γὰ ALU, l ἘΞ ΟΣ ? | eu | ὃν l « + Δ. n F1] | 4 ὦ ἴ ἢ 1 ᾿ . ὲ ᾿ ᾿ “τ Le [ ἐ à va te « [ ΠΤ, 1 ἀν πε θ M D LE Here AIO ΗΘΜ : os Γ M t: ANTONIO Fe 3 : Η 13 LUE | Pa Le 155 88 3 2510) DM Lol) ἢ 89 ἜΣ ὩΣ ἵπᾶ er (4 | 1 "2422641 08 ÉPITRE AUX HÉBREUX C'est à plusieurs reprises et de plusieurs manières que Dieu ἃ autrefois parlé à nos pères par les prophètes; et, de nos jours, qui sont les derniers, il nous ἃ parlé, à nous, par un Fils, qu'il a fait héritier de toutes choses et par lequel il a aussi créé le monde. Étant un reflet de sa gloire et une empreinte de son essence, soutenant toutes choses par sa puissante parole, ce Fils a accompli l’œuvre de la purification des péchés et «s’est assis à la droite...?» de la majesté divine dans les régions célestes, devenu d'autant supérieur aux anges que le nom dont il ἃ hérité est plus éminent que le leur. Auquel des anges, en effet, Dieu a-t-il jamais dit : Gsm... LU.es mon Fils: Je l'ai engendré aujourd'hui * », et ailleurs : «Je serai son Père, et il sera mon Fils.» Et lorsque, dans un autre passage, il introduit le premier-né dans le monde, il dit : 1 L'adresse, qui renfermait probablement le nom de l’auteur, a été perdue, et nous ne savons qui ἃ écrit cette épître. 2 Emprunté à Psaume 110, 1. 3 Psaume 2, 7. 4 II Samuel 7, 14. [ae] μὸν [Re co 618 LE NOUVEAU TESTAMENT «Que tous les anges de Dieu l'adorent 1.» Quant aux anges, il en dit ceci : «... Celui qui fait de ses anges des esprits Et de ses serviteurs une flamme de feu 2...» Il dit, au contraire, du Fils : « Ton trône, 6 Dieu, est éternel. Le sceptre de ta royauté est un sceptre de droiture. Tu as aimé la justice et tu as haï l'iniquité. Voilà pourquoi, ὁ Dieu, ton Dieu l'a oint D'une huile de réjouissance, de préférence à tes égaux $. » Et ensuite : «C’est toi, Seigneur, qui, au commencement, as fondé la terre Et les cieux sont l'œuvre de tes mains. Ils périront, toi tu restes. Ils vieilliront tous comme un manteau, [ils se transformeront, Tu les plieras comme une couverture, comme un manteau *, et Mas toi tu restes le même 3 Et tes années ne finiront pas.» : Auquel des anges Dieu a-t-il jamais dit : «Assieds-toi à ma droite [marchepied 5?» Jusqu'à ce que j'aie mis les ennenus sous tes pieds comme un Les anges ne sont-ils pas tous des esprits subalternes, employés au service de Dieu, pour ceux qui doivent hériter du salut? Voilà pourquoi nous devons apporter une attention toute spéciale à ce que nous avons entendu, pour ne pas le perdre par notre négli- gence. Si, en effet, la parole apportée par des anges a reçu sa sanction, si toute transgression et toute désobéissance ont été punies comme elles le méritaient, comment échapperions-nous si nous néglisions un si grand salut, salut qui d’abord fut annoncé 1 Psaume 97, 7. 2 Citation non achevée. Psaume 104, 4 (l’auteur ne cite que les mots dont il a besoin). 3 Psaume 45, 7 et suiv. 4 Quelques anciens manuscrits omettent comme un manteau. 5 Psaume 102, 26-98. 5 Psaume 110, 1. ÉPÎITRE AUX HÉBREUX 619 par le Seigneur, et qui nous fut ensuite confirmé par ceux qui l'avaient entendu de lui, et dont Dieu appuyait le témoignage par des signes , des prodiges, toutes sortes de miracles et par son Esprit saint qu'il répartissait selon sa volonté? car ce n’est pas aux anges quil ἃ soumis le monde à venir dont nous parlons !. On lit quelque part cette déclaration : « Qu'est-ce que l'Homme que tu te souviennes de lui? Ou le Fils de l'homme que tu l'en occupes ? Tu l'as mis pour quelque temps au-dessous des anges, Tu l'as couronné de gloire et d'honneur ?, Tu as tout mis sous ses pieds ! 5» Ce terme: «tu lui as tout soumis» indique que Dieu n'a rien laissé en dehors de son pouvoir. Cependant nous ne voyons pas encore que «out lui soit soumis». Nous voyons seulement que Jésus «mis pour quelque temps au-dessous des anges» ἃ été, à cause de ses souffrances et de sa mort, «couronné de gloire et d'honneur». C'était par une grâce de Dieu, afin de subir la mort pour tous les hommes. Il était digne, en effet, de Celui par lequel et à cause duquel tout ἃ été créé, de Celui qui voulait conduire à la gloire un grand nombre de fils, d'élever par des souffrances : jusqu’à la perfection l’auteur de leur salut. Tous, et celui qui sanc- tifie et ceux qui sont sanctifiés, ont un même Père; voilà pour- quoi Jésus ne dédaigne pas d'appeler ceux-ci ses «frères » quand il dit : « d’annoncerai ton nom à mes frères : Au mulieu de l'assemblée, je te louerai #. » 1 La pensée de l’auteur dans cette première page de son épiître peut se résumer ainsi : le Fils est supérieur aux anges; si la Loi mosaïque, apportée par les anges, a reçu sa sanction, à plus forte raison devons-nous nous soumettre à la Loi nou- velle et accepter le salut, la vie dans le monde à venir apportée par Jésus-Christ, annoncée par les apôtres et qui ne relève pas des anges, dispensateurs exclusifs de la Loi ancienne. ? Quelques anciens manuscrits ajoutent après honneur : tu l'as établi sur les œuvres de tes mains. 3 Psaume 8, 5-7, 4 Psaume 22, 98. "ἢ 1 41 14 18 [Se 4 Qt 6 620 LE NOUVEAU TESTAMENT Et ailleurs : «Je mettrai ma confiance en lui. » Ailleurs encore : «Me voici, moi et les enfants que Dieu m'a donnés ?.» Puisque les «enfants» ont lous en partage la chair et le sang, lui en a eu aussi sa part pour détruire par sa mort celui qui est le maitre de la mort, je veux dire le Diable, et pour déli- vrer ceux que la crainte de la mort rendait esclaves toute leur vie. Car assurément ce n’est pas aux anges qu'il porte secours, c’est à la race d'Abraham. Par suite, il le fallait entièrement semblable à «ses frères», afin d’être, pour leurs rapports avec Dieu, un grand-prêtre compatissant et digne de foi, pour faire l’expiation des péchés du peuple. C'est parce qu'il a souffert, c'est parce qu’il a été éprouvé qu'il peut secourir ceux qui sont éprouvés ὃ. En conséquence, mes saints frères, vous qui êtes appelés à aller au ciel #, fixez les yeux sur l’apôtre et le grand-prêtre de la foi que nous professons, sur Jésus, qui était « fidèle » à celui qui l'avait institué, comme «Moïse l'était dans toute sa maison °». — (Mais Jésus a été jugé digne de surpasser Moïse en éclat de toute la distance qui sépare une maison de son constructeur. (Toute maison ἃ un architecte; Celui qui a tout construit c'est Dieu.) Moïse, lui, a été fidèle «DANS toute sa maison, comme un ser- viteur6», par le témoignage qu'il a rendu à ce qui devait être révélé plus tard; Christ l'était comme un fils, «SUR sa maison »; et sa maison à lui c'est nous, si toutefois nous persistons ferme- 1 11 Samuel 22, 3. 2 Éisaïe 8, 18. 3 Dans ce second paragraphe 2, 6-18, l’auteur explique pourquoi Jésus-Christ, supérieur aux anges, a cependant été abaissé au-dessous des anges et livré aux souffrances et à la mort. 4 On peut traduire aussi: appelés du haut du ciel. » Nombres 12, 7. 6 Nombres 12, 7. & 4 ÉPÎITRE AUX HÉBREUX 621 ment, jusqu'à la fin! dans l’assurance et l'espérance qui font notre gloire 3.) — Ainsi, comme le dit l'Esprit saint : 7, 3 «Si vous entendez aujourd'hui sa voix, N'endurcissez pas vos cœurs, comme au jour de la révolte 8 Et de la provocation dans le désert, Quand vos pères m'ont provoqué et m'ont mis à l'épreuve, 9 Eux qui avaient vu mes œuvres pendant quarante ans! Voilà pourquoi je me suis irrité contre cette génération 10 Et 7 αἱ dit : leurs cœurs s’égarent toujours. Ils n'ont point reconnu mes voies ; Et voici le serment que j'ai fait dans ma colère : 11 - Jamais ils n'entreront dans mon repos 3! » Que personne de vous, mes frères, prenez-y garde, n’ait un 19 mauvais Cœur, ne soit incrédule, ne se sépare du Dieu vivant. Mais exhortez-vous les uns les autres, tous les jours, tant que l’on 13 peut dire: «aujourd'hui», et qu'aucun de vous ne se laisse séduire et » et, par elle, lui qui est mort parle encore. C’est à cause de sa foi qu'Énoch fut enlevé de manière à ne pas voir la mort et «on ne le trouva plus parce que Dieu l'avait enlevé». En effet, avant son enlèvement, on fait de lui cet éloge : «il était agréable à Dieu “». Or, sans la foi, il est impossible de lui être agréable, car celui qui s'approche de Dieu doit croire que Dieu existe et qu'il est un rémunérateur pour ceux qui le cherchent. C’est par la foi que Noé, averti de choses qu'on ne voyait pas encore , construisit avec une pieuse prévoyance une arche pour sauver sa famille; par elle, il condamna le monde et devint héritier de la justice que produit la foi. Cest par la foi qu'Abraham, appelé à partir pour le pays qu'il devait recevoir en héritage, obéit, et il partit sans savoir où il allait. 1 Ésaïe, 26, 20; Habacuc, 2, 3 et suiv. 2 C'est-à-dire : Le monde ἃ été tiré du néant. Dieu n'a pas eu seulement à arranger la matière, mais à la créer. 3 Genèse 4, 4 et suiv. 4 Genèse 5, 24. ÉPÎTRE AUX HÉBREUX 635 7 Re C’est par la foi qu'il vint s'établir dans la terre promise, comme en pays étranger, vivant sous la tente, avec Isaac et Jacob, héri- tiers, comme lui, de la même promesse; car il attendait la cité aux solides fondements dont Dieu est l'architecte et le constructeur. C’est par la foi que Sarra, elle aussi, reçut, malgré son âge, la force de donner le jour à un fils, parce qu’elle avait cru à la véracilé de celui qui le lui avait promis; et c’est aussi pour cela que d'un seul homme, et d’un homme au dernier terme de la vieillesse, naquit une descendance semblable pour le nombre «aux étoiles du ciel et aux grains de sable qui couvrent le bord de la mer» et qui sont innombrables. Dans cette foi ils moururent tous, sans avoir recu les choses promises, les ayant seulement vues et saluées de loin et se reconnaissant «étrangers et voyageurs sur la terre?2». Ceux qui tiennent ce langage montrent bien qu'ils cherchent une patrie; et s'ils avaient songé à celle dont ils étaient sortis, ils avaient tout le temps d'y retourner; mais non, c’est une meilleure patrie qu'ils désirent, je veux dire une patrie céleste; aussi Dieu n’a point honte d'eux; il se fait appeler leur Dieu, car il leur ἃ pré- paré une cité. C'est par la foi qu'Abraham, mis à l'épreuve, offrit Isaac, offrit son fils unique, lui qui avait reçu les promesses, lui auquel il avait été dit: «C’est d'après Isaac que ta race sera nommée à » ; il pensait que Dieu a le pouvoir même de ressusciter les morts, aussi le recouvra-t-il de telle manière qu'il est un symbole“. C’est par la foi”, et en vue de l’avenir, qu'Isaac bénit Jacob et Ésaü. C’est par la foi que Jacob bénit, en mourant, chacun des fils de Joseph et qu'«il se prosterna devant le sommet de son bâton 5». 1 Genèse 15, 5 et 22, 17. 2 Genèse 23, 4 et Psaume 39, 13. 3 Genèse 21, 12. 4 Isaac, ayant été comine ressuscité des morts, est le symbole, le type du Christ ressuscité. 5 Plusieurs anciens manuscrits lisent : C’est aussi par la foi. 5 Genèse 47, 31. 9, 11 21 11. τ ῷ 90 91 ee) FES 36 636 LE NOUVEAU TESTAMENT C’est par la foi que Joseph, aux approches de la mort, fit men- tion de l’exode des enfants d'Israël et ordonna ce qu’on ferait de ses restes. C’est par la foi que Moïse, à sa naissance, fut caché trois mois par ses parents, parce qu'ils avaient vu que leur enfant était beau et qu'ils ne se laissaient pas effrayer par le décret du roi. C'est par la foi que Moïse, devenu grand, renonça au nom de fils de la fille de Pharaon, aimant mieux partager les souf- frances du peuple de Dieu que d’avoir du péché une jouissance momentanée, considérant l’opprobre du Christ comme une plus grande richesse que tous les trésors de l'Égypte; et cela parce qu'il regardait à la rémunération. C'est par la foi qu'il quitta l'Égypte sans redouter la colère du roi, car il tint ferme comme s’il voyait Celui qui est'invisible. C'est par la foi qu'il établit la Pâque et l’aspersion du sang, pour que l’exterminateur ne touchât pas les premiers-nés des Israélites. C'est par la foi qu'ils traversèrent la mer Rouge comme on marche sur la terre sèche, tandis que les Égyptiens qui essayèrent de passer furent engloutis. C’est par la foi que les murs de Jéricho tombèrent après qu’on en eut fait le tour pendant sept jours. C’est par la foi que Rahab, la femme de mauvaise vie, ne périt pas avec les incrédules, parce qu'elle avait accueilli les espions avec bonté. Que dire encore? le temps me manquera si je parle de Gédéon, de Barak, de Samson, de Jephté, de David, de Samuel, des pro- phètes qui, par la foi, ont conquis des royaumes, ont exercé la justice, ont obtenu des promesses, ont fermé la gueule des lions, ont éteint l’ardeur du feu, ont échappé au tranchant de l'épée, ont triomphé de la maladie, ont été vaillants à la guerre, ont repoussé les invasions étrangères. Des femmes ont recouvré leurs morts par la résurrection; les uns ont été livrés à la torture, refusant d'être délivrés, pour obtenir une résurrection meilleure ; les autres ont eu à subir les moqueries, la flagellation, et même ΐ 4 Ι ᾿ Κ' ' SERRE us βου “= de LS FX. ÉPITRE AUX HÉBREUX 637 les fers et le cachot; on les a lapidés, on les a torturés, on les a sciés, on les a tués avec des épées; ils ont été çà et là, n'ayant pour se couvrir que des peaux de brebis ou de chèvres, manquant de tout, opprimés, maltraités, eux dont le monde n’était pas digne, errants dans les déserts, les montagnes, les cavernes, les antres de la terre. Et tous ils ont été loués pour leur foi, et cependant ils n’ont point vu les promesses s’accomphir. Dieu avait en vue quelque chose de meilleur pour nous, et ils ne devaient pas arriver sans nous à la perfection. Eh bien, nous aussi, puisque nous avons autour de nous une si grande nuée de témoins, débarrassons-nous de tout fardeau et du péché qui nous circonvient si facilement, courons avec persé- vérance dans la carrière ouverte devant nous, les yeux fixés sur l’auteur et le consommateur de la foit, sur Jésus, lequel, regar- dant à la joie placée devant lui, a enduré la croix et, pour en avoir méprisé la honte, «S’est assis à la droite?» du trône de Dieu. Considérez celui qui a supporté de la part des pécheurs une telle opposition contre lui pour que vos âmes ne se découragent pas, pour que vous ne faiblissiez pas. Vous n’avez pas encore eu à résister jusqu'au sang dans votre lutte contre le péché, et vous auriez oublié l’exhortation qui vous est adressée comme à des fils : «Mon fils, ne méprise pas le châtiment du Seigneur Et ne te décourage pas quand il te reprend, Car le Seigneur châtie celui qu’il aime Et il frappe de ses verges tout fils qu’il reconnait comme sien *. » Si vous avez des châtiments à endurer, c’est que Dieu vous traite comme des fils, car quel est le fils que son père ne châtie pas? Si vous êtes dispensés du châtiment dont tous les fils ont leur part, vous êtes illégitimes, vous n'êtes pas de vrais fils. De 1 Le consommateur de La foi, c’est-à-dire celui qui la porte à sa perfection. 2 Emprunté à Psaume 110, 1. 3 Proverbes 3, 11 et suiv. 37, 11 38 99 40 4 12 [Se] Qt 638 LE NOUVEAU TESTAMENT ———_—_—_———….…—…—…—….…—….…—.…—….….…—…—…"—…—…—…——…—..….—. plus, nos pères par le sang nous ont châtiés, et nous les avons respectés; ne devrons-nous pas à bien plus forte raison nous 12,10 soumettre à notre Père spirituel pour avoir la vie? Ceux-là nous châtiaient pour quelques jours et comme bon leur semblait; lui le fait pour notre bien, pour que nous ayons notre part de sa 11 sainteté. Tout châtiment, il est vrai, ne paraît pas être au premier moment un sujet de joie, mais de tristesse; mais plus lard il fait recueillir en paix par ceux qui en ont subi l'épreuve, le fruit qui 12 s'appelle la justice. Ainsi donc, «Relevez ces mains qui tombent Et ces genoux qui fléchissent À», 1547: «Mettez vos pieds dans les chemins dronts ?» pour que ce qui boite ne soit pas renversé, mais plutôt guéri. 14 «Cherchez à étre en paix» avec tout le monde; cherchez la sanctification, sans laquelle personne ne verra le Seigneur. Veillez 15 ἃ ce que personne ne se prive de la grâce de Dieu, à ce qu «{ ne pousse aucune plante vénéneuse qui pourrait faire du mal*», qui pourrait empoisonner plusieurs d'entre vous. Que personne 16 ne soit impur ou profane comme Ésaü, qui cvendit», pour un simple repas, «ses droits de prenner-né°». Et vous savez que 17 lorsqu'il voulut plus tard recevoir la bénédiction de son pere, il fut repoussé ; il ne put faire accueillir sa repentance, quoiqu'il l’eût demandée avec larmes. 18 Vous ne vous êtes pas approchés d’une montagne qu'on püt - 1 Ésaïe 35, 3. 2 Proverbes 4, 26. Ces mots : Mettez vos pieds dans les chemins droits, for- ment dans le texte grec un vers hexamètre. ἐν 3 Emprunté à Psaume 34, 15. 4 Deutéronome 29, 18. ᾿ > Genèse 25, 91. 4 6 Le mot montagne manque dans les manuscrits les plus anciens et les plus À autorisés; il est évidemment sous-entendu. Cependant on peut traduire aussi: Vous ne vous êles pas approchés d’un feu ardent qu'on pût toucher, ni de l'obs- curilé, etc. = RDS τι ÉPÎTRE AUX HÉBREUX 639 toucher, «que le feu embrasât, ni de l'obscurité, des ténèbres, de la tempête, du bruit de la trompette, de la voix des commandements», que les auditeurs demandèrent instamment à ne pas entendre plus longtemps. Car ils ne pouvaient supporter cette injonction : « Méme l'animal qui touchera cette montagne sera lapidé?». Et ce spectacle était si effrayant que Moïse dit : «Je suis épouvanté et tremblant *». Mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la ville du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, du chœur des myriades d’anges, de l'Église de vos aïnés inscrits aux cieux, de Dieu, juge de tous, des esprits des justes arrivés au but, de Jésus, médiateur d’une Alliance nouvelle, et du sang de propitiation qui parle mieux que celui d’Abel. Prenez garde de refuser d'entendre Celui qui vous parle. Car s'ils n’ont pas échappé, ceux qui refusaient d'entendre Celui qui 86 révélait sur la terre, à bien plus forte raison n’échapperons- nous pas si nous repoussons Celui qui se révèle du haut des cieux, dont la voix faisait autrefois trembler la terre et qui fait aujourd'hui cette déclaration : [aussi le ciel.» «Je ferai trembler une fois encore non seulement la terre, mais Ces mots: «une fois encore» indiquent la transformation du monde visible qui sera ébranlé, tandis que le monde inébranlable est éternel. Ainsi, puisque c'est un Royaume inébranlable que nous avons reçu, soyons pleins d'une reconnaissance telle que nous rendions à Dieu avec piété et avec respect un culte qui lui soit agréable. « Car notre Dieu est un feu dévorant*.» Continuez à vous aimer comme des frères; n’oubliez pas l’hos- pitalité; car, en la pratiquant, quelques-uns, sans le savoir, ont reçu chez eux des añges. | Souvenez-vous des prisonniers comme si vous étiez des leurs, 1 Deutéronome 4, 11 et suiv. 3 Exode 19, 12 et suiv. 3 Deutéronome 9, 19. # Aggée 2, 6. 5 Deutéronome 4, 24. t9 +] 1 10 640 LE NOUVEAU TESTAMENT et des malheureux, en songeant que vous aussi vous vivez dans ce COrps. Respectez tous le mariage; ne déshonorez pas le lit nuptial ; les débauchés et les adultères, Dieu les jugera ! Ne soyez pas de ceux qui tiennent à l'argent; contentez-vous de ce que vous avez; car lui-même ἃ dit: «Je ne te laisserai pas, certainement je ne l’abandonnerai pas!»; aussi pouvons-nous dire avec confiance : «Le Seigneur me vient en aide; je ne m'effrayerai de rien; Que pourra me faire un homme 2?» Souvenez-vous de vos directeurs, qui vous ont prêché la parole de Dieu; représentez-vous la fin de leur carrière et imitez leur foi! Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui et éternelle- ment ! Ne vous laissez pas entrainer par toutes sortes de doctrines étrangères; car il est bon que la grâce donne de la fermeté au cœur, et que ce ne soient point des aliments qui n'ont point profité à ceux qui en usent. Nous avons un autel dont ceux qui célèbrent le culte dans le tabernacle n’ont pas le droit de manger la victime. Les corps des animaux, immolés pour le péché, dont le sang est porté dans le sanctuaire par le grand-prêtre «sont brülés hors du camp». Voilà pourquoi Jésus aussi, pour sanctifier le peuple par son propre sang, ἃ souffert hors de la porte. « Sortons alors du camp» et allons à lui en portant son opprobre. Car nous n’avons pas ici de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir. } «Offrons» donc sans cesse «ἃ Dieu» par lui «τῶι sacrifice de louanges$», je veux dire «le fruit de lèvres?» confessant son 1 Deutéronome 31, 6 et Josué 1, 5. 2 Psaume 118, €. 3 Lévitique 16, 27. 4 La porte de la ville de Jérusalem. 5 Lévitique 4, 12. 5 Psaume 50, 14, 25. 7 Emprunté à Osée 14, 2 ÉPITRE AUX HÉBREUX 041 nom. De plus, n'oubliez ni la bienfaisance, ni la libéralité, voilà les sacrifices auxquels Dieu prend plaisir. Obéissez à vos directeurs et acceptez leurs avis; car ils veillent sur vos âmes comme devant en rendre compte; et il faut qu'ils le fassent avec joie et sans avoir à se plaindre, car ce serait à votre préjudice. Priez pour nous, car nous sommes certains d’avoir une bonne conscience, étant décidés à bien nous conduire en toutes choses. Je vous demande surtout de le faire pour que je vous sois plus tôt rendu. Que le Dieu de paix «qui a retiré!» des morts notre Seigneur Jésus, devenu par le sang «d’une Alliance éternelle?» le souve- rain «berger des brebis 1», vous rende capables de toutes sortes de bonnes œuvres afin que vous fassiez sa volonté, et qu’il accom- plisse en nous ce qui est agréable à ses yeux par Jésus-Christ, auquel soit la gloire aux siècles des siècles! Amen. Veuillez, je vous en prie, frères, faire bon accueil à ces quel- ques paroles d’exhortation, car je ne vous écris qu'une lettre assez brève 5. Vous savez que notre frère Timothée a été relâché; s’il arrive assez tôt, je vous verrai avec lui. Saluez tous vos directeurs et tous les fidèles. Ceux qui sont venus d'Italie vous saluent. LA GRACE SOIT AVEC VOUS TOUS. 1 Emprunté à Esaïe 63, 11. ? Emprunté à Jérémie 32, 40. 3 On peut traduire aussi: Gar je η αἵ eu que fort peu de temps pour vous écrire. 41 16, 13 17 18 19 22 NON CN TT 4 EN CN ΩΣ ÉPITRE DE JACQUES PRÉFACE Cette lettre adressée «aux douze tribus de la dispersion» a été écrite à Jérusalem. Elle n’a été connue ni de Papias, πὶ de Justin Martyr, ni d'Hé- gésippe, c’est-à-dire des plus anciens parmi les auteurs chrétiens. Cependant Clément de Rome et Hermas, aussi anciens qu'eux, semblent y faire allusion dans leurs écrits. Clément d'Alexandrie est le premier des Pères qui s’en soit positivement servi. Origène l’a révoquée en doute; Eusèbe l’a suspectée; Jérôme l’a rejetée; et ce n'est qu'à partir du quatrième siècle qu’elle fut définitivement admise dans le Nouveau Testament. Rien de plus simple que le christianisme de cette épître. Émi- nemment pratique, elle ne discute pas des idées, elle combat des vices. L'Évangile, dit-elle en résumé, est l’accomplissement de la loi morale; les rites mosaïques sont remplacés par lui. Cette loi morale c’est la parole de Dieu au dedans de nos cœurs, et elle est une loi de liberté. Ces quelques pages sont remplies de réminiscences des discours de Jésus-Christ et en particulier du sermon sur la montagne (1 : 2, 4, ΝΠ 5790..39..28.,.95.. 2:413-16:,9::17,; 18: 4:4535:.2%40, 12, 15, 16) et l’auteur ne puise pas ces paroles dans nos Évangiles, 64% LE NOUVEAU TESTAMENT mais dans la tradition orale. Le passage sur les riches (6: 1 et suiv.) désigne clairement les Sadducéens aristocrates et orgueilleux qui ont fait périr Jésus. Cette lettre est certainement le reflet de la vie intérieure de la première Église de J érusalem, et nous serions tenté de dire que nous sommes ici en présence d’un des plus anciens livres du Nou- veau Testament et peut-être du plus ancien de tous, si le pas- sage 2: 14-26, où Jacques parle de la foi qui sans les œuvres est morte, ne nous montrait pas qu'il a certainement connu l'Épître de Paul aux Romains. Il se place sans doute à un autre point de vue que Paul, et il est facile de prouver qu’il n’y a aucune con- tradiction entre sa pensée et celle de l’apôtre des Gentils. Mais il a connu la doctrine de celui-ci, et l'influence du langage et des idées de Paul est sensible dans plusieurs passages de la lettre de Jacques. Il y ἃ aussi une parenté certaine entre l’Épître de Jacques et la première épître de Pierre, mais ici c’est l’Épître de Jacques qui est la première. Il faut donc placer la date de la rédaction de notre lettre avant celle de la première de Pierre et après celle de l’Épître aux Romains qui est de l'an 58. L'Épître de Jacques fut sans doute rédigée vers l’an 60 et, en tout cas, avant 70, date de la ruine de Jérusalem. Il n’y ἃ aucun motif de douter que son auteur ne soit Jacques, le frère même du Seigneur, le chef de la première Église de Jérusalem. On a objecté, il est vrai, le style de cette lettre, qui est d’un grec relativement pur, et l’on ἃ dit que Jacques, à sup- poser qu’il sût le grec, ce qui est fort douteux, ne l’écrivait cer- tainement pas avec cette pureté. Mais, dans notre conviction, la plupart des auteurs chrétiens de ce temps-là se servaient de secré- taires. Paul dictait ses lettres. Nous croyons que l'Évangile de Jean ἃ aussi été dicté. Nous montrerons la même chose pour la première Épître de Pierre. Pourquoi Jacques n’aurait-il pas eu son secrétaire, qui se sera trouvé parler et écrire le grec d’une manière relativement pure? Car un fait est hors de doute; des hommes comme Pierre, Jacques et Jean ne pouvaient, dans la supposition la plus favorable, savoir le grec que très imparfaite- ment, et cependant il était absolument nécessaire qu'écrivant des lettres, ils les rédigeassent dans cette langue. Leurs lettres ne ἡ Ἢ AU ἘΠ RENTE Ὑ AP STE RS σήν ΡΥ TA UT Vers PAPE NE TNT ee D εν το 2 à ΡΨ ÉPÎTRE DE JAGQUES 645 ἣ LI pouvaient se répandre dans l’empire et exercer quelque influence sur les communautés chrétiennes que si elles étaient écrites dans l’idiome universel d'alors, celui que tout le monde comprenait. Il leur fallait, par conséquent, avoir des secrétaires et des interprètes; ᾿ done, ils en eurent. 1 ἃ ΄ 4: Cu RL 1 1- at ὁ - 2H δ ris ΡΟΝ - . F1 LOL ὦ) ΙΕ γ 4 τὶ 5 h ‘& À : ΡΜ = ; , L = ÉPITRE DE JACQUES JACQUES , SERVITEUR! DE Dieu ET Du SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST AUX DOUZE TRIBUS DE LA DISPERSION ?, SALUT. Regardez comme un grand bonheur, mes frères, d’être en but à diverses épreuves; car, en mettant votre foi au creuset, elles produisent, vous le savez, la patience; patience qui doit être par- faitement mise en pratique, pour que vous soyez parfaits, accom- plis, ne laissant absolument rien à désirer. Si l’un de vous manque de sagesse, qu'il s'adresse à Dieu, qui donne à tous, volontiers et sans reproches, et la sagesse lui sera donnée. Mais qu’il demande avec confiance, sans douter; celui qui doute ressemble aux vagues de la mer quand le vent les soulève et les agite. Qu'une telle personne ne s’attende pas à obtenir quoi que ce soit du Seigneur. L'homme irrésolu est inconstant dans toutes ses entreprises. Que le frère humble songe avec orgueil à sa noblesse et le riche à sa bassesse; car il passera comme la fleur de l'herbe; le soleil se lève avec sa chaleur ardente et 1 Grec, esclave. 2 On appelait « de la dispersion» les Juifs vivant hors de Palestine et dissé- minés dans l’empire; mais l’expression: les douze tribus de la dispersion est ici allégorique. L’auteur ne s'adresse qu'aux Juifs devenus chrétiens. 3 Humble signifie ici de basse condition. [Re] PS 1 10 16 17 18 19 648 LE NOUVEAU TESTAMENT «il sèche l'herbe, et sa fleur tombe», et la beauté de son aspect disparaît; ainsi se flétrira le riche au milieu de sa carrière! Heureux l’homme qui supporte patiemment l’épreuve; car lorsqu'il aura fait ses preuves, il recevra la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui l’aiment. Que personne ne dise dans une tentation? : «C’est Dieu qui me tente», car Dieu, qui ne peut être tenté par le mal, ne tente lui-même personne. Lorsqu'on est tenté, c’est qu’on est entraîné et séduit par sa propre convoitise; ensuite, la convoitise, qui ἃ conçu, donne naissance au péché; et, enfin, le péché, parvenu à sa plus haute puissance, enfante la mort. Ne vous y trompez pas, mes freres bien-aimés, tout don excel- lent et tout présent parfaitÿ viennent d'en haut, descendent d’auprès du Père des lumières, chez lequel il n’y ἃ aucun chan- gement, pas l'ombre d’une variation. Il nous ἃ enfantés, parce qu'il l’a bien voulu, au moyen de la parole de vérité, pour que nous fussions, en quelque sorte, les prémices de ses créatures. Sachez-le bien, mes frères bien-aimés! Que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler, lent à se mettre en colère, car la colère de l'homme n'accomplit pas la justice de Dieu. Enlevez donc toute souillure et tout reste de méchanceté, et recevez avec douceur la parole plantée en vous et qui peut sauver vos âmes. Seulement mettez cette parole en pratique, et ne vous bornez pas à l’écouter; vous tomberiez dans une grave erreur. Effectivement, celui qui se borne à écouter la parole et ne la 1 Ésaie 40, 7. ? Ou: «dans une épreuve», car il n’y a dans la langue grecque qu'un seul mot pour exprimer les deux idées d’épreuve et de tentation. 3 Dans le texte grec, ces mots : tout don excellent et tout présent parfait, forment un vers hexamètre. ÉPÎTRE DE JACQUES 649 a -ἴΞἕ οτος τος met pas en pratique ressemble à cet homme qui, après avoir vu dans un miroir les traits de son visage et après s'être regardé, s’en est allé et ἃ immédiatement oublié comment il est. Celui, au contraire, qui considère attentivement la Loi par- faite, la Loi de la liberté, qui prolonge sa contemplation, qui en arrive ainsi non à écouter pour oublier, mais à observer et à mettre en pratique, celui-là trouvera le bonheur dans son activité même. Si quelqu'un croit servir Dieu, qui ne tient pas sa langue en bride 1 et qui se trompe lui-même, son service de Dieu est illu- soire. Une manière de servir notre Dieu et Père, pure et sans tache à ses yeux, est de veiller sur les orphelins et les veuves dans leur détresse et de se garder soi-même immaculé du monde. Mes frères, point d’acception de personnes en la foi de notre Seigneur Jésus, le Christ de gloire?. Si, par exemple, il entre dans votre synagogue* un homme ayant un anneau d'or au doigt et revêtu d'habits brillants, et qu'il y entre aussi un pauvre aux vêtements sordides, et que vous regardiez celui qui porte de brillants habits et lui disiez: — «Toi, assieds-toi ici à cette place d'honneur»; — et que vous disiez au pauvre: — «Toi, reste là debout»; — ou bien: — «Assieds-toi plus bas que mon marchepied»; — n'est-ce pas là faire des distinctions entre frères et vous établir juges dans de mauvais sentiments ? Écoutez, mes frères bien-aimés : Dieu n'a-t-il pas choisi ceux que le monde appelle: «les pauvres», pour les faire riches en foi et héritiers du Royaume qu'il ἃ promis à ceux qu'il aime? Et 1 L'auteur fait sans doute allusion ici à ces « docteurs » qu’il nommera plus loin (3, 1) et qui croyaient servir Dieu par leurs discussions religieuses et leurs controverses théologiques. 2 On peut traduire, d’après une autre ponctuation : Ne faites-vous point d’acception de personnes en la foi de notre Seigneur Jésus, le Christ de gloire ? 5.1] ne peut s’agir ici que de l'assemblée des premiers chrétiens et nullement de la synagogue juive; le mot synagogue veut dire étymologiquement convoca- tion, congrégation, assemblée, 24, 1 19 ot 26 10 11 12 13 650 LE NOUVEAU TESTAMENT puis, vous faites affront au pauvre! Ne sont-ce pas les riches qui vous tyrannisent et qui vous traînent devant les tribunaux? Ne sont-ce pas eux qui blasphèment le beau nom qu’on prononce en vous nommant !? Sans doute, si vous accomplissez la Loi royale que nous donne l'Écriture: «Tu aëmeras ton prochain comme toi-méme ?», vous faites bien, mais si vous faites acception de personnes, vous com- mettez un péché, et la Loi vous condamne et vous déclare trans- gresseurs | En effet, quelqu'un qui a observé la Loi tout entière (sauf un commandement pour lequel il a failli) est coupable comme s'il les avait tous violés. Car celui qui a dit: «Tu ne commettras pas d'adultère#» ἃ dit aussi: «Tu ne commettras pas de meurtre“ » et alors si tu ne commets pas d’adultère, mais que tu commettes un meurtre, tu deviens transgresseur de la Loi. Parlez et agissez comme devant être jugés par une Loi de liberté. Le jugement est sans miséricorde pour celui qui n'a pas fait miséricorde. La miséricorde n’a rien à craindre du juge- ment ?. Mes frères, à quoi sert-il à quelqu'un de dire: «j'ai la foi», s'il n'a pas les œuvres. La foi peut-elle le sauver? Je suppose qu'un frère ou une sœur se trouve dans le dénuement et quil leur manque le pain quotidien, et voici l’un de vous qui leur dit: — «Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous» — et cela sans leur donner ce qu'il leur faut pour vivre, à quoi cela sert-1l? Eh bien, il en est de même de la foi, si elle n’a pas d'œuvres, elle est morte en soi. | Cependant on pourrait dire: — «Toi, tu as la foi»; — moi, j'ai aussi des œuvres; montre-moi ta foi sans les œuvres; quant 1 Le nom de Christ, d’où vient le nom de Chrétien (Christianus). “ Lévitique 19, 18. Exode 20, 14. t Exode 20, 13. Ὁ Littéralement : triomphe du jugement, c'est-à-dire l’affronte, sa cause étant gagnée d’avance, es A οὐ κω... ων, ter 2 ÉPÎITRE DE JACQUES 651 à moi, C'est par mes œuvres que je montrerai ma foit, Tu as la foi en un Dieu unique? tu as raison; eh bien, les démons ont aussi cette foi-là, et cependant ils tremblent 2. Veux-tu comprendre, ὁ homme creux, que la foi sans les œuvres est stérile? N'est-ce pas pour des œuvres qu'Abraham notre Père fut déclaré juste, lorsqu'il offrit sur l'autel son fils Isaac? Tu vois que la foi et les œuvres agissaient chez lui de concert, et que les œuvres ont porté la foi à sa perfection. C’est ainsi que s’est accomplie l'Écriture qui dit: « Abraham eut foi en Dieu et cela lui fut compté pour justice “», et il reçut le nom d'ami de Dieu. Vous voyez bien qu’un homme est considéré comme Juste pour des œuvres et non pas seulement pour sa foi. De même encore est-ce que Rahab, la femme de mauvaise vie, n’a pas été considérée comme juste pour des œuvres, quand elle a donné asile aux messagers et les ἃ fait partir par un autre chemin? De même que le corps sans esprit est mort, de même la foi sans œuvres est morte. Ne soyez pas nombreux à vous ériger en docteurs, mes frères, vous savez que nous serons jugés d'autant plus sévèrement *. Nous bronchons tous et de bien des manières, et si quelqu un ne bronche pas dans ses paroles, c’est un homme parfait, capable de tenir en bride son corps tout entier. Quand nous mettons un mors dans la bouche des chevaux 1 Voici le sens probable de la pensée de l’auteur : On n’a pas les œuvres sans avoir la foi; par conséquent, un de mes adversaires pourrait me dire à moi, qui ai les œuvres: «Tu as la foi». Je lui réponds: «Sans doute, je l'ai, mais j'ai aussi les œuvres que tu n’as peut-être pas; tu ne saurais en tout cas me prouver que tu as la foi sans me montrer des œuvres; moi, c’est par mes œuvres que je te prouverai ma foi. » | 2 Cette foi ne les sauve pas, elle les frappe de terreur, elle produitgen eux un effet tout opposé à celui qu’elle devrait produire, preuve que la foi seule ne suffit pas et que les œuvres sont nécessaires au salut, 3 On peut, d’après une autre ponctuation, faire cette phrase-là aussi interro- gative : « Vois-tu que.» etc., et alors il faut placer un point d'interrogation après le mot perfection. 4 Genèse 15, 6. 5 La fin de la phrase est sous-entendue : «si nous avons été docteurs», — la responsabilité de celui qui se charge d’enseigner étant plus grande. 19, 2 26 1,8 19 Co 16 052 LE NOUVEAU TESTAMENT pour nous en faire obéir, nous conduisons en même temps leur corps tout entier. Voyez aussi les navires: qu’ils sont grands! combien sont violents les vents qui les agitent! et c’est avec un tout petit gouvernail que le pilote les mène à volonté dans toutes les directions. Il en est de même de la langue, petit membre qui a de grandes prétentions! Un bien petit feu peut embraser une bien grande forêt! La langue aussi! est du feu; elle est le monde de l'iniquité, la langue, installée parmi nos autres membres, souillant le corps tout entier, enflammant le cours de la vie et enflammée elle- même par le feu de la géhenne?! Toute espèce d'animaux sauvages, d'oiseaux, de reptiles, de poissons peuvent être domptés ou ont été domptés par l'espèce humaine, mais la langue, il n’est pas d'homme qui puisse la dompter; mal impossible à arrêter, elle est pleine d’un venm mortel. Avec elle nous bénissons le Seigneur notre Père, et avec elle nous maudissons les hommes créés à l’image de Dieu. De la même bouche sortent bénédiction et malédiction! 11 ne doit pas en être ainsi, mes frères! La source donne-t-elle par la même ouverture de l’eau douce et de l’eau saumâtre? Un figuier, mes frères, peut-il donner des olives? Une vigne, des figues? Une source d’eau salée ne peut pas davantage donner de l’eau douce. L'un de vous est-il sage et intelligent? Qu'il le prouve par des faits, par une bonne conduite, par la douceur de sa sagesse. Mais si vous avez la passion des disputes et de l’amertume dans le cœur, n'allez pas vous glorifier de votre sagesse, vous agiriez contre toute vérité, vous mentiriez*. Cette sagesse-là ne vient pas d'en haut; au contraire, elle est terrestre, sensuelle, diabo- lique; car là où règnent la passion des disputes, là règnent aussi le désordre et toutes sortes de mauvaises choses. 1 Quelques anciens manuscrits omettent aussi. Si l’on accepte cette omission, on peut lire, d’après une autre ponctuation : « Un bien petit feu, la langue, peut embraser une bien grande forêt ! Elle est du feu, elle est le monde. » ete. 2 «Le feu de la géhenne ». Voy. sur le mot géhenne note sur Matth. 5, 22. ἢ Quelques anciens manuscrits lisent : «N'’allez pas vous glorifier de votre sagesse οἱ mentir contre la vérité.» ÉPITRE DE JACQUES 653 La sagesse qui vient d'en haut est d’abord pure, ensuite paci- fique, modérée, conciliante, pleine de compassion et de bons procédés, sans duplicité, sans hypocrisie. Ce fruit, la justice, est semé au moyen de la paix par ceux qui répandent la paix. D'où viennent vos guerres? d'où viennent vos querelles? n'est-ce pas de vos passions qui combattent dans vos membres? Vous convoitez et vous ne possédez pas; vous êtes meurtriers, vous êtes jaloux, et vous ne pouvez pas obtenir; vous vous que- rellez et vous vous disputez; vous ne possédez pas!, parce que vous ne savez pas demander : vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal et pour fournir un aliment à vos passions. Idolâtres?! ne savez-vous pas que l'amour du monde, cest l'inimitié contre Dieu? Celui donc qui veut être l'ami du monde est constitué l'ennemi de Dieu. Prenez-vous pour des paroles en l'air les paroles de l'Écri- ture? le Dieu jaloux réclame l'Esprit qu'il nous ἃ donné”; de plus il nous accorde une grâce supérieure à celle du monde. Voilà pourquoi il est écrit : « Dieu résiste aux orgueilleux Et il fait grâce aux humbles *.» Soumettez-vous donc à Dieu; résistez au diable, et il fuira loin de vous. Approchez-vous de Dieu et il s’approchera de vous. Purifiez vos mains, vous qui êtes pécheurs! Sanctifiez vos cœurs, vous qui êtes irrésolus! 1 Quelques anciens manuscrits lisent : ef vous ne possédez pas. 2 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : «Un aliment à vos pas- sions, idolätres! Ne savez-vous pas, etc. » 3 On peut lire, d’après une autre ponctuation : « Prenez-vous pour des paroles en l’air les paroles de l’Écriture: «le Dieu jaloux réclame l'Esprit qu’il nous α donné? » Mais ce passage : Le Dieu jaloux, etc., ne se trouve pas dans l'Ancien P © J ? ? Testament. D'ailleurs, queile que soit la ponctuation, ces versets 5 et 6 sont » T ; presque incompréhensibles dans le texte grec ; nous les avons rendus par à peu près et nous ne garantissons nullement la justesse de notre interprétation. L’opi- nion la plus plausible est que ce passage de l’épître ne nous est parvenu qu’altéré. 1 Proverbes 3, 34, 417, 3 18 1, 4 t° μῶν or 13 17 19 CO 654 LE NOUVEAU TESTAMENT Souffrez de votre misère, soyez tristes, versez des larmes, que votre rire se change en pleurs et votre gaité en chagrin; humiliez- vous devant le Seigneur et il vous élèvera. Ne médisez pas les uns des autres, frères. Celui qui médit d’un frère ou qui juge son frère, médit de la Loi et juge la Loi. Or, si tu juges la Loi, tu n’observes plus la Loi, tu te mets au- dessus d’elle. Un seul est législateur et juge: Celui qui a le pouvoir de sauver et de perdre; mais qui es-tu, toi, pour juger ton prochain? Et maintenant à vous autres, qui dites: — «Aujourd’hui ou demain nous irons dans telle ville, nous y passerons! un an, nous ferons des affaires et nous gagnerons de l'argent», — sans savoir ce que sera demain. (Qu'est-ce, en effet, que votre vie? Vous n'êtes qu'une vapeur visible un moment, puis dispa- raissant.) Que vous feriez mieux de dire: «Si ie Seigneur le veut, nous serons en vie et nous ferons ceci ou cela.» Vous vous enorgueillissez dans votre vaine ostentation; cette sorte d'orgueil est mauvaise. | Celui qui sait faire le bien et ne le fait pas, commet un péché. Et maintenant à vous, les riches: Pleurez! Hurlez sur les malheurs qui vous attendent! Vos richesses sont pourries! vos étoffes sont mangées aux vers! Votre argent et votre or sont tout rouillés! Cette rouille sera une preuve contre vous et, comme un feu, elle mangera vos chairs! C’est pendant les derniers jours que vous avez amassé vos trésors*! Eh bien, le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos campagnes et dont vous les avez 1 Quelques anciens manuscrits et d’anciennes autorités lisent : passons-y un an. 2 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : sans savoir ce que 861) 6 votre vie demain. Gar vous n'êtes qu'une vapeur... etc. : 3 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : sera une preuve contre vous el elle mangera vos chairs ! C’est pendant les derniers jours que vous avez, comme un feu, amassé vos trésors ! RTS PRET un LT SLA Trees FREE À | : ÉPITRE DE JACQUES 655 frustrés, crie, et les voix des moissonneurs sont venues jusqu'aux oreilles du Seigneur des armées!. Vous avez vécu dans les délices sur la terre, vous avez joui, vous vous êtes repus et cela le jour même où vous allez être égorgés! Vous avez condamné, vous avez assassiné le Juste qui ne vous résistait pas! Patientez donc, frères, jusqu'a l'apparition du Seigneur. Voyez l’agriculteur, il attend le précieux fruit de la terre, il patiente jusqu'à ce qu'il ait reçu les pluies d'automne et celles du prin- temps. Patientez, vous aussi; fortifiez vos cœurs, car l'apparition du Seigneur est prochaine. Ne vous plaignez pas les uns des autres, frères, pour ne pas être jugés. Voici le juge; 1] se tient à la porte. Prenez pour modèles, frères, dans la souffrance et dans la patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Nous appelons heureux, voyez-vous, ceux qui ont tenu bon. Vous avez entendu parler de la constance de Job, et vous avez vu ce que le Seigneur lui ἃ donné à la fin; car il est plein de com- passion et de miséricorde ?. Surtout, mes frères, ne prêtez pas de serment, ni par le ciel, ni par la terre, ni sous une forme quelconque. Dites seulement : Oui, Oui; OU: non, non; pour n'encourir aucun Jugement. Un de vous est-il dans la peine? qu'il prie. Un de vous est-il dans la joie? qu'il chante des psaumes. Un de vous est-il malade ? qu'il fasse appeler les Anciens de l'Église; que ceux-ci prient sur lui, après lui avoir fait une onction d'huile au nom du Seigneur; 1 Ces mots des armées sont en hébreu dans le texte : du Seigneur Sabaoth. 2 On peut lire aussi d’après une autre ponctuation : Nous appelons heureux, voyez-vous, ceux qui ont tenu bon — (Vous avez entendu parler de la con- stance de Job et vous avez vu quelle « été la fin du Seigneur) — nous les appe- lons heureux parce que le Seigneur est plein de compassion et de miséricorde, D’après cette manière de ponctuer la fin du Seigneur signifie la mort du Seigneur Jésus-Christ et le second nous les appelons heureux est sous-entendu dans le texte. 53 10 41 13 14 5, 15 16 17 18 20 656 LE NOUVEAU TESTAMENT et la prière faite avec foi sauvera le malade, le Seigneur le réta- blira, et, s’il a commis des péchés, ils lui seront pardonnés. Confessez-vous réciproquement vos péchés, et priez les uns pour les autres, afin que vous guérissiez; car la prière d’un juste est bien puissante quand elle est fervente. Élie était un homme aussi faible que nous tous, et il demanda dans une prière qu'il ne plût pas; et il ne plut pas sur la terre pendant trois ans et demi. Puis, quand il eut prié encore, le ciel donna de la pluie, et la terre fit germer ses fruits. Mes frères, si l’un de vous s’est laissé égarer loin de la vérité, et qu'un autre le ramène, qu'il sache que celui qui ramène un pécheur du chemin où il se perd, sauvera une âme de la mort et couvrira un grand nombre de péchés. PREMIÈRE ÉPITRE DE PIERRE PRÉFACE Cette épître est encyclique et, comme on dit aujourd’hui, catho- lique; elle s'adresse sans distinction à toutes les Églises d'Asie Mineure. Ses destinataires étaient des païens convertis au christianisme (1 : 14, 18; 2:9, 10; 3: 6; 4: 3). L'auteur les appelle «les expa- triés de lu dispersion» (À : 1). « Expatriés », soit parce qu’il consi- dère le ciel comme leur vraie patrie, soit parce que tout fidèle n'habitant pas la Terre Sainte était regardé alors comme en exil. Quant aux mots «de la dispersion», il les emploie uniquement parce que ses lecteurs sont loin de Jérusalem, et on ne doit pas entendre par ce terme les Juifs disséminés. Pierre écrit en vue d’une persécution imminente (1 : 6; 2:12, 20; 3: 13, 14, 15, 16-18; 4: 12, 13-17; 5: 8-10). Il traite successive- ment de l’espérance chrétienne, du salut et de la nécessité de se sanctifier. Dans la première partie il développe les privilèges de la foi; dans la seconde 1] se renferme dans lies exhortations pra- tiques : Qu'ils rompent entièrement avec le paganisme, qu'ils désarment leurs adversaires par la pureté de leur conduite, qu'ils soient soumis aux autorités. L’antiquité tout entière a attribué cette épître à l’apôtre Pierre; 42 FI TET 0" 658 LE NOUVEAU TESTAMENT elle a toujours été incontestée. Papias l’a connue; Polycarpe ct Justin Martyr s’en servaient, et il n’y aucune objection sérieuse à élever contre son authenticité. Elle rappelle les lettres de Paul aux Éphésiens et aux Romains. Pierre reproduit en partie les chapitres 12 et 13 de l’Épître aux Romains; il emprunte à Paul plusieurs de ses expressions particu- lières, ce qu'on appelle sa terminologie. Enfin, il a eu sous les yeux l’Épitre de Jacques. Une comparaison attentive établit aisé- ment un rapport de dépendance qui est évident. Et cependant notre auteur a aussi ses expressions originales et caractéristiques. Il nous dit au verset 12 du chapitre 5: C’est par Silvanus, frère, à mon avis, fidèle, que je vous écris ces quelques lignes. Ces paroles peuvent signifier : je charge Silvanus (ou Silas) de vous porter cette lettre, mais il est aussi très naturel d’y voir l'indication du personnage qui a servi de secrétaire à l’apôtre. Silvanus (ou Silas), l’ami et le compagnon de Paul, aurait rédigé cette épître sous la direction de Pierre. Qu’y a-t-il de surprenant alors à ce que le disciple de Paul ait employé la terminologie de son maître et à ce qu’il se soit servi de l'Épître de Jacques dént l'autorité était certainement très grande dans son entourage immédiat ? La première Épître de Pierre a été écrite à Rome (5: 13) lorsque l’apôtre s’y trouvait avec Marc, l’auteur du second Évangile, Babylone était, on le sait, le nom symbolique de la capitale de l’empire. Quant à la date de la composition de cette épiître, elle est impossible à fixer. Il est certain seulement qu’elle est postérieure à l’an 60. 2 | | | τ. ΐ " ἡ PREMIÈRE ÉPITRE DE PIERRE PIERRE, APÔTRE DE JÉSUS-CHRIST, AUX EXPATRIÉS DE LA DISPER- SION DE PONT, DE GALATIE, DE CAPPADOCE, D'ASIE ET DE BITHYNIE, QUE DIEU NOTRE PÈRE À ÉLUS, SELON UNE DÉTERMINATION PRISE D'AVANCE, QU'IL A SANCTIFIÉS PAR L'ESPRIT, POUR OBÉIR A JÉSUS- CHRIST ET ÊTRE PURIFIÉS PAR L'ASPERSION DE SON SANG. GRACE ET PAIX VOUS SOIENT DE PLUS EN PLUS DONNÉES. Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, de nous avoir régénérés dans sa grande miséricorde pour que nous ayons, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, une vivifiante espérance, celle d’un héritage incorruptible, immaculé, inaltérable, réservé dans ies cieux à vous que la puissance de Dieu garde par la foi pour le salut qui est prêt à paraitre et paraîtra au moment suprême. Vous en êtes transportés de joie, quoique vous soyez, pendant quelque temps encore, attristés de diverses épreuves. S'il le faut, c'est afin que l'épreuve par laquelle passe votre foi, bien plus précieuse que celle de l’or (et cependant cette matière péris- sable est éprouvée au feu), tourne à votre louange, votre gloire, votre honneur, lorsque paraitra Jésus-Christ, que vous aimez sans l'avoir vu; et, croyant en lui sans le voir encore, vous êtes transportés d’une joie ineffable et glorieuse, parce que vous rem- porterez la récompense de votre foi, le salut de vos âmes. 1, Ἷ "ἡ 1, 10 19 660 LE NOUVEAU TESTAMENT Ce salut a été le sujet des recherches et des investigations des prophètes qui ont prédit la grâce à vous destinée; ils cherchaïent quelle époque et quelles circonstances indiquait l'Esprit de Christ qui rendait en eux un témoignage prophétique aux souffrances destinées au Christ et à la gloire dont elles seraient suivies. Et il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous qu'ils étaient dispensateurs de ces choses, que vous ont maintenant annoncées par l'Esprit saint, envoyé du ciel, ceux qui vous ont prèché l'Évangile, et au fond desquelles les anges mêmes désirent plonger leurs regards. Ainsi donc, ceignez vos reins (je parle au figuré), et soyez sobres; placez votre espérance tout entière dans la grâce? qui vous sera apportée lorsque paraîtra Jésus-Christ. En enfants obéissants, ne suivez pas les errements de vos pas- sions premières, quand vous étiez dans l'ignorance; mais, comme l'a dit le Saint qui vous ἃ appelés, soyez saints, vous aussi, dans toute votre conduite, car il est écrit : « Vous serez saints, car moi je suis saint°»; et Si vous invoquez comme Père celui qui, sans faire acception de personne, juge chacun selon son œuvre, marchez dans la crainte de Dieu tout le temps de votre pèlerinage; car ce n'est pas, vous le savez, par des choses périssables, par de l'argent cu par de l'or que vous avez été rachetés de cette manière de vivre si vaine que vous avaient léguée vos pères, mais par un sang précieux, semblable à celui d’un agneau sans tache et sans défaut, le sang de Christ, prédestiné avant la créa- tion du monde, et manifesté à cause de vous à la fin des siècles. ar lui vous avez foi en Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts et l’a glorifié, de sorte que votre foi est aussi une espérance en Dieu. 1 Littéralement : ceignez les reins de votre pensée, c’est-à-dire soyez dans l’état d'âme d'un homme dont les reins sont ceints. Le passage Job 38, 3, ex- prime la même idée : ceins Les reins comme un vaillant homme. Voir Luc 12, 35. ? On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : soyez parfaitement sobres; placez votre espérance dans la grâce. etc. 3 Lévitique 11, 44; 19, 2; 20, 7, 26, PREMIÈRE ÉPITRE DE PIERRE 661 Après avoir sanctifié vos âmes par l’obéissance à la vérité et en vue d’une sincère affection fraternelle, aimez-vous ardemment les uns les autres et de tout cœur, vous qui êtes nés de nouveau non d'un germe corruptible, mais d'un germe incorruptible, d'une parole vivifiante de Dieu, d’une parole qui ne passera pas. Car : « Toute chair est comme l'herbe, Et toute sa gloire comme la fleur de l'herbe ; L'herbe sèche et sa fleur tombe, Mais la parole du Seigneur demeure éternellement. » Cette parole est celle dont la Bonne Nouvelle vous a été annoncée. Débarrassez-vous donc de toute méchanceté, de toute fausseté, dissimulation, jalousie et médisance; semblables à des enfants nouveau-nés, désirez vivement le lait pur (je parle au sens spirituel}, afin de croître par lui pour le salut, si : « Vous avez goûté que le Seigneur est doux 2,» Approchez-vous de lui «pierre» vivante, «rejetée» par les hommes, mais aux yeux de Dieu, «choisie», «précieuse?» , et alors vous, comme des pierres vivantes, édifiez-vous vous- mêmes en maison spirituelle, formez un saint clergé, qui offre des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus- Christ. On lit en effet dans l’Écriture : « Voici que je place en Sion une pierre, Une pierre d'angle choisie et précieuse, Et celui qui aura confiance en elle ne sera pas déçu.» Ainsi donc à vous, croyants, l'honneur; quant aux incrédules : 1 Ésaïe 40, 6, 7, 8. 2 Psaume 34, 9. 3 Voy. pour ces mots : pierre, rejetée, choisie, précieuse, Psaume 118, 22 et Esaie 28, 16. 4 Ésaïe 28, 16. 19 - 9 Et ύ 1 1 662 LE NOUVEAU TESTAMENT «La pierre rejetée par les constructeurs Est devenue la principale pierre d'angle, » ei : «Une pierre d'achoppement, Un roc qui fait tomber ?» ; Is s'y heurtent pour n'avoir pas cru à la parole et c'est à cela qu'ils sont destinés. Mais vous, vous êtes œune race élue, un clergé royal, une nation sainte *, Un peuple que Dieu s’est acquis Pour que vous annonciez les mérites» de Celui qui vous ἃ appelés des ténèbres à son admirable lumière; vous qui, autrefois, «ne formiez pas un peuple 5 », vous êtes main- tenant: Cun peuple de Dieu7», vous qui: «n'aviez pas obtenu maiséricordeS, vous avez maintenant «obtenu miséricorde? ». Mes bien-aimés, je vous exhorte comme des étrangers et des expatriés: Gardez-vous des passions sensuelles qui font la guerre à l'âme; conduisez-vous bien au milieu des païens, et alors, voyant que ces choses dont ils vous accusent à tort, vous traitant de malfaiteurs, sont, examinées de près, de bonnes œuvres, ils ren- dront gloire à Dieu au jour de sa «visitation 1». Soumettez-vous, à cause du Seigneur, à toutes les autorités instituées par les hommes; au roi, comme au souverain; aux gouverneurs, comme délégués par lui pour châtier les malfaiteurs et approuver les gens de bien. C’est la volonté de Dieu que, par - 1 Psaume 118, 22. 2 Ésaïe 8, 14. ; Emprunté à Ésaïe 43, 20. 4 Emprunté à Exode 19, ὁ. 5 Ésaïe 48, 21. 5 Emprunté à Osée 2, 25. 1 Ibid. 8 Jbid. 9 Ibid. 10 Le jour de la visitation de Dieu (terme fréquemment employé dans l'Ancien Testament) est le jour où Dieu vous appelle, s'adresse à vous (par l’épreuve on autrement), en un mot vous visite, 1 Le «roi» désigne ici, sans nul doute, l'empereur romain, Lid PREMIÈRE ÉPITRE DE PIERRE 663 votre bonne conduite, vous imposiez silence aux insensés qui vous méconnaissent. Comportez-vous en hommes libres, non en hommes dont la liberté n’est qu'un voile qui cache le vice, mais en serviteurs! de Dieu. Soyez respectueux pour tout le monde, aimez les freres, craignez Dieu, respectez le roi?. Domestiques, soyez en toutes choses soumis à vos maîtres avec crainte, non seulement à ceux qui sont bons et humains, mais aussi à ceux qui sont méchants. C’est une grâce d’endurer des peines et de souffrir injustement par motif de conscience et pour Dieu. Quel est votre mérite, si, après avoir commis une faute, vous supportez patiemment les soufflets? Mais si, après avoir fait le bien, vous supportez patiemment la souffrance, voilà qui est une grâce aux yeux de Dieu; et c'est à cela que vous avez été appelés. Car le Christ aussi ἃ souffert pour vous; il vous a laissé un exemple pour que vous suiviez ses traces; «Lui qui n'a pas commis de péché Et dans la bouche duquel il ne s’est trouvé aucune fraude.» Outragé, il n’a pas rendu l’outrage; maltraité, il n'a pot fait de menaces; il ἃ remis sa cause à Celui qui juge avec justice, et c’est lui «qui a porté.nos péchés “» en son corps sur le bois, afin que, morts au péché, nous vivions pour la justice; c’est lui dont «les plaies vous ont guéris5». Vous alliez «(ἃ et là comme des brebis» et maintenant vous êtes revenus vers le berger et le gardien? de vos àmes. Et vous, femmes, soyez, de même, soumises, chacune à votre mari, afin que ceux d’entre eux qui seraient rebelles à la parole soient gagnés, en dehors de la parole, par la conduite de leurs femmes, considérant que cette conduite est chaste et réservée. 1 Grec, esclaves. 2 Voir la note du verset 13. 3 Ésaie 53, 9. 1 Allusion à Ésaie 53, 4. 5 Allusion à Ésaie 53, 5. 6 Allusion à Ésaie 53, G. 7 Littéralement : le surveillant. Voir note sur 1 Tim. 3, 1, 16, 2 18 19 20 t C2 4 οι 0 I 1% 66% LE NOUVEAU TESTAMENT Cherchez non la parure du dehors, qui consiste à s’entrelacer les cheveux avec art, à porter des bijoux d’or, à mettre de riches vêtements, mais la beauté cachée du cœur, le charme impéris- sable d’un esprit doux et tranquille; voilà la vraie richesse devant Dieu. Tel était l’ornement des saintes femmes d'autrefois, espé- rant en Dieu, soumises chacune à son mari, Sarra, par exemple, qui obéissait à Abraham et l’appelait «son Seigneur !», Sarra, dont vous êtes devenus les enfants en faisant le bien sans crainte, sans aucune appréhension. Et vous, maris, de votre côté, traitez vos femmes comme un être plus éclairé doit traiter un être plus faible; ayez pour elles des égards comme pour des cohéritières de la grâce de vie?, afin que vos prières ne soient pas troublées. Enfin, ne soyez tous qu'un cœur et qu'une âme, fraternels, compatissants, humbles, ne rendant pas le mal pour le mal, l’outrage pour l'outrage, au contraire bénissant, car, pour hériter d’une bénédiction, vous avez été appelés à bénir. Et en effet : «Que celui qui veut aimer la vie Et voir des jours heureux Garde sa langue du mal Etses lèvres du mensonge, Qu'il se détourne du mal et fasse le bien, Qu'il aspire à la paix, qu'il la recherche ; Parce que le Seigneur a les yeux sur les justes Et ses oreilles sont attentives à leurs prières, Mais la face du Seigneur regarde ceux qui font le mal*.» Et puis, qui peut vous faire du mal, si vous vous appliquez à faire le bien? Si même il vous arrivait de souffrir pour la justice, soyez-en heureux ! 1 Genèse 18, 12. 2 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : «Trailez vos femmes comme doit le faire un être plus éclairé, ayez pour elles des égards comme élant plus faibles que vous et comme élant cohéritières, ete. » 8 Psaume 84, 13, 14, 15, 16. en πον PREMIÈRE ÉPITRE DE PIERRE 665 « Seulement n'ayez d'eux aucune espèce de crainte Et ne vous laissez pas troubler; » mais «craignez saintement » dans vos cœurs Christ «le Seigneur?». Ayez une apologie toujours prête pour ceux qui vous demandent compte de vos espérances, mais faites-la avec douceur et modestie, forts de votre bonne conscience, afin que ceux qui diffament votre bonne conduite en Christ aient à rougir de leurs calomnies; car il vaut mieux souffrir en faisant le bien (si telle est la volonté de Dieu) qu'en faisant le mal. Christ aussi a souffert pour les péchés une fois pour toutes — un juste pour des injustes! — afin de nous amener à Dieu, ayant été mis à mort quant à la chair, étant revenu à la vie quant à l'Esprit. Étant Esprit, il est allé prêcher aux esprits en prison, qui ont été rebelles autrefois, du temps où Noé construisait l'arche lorsque Dieu prolongeait sa patience. Dans cette arche, peu de personnes, huit seulement, furent sauvées et ce fut à travers l’eau; or cette eau vous sauve, vous aussi, sous la forme du baptème, qui en est l'image correspon- dante {je n'entends pas par baptème une simple ablution débar- rassant le corps de ses souillures, mais l'alliance qu'une bonne conscience fait avec Dieu); ce baptème-là vous sauve par la résur- rection de Jésus-Christ, qui est à la droite de Dieu, depuis qu'il est monté au ciel et qu'il s'est soumis anges, puissances et domi- nations. Ainsi donc, Christ a souffert dans la chair; faites-vous une arme de cette pensée-la; car celui qui a souffert dans sa chair en ἃ fini avec le péché et ne doit plus, pendant le temps qui lui reste ici-bas, vivre selon les passions des hommes, mais selon la volonté de Dieu. Assez longtemps vous avez fait la volonté des païens, en vivant dans la débauche, les mauvais désirs, l’ivrognerie, les excès de 1 Ésaïie 8, 12. 2 Expressions empruntées à Esaïe 8, 13. [Re] 19 Co 4 1 666 LE NOUVEAU TESTAMENT table, les orgies et le culte impie des idoles. 115. trouvent étrange que vous ne vous plongiez plus avec eux dans cette fange et dans ces infamies, et ils vous outragent : ils rendront compte à Celui qui est prêt à juger les vivants et les morts. Et, en effet, en vue de ce jugement, l'Évangile a été annoncé aussi aux morts, afin qu'après avoir été jugés et condamnés à la mort du corps comme pécheurs, ils puissent trouver la vie divine, la vie de l'Esprit !. La fin de toutes choses approche. Soyez donc sages et sobres pour pouvoir prier. Avant tout, ayez les uns pour les autres un ardent amour, car «L'amour couvre une multitude de péchés 5». Exercez entre vous l'hospitalité sans vous plaindre. Que chacun mette au service des autres le don qu'il a reçu, comme le doivent de bons administrateurs des diverses grâces de Dieu. Que celui qui enseigne, enseigne comme étant l’oracle de Dieu; que celui qui exerce les fonctions de diacre, les exerce comme employant une force dispensée par Dieu, afin que, en toutes choses, Dieu soit glorifié par Jésus-Christ, auquel appar- tiennent la gloire et la puissance aux siècles des siècles! Amen, Mes bien-aimés, ne soyez pas surpris de l'incendie qui s'allume au milieu de vous pour vous éprouver, comme s'il vous arrivait quelque chose d’étrange; mais réjouissez-vous d’avoir part aux souffrances du Christ, afin de vous réjouir encore, et avec chants de triomphe, au jour de la révélation de sa gloire. Si l'on vous outrage au nom de Christ, vous êtes heureux; car l'Esprit de gloire, l'Esprit de Dieu repose sur vous. Qu’aucun de vous ne soit puni? comme meurtrier, comme voleur, comme malfaiteur, 1 Littéralement : après avoir été jugés, comine hommes, quant à μα chair, ils vent, comme Dieu, quant à lesprit. ? Proverbes 10, 12. ᾿ Littéralement : n'ait à souffrir. PREMIÈRE ÉPÎTRE DE PIERRE 667 comme surveillant indiscret de ceux du dehors!, mais si quel- qu'un souffre comme «chrétien», qu'il n’en rougisse pas; qu'il glorifie Dieu au contraire de porter ce nom-là; car le moment est venu où le jugement va commencer par la maison de Dieu. S'il commence par nous, quelle sera la fin de ceux qui n’obéissent pas à l'Évangile de Dieu, et si : «Le juste ne sera sauvé qu'à grand'peine, L'impie, le pécheur? que deviendra-t-il3?» Que ceux donc qui souffrent selon la volonté de Dieu recom- mandent leurs âmes au fidèle Créateur, en faisant ce qui est bien. J'adresse maintenant mes exhortations aux Anciens parmi vous, moi, un Ancien comme eux et un témoin des souffrances du Christ, moi, qui aurai ma part aussi de la gloire qui doit être révélée : Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde; faites- le“ non par contrainte, mais volontairement”, non par vil intérêt, mais par dévouement, non en dominateurs de ceux qui vous sont échus en partage, mais en devenant les modèles du troupeau; et quand le souverain pasteur paraîtra, vous remporterez la couronne de la gloire qui ne se flétrit Jamais. Quant à vous, jeunes gens, soyez soumis aux Anciens, et, d’ailleurs, montrez tous de l'humilité dans vos rapports mutuels, Car : «Dieu résiste aux orqueilleux Et il fait grâce aux humbles 5.» 1 C'est-à-dire se permettant de critiquer les institutions politiques ou sociales du monde païen. 2 On peut lire aussi, d’après un autre texte : celui qui est impie et pécheur, que deviendra-t-il? 5 Proverbes 11, 31. 4 Plusieurs anciens manuscrits lisent : veillez sur lui, non par contrainte, etc. > Plusieurs anciens manuscrits ajoutent : selon Dieu. 5 Proverbes 3, 34. 10, 4 17 18 19 4 10 1 008 LE NOUVEAU TESTAMENT Humiliez-vous denc sous la main puissante de Dieu pour qu'il vous élève, quand le temps sera venu, « Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis !», car c’est lui qui prend soin de vous. Soyez sobres; soyez vigilants; votre adversaire, le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant quelqu'un à dévorer. Résistez-lui, fermes en la foi, sachant que vos frères répandus dans le monde, éprouvent les mêmes souffrances que vous éprouvez. Le Dieu de toute grâce qui vous a appelés en Christ à sa gloire éternelle, après un peu de souffrances, vous perfectionnera lui- même, vous affermira, vous fortifiera?. A lui soit la force aux siècles des siècles! Amen. C’est par Silvanus, frère, à mon avis, fidèle que je vous écris ces quelques lignes, pour vous exhorter et vous attester que c'est à la vraie grâce de Dieu que vous vous êtes attachés. L’élue“ qui est à Babylone vous salue ainsi que Mare, mon fils. Saluez-vous les uns les autres du baiser d'amour. PAIX A VOUS TOUS QUI ÊTES EN CHRIST. 1 Psaume 55, 93. 2 Après vous fortifiera, quelques anciens manuscrits ajoutent: vous consolidera, 3 Un des plus anciens manuscrits et quelques anciennes autorités lisent: À lui soit la force à jamais! Amen. 4 C'est-à-dire l’Église formée d’élus. 4 ὄγίῃ, PS RUE A ΤῈ 9, SECONDE ÉPITRE DE PIERRE PRÉFACE La lettre ainsi intitulée n’est pas de l’apôtre dont elle porte le nom. C’est un fait aujourd'hui hors de toute contestation, une de ces certitudes définitives sur lesquelles personne n’a plus un doute quelconque à élever. Les preuves de cette inauthenticité abondent. Nous n’en citerons que quelques-unes. 1° Le second chapitre est presque entièrement copié sur l’épître de Jude. Il suffit de comparer les deux textes pour se convaincre que la lettre de Jude est l'original. Or, celle-ci a été écrite après la mort de l’apôtre Pierre. D'ailleurs, Pierre l’apôtre n'aurait pas copié la lettre d’un autre. 2° Le style de la seconde Epître de Pierre n’a aucun rapport avec celui de la pre- mière. 3° L'auteur cite les Épîtres de Paul en les appelant « Écri- tures » (3, 16). Or, les lettres de l’apôtre des Gentils n'étaient pas encore Écritures saintes du vivant de saint Pierre. 4° Ilrépond à ceux qui s’étonnent que le Christ ne soit point encore de retour et en tirent un argument contre le christianisme. Or, des argu- ments de ce genre ne se produisirent que longtemps après la mort des apôtres. 5° Enfin, l’auteur, malgré le soin qu’il prend de se faire passer pour l’apôtre Pierre, se trahit au verset 2 du chapitre 3 en parlant à ses lecteurs de ce qui leur a été enseigné par «leurs 670 LE NOUVEAU TESTAMENT apôtres». Ce n'est pas un des apôtres qui aurait lui-même ainsi parlé de son propre enseignement. Ce sont surtout les preuves externes qui sont accablantes. Il n’y a aucune trace de la deuxième Épître de Pierre pendant tout le second siècle. Irénée et Clément d'Alexandrie ne connaissent qu'une lettre de Pierre (notre première). Toutes les Églises syriaques ignorent aussi la seconde. Origène, qui la connaît, la tient pour douteuse. Eusèbe la rejette et la met au nombre des livres contestés. Jérôme lui-même ne l’admet qu'avec peine. Elle a été écrite dans la seconde moitié du deuxième siècle. Le lieu de sa composition est inconnu. Mais, hâtons-nous de le dire et d’insister sur ce fait: notre épître, tout en étant inauthentique, ne constitue nullement ce que nous appelons aujourd’hui un faux. Le faux en littérature n'existait pas dans les premiers siècles du christianisme. La seconde Épître de Pierre a été rédigée par un chrétien pieux et absolument sin- cère, qui, non seulement ne se faisait aucun scrupule de s’inti- tuler: Simon Pierre, serviteur et apôtre de Jésus-Christ, mais encore mettait, n’en doutons pas, une réelle humilité à cacher aïnsi son vrai nom sous celui d’un maître vénéré. Écrire une lettre d’apôtre était, à cette époque, une sorte d'exercice religieux que se permettaient seuls les plus avancés dans la foi et dans la vie chrétienne, et le procédé littéraire mis en usage par l'auteur de notre épiître, si anormal qu’il nous paraisse, n'avait de son temps rien que de très naturel et même de très louable. Les chrétiens d'aujourd'hui peuvent done, tout en sachant que cette lettre n est pas de Simon Pierre, la lire avec fruit et avec édification. SECONDE ÉPITRE DE PIERRE SYMÉON PIERRE, SERVITEUR! ET APÔTRE DE JÉSUS-CHRIST, À CEUX QUI ONT HÉRITÉ PAR LA JUSTICE DE NOTRE DIEU ET DU SAUVEUR JÉSUS-CHRIST, D'UNE FOI AUSSI PRÉCIEUSE QUE LA NÔTRE. GRACE ET PAIX VOUS SOIENT DE PLUS EN PLUS DONNÉES PAR LA CONNAISSANCE DE DIEU ET DE JÉSUS NOTRE SEIGNEUR. Dans sa divine puissance, Jésus-Christ nous ἃ dotés ? de tout ce qui mène à la vie et à la piété, en nous faisant connaitre Celui qui nous a appelés, par sa gloire et par sa vertu*, et nous a, par elles, dotés des plus grandes et des plus précieuses promesses, pour vous rendre participants par elles de la nature divine, après vous avoir arrachés au monde, à ses passions et à sa corruption. — Faites donc de votre côté tous vos efforts pour produire avec votre foi la vertu“; avec la vertu, la science; avec la science, la tempé- rance; avec la tempérance, la patience ; avec la patience, la piété; avec la piété, la fraternité; avec la fraternité, l'amour. Posséder et développer en vous ces qualités vous empêèchera d’être oisifs, vous fera faire des progrès dans la connaissance de 1 Grec, esclave. 2? On peut, d’après une autre ponctuation, faire une seule phrase des versets 2et3etlire: de Jésus, notre Seigneur, qui dans sa divine puissance nous ὦ dotés, etc. . 5 Quelques anciens manuscrits lisent : à sa propre gloire et à sa vertu. Vertu a ici le sens d’action ou d’activité (voir verset 5). £ Vertu a ici, comme au verset 3, le sens d’activité ou d’action. ᾿ γῶν -1 12 16 17 672 LE NOUVEAU TESTAMENT notre Seigneur Jésus-Christ. Celui auquel elles manquent est un homme à courte vue, un aveugle, il a oublié qu'il a été purifié de ses anciens péchés. C'est pourquoi, mes frères, faites d'autant plus d'efforts pour rendre sûres votre vocation et votre élection. En agissant ainsi, vous ne broncherez jamais, et, de la sorte, l’entrée dans l'éternel Royaume de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ vous sera largement assurée. Voilà pourquoi j'aurai toujours soin de vous remettre ces choses en mémoire. Vous les connaissez déja, je le sais, et vous êtes pleins de fer- meté dans votre foi en la vérité d'aujourd'hui; mais je consi- dérerai comme un devoir, aussi longtemps que je vivrai, de vous tenir en éveil par mes avertissements. Je sais que je serai tout à coup appelé à plier ma tente?; c'est notre Seigneur Jésus- Christ qui me l’a déclaré. Mais je ferai mon possible pour qu'après ma mort vous conserviez toujours le souvenir de ce que je vous ai dit. Ce ne sont pas des fables adroitement fabriquées que nous vous avons racontées en vous faisant connaître la puissance de notre Seigneur Jésus-Christ et en vous parlant de son avénement; non, nous avons été témoins oculaires” de sa majesté. En effet, 1l a reçu de Dieu son Père tout honneur et toute gloire lorsqu'une voix, écho de la gloire suprème, lui parla ainsi : «Voici mon Fils bien- aimé, c'est en lui que je me complais'.» Et cette voix, nous l'avons entendue comme elle venait du ciel quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. Et nous tenons pour d'autant plus certaines les paroles des prophètes; vous ferez bien d'y faire attention comme à un flam- 1 Littéralement : aussi longtemps que je serai dans celte tente. 2 (C'est-à-dire : à mourir, à sortir de cette vie. Voir le verset précédent. Ces mots: fémoins oculaires sont au pluriel dans le texte; mais il va sans dire que l’auteur ne parle que de lui seul, Je me compluis. Voir note sur Matth, 8, 17. SECONDE ÉPÎTRE DE PIERRE 673 beau brillant dans un endroit obscur, en attendant que le jour luise et que l'étoile du matin se lève dans vos cœurs. Avant tout, sachez ceci: aucune des prophéties de l'Écriture n’est affaire d'interprétation privée; car jamais prophétie n’a été inspirée par le caprice d’un homme, mais c’est poussés par l’Esprit saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu. Il y a eu cependant aussi de faux prophètes parmi le peuple, et, parmi vous, 1l y aura de même de faux docteurs qui introduiront des hérésies de perdition, qui renieront le maïtre qui les a rachetés, qui s'attireront une ruine subite. Bien des gens les suivront dans leurs orgies et, à cause d’eux, la voix de la vérité sera calomniée. Dans leur cupide avidité, ils viendront vous exploiter avec de fallacieux discours, mais il y a bien longtemps que leur sentence ne paresse pas; et leur perdi- tion ne s'endort pas. Car si Dieu n’a pas épargné les anges qui avaient péché, s’il les a emprisonnés dans les ténèbres, précipités dans l’abime, gardés pour le jugement, s’il n’a pas épargné l’ancien monde, s’il n’a pré- servé que sept personnes avec Noé, ce prédicateur de la justice, s'il ἃ envoyé le déluge sur un monde impie, s’il a réduit ea cendres les villes de Sodome et de Gomorrhe, s’il les a anéanties!, s’il les a condamnées, s’il en a fait un exemple pour les impies de l’avenir, s’il ἃ sauvé le juste Lot, excédé de l'infâme con- duite de ces abominables (car ce juste demeurait au milieu d’eux et ce qu'il voyait et entendait journellement, leurs ignobles actions mettaient son âme droite à la torture), c’est que le Seigneur sait délivrer de l'épreuve les hommes pieux et réserver les iniques pour le jour du jugement, tout en les châtiant déja, surtout ceux que leurs passions impures mènent aux jouissances charnelles, et qui méprisent l’autorité?. Les audacieux! les insolents! ils insultent les gloires*, et n'en 1 Plusieurs anciens manuscrits omettent s’il les ὦ anéanties. 2 L'autorité du Seigneur, 3 C’est-à-dire ceux qui sont dans la gloire. 43 1, 2 to 4 10 13 16 17 18 20 674 LE NOUVEAU TESTAMENT tremblent pas! quand des anges, leurs supérieurs en force et en puissance, ne portent pas contre elles, en présence du Seigneur, de jugement insultant! Mais eux, comme ces bêtes brutes qui naissent à une vie purement physique, pour être prises et détruites, ils insultent ce qu'ils ignorent! ce sera, perdus comme elles, qu'ils périront, et ainsi ils recevront ! le salaire de leur iniquité, puisqu'ils trouvent leur plaisir dans des débauches d’un jour! Êtres tarés et flétris! ils se délectent de leurs fourberies ?, quand ils font bonne chère avec vous! Ils ont les yeux bouflis de passions adultères; ils sont insatiables de péchés; ils séduisent les âmes chancelantes; ils ont un cœur exercé à la cupidité; ce sont des enfants de malédiction; ils ont abandonné le droit chemin; ils se sont égarés; 115 ont suivi la voie de Balaam, fils de Bosor, qui s’éprit d’un inique salaire et fut dûment convaincu de sa scéléra- tesse: un animal muet se mit à parler d’une voix humaine et arrêta la démence du prophète. Ce sont des fontaines sans eau; des brouillards qu'emporte un ouragan; le gouffre des ténèbres leur est réservé! Beaux parleurs, aussi vides que pompeux, ils séduisent par les passions de la chair, par la débauche, ceux qui venaient à peine d’échapper aux gens infectés d'erreur“; 1ls leur promettent la liberté, quand ils sont eux-mêmes esclaves de la corruption! (car on est esclave de ce qui vous domine). Si, en effet, après avoir échappé aux souillures du monde par la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, ils s’y laissent reprendre, et que ces souillures les dominent, leur der- nière condition est pire que la première. Il leur aurait mieux valu ne pas avoir connu la voie de la justice que de se détour- 1 Littéralement : recevant. Un des plus anciens manuscrits, au lieu de rece- vant, lit : étant lésés dans, ce qui n’a pas de sens. 2 Le même manuscrit et plusieurs anciennes autorités lisent, au lieu de ils se délectent de leurs fourberies : ils se délectent dans leurs agapes (du mot agapè, amour). Les agapes étaient les repas pris en commun par les premiers chré- tiens, et dans lesquels on célébrait la sainte Cène. 3 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation: ceuæ qui venaient à peine d'échapper, savoir les gens infectés d'erreur. SECONDE ÉPITRE DE PIERRE 675 ner, après l'avoir connue, du saint commandement qui leur a été transmis. Il leur arrive ce que dit si bien le proverbe : «Le chien retourne à ce qu’il a vomi 1» et celui-ci: « Truie lavée va se vautrer dans la fange. » Voila déjà la seconde lettre que je vous écris, mes bien-aimés; dans celle-ci, comme dans la première, je tâche de réveiller vos bons sentiments; je vous rappelle les prédictions des saints pro- phètes, et les préceptes de notre Seigneur et Sauveur transmis par vos apôtres. Sachez surtout ceci: pendant les derniers jours viendront des moqueurs pleins d'ironie, qui ne se laisseront conduire que par leurs propres passions, et qui diront: «Eh bien! que devient la promesse de son apparition? Depuis que nos pères sont morts, tout continue à se passer comme depuis le commencement du monde!» Ils affectent d'ignorer qu'il y ἃ eu autrefois des cieux et une terre sortis de l’eau, et formés au moyen de l’eau sur la parole de Dieu; par suite, le monde d’alors périt submergé dans l’eau. Quant aux cieux et à la terre actuels, 115 sont conservés sur cette même parole de Dieu, et réservés pour le feu qui s'allumera le jour du jugement et de la destruction des impies. Il est une chose que vous ne devez pas oublier, bien-aimés, c'est qu'un jour, devant le Seigneur, est comme mille années et que « Mille années sont comme un jour? ». Le Seigneur n’est pas en retard pour l'exécution de sa promesse; certaines personnes croient qu'il y a du retard; mais il use de patience envers vous *, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent à la repentance. Le jour du Seigneur viendra comme un voleur; alors les cieux disparaïtront avec fracas; les éléments embrasés se fondront, et la terre et tout ce qu'elle renferme sera consumé,. ζ Puisque tout doit se fondre ainsi, quelle sainte conduite, quelle 1 Proverbes 26, 11. 2 Allusion à Psaume 90, 4. 3 Quelques anciens manuscrits lisent : à cause de vous. 1 2? ε9 PSS 10 1 10 17 676 LE NOUVEAU TESTAMENT piété ne devez-vous pas montrer, attendant et hâtant la venue du jour de Dieu (c'est à cause de ce jour que les cieux se seront fondus dans le feu, et que les éléments embrasés se seront dissous). Quant à nous, nous attendons, selon sa promesse !, des cieux nouveaux et une terre nouvelle où la justice habitera ! C'est pourquoi, bien-aimés, pleins de cette attente, faites des efforts pour qu'il vous trouve en paix, sans tache, sans reproche; considérez la patience que montre notre Seigneur comme chose fort propre à notre salut, ainsi que notre bien-aimé frère Paul, selon la sagesse qui lui ἃ été donnée, vous l’a aussi écrit; il le fait d’ail- leurs dans toutes les lettres où il parle de ces sortes de choses, lettres dans lesquelles certains passages sont difficiles à com- prendre, dont les ignorants et les esprits mobiles tordent le sens, comme, du reste, les autres Écritures, pour leur propre perdition. Vous voilà prévenus, bien-aimés; soyez donc sur vos gardes, de peur que, entraînés, vous aussi, par les séductions de ces misé- rables, vous ne veniez à déchoir, à perdre votre fermeté. Croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sau- veur Jésus-Christ. À LUI SOIT LA GLOIRE MAINTENANT ET JUSQU AU JOUR DE L'ÉTERNITÉ |! 2 Un des plus anciens manuscrits lit : selon ses promesses. PREMIÈRE ÉPITRE DE JEAN PRÉFACE La première Épître de saint Jean rappelle le style et les idées du quatrième Évangile. Les deux ouvrages sont du même auteur anonyme, et l’épître a été écrite avant l'Évangile. Il est impossible de l’analyser. Les pensées se succèdent sans ordre logique, et souvent le dernier mot qui vient d’être écrit sert de matière à un développement nouveau. L'idée dominante de cette lettre est, d’une part, la réalité de l'incarnation de la Parole de vie dans la personne du Christ et, de l’autre, la communion avec le Christ se manifestant par l’amour des disciples les uns pour les autres. L'auteur écrit pour combattre : 1° ceux qui prétendent ne plus connaître le péché (1 : 8, 10), et 2° ceux qui nient que le Christ soit venu en chair (2: 22; 4: 2 et surtout les premières phrases de l’épiître). Cet écrit, connu de la plus haute antiquité chrétienne, ἃ toujours été incontesté. - Il a été composé à Éphèse , et, puisqu'il est certainement du même auteur que le quatrième Évangile, il a été rédigé par l’apôtre Jean, ou plutôt dicté par lui, à la fin du premier siècle et peu de temps avant l'Évangile lui-même. sh Bit FLO MOMENT: GE ΕΑ ἢ CEA τ ROPRTTET ΒΤ AL: ΔΈ ΤΣ TPE {{ Ϊ ἄσχ ἰ ῬΤΗ λό # de , ES ΤΙ ΕΗ ALT. N i μυ ἴ , F1 î " | Fhat 2} 1! ᾽ Ν ἷ Li } T4 7 > πα δ πῆ Ὁ ANCIENNES | Ψ ὌΝ 14 Ὁ 1 ER pa M: Ce qui existait dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, quant à la Parole de la vie — (car la vie s’est manifestée, et nous l'avons vue, nous l’attestons, et nous vous annonçons cette vie éternelle qui était auprès du Père et s'est manifestée à nous), — ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons pour que, vous aussi, vous soyez en Communion avec nous; et notre communion à nous est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ, et nous vous écrivons ceci pour que notre joie soit complète. Voici le message que nous avons appris de lui et que nous vous annonçons : Dieu est lumière, et il n'y ἃ point de ténèbres en lui. Si nous nous disons en communion avec lui et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons, et nous ne prati- quons pas la vérité. Si, au contraire, nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus son fils nous purifie de tout péché. 1 Il est vraisemblable que cette épitre avait une adresse qui ἃ été perdue. Nous avons fait la même supposition pour l’épître aux Hébreux. ι,1 L9 ss “͵ t9 4 σι 6 1 680 LE NOUVEAU TESTAMENT Si nous nous disons sans péché, nous nous trompons nous- mêmes, et la vérité n’est pas en nous. Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner ces péchés et nous purifier de toute iniquité. Si nous disons que nous n’avons pas péché, nous faisons de lui un menteur, et sa parole n’est pas en nous. Mes enfants, je vous écris ceci pour que vous ne péchiez point, et si quelqu'un ἃ péché, nous avons, auprès du Père, un intercesseur !, Jésus-Christ, le juste. Il est, lui, une propitiation pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier. Et voici comment nous savons que nous l'avons connu : c'est quand nous observons ses commandements. Celui qui dit : je l'ai connu, et qui n’observe pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n’est pas en lui. En celui qui observe sa parole, l'amour de Dieu est véritablement parfait. Voici comment nous reconnaissons que nous sommes en lui: celui qui prétend demeurer en lui, doit marcher, lui aussi, comme Jésus ἃ marché. Mes bien-aimés, je ne vous écris pas un commandement nou- veau, mails un Commandement ancien, celui que vous aviez dès le commencement. Ce commandement ancien c’est la parole que vous avez entendue. Cependant c'est aussi un commandement nouveau que je vous écris; cela est vrai et pour lui et pour vous, parce que les ténèbres se dissipent, et que la vraie lumière brille déjà. Celui qui se dit dans la lumière et qui hait son frère, continue à être dans les ténèbres. Celui qui aime son frère reste dans la lumiere, et il n'y ἃ en lui aucun motif de tomber. Mais celui qui 1 En grec: Paraclet, Ge mot, que nous avons déjà rencontré (Évangile de Jean 14, 26; 15, 26; 16, 7) et traduit par Conseiller, a bien ici le sens d’inter- cesseur, en latin advocatus, mais notre mot français : avocat, ne le traduit que très imparfaitement, dis : 1 à lle fée hs RE sd LA PREMIÈRE ÉPITRE DE JEAN ΟΊ hait son frère est dans les ténèbres, marche dans les ténèbres, et ne sait où il va, parce que les ténèbres l'ont rendu aveugle, Je vous écris, enfants, parce que vos péchés vous ont été par- donnés à cause de son nom. Je vous écris, pères, parce que vous avez connu celui qui est dès le commencement. Je vous écris, jeunes gens, parce que vous avez vaincu le Malin. Je vous ai écrit, enfants, parce que vous avez connu le Père. Je vous ai écrit, pères, parce que vous avez connu celui qui est dès le com- mencement. Je vous ai écrit, jeunes gens, parce que vous êtes forts, et que la Parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu le Malin!. N'aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quel- qu'un aime le monde, l'amour du Père n’est pas en lui: car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’ostentation dans la vie, ne vient pas du Père, mais ent du monde. Or le monde passe, et sa convoitise aussi; mais celui qui fait la volonté de Dieu subsiste éternellement. Mes enfants, nous sommes à la dernière heure; vous avez entendu annoncer la venue d’un Antechrist; sachez qu'il y ἃ maintenant plusieurs Antechrists; et ainsi nous savons que nous sommes à la dernière heure. Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n'étaient pas des nôtres; car s'ils avaient été des nôtres, ils seraient restés avec nous, mais C'était afin de montrer que tous ne sont pas des nôtres. Quant à vous, vous avez une onction venant du Saint, et vous le savez tous?. Je ne vous ai pas écrit, parce que vous ne con- naissez pas la vérité, mais parce que vous la connaissez et parce qu'aucun mensonge ne vient de la vérité. Qui est menteur si ce n'est celui qui nie que Jésus est le Christ? Voilà l’Antechrist, celui qui renie le Père et le Fils. Quiconque renie le Fils n’a pas non plus le Père; celui qui confesse le Fils ἃ aussi le Pere. 1 Le Malin, c'est-à-dire le Diable, 2 Plusieurs anciens manuscrits lisent : οὐ vous savez toutes choses. 14 17 18 19 τῷ 682 LE NOUVEAU TESTAMENT Quant à vous, ce que vous avez entendu dès le commence- ment doit demeurer en vous. Si ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous, vous demeurerez, vous aussi, dans le Fils et dans le Père. Et voici la promesse qu'il nous ἃ faite lui-même : la vie éternelle. Je vous ai écrit cela en vue de ceux qui vous égarent. Quant à vous, l’onction que vous avez reçue de lui reste en vous, et vous n'avez pas besoin qu'on vous instruise; mais, comme son onction vous instruit de toutes choses et qu'elle est vraie, qu'elle n'est pas un mensonge, vous demeurerez en lui comme elle vous l’a enseigné. Désormais, mes enfants, demeurez en lui, afin que, s'il vient à paraître, nous soyons pleins d'assurance et que, lors de son avènement, nous n'ayons pas à nous éloigner de lui, couverts de honte. Si vous savez qu'il est juste, reconnaissez aussi que celui qui pratique la justice est né de lui. Voyez quel amour le Père nous ἃ témoigné afin que nous fus- sions appelés enfants de Dieu; et nous le sommes. Si le monde ne nous connait pas, c’est que, lui non plus, il ne l’a pas connu. Mes bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n'a pas encore été manifesté, mais nous savons ceci: quand ce que nous serons sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est. Quiconque fonde sur lui une telle espérance, se purifie lui-même comme lui est pur. Quiconque commet le péché, viole la Loi: le péché c'est la violation de la Loi. Vous savez qu'il est apparu pour enlever les péchés, et qu'il n’y ἃ point de péché en lui. Quiconque demeure en lui ne pèche pas. Quiconque pèche ne l’a pas vu et ne l'a pas connu. | Mes enfants, que personne ne vous égare! Celui qui pratique la justice est juste, comme lui est juste. Celui qui commet le s À. AR LS Re nm | à 2 =, PAS ani ss D LA PREMIÈRE ÉPITRE DE JEAN 683 péché est enfant du Diable, car le Diable pèche depuis le com- mencement. Voici pourquoi le Fils de Dieu est apparu : pour détruire les œuvres du Diable. Quiconque est né de Dieu ne commet pas de péché, parce que la semence! de Dieu demeure en lui, et il ne peut pas pécher, parce qu'il est né de Dieu. Voici comment se font reconnaître les enfants de Dieu et les enfants du Diable: quiconque ne pratique pas la justice n’est pas né de Dieu, et celui qui n'aime pas son frère non plus. Car voici le message que vous avez entendu dès le commencement : aimons- nous les uns les autres, et ne soyons pas comme Caïn qui était fils du Malin ? et qui égorgea son frère. Pourquoi l’égorgea-t-il? parce que ses œuvres étaient mauvaises et celles de son frère justes. Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait. Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. Celui qui n'aime pas demeure dans la mort. Quiconque haït son frère est un homicide, et vous savez qu'aucun homicide n’a la vie éternelle demeurant en lui. Voici comment nous avons reconnu son amour : à Ce qu'il a donné sa vie pour nous, et, nous aussi, nous devons donner notre vie pour les frères. Si quelqu'un possède les biens de ce monde et que, voyant son frere dans le besoin, il lui ferme son cœur, comment l’amour de Dieu peut-il demeurer en lui? Mes enfants, n’aimons pas par nos paroles et avec notre langue, aimons par nos actes et en vérité. Et voici comment nous recon- naîtrons que nous sommes de la vérité et comment, en sa pré- sence, nous tranquilliserons notre cœur : c'est que, si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur et il sait tout ὃ. 1 Par ce mot: semence, l'auteur entend ici le principe vital, le germe de vie divine qui fait de nous des enfants de Dieu. 2 Du Malin, c’est-à-dire du Diable. 3 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation: Ef voilà comment nous reconnaitrons que nous sommes de la vérité; et, en sa présence, nous persuade- rons à notre cœur que si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand, etc. 10 ΤΊ 15 10 17 1% [ie] O9 4 6 684 LE NOUVEAU TESTAMENT Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous sommes pleins d'assurance pour nous approcher de Dieu, et tout ce que nous Jui demandons, il nous l'accorde, parce que nous observons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable. Et voici son commandement : que nous croyions au nom de son fils Jésus-Christ, et que nous nous aimions les uns les autres, comme il nous l’a commandé. Celui qui observe ses commande- ments demeure en Dieu et Dieu en lui, et nous reconnaissons qu'il demeure en nous, à l'Esprit qu'il nous ἃ donné. Mes bien-aimés, ne croyez pas à n'importe quel Esprit; mais examinez les Esprits pour savoir s'ils viennent de Dieu, car un grand nombre de faux prophètes sont apparus dans le monde. Voici comment vous reconnaîtrez l'Esprit de Dieu : Tout Esprit qui reconnait Jésus pour le Cbrist venu en chair est de Dieu, et tout Esprit qui ne reconnait pas Jésus n’est pas de Dieu, mais il est l'Esprit de lAntechrist dont vous avez entendu annoncer la venue, et il est déjà maintenant dans le monde. Pour vous, mes enfants, vous êtes de Dieu, et vous avez vaincu ces Esprits-là, parce que celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde. Quant à eux, ils viennent du monde; voilà pourquoi ils parlent selon le monde, et le monde les écoute ; nous, nous venons de Dieu; celui qui connaît Dieu nous écoute; celui qui ne vient pas de Dieu ne nous écoute pas. C'est ainsi que nous distinguons l'Esprit de la vérité de l'Esprit de l'erreur. Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, parce que l'amour vient de Dieu et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu : car Dieu est amour. Voici comment Dieu ἃ manifesté son amour pour nous : Dieu ἃ envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous eussions la vie par lui. Voici en quoi consiste l'amour : ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous ἃ aimés et qui ἃ envoyé son Fils, comme une propitiation pour nos péchés. LA PREMIÈRE ÉPÎTRE DEJEAN 685 Mes bien-aimés, si Dieu nous à ainsi aimés, nous aussi nous devons nous aimer les uns les autres. Personne n'a jamais vu Dieu; si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et son amour est parfait en nous. Voici comment nous reconnaissons que nous demeurons en lui et lui en nous: à ce qu'il nous ἃ donné de son Esprit. Et nous, nous avons vu et nous attestons que le Père ἃ envoyé le Fils comme Sauveur du monde. Celui qui reconnaît que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. Et nous, nous avons connu l’amour que Dieu manifeste en nous, et nous y avons cru. Dieu est amour, et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. Voici comment l'amour devient parfait chez nous, afin que nous soyons pleins d'assurance au Jour du jugement : tel qu'il est lui, tels nous sommes nous dans ce monde !. La crainte n’est pas dans l’amour; au contraire, l'amour parfait bannit la crainte, parce que la crainte suppose une punition, et celui qui craint n'est pas parfait dans l'amour. Nous devons aimer, parce qu'il nous ἃ aimés le premier. Si quelqu'un dit: J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, il est un menteur, car celui qui n’aime pas son frère qu'il a vu, ne peut pas aimer Dieu qu'il n’a pas vu. Et voici le commandement que nous tenons de lui: Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère. Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu, et qui- conque aime Celui qui l’a fait naître, aime aussi celui qui est né de lui. Voici comment nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu : quand nous aimons Dieu et que nous observons ses commandements. Car voici en quoi consiste l'amour de Dieu : que nous observions ses commandements. Et ses commandements ne sont pas pénibles, car tout ce qui est né de Dieu triomphe du 1 C'est-à-dire: Notre amour sera devenu parfait et nous n’aurons rien à craindre du jugement lorsque, dans ce monde où nous sommes encore, nous serons semblables à Jésus-Christ. 17 18 1 9 - 10 11 12 686 LE NOUVEAU TESTAMENT monde, et voici la victoire qui triomphe du monde: notre foi. Qui est-ce qui triomphe du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu? C'est lui, Jésus-Christ, qui est venu au moyen de l’eau et du sang; non pas avec l’eau seule, mais avec l’eau et le sang; et c’est l'Esprit qui en rend témoignage, parce que l'Esprit est la vérité; car ils sont trois à rendre témoignage, l'Esprit, l’eau et le sang, et tous trois sont d'accord. Si nous acceptons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est supérieur; car voici le témoignage de Dieu: il ἃ rendu témoignage à son Fils. Celui qui croit au Fils de Dieu ἃ ce témoignage en lui-même; celui qui ne croit pas Dieu en fait un menteur, parce qu'il ne croit pas au témoignage que Dieu ἃ rendu à son Fils. Et voici ce témoignage: Dieu nous ἃ donné la vie éternelle et cette vie est dans son Fils. Celui qui ἃ le Fils ἃ la vie; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n'a pas la vie. Je vous ai écrit cela pour que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu. Voici l’assurance que nous avons en lui: si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. Si nous savons qu'il nous écoute, quelles que soient nos demandes, nous le savons, parce que nous obtenons ce que nous lui avons demandé, Si quelqu'un voit un de ses frères commettre un péché qui ne soit pas un péché mortel, il priera, et Dieu donnera la vie à ce frère; il la donnera à ceux qui n’ont point commis de péché mortel. Il y a un péché mortel; ce n’est pas pour ce péché que Je parle de prier. Toute iniquité est un péché, et il y ἃ un péché qui n’est pas mortel. Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche pas, mais celui qui est né de Dieu veille sur lui-même, et le Malint n’a aucune prise sur lui. Nous savons que nous sommes venus de Dieu et que le monde entier est au pouvoir du Malin!. Mais 1 Le Malin, c'est-à-dire le Diable, LA PREMIÈRE ÉPIÎTRE DE JEAN 687 nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu et nous ἃ donné l'intelligence pour que nous connaissions le véritable; et nous sommes dans le véritable, dans son Fils Jésus-Christ. C'est lui qui est le Dieu véritable et la vie éternelle. Mes enfants, gardez-vous des idoles. A4, 5 DEUXIÈME ET TROISIÈME ΕΗ DÉCTE ÈN PRÉFACE Les deux billets qui suivent ont été écrits par «/’Ancien ». L'adresse du premier est énigmatique; nous nous expliquons à son sujet dans une note. Quant au second, il est adressé à un certain Graïus, ami de l’auteur. Ces deux courtes lettres sont restées longtemps inconnues. Elles n'apparaissent qu’à la fin du second siècle et ont été contestées jusqu’à saint Jérôme. Elles ne sont pas dans les listes des livres du Nouveau Testament que le second siècle nous ἃ transmises. Tertullien, Cyprien, Irénée ne connaissaient que la première Épître de Jean. On contestait la seconde et la troisième parce qu’on doutait qu’elles fussent de l’apôtre, et qu’on les attribuait à un certain «Jean l'Ancien» ou «Jean le presbytre» dont parle Papias!. Mais ce Jean l'Ancien qui était-il? N’était-il pas précisé- ment l’apôtre qui dans sa vieillesse se donnait ce nom de Jean l'Ancien ou Jean le vieillard? Il n’y ἃ aucun motif sérieux d’en douter, cependant les témoignages font défaut et on ne peut acquérir ici une certitude entière. 1 Voir page 126, notre préface à l'Evangile de Marc. 4: ᾿ - » AA Ἶ ᾿ A ΒΗ . 7 τ, 13 LRU ME 7194 Ξ Û Σ ὸ ; | ἀπὸ FPE a s119 19008 AH NAS ἢ MES» συ ᾿ τ: Ha HATE 2 κεν Μὰ ES nus ih De L QT οϑ à » ut 2 VE \ “RIRE DEUXIÈME ÉPITRE DE JEAN L'ANCIEN à L'ÉLUE CYRIA À ET À SES ENFANTS (que j'aime véri- tablement) — et ce n’est pas moi seul qui les aime, mais aussi tous ceux qui ont connu la vérité — (je les aime à cause de la vérité qui demeure en nous et qui sera éternellement avec nous). GRACE, MISÉRICORDE ET PAIX, VENANT DE DIEU LE PÈRE ET DE JÉsus-Curisr, LE Fizs Du PÈRE, SOIENT AVEC NOUS DANS IA VÉRITÉ ET DANS L'AMOUR. J'ai été bien heureux de trouver quelques-uns de tes enfants marchant dans la vérité, comme nous en avons reçu le com- mandement du Père. Et maintenant, je te demande, Cyria (non comme si Je t’écrivais un nouveau commandement, mais celui-là même que nous avons reçu dès le commencement), de nous aimer les uns les autres. Voici en quoi consiste cet amour : mar- chons selon ses commandements. Et voici en quoi consiste ce 1 Le mot grec Cyria signifie dame ; on pourrait donc le traduire ainsi, et dans ce cas l’«Ancien» s’adresserait à une dame élue, c’est-à-dire à une dame chrétienne, sans nous dire son nom. On peut aussi supposer, d'après certains termes de l'épitre, que ce nom est allégorique et désigne une Église, les enfants dont il est parlé en seraient les membres. Enfin, on peut faire du mot élue un nom propre et traduire : L’Ancien à la dame Éclecté, Ces trois hypothèses sont également plausibles. La plus généralement adoptée est celle qui fait de «la dame» le nom allégorique d’une Église. ι9 19 692 LE NOUVEAU TESTAMENT commandement : marcher (comme vous l'avez appris dès le com- mencement), marcher dans l'amour 1. ΠῚ s'est répandu dans le monde un grand nombre de séducteurs qui ne reconnaissent pas que Jésus-Christ est venu en chair : oui, voilà le séducteur! voila l’Antechrist! Faites attention à vous pour ne pas perdre le fruit de vos efforts?, mais pour recevoir une pleine récompense. Celui qui va plus loin, qui ne reste pas attaché à la doctrine du Cbrist, n’a point Dieu; celui qui reste attaché à cette doctrine, a le Père et a le Fils. Si quelqu'un vient à vous et n'apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison et ne lui donnez pas le salut de paix. Car celui qui le lui donne prend part à ses mauvaises œuvres. Je n’ai pas voulu, ayant bien des choses à vous dire, vous les faire savoir avec l'encre et le papier; mais comme j'espère aller vous voir, je vous entretiendrai de vive voix, pour que notre Joie 1 soit complète. Les enfants de ta sœur l'élue te saluent. 1 L'auteur émet ici successivement ces deux pensées : 1° pour nous aimer les uns les autres, accomplissons la loi de Dieu; 2 pour accomplir la loi de Dieu, imons-nous les uns les autres. 2 Plusieurs anciens manuscrits lisent : de nos efforts. 3 Le Schalôm des Hébreux, c’est-à-dire le salut qui consistait à dire : La paix soit avec vous! Voir note sur Matth. 10, 12. 1 # On peut lire aussi, d’après un autre texte : votre joie. TROISIÈME ÉPITRE DE JEAN L'ANCIEN AU BIEN-AIMÉ GAïus (que j'aime véritablement). Mon bien-aimé, je fais des vœux pour que tu prospères en toutes choses et que la santé de ton corps soit aussi bonne que celle de ton âme. J'ai été, en effet!, bien heureux de voir des frères venir et rendre témoignage de la vérité qui est en toi; je veux dire rendre témoignage que tu marches dans la vérité. Je n'ai pas de plus grande joie que d'apprendre que mes enfants marchent dans la vérité. Mon bien-aimé, tu te montres fidèle dans ce que tu fais pour les frères, et ce sont des étrangers. Ils ont rendu témoignage à ton amour devant toute l’Église. Tu feras bien de pourvoir à leur voyage d’une manière digne de Dieu; car c’est pour le «nom?» qu'ils sont partis sans rien recevoir des païens. Aussi devons-nous accueillir de tels hommes, afin de nous mettre à l’œuvre avec eux pour la vérité. J'ai écrit quelques mots à l'Eglise, mais Diotréphès,, qui affecte d’être leur chef, n'accepte rien de nous. Aussi, quand je viendrai, Je signalerai les actes qu'il commet, comment il se répand contre n des plus anciens manuscrits omet en effet. e nom par excellence, c’est-à-dire le nom de Dieu. Voir note sur Actes 5, 41. 01] a δ 1 [Re] 10 19 69% LE NOUVEAU TESTAMENT nous en mauvais propos, et cela ne lui suflit pas, car non seule- ment il n’accueille pas les frères lui-même, mais il défend de les accueillir, et ceux qui seraient désireux de le faire, il les chasse de l'Église. Mon bien-aimé, n'imite pas le mal, mais le bien. Celui qui fait le bien est de Dieu. Celui qui fait le mal n’a pas vu Dieu. Quant à Démétrius, tous, et la vérité elle-même, lui rendent un bon témoignage. Nous aussi nous lui rendons un bon témoignage, et tu sais que notre témoignage est véridique. J'aurais bien des choses à t’écrire; mais je ne veux pas te les faire savoir avec l’encre et la plume. J'espère te voir bientôt et nous nous entretiendrons de vive voix. LA PAIX SOIT AVEC TOI. Les amis te saluent. Salue les amis chacun en particulier. ÉPITRE DE JUDE PRÉFACE L'auteur de cette lettre s'appelle «Jude, serviteur de Jésus-Christ et frère de Jacques». Or nous savons par les Évangiles qu'il ἃ eu dans l’entourage immédiat de Jésus-Christ trois Jude ou Judas ; d’abord l’Iskariôte, ensuite Jude l’apôtre, et enfin Jude le frère de Jésus. Ces deux derniers, qu’on a souvent confondus, sont pourtant deux personnages bien distincts. Il est question de Jude l’apôtre dans les passages suivants: Jean 14: 22; Luce 6: 16; Actes 1 : 13. On l’appelait parfois Lebbée ou Thaddée (Matth., 10: 5; Marc 3:18). C’étaient des surnoms. Il est question de Jude, frère du Seigneur, dans Matth. 13: 55; Marc 6: 3, et la tradition chrétienne a conservé le souvenir très net d’un Jude qui n’avait pas été apôtre, mais frère de Jésus-Christ. C’est à lui que se rattache la courte-lettre qui suit. Elle ἃ été fortement contestée dans l’Église primitive. Le second siècle l’a totalement ignorée. Quelques Pères l’admettaient dans leur Nouveau Testament, ce sont Tertullien, Clément d’Alexan- drie et Origène, mais Eusèbe la rejetait formellement. Cette épître est encyclique. Elle s’adresse «à ceux qui sont aimés en Dieu le Père, qui sont gardés pour Jésus-Christ, qui sont élus». Jude nous indique au verset 3 le but qu'il se propose : à] vient prier ses Ta Lt. 696 LE NOUVEAU TESTAMENT lecteurs de défendre la foi qui a été une fois pour toutes transmise aux fidèles. Il le fait en les mettant en garde contre certains per- sonnages qu’il appelle des émpies. Nous ne pouvons savoir de qui il veut parler, car s’il les condamne, il ne les définit pas. La date de la rédaction de cette épître est également impossible à fixer. Les apôtres sont morts (v. 17). Il semble d’après certaines expressions que l'Église a déjà une tradition. Cet écrit est done au nombre des derniers du Nouveau Testament qui aient été com- posés. Il faut remarquer que l’auteur cite comme inspirés deux écrits apocryphes, le livre d'Hénoch (verset 14) et l’Assomption de Moïse (verset 9). ÉPITRE DE JUDE JUDE, SERVITEUR 1 DE JÉSUS-CHRIST ET FRÈRE DE JACQUES, À CEUX QUI SONT AIMÉS EN DIEU LE PÈRE, QUI SONT GARDÉS POUR JÉSUS-CHRIST, QUI SONT ÉLUS. MISÉRICORDE, PAIX ET AMOUR VOUS SOIENT DE PLUS EN PLUS DONNÉS. Bien-aimés, je mettais beaucoup de soin à vous écrire concer- nant notre salut commun?, quand je me suis trouvé forcé de vous adresser cette lettre pour vous prier de défendre la foi qui a été une fois pour toutes transmise aux fidèles. Car il s’est faufilé parmi nous certains personnages (des impies dont la sentence est déjà écrite et depuis longtemps) qui changent en orgie la grâce de notre Dieu, et qui renient notre seul maitre et Seigneur Jésus- Christ. Je veux vous rappeler (et c'est inutile, car vous savez tout) : que le Seigneur, ayant délivré le peuple du pays d'Égypte, fit périr la seconde fois ceux qui furent incrédules; que les anges qui n'ont pas su conserver leur rang et ont déserté leurs propres demeures, ont été mis par lui en réserve pour le jugement du 1 Grec: Esclave. ? Jude avait donc écrit une première lettre que nous n’avons pas. Cependant on peut traduire aussi : J'avais un grand désir de vous écrire concernant notre salut commun, lorsque je me suis trouvé dans la nécessité de le faire et de vous adresser cette lettre, etc. 11 13 14 16 698 LE NOUVEAU TESTAMENT grand jour, dans les ténèbres et retenus par des chaines éternelles ; que Sodome, Gomorrhe et les villes voisines qui se prostituèrent comme ceux dont je parle et coururent aux crimes contre nature, sont devant nous comme un exemple, subissant la peine du feu éternel. Malgré cela, ceux dont je parle font de même; dans leurs rêveries, ils souillent la chair, méprisent l’autoritét, insultent les gloires?! Or, même l’archange Michel, quand il discutait avec le Diable et lui disputait le corps de Moïse*, n’osa pas l’insul- ter, en prononçant son jugement, il lui dit seulement : «Que le Seigneur te punisse !» Eh bien, ceux dont il s’agit insultent tout ce qu'ils ne connaissent pas, et ce qu'ils savent naturellement comme des bêtes brutes, ils s’y perdent! Malheur à eux! car ils sont entrés dans la voie de Caïn! Ils se sont jetés, pour de l'argent, dans l'erreur de Balaam! Ils ont péri dans la révolte de Coré! Ces gens-là sont un écueil dans vos agapes'; ils s’y gorgent sans pudeur; ils ne pensent qu'à se repaitre°! Nuages sans eau emportés çà et là par les vents! Arbres de fin d'automne sans fruits! deux fois morts! déracinés! Flots sauvages de la mer, jetant l’écume de leurs turpitudes! Astres errants, auxquels le gouffre des ténèbres est réservé pour l'éternité! C'est d'eux qu'a prophétisé Hénoch, le septième patriarche depuis Adam, quand il ἃ dit: «Voilà que le Seigneur vient avec ses saintes myriades, pour prononcer un jugement contre tous, el pour convaincre tous les impies de toutes les œuvres d'impiété qu'ils ont commises et de toutes les dures paroles qu'ils ont pro- noncées contre lui, eux, ces pécheurs impies ὃ.» Ce sont des mécon- 1 L'autorité du Seigneur. 2 C'est-à-dire ceux qui sont dans la gloire. 3 Allusion à un livre apocryphe, intitulé: L'Assomption de Moise, que lisaient les Juifs et les chrétiens de ce temps-là. # Voir sur agapes note sur deuxième Ep, de Pierre 2, 13. 5 On peut lire, d’après une autre ponctuation : ils s’y gorgent, ils ne pensent qu'à se repaitre sans pudeur. ὁ Hénoch 1,9. Le livre d'Hénoch est aussi un de ces livres apocryphes que lisaient les Juifs et les chrétiens. ÉPITRE DE JUDE 699 tents, toujours à gronder, guidés par leurs passions, dont la bouche est pleine d’emphase, qui flattent les gens par intérêt ! Mais vous, bien-aimés, rappelez-vous les paroles prononcées par les apôtres de notre Seigneur Jésus-Christ. Ils vous disaient qu'aux derniers temps paraïtraient des railleurs, guidés par leurs passions impies. Eh bien, il s’agit de ceux-là, de ces auteurs de schismes, de ces êtres sensuels, n'ayant pas l'Esprit. Mais vous, bien-aimés, édifiez-vous vous-mêmes sur le fonde- ment de votre très sainte foi; priez, dirigés par l'Esprit saint; maintenez-vous vous-mêmes dans l'amour de Dieu; attendez que la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ vous donne la vie éternelle. De ceux qui hésitent, réprimandez les uns!, sauvez les autres en les arrachant du feu; ayez des autres une pitié mêlée de crainte, haïssant jusqu'au vêtement souillé par la chair. A celui qui peut vous préserver de toute chute et vous faire comparaître devant sa gloire irréprochables et joyeux, au Dieu unique, notre Sauveur par Jésus-Christ notre Seigneur, appar- tiennent la gloire, là grandeur, la force et la puissance de toute éternité, -maintenant et dans tous les siècles! Amen. « 1 Plusieurs anciens manuscrits lisent : De ceux qui hésitent, ayez pitié des uns, sauvez les autres, etc. 19 τῶν: ἘΘ ΟἹ ν τ ΝΣ ΧΕ ΤΙ... + τὰ 1”) DIT: A/R “οὐ “4 Ε τ ἸῸΝ ἴ 1 “ LA + L'APOCALYPSE PRÉFACE Cet ouvrage est un spécimen d’un genre de composition reli- gieuse assez fréquent pendant les siècles qui ont immédiatement précédé et immédiatement suivi l’apparition du christianisme. Le livre de Daniel dans l’Ancien Testament est une Apocalypse; le dernier livre du Nouveau Testament en est une autre. Son auteur s’est d’ailleurs constamment inspiré du livre de Daniel. Quel est cet auteur? Les anciens chrétiens, Papias par exemple, ont dit: c’est l’apôtre Jean. Mais cette opinion ne s’est point établie, et l'Église d'Orient des premiers siècles a tout entière rejeté l’Apocalypse. Elle ne plaçait pas ce livre dans son Nouveau Testament (voir, dans l’appendice à notre Introduction, page 80, la liste des livres du Nouveau Testament d’après la traduction syriaque appelée la Peschito). Plus tard, Origène hésitait à l’admettre. Denys d'Alexandrie le repoussait. Au quatrième siècle, Eusèbe le déclare contesté; Chrysostome ne prêchait jamais sur l’Apocalypse. Ce n’est donc pas sans beaucoup d’opposition que cet ouvrage ἃ été admis dans le Nouveau Testament. Si, pour découvrir son auteur, nous nous en rapportons à l'écrit lui-même, nous apprenons qu’il s'appelle « Jean, serviteur de Dieu.» Nulle part il ne s'appelle apôtre et lorsqu'il parle des douze (2, 2; 18,20; 21, 14), ce n’est jamais pour se compter parmi eux. Mais, d’autre part, il rappelle, par son style et par quelques- unes de ses idées, l’écrivain du quatrième Évangile, et il y ἃ une parenté évidente entre les deux écrits. Il est donc possible que 702 LE NOUVEAU TESTAMENT l'auteur de l'Apocalypse soit l’apôtre Jean; cependant, comme le nom de Jean était très commun au premier siècle, on ne peut acquérir ici une entière certitude, C’est à Patmos, qui n’était nullement un désert, comme on l’a souvent dit, mais une île fort peuplée alors et très commerçante, que «Jean, serviteur de Dieu» a eu les Révélations qu’il nous raconte. Nous n'avons pas à donner ici une analyse de l’Apocalypse. L'exposition de son contenu a souvent été faite. Quant au sens à donner à ces Révélations, on sait combien il a été et est encore discuté. Rappelons seulement que l’auteur annonce «ce qui doit arriver bientôt » (1, 1). Il est donc inutile de chercher l’accom- plissement des prophéties de ce livre dans un avenir éloigné. Il s’agit d'événements contemporains de l’auteur ou à peu près. La date précise de la composition de l’Apocalypse est difficile à fixer. Certains passages du livre ont été rédigés au temps de Néron ou peu après, car au chapitre 17, verset 9, 10, l’auteur déelare aussi clairement que possible qu’il écrit sous le sixième empereur romain. D'autre part, il est probable que plusieurs parties de l’ Apocalypse se rapportent à la persécution ordonnée par Domitien. La rédaction du livre aurait donc été reprise sous cet empereur, et l'Église, en enseignant que l’Apocalypse entière date de Domitien, ne se serait trompée qu'en partie. Nous ne saurions entrer dans plus de détails, car ces questions d'auteur et de date ne sont pas encore entièrement résolues, et nous ne notons dans nos préfaces que les faits acquis à la science, Telle qu’elle est, et malgré ses obscurités, l’Apocalypse de Jean est un des plus beaux livres du Nouveau Testament. Quand on place cet ouvrage dans son milieu historique, quand on y voit un tableau des persécutions subies par l’Église du premier siècle et de sa lutte contre l’empire romain, une protestation de la vérité contre le mensonge, la victoire du bien sur le mal, l’afir- mation sereine du triomphe final de Dieu qui ne peut être vaineu, on y trouve ce que les chrétiens y ont toujours trouvé, une source abondante d’édification pour l'âme croyante et l'écho suprême des antiques prophéties d'Israël. . ᾿ tac dote LL. μα ἑν